ACTE II. — SCÈNE IV
Ornella.
Je ne l'ai pas revu et je ne sais pas
s'il est parti pour la montagne.
Je sais qu'il avait aussi affaire
au Gionco. Peut-être ne viendra-t-il point.
N'aie pas peur. Mais écoute-moi,
écoute-moi. Pour sauver
ton âme, Mi la di Codra,
repens-toi et éloigne
de nous ce maléfice.
Rends-nous Aligi, et va-t'en avec Dieu.
Et puisse Dieu avoir pitié de toi !
MlLA.
œur d' Aligi, je suis toujours
contente de t'obéir.
Il est juste que tu me frappes, moi femme mauvaise, moi fille de sorcier, chienne impudente, qui ai imploré la charité de la voyageuse de Christ pour qu'elle me donne un peu d'huile afin de nourrir une lampe sainte !
Peut-être que derrière moi l Ange pleure de nouveau; et peut-être que pour moi les pierres parleront; mais moi, je ne parlerai pas. Seulement, pour ce nom de sœur, je te dis (et, si je ne dis pas vrai, puisse en cet instant se dresser
iio LA FILLE DE JORIO.
du tombeau ma mère chérie, et me prendre par les cheveux et me jeter contre la teri-e noire et porter témoignage contre sa fille menteuse !) seulement je te dis : Je suis sans péché envers ton frère.
Devant la couche de ton frère je suis pure. Je te le dis.
Ornella.
Dieu puissant, tu as fait ce miracle l
MlLA.
\t tel est l'amour de Mila, tel est mon amour, jeune fille.
Je ne parlerai pas davantage.
Je suis contente de t'obéir.
Elle sait ses voies, la fille de Jorio,
et déjà son âme s'était mise
en route avant que tu
vinsses l'appeler, ô innocente.
Et ne te défie pas, sœur d'Aligi;
car tu n'en as pas de raison.
Ornella.
Ma foi est plus ferme que pierre.
Entre tes cils j'ai vu
la vérité. Le reste est nuit.
Et, moi pauvrette, je m'y perds.
C'est pourquoi je baiserai tes pieds