‹ La fille de ioroChapitre 93 sur 98 · OBSERVATIONS GENERALES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS GENERALES

1" DU RYTHMK

La Fille de Jorio, écrite en vers, a été traduite vers par vers; ce qui n'empêche pas que la structure rythmique du poème a disparu dans la traduction * : car notre prosodie française ne possède pas de vers qui, ryihmiquement, correspondent à ceux dont le poète a fait usage. Or, comme le rythme a dans l'œuvre originale une importance comparable à celle qu'il avait dans

I. Nous avons même cru devoir omettre quelques vers du I" acte, scène première. Cette scène, étant lyrique, doit être chantée; et la disparition du rythme ôtait à ces vers tout leur charme.

i8o LA FILLE DE JORIO.

la tragédie grecque, les curieux trouveront ici avec plaisir quelques explications sommaires sur les mètres du texte italien.

La « tragédie pastorale » est construite sur deux grands ordres de rythmes : i" sur le rythme ïambique de l'hendécasyllabe (pentapodie ïambique); 2° sur le rythme dactylique de l'ennéasyllabe et du décasyllabe (tripodie dactylique, avec anacruse monosyllabique et dissyllabique).

Le premier rythme est employé dans les scènes rituelles, où domine l'émotion religieuse, et dans celles où le tumulte des passions fait trêve.

Le second est employé pour l'expression vive de la violence, de la douleur, de la terreur, de la pitié. Le « frappé rythmique », Victus, y acquiert parfois une force extraordinaire, et la marche ascendante s'accélère avec un élan irrésistible.

A l'hendécasyllabe ïambique succède souvent l'hendécasyllabe dactylique, rythme descendant qui futcher àJacopone daTodi et que l'on trouve maintes fois employé dans les plus anciennes laudi dramatiche. Dans les parties essentiellement lyriques, par exemple dans les chants des trois sœurs et dans les nénies des pleureuses, où l'accompagnement musical est indispensable, prédomine un rythme trochaïque descendant, l'octosyllabe (tétrapodie trochaïque), mètre très

COMMENTAIRE. i8i

usité dans les poésies religieuses et goliardes du moyen âge et qui remonte aux origines de la littérature italienne, puisqu'il apparaît déjà dans la Cantilena di un giullave toscano, attribuée au xu* siècle.

En outre le poète, se servant habilement de l'anacruse mobile, initiale ou interne, si fréquente dans la poésie populaire, et de YhyperthesiSy qui consiste en une transposition de Varsis au premier pied du vers, a su donner à ses rythmes une infinie variété musicale et une correspondance toujours nouvelle avec les mouvements de la vie intérieure.

Page 1