‹ La fille de ioroChapitre 56 sur 98 · ACTE IL — SCÈNE IV. m · texte numérisé non relu

ACTE IL — SCÈNE IV. m

qui connaissent les voies, humblement.

Je t'accojnpa^nerai dans ton voyage

avec ma compassion secrète;

je prierai pour que te soient comptés

tous tes pas et qu'à chacun d'eux

te soit allégée ta douleur.

Et la peine que nous avons soufferte,

je ne la mettrai plus sur toi.

Je ne jugerai pas le malheur.

Je ne jugerai pas ton amour.

Puisque envers mon frère

tu es sans péché, en mon cœur

je t'appellerai ma sœur,

ma sœur perdue; et je veux

te voir quelquefois dans les rêves de l'aube.

MlLA.

\h ! plût à Dieu que je fusse déjà couchée sur la terre noire, les yeux déjà clos, et que ces paroles

fussent les dernières par moi

entendues en promesse de paix!

Ornella.

C'est pour ta vie que j'ai parlé.

Et je t'ai apporté le réconfort,

afin qu'au moins dans ta première étape

tu ne manques pas d'un peu de viatique.

C'est pour toi que j'ai préparé ce baqueton

avec le manger et le boire (maintenant, l'huile est renversée !); mais, si je n'y ai pas mis

une fleur, pardonne-moi : je ne savais pas...

MlLA.

Une fleur bleue, l'aconit,

Que ne l'as-tu mise dans le baqueton !

Et que n'y as-tu mis pour moi le linceul

fait avec la toile tissée

sur ce métier que j'ai vu

entre le foyer et la porte !

Ornella.

Mila, attends ton heure du Christ.

Oh est mon frère ? Tantôt

il n'était pas au parc. Oîi est-il?

Mila.

// reviendra certainement avant la nuit.

Il faut que je me hâte; il le faut.

Ornella.

u ne veux pas le revoir? lui parler?

Oîi iras-tu, cette nuit? Reste;

et moi aussi je resterai dans cet abri,

et en face de la douleur nous serons trois. Puis, à l'aube, tu t'en iras par ta voie, nous par la nôtre.

Mila.

Déjà les nuits sont longues. Il faut

Page 1