‹ La fille de ioroChapitre 53 sur 98 · ACTE IL - SCÈNE IV. io · texte numérisé non relu

ACTE IL - SCÈNE IV. io

MlLA.

Pourquoi es-tu vêtue de deuil?

Qui t'est mort? Tu ne réponds pas.

C'est... peut-être... ta belle-sœur?

Ornella.

Ahî celle-là, tu la voudrais morte!

MlLA.

Non, non. Dieu me voit. J'ai eu peur, j'ai eu grand'peur, en dedans.

Dis-moi, dis-moi. Qui donc? Réponds, au nom de Dieu et par ton âme !

Ornella.

ersonne encor ne nous est mort ; mais tous nous portons le deuil de l'aimé qui voulut partir à la

montagne

pour la ruine de sa vie.

Cependant, si tu la voj^ais,

la pauvre, si tu voyais ma mère,

un tremblement te prendrait. Pour nous

l'été est venu noir, l'automne

est venu empoisonné :

car l'an bissextil ne pouvait

nous être plus amer. Et toutefois,

quand je fermai la porte etyoulus te sauver,

pour la ruine de ma vie,

tu ne semblais pas alors impitoyable,

io6 LA FILLE DE JORIO.

toi qui implorais la pitié.

Et tu me demandas mon nom,

voulant me nommer avec louange.

Et mon nom est couvert d'opprobre

matin et soir dans ma maison;

et je suis réprouvée et chassée

à l'écart, et chacun me crie :

«•La voilà donc, la voilà, celle

qui mit la barre à la porte

pour que demeurât che^ nous

le malheur tapi au foyer. »

Et je n'en peux plus. Et je dis :

(( Tire^ plutôt

vos couteaux et me me^/ef

en pièces. » Telle est ma récompense,

Mila di Codra !

MlLA.

/ est juste, il est juste que, toi, tu me frappes; il est juste que, toi, tu m'abreuves de cette amertume

et accompagnes de cette peine

ma faute dans le monde d'en bas.

Peut-être que pour moi la pierre et la paille

et les sarments et le bois insensible

parleront, et que l'Ange muet

qui pour ton frère vit dans cette souche

et que la Vierge sans sa lampe

parleront; mais moi, je ne parlerai pas.

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