‹ La fille d'EschyleChapitre 32 sur 36 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

ESCHYLE , MÉGANIRE.

MÉGA.NIRE , accourant.

O mon père !

ESCHYLE à part , et retombant assis sur la pierre. Malheur ! elle a connu ma fuite !

MÉGANIRE.

L'œil perçant de l'amour sur vos pas m'a conduite ! Ce soir , le cœur troublé par un pressentiment , J'ai pénétré deux fois dans votre appartement : Vide et noir! — la terreur a secoué mon Ame.

ACTK V. o:i

Je ne; suis qu'une enfant , (ju'une débile leiunic;

Mais j'ai couru , bravant la nuit , sœur du trépas ,

Explorer tous les lieux que fréquentent vos pas.

Plus prompte que l'oiseau qu'un vent rapide ein|>orle.

Traversant les TTormès , j'en ai franchi la porte;

J'ai crié votre nom , vainement exhalé ,

Au Lycée , au Pœcile, aux ormeaux du Coelé.

Là , pour multiplier ma course exploratrice ,

J'ai fait courir ailleurs ma fidèle nourrice.

Enfin , je vous atteins , mon père , et , dans mes yeux ,

Apres les pleurs amers , naissent les pleurs joyeux.

KSCHYLE à part.

Craignons d'un cœur ému la faiblesse indiscrète , Et tenons avec soin ma volonté secrète.

( A sa fille , en se levant. ) Enfant, j'aime toujours l'heure où je te revois-. Mais veuille , pour ce soir , obéir à ma voix ■• Retourne sur tes pas , rentre au seuil solitaire. Pour moi , dans un dessein que ma bouche doit taire. Sans tarder plus longtemps j'abandonne ce lieu. Sois docile à mon ordre et rerois mon adieu !

Mi:(îA.MRK.

Votre adieu, dites-vous? expliquez ce langage.

ESCHYLK.

Enfant, il est trop clair : j'entreprends un voyage.

MKGAMUF..

Quoi! sans me prévenir î sans daigner seulement M'adresser par message un avtîrtissement ! . . .

KSr.lIYI.E.

Du déparl impiévu la cause lut pii'sséc ,

96 LA FILLE DESCHYLE.

Et déjà de la nuit la course est avancée.

MÉGANIRE.

Mais , mon père , à vos pas doivent s'unir mes pas. Partout où vous irez ....

ESCHYLE

Non , il ne le faut pas.

MÉGANIRE.

J'affronterai pour vous la nuit et la tempête !

ESCHYLE

Non ! j'ai déjà donné l'ordre que je répète. Va , regagne au plus tôt le foyer qui t'attend. Va , ma fille !

MÉGANIRE.

Oh! de grâce, écoutez un instant. .

Pousserez-vous bien loin la course commencée?

ESCHYLE

Oui , bien loin!...

MÉGANIRE

Comptez-vous , sur la mer traversée , Ouvrir aux aquilons les ailes des vaisseaux?

ESCHYLE

Oui , je compte passer sur l'abîme des eaux.

( // commence à remonter la scène. )

MÉGANIRE.

A chaque mot , hélas , je tremble et je m'incline. Daignerez-vous , du moins, à la triste orpheline Envoyer quelquefois des messages certains Qui viendront sur nos bords m'apprendre vos destins?

ESCHYLE

Dans la saison propice , au temps des hirondelles ,

ACTK V. a:

Oui , j«' l'adro*^»'.«i .I«'h envoyés rnl«'l«-

Mul mcjiMHr AtUMi'lii ne iiio M*rn pliiH dniix.

ritCHTI.K. temhrn.\snnl tur le front fi %r drtarhnnt ffflif aitr effort.

Adieu ilonr . A nu fillo !

Mr.(;AMRF.

Eh! quand reviendrez -vous?

( Sttence dEtth^U. ]

H»'(.AMHK.

Il se tait , il réprmd (wir un tihuni* nilninv Vous hésitez . mon i^ti* î

Knr.int , oui , je balance , <^>ui , j'hôsii." , .v^xW 11(111 «loute irrésolu. Eh quoi 1 dans l'avenir lequel de nou> a lu .' Quand il part , dans la nuit , |)Our un but qu'il ignore , Quand il va traverser, du couchant à l'aurore . I..es montagnes , les bois , les plaines , les vallons , El l'Océan battu (»ar les forts a(|uilons , L'homme , frùle roseau que le moindre vent plie . L'homrao peut-il jamais , sans risiblc folie , — Surtout du poids des ans s'il a sa grande part — Prédire son retour , dès l'instant du dé|)ar(?

MKCAMHK.

Non ! non ! n'espérez pas , p.ir un tel stratagème , Abuser plus longtenqM une enfant qui vous aime. L'amour , du fond des cunirs , éclaire les esprits. Par lui , j'ai devin»* ; |Mr lui , j'ai tout toiiipris. Lii route où vous entrez . I'omI sonjbre et le front morne ,

98 LA FILLE DESCHYLL.

Esl celle de l'exil , rude , immense , sans borne ; El l'adieu qu'a jeté votre sein paternel Est le terrible adieu qui doit être éternel !

ESCHYLE

Et bien, oui , tu l'as dit ! d'un départ solitaire

Ton soupçon prophétique a saisi le mystère.

Je l'avoue ! aussi bien , de ce furtif départ

La véritable cause eût percé tôt ou tard.

Oui . telle est la pensée en moi longtemps mûrie :

J'abandonne à jamais une injuste patrie.

Volontaire banni , je foule de ce pas

Le sinistre chemin d'où l'on ne revient pas.

MÉGAMRE.

Mais votre cœur , naguère à ma voix accessible , rs'est donc plus maintenant qu'un granit insensible ! Vous voulez donc briser comme un roseau pliant Cette enfant qui vers vous lève un œil suppliant ! A l'orpheline en deuil , qui n'eut jamais de mère , Vous voulez donc aussi ravir l'appui d'un père î Étouffant aujourd'hui tout reste d'amitié , Me refuserez-vous jusqu'à votre pitié !

Mais non , vous resterez , tant de douleur vous touche. Pourquoi suivre d'ailleurs un projet si farouche ? Des citoyens toujours vous marchez le plus grand ! jVul n'obtient les honneurs que le peuple \ous rend !

UNE VOIX daîis h coulisse à gauche.

Ah ! voici le vaincu î

DEUXIÈME VOIX

Le lutteur centenaire î

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