ACTE IL — SCÈNE III . g
Prends l'huile de Voutre. Il y en a encore. Et attends-moi, tandis que je cours après le
porte-croix.
J'ai bien pensé à ce que je lui dirai.
Il se retournera pour sortir. La femme, vaincue par l'angoisse, le rappellera.
MlLA.
Aligi, mon frère, donne-moi ta main.
Aligi.
O Mila, Mila, proche est le chemin.
Mila.
\onne-moi ta main pour que je la baise :
seul abreuvement qu'à ma soif je laisse.
Aligi.
a main, j'ai voulu la brûler dans l'âtre.
C'est la triste main
qui t'a fait outrage.
Mila.
Il ne 77i'en souvient plus. Je suis la créature qu'un jour, à ton seuil^ tu trouvas
g4 LA FILLE DE JORIO.
saignante, assise sur la pierre, venue Dieu sait par quelles voies !
Sur ta face jamais les pleurs, ô créature,
ne se sèchent; et, quand tu parles,
à tes cils une larme tremble,
tremble; et elle ne tombe pas.
MlLA.
/ s'est fait un profond silence.
Frère, écoute. Nous sommes seuls avec les herbes et les neiges.
Le chant s'est tu. Nous sommes seuls.
Aligi.
Tu es telle que ce jour-là,
Mila, lorsque tu souriais
des yeux, assise sur la pierre,
et que tes pauvres pieds saignaient.
Mila.
Et toi, tu es l'agenouillé qui mit les fleurettes à terre.
Une femme les ramassa et les a dans son scapulaire.
Aligi.
La résonnance de ta voix, Mila, me console et m'attriste, comme en octobre, quand,\le soir,