‹ La fille de l'aveugleChapitre 4 sur 18 · CHAPITRE TR0:S1I'MI · texte numérisé non relu

CHAPITRE TR0:S1I'MI

On le lecteur saiterçoil qu'il pousse des peintres dans les Alpes,

La nuit allait couvrir comme une chappe (le plomb les Alpes neigeuses; sur lesversansde deux montagnes de granit et do neige, dans les reflets bizarres de leurs anfractuosités, entre les clairs obs-

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curs (le leurs gorges étroites cheminaient deux troupes de vovageuis qui conlras- (aicnt pai- leurs pliysic noinie, leur allure et leur costume de la façon la plus tranchée.

Un ravin béant comme la gueule d'un loup aflamé, noir cl pri>fond comme le lil (lu llcuve iiiiernal, séparait ces deux bandes que le hasard seul rapprochait constamment tandis qu'elles suivaient ces sentiers [dus praticables pour des chèvres que pour des hommes.

La première troupe se composait de pieux péKrins qui se rendaient pëdesireuunl à liomc pour assister au Jubilé; les saints pi-isonna^^es m.iichani deux à

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deux et nrmes de la coquille, du bourdon fl du liàlou ferré, défdaieiU silencieusclucnt en plein ciel, en pleins rochers et en pleine neige, comme s'ils eussent con'.inué une procession sur les dalles et sous les voûtes d'une basilique. Les aspects merveilleux de celte nature abrupto cl grandiose, ombres sinistres, niiroilemenls perfides, cascades cristallisées, déchirures sauvages, rien ne pouvait les distraire de leurs patenôtres ; ils restaient aveugles devant les tableaux sublimes qu'offraient les Alpes neigeuses comme ils semblaient sourds aux cris, aux huées, aux quolibets de la bande folle eljoyeusc qui suivait b.' t^eiUier iqjposé.

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Celle autre troupe ne se dirigeait sans doute pas vers l'Italie dans des inli^ntions aussi orthodoxes que celle des ])ons pe'lerins. Celait une cohue de bohémiens moitié mendiants, moitié voleurs, brigands de grand (.liciiiin moins le coup de couteau, un ramassis de gueux bouffons tantôt servilcs comme des espions, tantôt hardis comme des maraudeurs, mais traînant derrière eux unequ'ue de femmes, de mulets, d'enfants, de chevaux et de bagages indescriptible.

C'étaient les boh(''inieus qu*^ Jacques Callot (levait rendre immortels par ses eaux fortes cl (pi'uu de nos amis a ain^i décrits d'après lui. « Les chevaux donnent

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l'idée (lu clieval de l'apocalypse; les lioninies sont coitîés de chapeaux hyperboliques, les femmes ne sont guères vêtues que de choses fnlurcs, les enfants se drapent dans des lambeaux ; ils sont en grand nombre, |)as une mère qui n'en ait un à chaque main, un sur le dos et un par devant. I.a bande est conduite par un jeune gaillard pastrojunal équipé; feutre à laiges bords, cheveux retombant en boucles, pourpoint beaucoup trop (ailladé lance sur l'c'paule , coutelas d un C(Mé, carabine de l'autre, enfin chausses qui Italayiiit la j'oussière. In singe se promène sur le dos do ce terrible galanl. Le jeune bandit est suivi de deux chance-

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Jantes haqueni'cs poitanl (.liacime femme et enlaïUs l'un ii la inanielle, l'aulie à peine scvn'' , mais (k'-jà hravcmenl eu ci'oupe. A la (jiicue du clioval un saint lionunc de biigand, liabillôde la défroque (','un moine et ini eiil'ant coilfé d'une marmite dont l'anse lui sert de collier, ai nié d'un touriie-brochc en i,'uise de bùton, velu d'un panier (pii lui sert de pourpoint cl d'un giil <pii lui sert de liant de chausses. Vient ensuite la cliarelle trainée [)ar un cheval poussif. Un bohémien d'un âge nnn-, comme il convient pour guider un coursier si fougueux, est gravement assis sur la licle; d'une main il se lient au collier, de l'aiilre il hraudil un fouet rodou-

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table. !l porto sur l'ëpaule un petit baril de vin ou de liqueurs qu'il a bien raison de ne confier qu'à lui-rnênie. Sur ce baril un coq apprivoisé chante et domine la scène de sa crête et de son panache. Dans la charrette se rencontrent pêle-nièle un homme armé d'un sabie, une femme qui allaite un" marmot, des enfants qui soulèvent des ustensiles de cuisine, un chat, un chien, des lapinf, des agneaux et de^ poules égorgées. Sur un âne sont entassés les traînards qui se montrent avec orgueil, des canards volés sur la route. Knfin Irt caravane est gardée sur les derrières par un bohémien hardiuient taillé qui porte un agneau sur son bras, un mouton eu

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