ACTE III. — SCÈNE IL
Candia.
Il y a si longtemps que je n'ai chanté!
Je ne sais si je retrouverai mon air.
Mais aujourd'hui c'est vendredi, et l'on ne
chante pas :
le Seigneur s'est mis en pénitence.
Splsndorb.
tua mère, où est ton âme?
Tu nous regardes et tu ne nous reconnais point! Quelle pensée t'entraîne? Pauvres de nous, que veut dire cela?
Candia.
Cela est la planète et cela est le Sacrement, et cela est le clocher de Saint-Biaise, et cela est le fleuve et cela est ma maison. Mais celle-là, debout sur le seuil, qui estelle?
Une terreur subite assaillira les jeunes filles. Elles s'écarteront un peu pour considérer leur mère, et elles gémiront tout bas.
Ornella.
Ah ! sœurs, chères sœurs, elle est perdue pour nous ! Notre mère aussi, nous l'avons perdue ! Elle n'a plus sa raison, vous voye^.
Splendore.
Malheur à nous! Nous sommes maudites
par Dieu. Nous restons seules sur terre ï
Favetta.
0 femmes, bonnes parentes, creusesf-nous
notre fosse à côté de cette autre, et mette^^-
nous toutes les trois au ébnd, telles que nous
sommes, vivantes.
Felàvia Sèsara.
Non, ne vous effraye^ pas, créatures.
Le coup lui a renversé l'âme.
Va rejetée dans le temps d'autrefois.
Laissez-la s'égarer; elle reviendra ensuite.
Gandia fera quelques pas.
Ornella.
Mère, m'entends-tu? Oîi veux-tu aller?
Gandia.
J'ai perdu le cœur d'un doux enfant, hélas î il y a trente-trois jours, et je ne le retrouve
pas.
L'as-tu vu ? l'as-tu rencontré ?
— Sur le Mont Calvaire que je l'ai laissé; je l'ai laissé là-haut, ton doux enfant, laissé dans les larmes et dans le sang.