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avait trompé les deux femmes en se faisanl [jasscr pour u:; comte Florentin.
Plus pâle qu'un linceul, il jetait des regards vagues autour de lui comme s'il s'attendait à voir le feu du ciel tomber sur l'abbaye et la consumer, il écoutait les bruits du dehors comme s'il eut espéré qu'une troupe d' irchei'S allait accourir et enfoncer les portos du repaire. Tous les espoirs insensés qui font palpiter le cœur d'un condamné à moi-t, traîné au supplice, niiioitaient dans son cerveau. Il ne pouvait admettre que Dieu permit la flétrissure de cette belle jeune Glle, si di-ne de la plus chaste adoration.
Jacques et Claude sentaient leur pio-
DU |.'aVI<UGLK 'ibl
fonde impuissance coiilre une foule porvorse, ru()iile et (léfi;inle. lis no pouvaient racheter à prix (l'argent la vie ni l'honneur de Christine; ils ne pouvaient désarmer par des menaces ou des prières celle haine instinclive dont les èlres vicieux et criminels poursuivent le faible et l'innocence; ils ne pouvaient rassurer l'onibrageuîe inquiétude des habitants de l'abbaye que par un gage apparent de dévouement et après s'être consulté à voix basse, ils résolurent d'assurer leur sécurité aux dépens de François Perrier.
Eu effet ce dernier voyant la Miji s'avancer vers Chrisline et loucher sa mnnle
avec un geste de niépiis familier ne puise I 17
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contenir davaiilage. 11 saisit dans sa main les doigts raidis et parchenainés de la bohémienne qui craquèrent comme deviens sarments et lui cria :
— Tanie de Belzébuih ! agenouille-loi devant celle sainic que lu as osé profaner de ion souffle infect ! Hampe à ses pieds cl deuiaiide-lui pardon.
La vieille poussa des groguemenls lanienlables, el [)lusieurs bohémiens s'élancèrent à son secours, mais Pf^rrier fit tournoyer son bàlon f'Mié avec une si prodigieuse dextérité qu'il mainlint ses adversaires à une respectueuse distance.
Les pauvres se niircnl à hurler comme des malins (jui «.ml l'ien envie de mordre,
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mais qui n'osent, par crainte des coups suspendus sur leur échine. Miji se débattait comme un démon aspergé d'eau bénite, et ne voulait pas se prosterner.
François avisant alors une grande chaudière qui se balançait sur un tas de broussailles que deux enfants venaient d'allumer, toute remplie d'une eau plus ou moins limpide sur laquelle surnageaient des canards et des poules, saisit Miji par la nuque et menaça de la tremper dans ce bain succulent.
Le vieille bohémienne se livra, pour échapper au baptême, à des contorsions extraordinaires qui firent pâmer de rire jusqu'au terrible Gorju lui-même; mais
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ce dornior ne se souciant pas dètie bravé plus longtemps par un valet d'aveugle dans l'enceinte de son pouvoir, fronça le sourcil à la façon du Jupiter Olympien, et ordonna sèchement à Perricr de déposer à terre Miji et sou bâton ferré.
— \ iens les prendre! répliqua intrépidement François sans se douter qu'il plagiait le héros de Sparte.
A celte insolente réponse, la face de l'abbédespauvrcs devint verte comme l'écume d'une mare slagnanlf. Il comprit qu'il fallait sauver à tout prix son prestige de coquin adroit et audacieux aux yeux de sa horde qui ne respectait que la force. Il ne pouvait, sanshonte, appeler à son aide cou-
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tre un seul homme, — presque un enfant, — la foule de ses bandits; aussi feignit-il de dédaigner un si mince adversaire.-
Il s'avança nonchalamment vers lui sans tirer son épée du fourreau, puis, tout à coup, il lança un vigoureux coup de pied contre la chaudière qui culbuta, roula dans les jambes de François Perrier et le fit trébucher comme un ivrogne.
Déjà le bourguignon cherchait à se raffermir sur ses jarrets robustes et ses yeux enflammés promettaient une rude réprésaille au maître de l'abbaye, lorsque Jacques et Claude, au lieu do se ranger à ses côtés pour le dcfen-lro, le saisirent par derrière et lui arrachèrent son bàlon. Stu-
péfait, consterné, abasourdi de celte de'fection, il ne se sentit plus la force de résister et se laissa traîner aux genoux de Gorju, qui lui dit en souriant :
— Eh bien, fanfaron, ça ne te réussit pas toujours de te déclarer le champion des belles !
— Oh ! sans 'a trahison de ces faux frères, tu n'aurais pas eu si bon marché de moi, s'écria Perrier. Tu n'oserais m'affronter à lutte égale. Tu n'es qu'un lâche voleur, un comédien de visage, de cœur et d'habit. 11 n'y a pas de sang sur ta joue ; il n'y a pas de sang dans ton cœur. Mais ne crois pas que celte noble demoiselle s'avilisse jamais jusqu'à mcllre sa main
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pure et blanche dans ta main de proie, maintenant que tu as laissé tomber ton masque. Je suis un honnête garçon, moi, je ne s ais nimenlir ni tromper, et je ne crains pas de te dire devant ta troupe de larrons que tu es bien digne de les commander, car de tous, tu es le plus lâche!
Gorju haussa les épaules, et s'adressant aux deux autres peintres : — Merci mes chérubins, dit-il ; baillônnez-moi ce bavard. Nous déciderons plus tard de son sort.
Jacques et Claude obéirent.
— Tu vois, maître, ce que tu as gagné à vouloir défendre celte espionne! reprit
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Miji qui, plus exaspérée que jamais, n'abandonnait pas son accusation,
Corju fixa sur Christine des regards presque suppliants, mais elle resta opiniâtrement silencieuse, sans quitter François Perrier des yeux.
Une rumeur sinistre parcourut tous les groupes des pauvres.
— Je crois, ajouta Miji en traînant uue longue corde grasse et souillée de boue, que je pourrais maintenant lui prédire sa bonne avenlure à celle princesse.
La vieille dame comprit le sens sinistre de ces paroles, et jeta un cri d'épouvante, qui lit tressaillir Jacques et Claude.
Le premier se pencha doucement vers
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Zorah et chuchotta quelque mots h son oreille. La jeune bohémienne pâlit; puis se rapprochant de Christine, elle se coucha pour ainsi dire à ses pieds avec la grâce d'une Jeune chatte qui sollicite une caresse :
— Miji, dit-elle en dénouant sa chevelure par un geste de coquetterie enfantine, veux-tu que je dise à nos frères pourquoi tu accuses celte pauvre demoiselle d'être une espionne. C'est parcequ'elle est jeune et que tu es vieille , parcequ'elle est couragense e( que tu es poltronne, parcequ'elle est riche et que tu es pauvre, parceque le collier brillant qui enlace son cou blanc comme le marbre
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le fait envie ef que lu voudrais le voir pendre à ton cou noir et ridé! N'est-ce pas la vérité ?
— SoUe péronnelle! inierrompit Miji furieuse, tête écervelée, va chanter comme un oiseau ot danser comme une cbèvre, mais ne te mêle pas des intérêts de la tribu. Il ne faut pas d'élrangcre parmi nous. Une étrangère est toujours une ennemie qui guette nos secrets pour nous vendre. Voilà pourquoi je hais celte jeune fille. Sorais-tu donc joyeuse, Zorah, de voir pendre aux arbres de la forêt les corps de tous tes frères.
— Mais tu ne crois pas cela, Miji, s'écria vivcmeul Zurab. Toi qui es savante
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en magie, toi qui sais lire sur les figures le signe le plus secret et le plus fugitif de leur destinée, regarde donc le doux visage de celle blanche fiancée. Elle est belle c omnie un ange de lumière. Son esprit même est absent d'ici. Elle rêve peutêtre à son enfance, peut-être à l'avenir caressé dans des songes, mais elle ne pense pas au présent, mais elle ne nous entend pas. Pendant que nous croassons à ses pieds, son âme monte plus haut et prie Dieu!
— Eh bien! que ne l'envoie-t-on le prier de plus près, riposta la vieille bohémienne. D'ailleurs elle n'a pas même vou-
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]u prêter le serment de ne point nous trahir.
— Crois-tu donc qu'une véritable espionne ne nous aurait pas juré tous les serments du monde! dit Zorah, Puis,saisissant une des mains pendantes de Christine, elle l'examina avec une attention profonde : — Par la science même que je tiens de loi, Miji, plus j'examine les lignes de cette main, et plus j'affirme que nous ne courons aucun dani:er de la part de celle enfant. Elle est incapable de souhaiter même la mort de son plus cruel ennemi !
Miji, hideuse de colère et de haine, tor-
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dit presque dans ses doigts crochus l'aulre main de Christine, et s'écria :
— ^ Je jure, moi, par cette science dans laquelle je suis la maîtresse et toi l'élève, que si l'abbé des pauvres épouse cette étrangère, l'asile de l'abbaye sera vjolé, et que tous ceux qui ont coutume d'y chercher un refuge feront ployer sous le poids de leurs cadavres les branches de la forêt.
Le silence, mêlé de curiosité, qui avait régné pendant ce débat auquel la fiancée était seule restée insensible, fit place à de violentes invectives et à de sanglants reproches adressés à Gorju.
l<es deux peintres frissonnèrent et relàchèicnt insensiblement Ws liens dô
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François, dans la main duquel Jacques trouva moyen de glisser un couteau.
L'influence de Miji semblait l'emporter décidément sur celle de Zorah, et la vieille bohémienne, fière de son triomphe, ajouta pour accabler d'un dernier coup sa rivale :
— Écoute un conseil, ma mignonne.
Veux-tu que je le dise, moi, pourquoi lu as défendu si vaillamment celte flère den)oiselle que lu ne connais pas. C'est que toi aussi lu aimes un étranger. Tu as tort, ma pauvre Zorah, et je te prédis la ruine de Ion amour. Mous devons aimer les oiseaux de notre plumage, ceux qui ont été couvés dans notre nid, et qui n'ont pas
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honte (le voler d'une aile aussi courle et aussi faible que la nôtre. L'aiglon ne doit pas nicher avec les fauvettes.
Quelques rires éclatèrent parmi les bohémiens, et Zorah , interdite, n"osa répoudre. Miji victorieuse s'avança effrontément devant la ti'isle fiancée de Gorju, et lui dit :
— K'est-ce pas que tu es une espionne, toi?
La jeune fille abaissa son regard candide et étonné sur la hideuse vieille; puis elle lui répondit avec une douceur extraordinaire :
— Qui, je suis une espionne ; oui, je dénoncerai vos crimes si vous ne me faites
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pas mourir. Je ne suis pas (Je votre race. J'ai horreur de vous connue de l'enfer soulevé hors de ses abîmes eidébordanlsur la lerre ; ces murailles me semblent lachpes de sang innocent qui crie vengeance.
L'esprit du mal vous inspire. Vous yolez la guenille du misérable comme la bourse du riche , le berceau de l'enfant comme le rosaire du (irèlie, le voile de la VL-uve cou)me le (ilel du ()èchcur, le bœuf du laboureur comme le cheval du soldat. Je vois sur ce bahut des vases sacrés ! Je vois des coupes renversées sur un autfl à moitié lirûlé. Vous volez dans la nuit et vous vous sauvez. Vous incendiez les granges et les éiables, et vous vous sauvez. Vous
DEl. AVFUr.LK '2 iù
êtes des bandits houleux qui aimez à
vivre du travail et de l'épargne d'au-
trui comme le frelon, mais qui n'osez
même conquérir votre proie comme
l'aigle, au prix de votre sang. Ah! vous
pouvez me tuer, étoulFer ma voix,
éteindre mes jeux, mais vous ne pouvez
me rendre votre complice. Etre haïe de
vous! être insultée par vous! être luee
par vous, voilà ce qui sera pour moi un
honneur insigne ! Ah ! quand je pense que
sous cette friperie de gcntilhomiiie, le
glorieux ahbé des pauvres avait trompé
ma mère, et que j'ai failli devenir la femme
de ce larron hypocrite, merci, vieille Miji,
merci à toi qui m'as révélé la fourberie, 1 18