‹ La fille de ioroChapitre 54 sur 98 · ACTE IL — SCÈNE IV. 107 Ornblla · texte numérisé non relu

ACTE IL — SCÈNE IV. 107 Ornblla

créature, il me semble qu'à présent,

tu es vêtue de ton âme

et que je puis la toucher avec ma main. Or comment se fait-il que tu jettes tant de mal à la gent de Dieu ?

Si tu voyais notre Vienda, tu tremblerais toute. Sa peau est près de se fendre sur ses os, de sécheresse, et dans sa bouche ses gencives sont plus blanches que ses dents.

Et, comme tombait la première pluie, samedi, mère nous dit en pleurant : <( Voye^, voye^ ; elle s'en va, elle plie sous la froidure et se défait. » Mais notre père, lui, ne pleure pas; il mâche son fiel, sans dire mot.

Sa blessure s'envenima.

L'érysipèle malin le prit (Saint Césaire et Saint Roch nous protègent î) et, dans l'enflure, lui laissa la bouche pour aboyer jour et nuit.

Toute sa tête n'était qu'un feu sombre; et, dans sa rage, il poussait de grands blasphèmes, à ébranler la maison; et nous avions peur... Tu claques des dents, créature. As-tu la fièvre, pour être ainsi transie de frissons ?

io8 LA FILLE DE JORIO.

Toujours, à la tombée du soleil,

le froid m'entre dans les os : car je ne suis

pas habituée au soir des montagnes.

A cette heure on allume les feux.

Mais parle, parle sans pitié.

Ornella.

ler, par un mot, j ai compris qu'il s'était mis dans l'esprit de monter ici, jusqu'aux parcs.

Je ne l'ai pas vu revenir

hier soir, et mon sang s'est figé.

Alors j'ai préparé ce baqueton

avec mes sœurs qui m'aidaient;

car nous sommes trois, nées de même mère,

toutes les trois marquées pour la douleur.

Et cette nuit j'ai quitté l'Acquanova,

j'ai passé le fleuve au bac

et j'ai gagné la montagne...

Ah ! créature de Christ, ta peine

îite fait mal. Que puis^je pour toi?

Tu trembles encor plus terriblement

que quand tu étais prés du foyer

et que les moissonneurs faisaient rage.

Et tu l'as rencontré? Tu sais

qu'il est venu jusqu'aux parcs?

Tu en es sûre, Ornella, tu en es sûre ?

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