ACTE m. — SCÈNE IV. i
Ornella [pardon, si j'ai osé te nommer), tu es témoin qu'elle trompe le peuple juste.
MlLA.
|/ ne le sait pas. De cette heure il n'a pas souvenance. Il est ensorcelé : je lui ai retourné la raison, je lui ai retourné la mémoire.
Je suis fille de sorcier. Il n'est pas de sortilège que je ne connaisse, que je n'emploie. Si parmi les femmes de la parenté se trouve celle qui m'accusa ici même, la veille de la Saint- Jean, lorsque j'entrai par la porte qui est là, qu'elle s'avance et répète l'accusation, La Catalana.
C'est moi, cette femme. Me voici.
Porte contre moi témoignage
pour ceux que j'ai infectés,
pour ceux que j'ai affolés,
pour ceux que j'ai tués.
La Catalana.
Giovanna Camètra. Je le sais.
Et Panfilo délie Marane,
et Afuso, et Tilliira. Je le sais.
Je sais que tu fais nuisance à tout le monde.
i66 LA FILLE DE JORIO.
Mil A.
Vous ave^ entendu, peuple ju^e,
cette servante de Dieu ? Eh bien, c'est vrai.
Je me confesse. Le saint des montagnes
a touché mon âme triste.
Je me confesse et je me repens. Je ne veux pas
que l'innocent périsse.
Je veux ma punition, et qu'elle soit grande!
Pour ravager une maison, pour rompre
des liens, détruire des joies,
prendre des vies, en un jour de noces
j'ai franchi le seuil que voilà,
je me suis emparée
du foyer et je F ai profané.
Le vin de l'hôte, je ne l'ai pas bu,
mais je l'ai changé en philtre mortel.
Les sorts du père et du fils,
je les ai tordus vers la haine, et j'ai angoissé
la gorge de l'épouse novice.
Et les douces larmes
de ces trois jeunes sœurs, par art,
je les ai tirées pour ma défense.
Dites, femmes, si vous êtes de Dieu,
dites combien grande a été ma perfidie!
Le Chœur des parentes.
— C'est vrai, c'est vrai. Oui, elle a fait cela.
— Elle s'est glissée dans la maison, la chienne errante.