ACTE L — SCÈNE V. 3g
pieds nus et une clameur confuse. L'étrangère, reprise de terreur, ne boira pas; mais elle posera le gobelet sur la pierre du foyer. Elle se dressera brusquement et de nouveau se réfugiera dans le coin, toute tremblante.
L'inconnue.
es voilà ! les voilà ! Ils viennent. Ils
m'ont poursuivie. Ils veulent me prendre.
Ne parle^ pas, ne réponde^ pas, par pitié ! Ils croiront la maison déserte et ils s'en iront sans mé faire. Mais, s'ils entendent parler, si vous réponde:^, s'ils savent certainement que je suis entrée, ils forceront la porte.
Ils sont fous de soleil et de vin :
des chiens furieux. Et il n'y a ici qu'un homme, et ils sont beaucoup, et ils ont tous leurs faucilles... Par pitié !
Pour ces jeunesses innocentes !
Pour vous, servantes de Dieu, saintes femmes !
Le chœur des moissonneurs, devant la porte.
— La maison de La^aro ! Sûrement, elle est entrée ici, la femme.
— Ah! ah! Ils ont fermé la porte.
— Cherche^ dans ces meules de paille.
4o LA FILLE DE JORIO.
— Cherche là, dans le fenil, Gon:;elvo.
— Ahî ah! Dans la maison de La^aro, dans la gueule du loup ! Ah ! ah !
— Hé ! Candia délia Leonessa !
— Holà, chrétiens. Êtes-vous morts ?
Ils heurteront à la porte.
— Héî Candia délia Leonessa, tu donnes asile aux bagasses ?
— Tu t'es donc chargée de fournir toi-même la viande chaude
à ton homme, pour qu'il s'en saoule ?
— 5/ la femme est là, ouvre^, chrétiens, et donnez-la-nous,
que nous la mettions sur la meule.
— Jete^-la dehors, jete^-la dehors :
nous voulons la connaître !
— A la meule ! A la meule ! A la meule !
Ils heurteront et vociféreront. Aligi fera un mouvement et se dirigera vers la porte.
L'inconnue, implorant à voix basse.
eune homme, jeune homme, aie pitié î
Aie pitié ! N'ouvre pas !
Non pour moi, non pour moi, mais pour toutes: ils ne prendraient pas moi seule î Ils sont enragés. Le sens-tu à leur voix ? Le démon les tient.