SCÈNE QUATRIEME
MiLA regardera cette femme avec une tristesse grave, et sa résignation désespérée lui fera la voix sourde et lente.
MlLA.
ardon, passante de Christ, Ta charité ne m'a servi de rien.
L'huile est répandue et la burette est
cassée. Le mauvais sort est sur moi.
Dis-moi ce que tu veux. Ces choses
Ont été travaillées par le pâtre.
Une quenouille neuve avec son fuseau,
la veux-tu ? Veux-tu un mortier et un pilon ?
Dis, toi : car, moi, je ne sais plus.
Désormais, je suis dans le monde d'en bas.
La femme voilée, d'une voix tremblante.
Fille de Jorio, je suis venue pour toi
et je t'ai apporté ce baqueton
afin d'obtenir une grâce.
MlLA.
Ah ! voix du ciel, dans le profond
de mon cœur toujours entendue!
La femme voilée.
C'est pour toi que je suis venue de VAcquanova .
MlLA.
Ornella ! Tu es Ornella !
Ornella se découvrira le visage.
Ornella.
Oui, je suis la sœur d'Ali gi, je suis la fille de Lai^aro.
Mi LA.
baise humblement tes pieds qui t'ont portée vers moi pour que je revisse ton visage
à l'heure de l'angoisse mortelle.
A la pitié tu fus la première,
et tu es maintenant la dernière, Ornella !
Ornella.
Si je fus la première, la pénitence que j'en ai faite est grande. Je te le dis en vérité, Mi la di Codra.
Et ma pénitence dure encore.
MlLA.
Elle tremble, ta voix si douce.
Lorsque dans la plaie le couteau tremble, il fait plus de mal, ah ! combien plus de mal. Et toi, tu n'en sais rien, jeunesse.
Ornella.
Si tu savais quelle est ma douleur!
Si tu savais tout le mal que tu as rendu pour ce peu de bien que j'ai fait !
J'arrive de ma maison désolée, oïl l'on pleure et ou l'on dépérit.