ACTE III. — SCÈNE III. i5g
La Foule.
-- Ahï les pauvres, les pauvres l Regarde, regarde comme elles sont défaites!
— Elles aussi, elles ne pleurent plus.
— Elles n'ont plus de larmes. Elles sont desséchées, brûlées jusqu'au fond.
— La mort les fauche et les laisse par terre, encore vivantes.
— Elle les tranche mais ne les emporte pas,
— Aie pitié d'elles, Dieu boni
— Ce sont des créatures innocentes.
— Miserere, Jésus, miserere!
Aligi.
y. toi, qui es vierge et veuve, toi qui dans tes trois coffres as apporté vêtements de deuil,
peigne de ronces, collier
d'épines, draps tissés
d'orties; toi qui as pleuré
la première nuit et ensuite toujours,
tu as dans le paradis tes noces
nouvelles. Jésus te fait son épouse,
Marie te console à jamais.
La Foule.
— Ah! la pauvre! Celle-là n'arrivera pas jusqu'au soir : elle est à son dernier souffle.
— Elle n'est que cheveux; elle n'a plus de chair; cet or est elle toute.
i6o LA FILLE DE JORIO.
— Mais comme il est pâle, son or!
— Comme une quenouille de chanvre.
— Comme l'herbe du Jeudi Saint.
— 0 Vienda, vierge et veuve, sûrement le paradis est pour toi.
— Si elle ne l'avait pas, qui l'aurait?
— Notre Dame, emporte-la au ciel!
— Mets-la panni les Anges b laites!
— Mets-la parmi les Martyres d'or!
lONA DI MiDIA.
ligi, tu as dit ta parole.
Or ça, lève-toi et partons : il est tard. D'ici peu, le soleil se couche.
Et tu ne dois pas entendre l'Ave^ ni voir l'étoile.
O Candia délia Leonessa, si tu veux avoir pitié, si tu veux lui donner la coupe, ne tarde pas.
Tu es la mère. Cela t'est permis.
La Foule.
— Candia, Candia, lève son voile!
— Candia, donne-lui la coupe, qu'il boive!
— Donne-lui le breuvage, qu'il ait
du cœur pour le supplice. Allons, Candia!
— Aie pitié de ton enfant!
— Seule tu le peux. Cela t'est permis.
— Miserere ! Miserere !
Ornella présentera à la mère la coupe du vin