ACTE III. — SCÈNE IL i5i
L'étendard passe maintenant la citerne.
On apporte aussi l'Ange couvert.
Les femmes s'assembleront ' sous le chêne, regardant vers le sentier.
Ornella, d'une voix forte.
Mère, Aligi vient, Aligi vient
prendre de ton cœur le pardon,
boire de tes mains la coupe
du réconfort. Réveille-toi et sois courageuse.
Non, il n'est pas maudit. Son repentir
rachète le sang sacré qui a été répandu.
Candia.
'est vrai, c'est vrai. Avec des feuilles
broyées on étancha le sang qui coulait.
« Mon fils Aligi, lui dit-il, mon fils Aligi, laisse la faucille et prends le bâton du pâtre; fais-toi berger et va sur la montagne. » Et gardé fut son commandement.
Splendore.
As-tu bien entendu? Ton fils Aligi arrive.
Candia.
Et à la montagne il doit retourner.
Comment faire? Ses chemises neuves, je n'ai pas fini de les coudre, Ornella !
i52 LA FILLE DE JORIO.
Ornella.
Allons, mère. Fais ce pas. Viens par ici. Il faut que tu l'attendes devant la maison. Disons-lui adieu, à celui qui part.
Et puis nous nous coucherons toutes en paix, flanc contre flanc, dans le lit d'en bas.
Les filles ramèneront la mère sous le porche.
Candia, murmurant à part soi.
Je me suis couché et j'ai vu Christ en rêve. ^' Christ m'a dit : « N'aie pas peur. »
Saint Jean m'a dit : « Aie confiance. »
Le Chœur des parentes.
— Oh ! quelle foule de gens marchent derrière r étendard ! Tout le pays vient.
— lona di Midia porte l'étendard.
— Et quel silence! Comme à une procession!
— Ah! quelle pitié! Ce voile noir sur sa tête !
— Les lieras de bois à ses poignets, si pesants, gros comme un joug!
— Et le sarrau gris, et les pieds nus !
— Ah! malheur! Moi, je baisse la face à terre
et je ferme les yeux : je ne veux pas voir.
— Lonardo délia Roscia porte le sac de cuir; Biagio Gudo amène le mâtin.
— Mettez-lui dans son vin un peu de racine de solanée, pour qu'il perde le sentiment.