ACTE in. — SCÈNE III . iSj
chdsse^-moi comme le tndtin
qui en mon agonie sera mon compagnon,
qui me mordra la gorge
lorsque mon âme désespérée
vous appellera mère, mère,
parmi le sang de mon moignon
maudit, dans le sac d'infamie.
La Foule, à voix basse.
— Ah! la pauvre, la pauvre! Regarde, regarde : tçute chenue en deux nuits !
— Elle ne pleure pas; elle ne peut pas pleurer.
— Elle semble avoir perdu la raison.
— Elle ne bouge pas. Elle est comme la statue
de Notre-Dame des Sept-Douleurs. Oh ! pitié!
— Aie pitié d'elle, Dieu bon!
— Sainte Vierge, miséricorde!
— Miserere, Jésus Christ!
Aligi.
t vous, créatures, il ne m'est plus donné de vous appeler sœurs, il ne TJi'est plus donné de nommer les noms que vous imposa le baptême, ces noms qui étaient des feuilles de menthe dans ma bouche, des feuilles fraîches dont le parfum in' allait jusqu'au cœur; et je les sens là, au haut de ma gorge,
i58 LA FILLE DE JORIO.
et je voudrais pouvoir les dire,
et je ne voudrais pas d'autre breuvage
pour consoler mon trépas.
Mais il ne m'est plus donné de vous nommer.
Et ces beaux noms se faneront,
et l'amour ne vous les chantera pas
sous la fenêtre, dans la nuit claire :
car nul ne voudra les sœurs
d'Aligi. Et maintenant le miel est poison l
Chasser-moi vite comme un chien;
vous aussi, chasse:[-moi vite,
battez-moi, jete^-inoi des pierres.
Mais, avant de me chasser, souffre^
qu'à vous inconsolables je laisse
les deux seules choses que je possède
et que cette gent chrétienne
vous apporte : le bâton de cornouiller
où j'ai fait les trois vierges
à votre ressemblance,
pour vous avoir près de moi sur l'herbe;
le bâton, et l'Ange muet
que j'ai travaillé avec mon cœur,
l'Ange qui porte la tache terrible.
Et la tache disparaîtra
un jour, et l'Ange muet
parlera un jour. Et vous verre^,
et vous entendre^. Pâtir, pâtir
pour cela, je le veux; et jamais asse^
je n'aurai pâti.