DEL EL
Et, après avoir mis deux pièces de cinq francs dans son bonnet de fausse En Magloire passa au milieu des ta.
es,
Henri Savanne, profondément ému, :
donna vingt francs.
Mme Aubin, la même somme,
La mère Véronique dix francs.
Les servantes, sanglotant comme des Madeleines, vidèrent leurs poches.
Toutes les mains se tendaient vers le uêteur, pressées de verser leur oftrane,
Un seul homme n'avait rien donné et
confus, il baissait la tôte.
C'était Vide-Gousset le mécanicien, si promptement et si prestigieusement soulagé par Henri Savanne quelques instants auparavant.
Magloire s'arrêta devant lui.
—Eh ! bien, camarade — lui dit-il— serais-tu le seul qui ne m’ait pas come pris, ou trouves.tu que j'ai tort de faire ce que je fais ?
—Je m'appelle Vide Gousset,—répli.
ua l’ouvrier avec un embarras mani.
este, en tapant sur les poches de son ilèt qui ne rendirent aucun son métal.
ique — et je suis bien nommé......—
Toujours vide, mon gousset.…. —je n'ai pas un rotin ! |
—Ce n’est point une raison...
—Comment ?
Combien veut.tu mettre ? Je t’avancerai la somme, tu me la rendras plus tard,
Non, non, pas d'emprunt pour ça, fit vivement l’ouvrier,ça me porterait mal.
heur et puis, je dois déjà de tous les côtés je ne pourrais peutêtre pas vous rembourser,
On peut tout ce qu’on veut,
Non. Je suis un 1vrogne, j'aime trop la bouteille et je boss tout ce que j'ai, Le samedi je touche ma paie, et le lundi plus un radis Nid de braise, les mastroquets ont vidé mes poches ! Ah | si j’avais moins bu, pour arroser une aune de boudin la nuit du réveillon, j'aurais as.
sez de monnaie pour faire comme vous, et ie vous prouverai que je ne anis + un sans-cœur.
On le sait de reste ! s’écria uu ouvrier
et chacun de nous est prêt à mettre pour toi ce que tu voudras,
Je vous répète que je refuse d’emprunter ! répliqua Vide-Gousset, têtu comme une mule.
Cependant.
Ah ! zut ! ! quand j’ai dit non, c’est non |!
À peine venait-il d'achever cette phrase qu’il se frappait le front comme pris d'une inspiration soudaine, ù
Pas d'emprunt, continua-t.i en s’adressant à Magloire. Mais : » change.
Un échange ? répéta le joueur d'’orgue.
Et fouillant la poche de sa vareuse de travail, le mécanicien en tira un vieux porteteuille avachi, graisseux, dans lequel il prit un papier bleuâtre, plié en deux, qu’il tendit à Magloire.
Qu'est-ce que c’est que ça ? demanda ce dernier en riant, Un billet de cinquante francs ?
—Non — Un billet de loterie... de la grande loterie de l'Orphelinat des Arts, j'ai pris ça un jour que jvais un rude coup de sirop et que je ne savais pas ce que je faisais... Ça vaut vingt ronde et on court le risque de gagner un des gros lots... Il y en a trois, un de cinq mille, un de dix mille et un de cinquante. Ah ! chouette, celui-là! Mets vingt sous pour moi dans ta calotte et prends le billet. 11 sera à toi, et si tu pi. ges un lot, tu sais, tant mieux pour toi, tu ne l’auras pas volé, mon petit Ma.
gloire.
Le manchot répoussa le billet que Vide-Gousset lui tendait.
Garde cela, lui dit-il, je mets vingt sous pour toi,
Jamais de la vie ! glapit l’ouvrier en se démenant comme un diable dans un bénitier, Prends le billet ou je croirai que tu me méprises et que tu me regar.
des comme un propre-à-rien parce que je suis un boit-sans-soif.
Allons, entêté, donne.le donc, ton billet de loterie, et si je gagne le gros lo
Le mécanicien ne laissa pas iagioire achever la phrase commencée!
Devinant sa pensée, il s’écria :
Je ne veux pas de partage { Je boi.
rais tantet je m'en ferais crever ! Le billet est à toi, et le lot aussi, si tu le gagnes.
Au moins tu nerefuseras pas que je te paye un bon diner.
Àh ! quant à ça, je veux bien ! Quel.
le culotte, mes entants, quelle culotte !
Magloire mit vingteous dans sa toque et compta l'argent de la collecte.
Il annonça la somme :
Cent vingt-sept francs !
On battit des mains.
Merci, camarades, dit le manchot, vous êtes tous de braves gens ! Avec cela nous pourrons acheter au cimetière de Saint-Ouen une concession temporaire, faire mettre un entourage à la tombe, faire dire une messe, placer sur la fosse une croix et une couronne de perles blanches avec cette inscription en perles noires : Les ouvriers des usines de Saint-Ouen à leur sœur, une pauvre ouvrière. se
On entourait le joueur d’orgue.
Chacun voulait le remercier d’avoir eu cette pensée charitable à laquelle il avait associé les ouvriers des fabriques de Saïat Ouen.
Ah ! qu’il est grand, qu’il est bon le péuple, le vrai peuple, le peuple des travailleurs, quand une âme généreuse lui montre le chemin de ce qui est bon et grand, et comme il le suit docilement ce chemin. quand il ne se laisse pas 6.
garer par les sectaires et les révoltés, ses pires ennemis.
Henri Savanne tendit la main à Ma.
gloire.
Vous êtes un honnête homme, un brave cœur, dit-elle.
Manchot, confus, ne savait comment échapper aux félicitations dont on l'accablait,
Il trouva cependant un biais pour couper court aux eftusions des ouvriers,
Oui, ce que nous avons fait, est bien fait, reprit-il. C'était notre devoir, Mais nous n'avons pensé qu’à la mère morte, Il reste l’enfant vivante, l’orpheline est seule au monde.
Li ii désignait ia petite Marthe que les soins touchants de Mme Aubin et
es
arm
de la mère Véronique rappelaient lentement à elle.
Ça c’est vrai, fit Simon, le vieillard à barbe blanche. Il faut penser à elle aussi.
Qu'est-ce qu’elle va devenir, la pauvre gosse ? demanda une voix.
Une femme murmura :
Vous ne devez pas oublier qu’il y a de l’Assistance publique,
La gardienne de l'usine de Richard Vernière avait écouté ce colloque.
Lorsqu’elle entendit parler de l’Assisfance publique elle fit un haut-le-corps et prit la parole.
h ! nor ! non ! pas cela ! dit-elle en serrant la fille de Germaine contre sa poitrine, ;
Cependant, insista la femme qui venait d’émettre son opinion.
Non ! répéta Véronique avec obstina-
tion. Ne parlez pas, ne parlez jamais de
confier un enfant à l’Assistance publi.
que lorsque quelqu'un peut l’adopter.
Ce n’est pas que je blâme l'institution des enfants assistés, Au contraire, Elle est nécessaire. Elle fait aux tout à fait abandonnés la charité de la vie, Mais elle ne leur offre pas d’aflection, C’est l’'aumône administrative et pas autre chose. L’Assistance publique assure l'ex.
istence de ses pupilles, mais elle ne
eut pas les initier aux joies de l’enfance
lle les parque dans des maisons où la règle est rigide, où règne peut-être l'esprit de justice, mais où ne peut pénétrer l’esprit de famille
Maman Véronique étendit la main
vers Marthe et poursuivit :
Est-ce que l’Assistance publique pour rait élever cette orpheline comme l’élé.
verait une femme, veiller sur elle comme une mère d’adoption qui l’aimerait autant que si elle était vraiment sa fille issue de son sang, faite de sa chair ?
Ma fille ! ajout-t-elle d’une voix assourdie, j’en avais une, moi ! je l’ai per.
ue, J’éleverai celle-ci, je l’entourerai de soins, de caresses de tendresse, Elle me rappellera mon entant, Puis, tout bas, mentalement. ; Et Dieu me permettra de veiller sur
elle mieux que je n’ai veillé sur ma fil.
Les ciients de Mme Aubin se regar.
daient, se demandant s’ils devaient ape prouver ou désapprouver ce qu'ils ve.
naient d'entendre, et si l’humble gare dienne de l’usine Vernière agirait avec prudence en se substituant à la puissan te Assistance publique,
La mère Véronique se méprit sur le sens de ces regards.
Est-ce que vous croyez qu’on peut m'empêcher d'adopter cette enfant, demanda-t-elle.
Et comme personne ne répondait, el.
le reprit, en s'adressant au fils de Gabriel Savanne :
Monsieur Henri, vous qui avez étudié beaucoup, vous devez savoir cela, vous.
Voulez-vous me le d're ?
Il faudra vous adresser au commissai.
re de Saint-Ouen, ma bonne madame Véronique, répliqua le jeune homme, et lui faire part de votre charitable ré.
solution ; il vous indiquera la marche à suivre pour mettre à exécution ce pro.
jet qui, je n’en doute pas, aura son ape probation,si vous prouvez que vous êtes en état de subvenir à tous les besoins de cette enfant,
Je gagne assez bien ma vie pour la nourrir, l’habiller et ls faire instruire,
Oh ! quant à ça, oui, appuya la pa.
tronne du restaurant, vous êtes une bonne et digne femme, madsme Véro.
nique, et si pour élever la miochette vous avez besoin qu’on vous aide, eh!
bien ! la mère Aubin sera là !
—Et Magloire auesi, comptes-y! ajouta le joneur d’orgue,
En ce moment l'évanouissement de Marthe cessa et l'enfant reprenait possi.
tion d'elle-même.
Elle jeta autour d'elle un regard étonné, se demandant où elle était, puis le souveuir se réveilla tout à coup dans son esprit, elle pensa à sa mère.
Maman, Maman, fit-elle avec une sor.
te d’égarement,
En éntendant cetie voix douloureuse Véronique tressaillit et entoura Marthe de ses bras.
Ma pauvre, chérie, lui dit-elle, n’ap-
D mn MST Gp no cat era
pelle plus ta mère, tu sais bien qu’elle ne peut pas te répondre.
Je le sais bien, Je le eais bien, balbutia l'enfant avec des sanglots, Je sais bien qu’elle ne m’entend plus ms petite mère, qu’elle ne me répondra plus, plus jamais, Je sais bien qu’elle est mor.
Brusquement, avec un élan de cœur indicible, avec une émotion profonde, Véronique demanda ;
Nid que je devienne ta maman moi ?
En entendant cette question inatter.
due :
Veux-iu que je devienne ta maman, moi ?
Marthe le7a ses grands yeux bleus humides sur la gardienne de l’usine.
C'était la première fois qu’elle voyait Véronique.
Elle sentit en elle une secousse étrange et mystérieuse,
Vous, ma maman, balbutia-t-elle,
Oui, moi, ma chère petite . Tu ne peux rester seule, etsitu veux je te prendrai avec moi. Je t’aimerai de tout mon cœur. Je t’élèverai,tu grandiras au.
près de moi et je veillerai sur toi comme une bonne mère.
La voix dela vieille femme produisait sur l’enfant la même impression bizarre qu'avait produite un instant auparavant son regard,
Mais je ne vous connais pas, moi, madame, murmura-t-elle.
Je t’apprendrai à me connaître et à m’aimer, répondit Véronique.
Et vous ne m’empécherez pas de penser à ma pauvre petite mère que j ne verrai plus ?
C'est moi qui te parlerai d’elle et qui a de l'oublier, ma ché.
Oh! je ne l'oublierai jamais ! ja.
ais | j Et de nouveau les larmes de l'enfant aillirent.
Véronique reprit :
Nous prierons toutes ies deux pour
zonne ou un bouquet sur sa tombe, Voyons, veux-tu que je remplace ta petite mère ?
Si absorbée qu’elle fût dans sa douleur Marthe se sentait attirée irrésistible.
mens par la brave créature qui lui par-
Oui, fit-elle au milieu de ses sanglots oui, je veux bien, si vous m’aimez com.
me elle m’aimait,
Et subiseant une nouvelle crise, elle retomba évanouie dans les bras de Véronique,
Cêtte scène profondément touchante avait ému tous les cœurs, et tout les yeux étaient humides,
Voyons, voyons, ce n'est pas tout ça fit la ère Aubin en essuyant ses paupièresil faudrait songer à aller à la mai. 116 déclarer le décès, s'entendre avec l'entrepreneur des pompes funèbre. Voir M. le curé, et faire faires des lettres.
d'A un homme qui devrait se charger
e ça.
Magloire, dirent deux ou trois voix,
—Oui, mes enfants, je m'en charge, répondit le manchot, Je vais m'occuper de tout et rien ne sera oublié, je vous le garantis, Mais pour faire la déclaration
.de décès, Mme Aubin, il me faudrait.
des papiers constatant l’indentité de la morte, au moins son acte de naissane
ce. 4
—J'ai trut ce qu’il faut,répondit la pa.
tronne en foulant la poche de sa robe pour y prendre des papiers que Germai ne avait remis un instant avant sa mort C'est l’acte de naissance de la mère et aussi celui de la petite, Voici ce qu’il te fa’:6, mon brave garçor, |,
Dans l’usine où elle travaillait, à l'h6.
te: Aubin, au restaurant, on ne savait de )a morte que le nom de Germat.
‘Un sentiment de curiosité, bien naturel en somme, s'éveilla dans tous les esprits.
Magloire alla sans doute faire connai.
tre le nom de famille de la petite Mar.
the et de sa mère,
Le manchot avait déplié l'nn des papiers timbrés, üne copie d'acte de l6tat civil délivré par le meire du neuviè.
elle, et nous porterons souvent une cou. | me arrondissement de Paris,
de, © mme
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Il le parcourut des yeux,
C’est bien cela, dit:il ensuite, Voici lacte de naissance de la mère, Germai.
ne-Cenise Sollier, née à Paris 1865,
Malgré toute l’attention qu'elle mettait à secourir la petite Marthe, aidée par la Marie, ls mère Véronique avait écouté Magloire,
En entendant ces noms, prononcés par le joueur d'orgue : Germaine-Denise Sollier, elle se dressa, comme mue par une puissante décharge électrique, abaudonnant l’orpheline aux bras de la servante.
Son visage était devenu livide, tout son corps tremblait, Ses yeux, demesurément agrandis, effrayants d’expression se fixèrent sur le mrehot, et ses lèvres frémissantes mur: : nt:
Germaine, De: -:{ier,
Magloirs pour: : ::.:
Fille légitime de Pierre Sollier et de
: Véronique Dupont.
Véronique égarée titubant comme si elle était ivre, s’élançga vers le manchot, é
Vous avei dit, fit-elle d’une voix bri.
sée par l’émotion, vous aves bien dit :
Germaine, Denise, Sollier, fille de Pierre Sollier et de Véronique Dupont ?
Mais oui, parfaitement, répondit M.
gloire, c’est l’acte de naissance de !a mère de la petite. .
Et il désignait le papier dont il venait !
de lire le contenu.
La gardienne de l’usine le lui arracha des mains, et se soutenant à peine, les regards aftolés, elle parcourut l'acte de l'état civil, etlutà son tour, à baute voix :
fermaine, Denise, Sollier, fille légiti.
me de Pierre Sollier et de Véronique Dupoan née à Paris, ie 19 décembre
Une exclamation terrible s’échappa de son gosier.
Germaine Sollier ! s'écriat.elle née en 1865, mais c’est Germaine, C’est ma fille, Ma file disparue | C’est mon en.
fant que j'ai tant cherchée, que j'ai tant pleurée, et cette chère mignonne créature poursuivit-elie en étendant la
* main vers Marthe, cetange du bon Dieu
est ina petite-fille, Je vous dis que Ger.
mair e était ma fille, ma fille, entendez.
vous, et je la retrouve aujourd’hui, je la arte morte !! Oh! ma fille! ma
Elle s’approcha de Mme Aubir.
Vous m'avez comprise, n’est.ce pas ?
poursuivit-elle en lui saisissant les mains. Celle que vous avez soignée, 56.
courue, celle à qui l’on vient de faire la charité d’une tombe, était mon enfant, Conduises-moi près d’elle, que je la voie, que je l’embrasse, avant qu’on la cloue dans s0n cercueil. Oh! ma file, ma pauvre fille ! Tu vivais près de moi etjene savais pas et je ne t’ai pas revue vivante,
La pauvre mère semblait folle.
Elle s’élança vers Marthe toujours ira nimée, la prit dans les bras de la ser.
vante et la couvrit de baisers,
Soigne-la bien dit-elle à la Marie Veille bien sur elle! je reviens. C'es l'enfant de ma fill: ! Voilà donc pour.
quoi mon c'sur ms poussait vers elle, pourquoi je l’ai aimée rien qu’en la voy:
ant,
Véronique s'interrompit tout à Sp.
Une pensée douloureuse venait de traverser son cerveau fiévraux.
Mais son père ? son père à elle ? Pour.
quoi n’est.il pas là ? se demanda-t.elle,
Pourquoi n'est-il pas près de la filie vivante et près de la mère morte ?
Et courant à Magloire :
—L'acte de na'ssance de ma petite.
fille ? lui demanda-t-elle, Donnes-le-moi je veux savoir le nom de l’homme qui Are ainsi sa fomise et son en«
ant,
Le manchot avait lu l'extrait des sc.
tes de l’état civil concernant la petite
rthe, Il hésitait à le remettre à la grand'mè.
re, —Ah ! donne-moi ! donre-le-moi s’6cria Véronique frémissante, Magloire ne pouvait refuser Il le lui tendit,.
D'une main tremblante, elle déplia le papier timbré, et elle lut :
* Marthe Sollier, fille de Germaine.
Soillier et de père inconnu, ” Un cri de colère et d'indignation s'échappa de son gosier,
Oh ! les lâches ! les lâches : fit-elle ensuite,les dents serrées, lavoix sifllan.
te, ils déshonorent, renient leurs. enfants, les laissent mourrir de faim et de désespoir et ne sont même pas là pour leur fermer les yeux.et les conduire au cimetière. Ah les lâches, les misérables, Et prenant Mme Aubin par le bras :
Conduisez-moi, lui dit-elle, Sa mère au moins sera près d’elle et: lui rendra Îles derniers devoirs,
.La patronne sortit avec elle de la salle du restaurant, laissant les clients .
sous le coup de l'émotion profonde causée par cette scène poignante,
C’est à peine si Véronique pouvait 8e soutenir en frenchissant lé seuil de la chambre mortusire où réposait sa fille
Ses jambes ployaient sous elle et son cœur lui sembla trop à l’étroit dans sa poitrine. . ù
En la voyant ‘entrer avec Mme Au.
bin, Catherine, qui priait auprès du lit, #6 retira un peu à l'écart,
La gardienne de l'usine fit quelques pas.en chancelant, et ses regards noyés de larmes se fixèrent sur le visage amaie gri et d’une pâleur d'ivoire de celle qui était sa fille,
Alors éclatèrent les ennglots qui l'étoutfaient.
Eile vint s’écrouler auprès de la couche tunèbre tandant les bras vers son enfant,
Germaine, Germaine,;yma Germaine ma fille répétait- elle aveë de sourds gémissemente, oh ! ma pauvre fille.
Et soulevant duns ses mains la tête de la morte elle appuya ses lèves sur le front glacé.
Longtemps elle prolongen ce baiser maternel,
Faliait.il donc la retrouver ainsi ? b6gayait-elle, éperdue. La retrouver morte, tuée par la fatigue, par les privations, par le chagrin ? Dieu est donc sans pitié pour ces malheureuses enfants, trompées, abandonnées ? Dieu ne punit donc pas ceux qui les trompent et qui les abandonnent ? Oh !
comme je le hais, l’infâme qui m'& volé “66 qui m'a tué ma fille |!
Le temps re
La porte de la chambre de Germaine s'ouvrit lentement et Magloife parut.
— Madame Sollier..….,fiil à voix basse,
La mère Aubin et Véronique se reré pour voir-qui venait de par-
er
En reconnaissait le jsueur d’orgueles sanglots de la mère de Germaine redoublèrent.
—Voilà ma fille... Ma pauvre enfant...
tit-elle en étendant la main sur le cad4vre,
Magloire s’avançait vers elle.
—Courage,madame Véronique, luisdit il, le coup est rude, je le comprends, votrachagrin estimmense, c'est natürel; mais vous êtes de celles qui ne doivent
oint se laisser abattre par le désespoir,
Docs avez su résister aux chagrins de votre vie. Vous êtes assez forte pour ne point succomber sous le choc de ceux qui vous arrivent, si terribles et si imprévus qu’ils soient | Vous ne devez pas ou:
blier que vous aves des devoirs à remplir madame Sollier, . —Quel autre devoir ai-je: à remplir que celui qui'me retient aupès de ma fille morte ? raurmura la gardienne de l'usine,
On vous attend.
On m'attend !
L'heure de la rentrée des ouvriers de M. Richard Vernière est sonnée depuis longtemps, Vous avez fermé la porte de l’usine en venant chez Mme Aubin, et pour. que ‘les- ouvriers puissent rentrer.
—Oui, vous.avez raison, le devoir, ditelle. Mais on me pardonnera bien de l'a voir oublié pendant quelques instants, quand on saura pourquoi.
Elle se pencha encore sur le cadavre
et ebrassa de nouveau,le frout de 5er:
maine en murmurant :
Je reviendrai,
Ensäite faisant un bhérôique ettort
ur imposer momentanément silence à
sa douleur, elle dit tout haut :
Il ne faut penser maintenant qu’au
devoit de mère,
f Puis elle suivit Magioire et Mme Auin.
Françoise, l’une des servantes du res-
maine arut, À voix
8e rele par-
gue les redou-
1fant, > cada-
Juïdit rends, atûrel; doivent espoir, 3 de vo- Jur ne >) ceux .imprépas ouremplir
remplir de ma nne de
iers dé depuis orte de bin, et bi ren-
oir, dita de l'a istants,
sadavre de ver.
etfort ilence à t qu'au me Âu-
du res.
un 0
traurant monta veiller le corps à lu pla- Depuis trois ans que Véronique était ce de Catherine. au service de M, Voriiee. jamais le
Dois-je toujours m'occuper des démar- | moindre relâchement ne s'était produit ches à faire ? demanda discrètement le | dans ses uubitudes et dans l’accomplis. joueur d'orgue à Véronique, sement de ses devoirs.
Oui, mon ami, oui, mon bon Magloire, Douce et bonne, polie avec tout le répondit celle-ci en serrant l'unique main | monde,elle’avait su conquérir l’affection du manchot, il ne m'est pas permis de | et le respest, refuser l’aumône qu'on à faite à monen- | —Le patron ne lui en voudra pas, j'en fant morte, acceptons les chotes com- uis bien sûr, avait dit le caissier. La me elles sont! Mais n’épargnes rien je |” raison de l'oubli de Is pauvre femme veux que Germaine soit conduite hono- | est os légitime pour qu'il montre les rablement au cimetière, vous me rendrez | dents, Il en séra quitte d’ailleurs pour compte ensuite de ce que vous aurez | les quelques pièces de cent sous que ce
fait, n'est-ce pas mon bon Magloire ? retard lui coûtera, et il n’est point pin: Et le plus promptemet:; possible, ma. | gre, le patron. dame Sollier, comptez-y ! C'était aussi l’opinion de Claude Gri-
En bas la petite Marthe avait pour la | vot qui savait combien Richard Verniè. seconde fois repris possession d’elle-méê- | re estimait la gardienne, ‘ me, ”
Mais avec Hs nn de sensitive et XVI :
nerveuse à l'excès, l'enfant, aprè i ie à pt des émotions dde dede bo Après la rentrée des ouvriers. Véroni. et de son âge, était littéralement é:ra. | que avait refermé la porte de l'usine, sée. Elle s’occupa immédiatement de
Les pulsations de son pouls indi. | dresser dans sa chambre, à côté du sien
quaient une fièvre violente et l’épuise. | Un lit pour sa petite fille, et elle reve. ment amenait à sa suite une somnolen. | tit un costuze de devil qu’elle conserce irrésistible, vait dans sa garde-robe ; les modestes Muwe Aubin, connaissant de longue | Vêtements noirs avec ‘squels elle avait date la délicatesse de l'enfant, se ren. | POrté jaüis le deuil de son mari. : dit compte aussitôt de son état, Alors,débarrassés des soins matérieis, —Il faut absolument qu'elle puisse | POouvant s’abandouner librement à ses dormir, dit-elle à Véronique. Alles à | Pensées douloureuses, elle vint en pleul'usine, madame Sollier. Je vous porte- rant s'asseoir dans la loge afin d'être à
rai l’enfant tout à l’heure. même de veiller aux exigences du ser- La gardienre n’avait aucune objéotion | Vice.
à le faire. Deux heures étaient sonnées depuis L'heure pressait. quelques minutes à l'horloge de l’sine. Depuis plus de vingt minutes les ou- Un léger coup de sonnette arracha la
vriers attendaient à la porte de l'usine, | pauvre femme À ses sombres réfle. Parmi eux se trouvaient les dessina. | xions.
teurs, le caissier, et Claude Grivot, aux- Elle tira ie cordon et, se levant, s’aquels on avait expliqué les motifs de | vança jusqu'au seuil de la logs, l'absence de Véronique. La porte donnant sur la rue Hardoin: Lorsqu’elle arriva personné n’eut seu. | s’ouvrit, : lement la pensée d'élever la voix pour Un homme jeune homme #ncore et se plaindre, très confortablement vêtu entra. n compatissait à son malheur. Après avoir refermé la porte derrière
Elle s’exousa auprès du caissier qui | lui il salua iégèrement la gardienne, représentait Le patron, ouvrit la porte, .| —Vous désirez, monsieur ? demanda et ia rentrée. dans ies ateliers s’aflec- | ceiie-ci en regardant avec attention ie tua, visiteur qu’elle ne connaissait pas,
Chacun reprit son poste de travail,
Voir M. Rchard Vernière, répondit. | fois dans la rue, le visiteur évincé en il. qui nos lecteurs ont certainement re- S'agit.il de commandes, de travaux | connu, ou plutôt deviné le frère de Ri. pour l'usine ? Dans ce cas, vous pour- | chard Vernière que le contremaître 6.
ries, tait venu attendre à la gare de l'Est au C'est à M. Vernière lui-même que je | moment où il arrivait de Berlin. ire parler, interrompit le nouveau La porte de la rue Hardouin se refer. venu, ma, et Véronique rentra dans sa loge, M. Vernière est absent. Quelques minutes s'écoulèrent, puis Absent ! à deux heures de l'après. n sonna de nouveau. midi ! fit le visiteur avec un accent très Cette fois, c'étsisnt madame Aubin marqué d’incrédulité. amenant Marthe sa grand'mère, et
La pauvre Véronique se trouvait Guns Magloire venant rendre compte des dé. un état d’énervement facile à compren- | marches faites par lui, : dre, La réplique qui venait de lui êtra fai- Véronique s'empressa de coucher sa te lui déplut à tel point que, se er petite-fille, prise d’une fièvre assez vio. sant de ss politesse habituelle, elle ré. lente, et revint auprès du manchot, pondit d’un ton presque brutal : ; L’acte de décès de la'pauvre Germaine Si Je vous le dis c’est que cela est ! Je | avait été enrégistré, mai pas l'habitude de mentir | Le médecin de la mairie, qu’on appel. Soit ! je veux bien vous croire M. Ver. le vulgairement le médecin des morts, nière est absent, mais sans doute son ab- passerait das la journée à l'hôtel Au: sence ne durera pas toute la journée ? bin, d’où il enverrait son permis d’in. Non, monsieur, : humer à l’administration des pompes Save x.vous à quelle heure il doit ren- funèbres. trer ? | c 5 Les obsèques pourraient avoir lieu le M. Vernière, en sortant, m'a dit Qu'il | lendemain à quatres heures, heure in. rentrerait dans l’après-midi, mais il n’a diquée par le curé de Saint-Ouen. précisé aucune heure, n commis de pompes funèbres ap- Puis-je l’attendre en visitant l'usine ? porterait dans une heure les lettres LA
on, monsieur, faire part, Pourquoi donc ? Véronique remercia le brave Magloire Parce que c’est défendu, qui resta à sa disposition pour le cas où Singulière défense ! Quelle en est la | elle aurait encore besoin ke ses servie TYaison? ces, J'exécute ma consigne, monsieur, 6t Mme Aubin se retira. n'ai pas à chercher le motif{ Si vous Le manchot, comme tous les gens qui êtes pressé, il y a là M. Prieur, le cais- | ne sont pas gauchers de naissance, écri. sier, qui pourra vous répondre. vait mal de la main gauche, mais enfin Je vous répète que c'est à M. Verniè. | il écrivait lisiblement, re seul que je veux parler, Il demanda à Mme Sollier s’il ne lui Alors, monsieur, vous seres obligé dé | conviendrait pas d'établir une liste des revenir, parRonnes qu’elle voulait convier aux C'est ce que je ferai. opséqu # La Drdianne uv la porte. Elle répondit affirmativement et sous
Je reviendrai dans une heure, ajouta | sa dictée il dressa la liste. l'étranger après avoir jeté un regard du Au moment où il achevait cette beso-
côté des ateliers, gne, une des servantes de Mme Aubin Si rapide qu’eût été ce regard, il lui | accourut prévenir que le médecin des avait sufñ apercevoir ün homme |. morés venait d'arriver, s qui semblait guetter par l’entrebaille. |. Magloire qui devait porter à la mairie ment d’une porte, \ le permis d’inhumer, se rendit imms-
Cet homme éts'i Ciaude Grivot, diatement à l'hôtel, Fâcheux contrutemps ! murmura une
à it MM Lo Be 2 4 , 5 nn » À
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à loge, , puis
Aubin re, et les dé.
Véronique resta seule, et de nouveau s’absorba dans sa douleur.
Tout à coup la porte de la rue Hardoin s’ouvrit'sans qu’on eût sonné et li-
vra passage à, Richard Venrière qui, pos.
sédant une cié de cette porte, s’en était servi comme de coutume.
En l’apercevant, Véronique se présenta à lui, vêtue de deuil, et les yeux rouges de larmes bal essuyées,
Abscrbé par ses aflaires, l'industriel ne s’aperçut pas tout d’abord des chan.
pars survenus dans le costume et
physionomie de la gardienne,
Uroyant qu'elle désirait lui rendre compte de quelque chose qui s'était pas- 86 à l’usine pendant son absence :
Vous avez à me parler, madame Véronique,
Oui, monsieur, balbutia ia brave fem.
me. J'ai à vous demander pardon d’avoir
. manqué à mon devoir ici,
Richard Vernière fit un geste d’stonnement.
L'u à votre devoir ici, ! répéta-t-
Oui monsieur,
En quoi ?
J'étais absente de ma loge au moment de la rentrée des ouvriers. La porte étant fermé ils ont attendu vingt minutes au moins; c'est du temps que je leur fais perdre.
: La faute est gravé, en effet, madame Véronique, répliqua sévèrement Ri.
chard Vernière. Ce ne sont pas les ouvriers qui souffriront de cette faute,c'est moi c’est ma caisse, car le temps perdu représente de l'argent! Je ne comprends pas cette absence de votre part à l'heure où vous devies être là pour surveiller la rentrée | Quel motif grave pouvait empêcher de faire votre service ?
Mme Sollier éclata en sanglots et ca.
<ba son visage dans ses mains,
Alors seulement Richard Vernière a.
perçut les vêtements de deuil qu’elle portait,
Il s’approcha d'elle, É
Voyons, fit-il d’un ton plus doux, que s’est-il passé ? Quelque nouveau malheur vient-il de vous atteindre ?... Vous $tes entièrement yêiue de noir... ‘Vous n’éties pas ainsi ce matin et vous pleu.
rez, Vous aves donc perdu une personne de votre famille,
Ma fille .. ma fille bégaya la pauvre mère à travers ses sanglots,
Votre fille qui vous avait quitté, m'a.
vezvous dit, pour suivre un inconnu qui l’aura sans doute trompée lâchement et abandonnée.
Cui, ma Germaine,
Et vous avez retrouvé sa trace ?
Je lai retrouvée elle-même ici... à Saint-Ouen, Mais je l'ai retrouvée morte à l’hôtel garni de Mme Aubin, qu’elle habitsit avec sa fille,
Sa fille |
Ma petite-fille à moi, une enfant de septans et demi. Elle est là-haut, dans ma chambre, monsieur Vernière, un peu malade, Elle & tant de chagrin d’avoir perdu sa mère, la pauvre orpheline,
Brutal souvent, mais plein de cœur, # nous l’avons dit, l'industriel fut profon< dément touché par l'immense douleur de Véronique qu'il tenait en haute esti.
me.
En l’acceptant comme gardienne de l'usine à la recommandation pressante d’ua de ses amis, il l'avait questionnée sur 80n passé et Véronique s'était dit qu’elle ne devait rien lui cacher.
Voilà comment il connaissait le départ de Germaine avec un amant.
Drpuis cette 6po jue, Mme Sollier s'6.
tait toujours montrée digne de la confience qu'il lui témoignait.
Si aujourd’hui—pour la première fois —elle venait de manquer à son devoir ce dont elie s'accusait humblement, —il comprenait le motif trop légitime de cette faute,
Sa colère tomba brusquement,
—Du courage, ma pauvre Véronique, fit-il avec bonté, et apprenez-moi dans quelles circonstances vous avez retrous vé l’enfaut que vous pensiez ne jamais FOVOIT 0e
Mme Sollier mit Richard Vernière au Courant le la situation en lui racontant ce que nos lecteurs savent déjà,
L'industriel approuva, comme elle méritait de l’être, la conduite des ouvriers, et prodigua des naroles de consoliation à la pauvre mère si cruelle.
ment éprouvée,
à la porte de !
Je-voudrais pouvoir vous autoriser à retourner auprés de votre fille, —sjoutatil, —mais il est impossible d’abandonner la loge, et je n’a1 personne en ce moment pour vous remplacer,
—Oh ! monsieur—s’écria Véronique ne vous inquiétez point de cela.—Je ne consentirais pas à ce qu’on me remplace,
—Je vous demanderai seulement la
ermission de quitter ma loge après la ermeture des ateliers lorsque person.
+ ne n'aura plus ni à sortir ni à rentrer,
—Je vous le permets Véronique—répondit Richard Vernière. —Thérèse, ma servante, viendra au besoin véiller sur votre petite-fille pendant votre absen.
ce.
—Je vous remercie de tout mon cœur, monsieur,
L’industriel allait se retirer,
Il se ravisa.
C’est demain qu’on conduit au cimetière votre pauvre fille Germaine ? demauda-t.il.
Oui, monsieur, ?
L'heure des obsèques ?
Quatre heures.
C'est bien.
Il quitta la loge et se rendit dans son cabinet de travail où le caissier vint le trouver aussitôt pour lui rendre compte de ce qui s'était passé.
Dès les premiers mots de l'employé, l'industriel lui coupa la ÿ
Je éais, je sais, fit-il Aitendez un ins.
tant, je vais vous dire ce que j’ai résolu à ce propos. .
Il frappa sur un timbre.
Le garçon de bureau qui se trouvait dans la pièce voisine se présenta aussi. tôt,
Passez dans les ateliers, lui comman- &a Richard Vernière, et priez les con.
tremaîtres de venir tout de suite dans mon cabinet, je les attends.
çon de bureau se hâta d’obéir aux ordres du pre ‘et cinq minutes pius tar:?. les c de service étaient sean: derrat lui
Mes ar, leur dit-il, un fait regrettable s’est produit en mon absence, Vous avez dû attendre plus de vingt minutes
usine pour reprendre +0s
travaux. Vous préviendres les ouvriers sous vos or que ces vingt minutes.
leur seront comptées comme s'ils avaient été présents à l'atelier à Pheure réglementaire.
‘“ Je connaissais la cause déterminan.
te de cet incident, et je connais aussi la façon dont vous vous êtes tous conduits au restaurant de la mère Aubin,
. “ Je n'ai point à vous complimenter, je dirai seulement que vous aves agi come des gens de cœur que vous é-
“ C’est demain à quatre heures que l'on conduira au cimetière la fille de la brave femme dont j'ai pu apprécier les qualités rares depuis qu’elle est à mon service.
“ Vous suivrez le convoi, et les heures que vous et vos ouvriers passeront hors
e l’usine en cette occasion seront payées comme heures de présence,
“ Vous vous souviendres de cela, Pri.
eur, ajouta l’industriel en s'adressant au caissier, Je tiens à ce que tout le personnel assiste aux funérailles qui se feront.
demain.
Au nom des ouvrier et employés de l’usine une couronne sera déposée sur la tombe de la fille de Mme Sollier,
# Et maintenant, mes amis, allez vous remettre au travail ?”:
Les contremaîtres et les chefs de servioe se retirèrent, plus émus qu'ils ne voulaient le pars, à l'exception toute.
fois de Claude Grivot sur lequel aucune .
émotion de ce gehre ne pouvait avoir prise.
Richard Vernière, d’un geste, retint le caissier, ï
Prieur, lui demanda-t-il, où en êtesvous de votre inventaire et de vos comptes de fin d’année ?
J'ai terminé, monsieur, répondit l’em.
ployé,
Tout est arrêté !
Tout, provisoirement.
Matériel et marchandises ?
Absolument tout,
Le chifire ?
Deux cent cisquanie miie francs
Er
Bien, C’est ce que je supps1:
Ri Vernière avait pris une plume et Dh 7,4 No à écrire sous la dictée de son ier.
Il continua à l’interroger,
—Quelle somme avons-nous à recevoir en effets échéant fin décembre et en créances diverses, d’ici au premier janvier ? à
Le caissier Prieur était doué d’une mémoire de calculateur hors ligne,
Sans l'ombre d’une hésitation, il ré.
pondit :
—Neuf cent cinquante-sept mille deux cent trois francs quatre.vingt.dix centimes, dont deux cent y mille francs inscrits au compte de la ma rine.
La marine payers le trente, j'ai passé ce matin au ministère, vousirez encaisser vous-mêmé.Les comte d’effet à payer et les factures sélèvent !
À la somme de trois centsoixante.dix huit mille francs.
La paye approximativement, des employés et des ouvriers pour la fin du mois ?
A DEtE mille six cents francs,
Total ?
Quatre cent quatre mille six cents,
Richard Vernière avait écrit successi.
vement les chiffres énoncés par son em-
à lo 6.
e é fit l'addition.
Elle se trouvait absolument d'accord avec les calculs de tête du caissier, ” À cette addition il ajouta une somme de trois mille francs en disant : :° . Plus trois mille francs pour les gratifications au personnel, dont nous opére.
rons ensemble la répartition. Total gé.
néral : quatre cent sept mille six cents francs à prélever sur l’encaisse de fin
. d'année. Notre balance donne donc à
notre actif un excédent de cinq cent quarante-six mille six cent trois francs quatre-vingt-dix centimes. Allons, l’année aura été bonne, malgré le ralentis.
sement des affaires. Je pourrai, en 1894 faire passer de la théorie à l'exécution mes inventions nouvelles.
Nous allons être obligés de garder ici une bien forte somme, fit observer le caisaier.
- nes-la que j
. Oui, le 30 est un samedi, Les entrées se seront terminées trop tard pour qu'il soit ble de déposer nos fonds au sh it Lyon avant le mardi, 2 jan vier,
C'est fâcheux.
Nous n’avons rien à craindre, mardi j'irai porter ces fonds à Paris,
Après un silence l'industriel reprit.
Aves-vous passé, comme je vous avais prié de la faire,'à la Compagnie J'assu.
rances générales.
Lea polices ?
On les prépare. On viendra vous leu faire signer raardi matin.
i seulement ?
Oui, monsieur.
C’est un peu tard, L'assurance que je ne veux pas renouveler avec la Compapie américaine expire le 31 décembre
892, Le mardi suivant sera le 2 janvier 1894, Admettons qu'entre le 31 et 2 nous s0yons sinistrés, je n’aurais rien à réclamer puisqu’aucune Compagnie ne.
serait engagée vis à-vis de moi.
C’est vrai, monsieur, mais un incen.
die n'est guère à craindre, ou plutôt il
est impossible avec la surveillance in. eg organisée la nuit dans les ate.
ers.
Nous avons à côté de nous une fabri.
que de couleurs et vernis pleine de matières inflammables, Là est le danger.
En effet, et c’est une enquête que la Compagnie générale fait faire à ce sujet.
pour établir les risques, qui retarde la signature de vos polices.
Cette enquête aurait dû être menée.
plus promptement.
contredit, mais, je le répète, se.
lon moi le danger n’existe pas. Dimanche et lundi, jours fériés, les ateliers de la fabrique de vernis et couleurs seront fermés, de même que ceux de la verres rie qui nous touche à droite. Donc, rien à craindre,
Peu importé. Excès de prudence ne.
nuit ja Ecrives à l’administration de la Compagnie d'assurances, préve.
e la prie de tenir les polices prêtes samedi, et que j'irai à Paris ‘exprès pour les signer. . %
Bon, monsieur, ce sera fait,
Merci, Prieur, C'est iout ce que ja.
NT on
Vais à vous demander, Faites en sorte que vos comptes soient arrêtés samedi soir, Vous m’apporteres, ayec les fonds en caisse, le bilan détaillé des affaires
L'employé s’inclina et retoufna prendre pren de son siège, en passant par le couloir qui mettait en communi.
crtion la caisse et le cabinet de travail ‘de Richard Vernière,
Celui-ci écrivit rapidement une lettre et sonna son garçon de bureau, après a voir mis la lettre sous enveloppe et tracé la souscription,
Jacques, lui dit-il, prenez imrhédiatement le tramway et portez ceci à l'ad.
ministration du Chemin de fer du Nord au chef du bureau du matériel ; c'est un renseigenment précis qu’il m’a deman.
dé et que je lui donne,
Le garçon de bureau sortit pour exé.
cuter les ordres du patron, et celui-ci resté seu! se remit seul au travail.
Robert Vernière n'avait pas quitté Saint-Ouen après son court ogue avec Véronique. !
À tout prix il voulait voir son frère, et afin de ne pas se présenter une seconde fois inwilement à l'usine, il l'avait at.
tendu près d’une heure en se prome.
nant sur le quai de Seine, du côté de Clichy, le visage disparaissant d’une fafon presque complète sous un ample “I oaide eupiotant. GS
L'heure écoulée, sup que kichard était de retour, il so dirigea de nouveau vers la rue Harduoin, et revint sonner à la grille, non sans une assez vive émotion qu’il dissimulait de son mieux, .
Véronique ouvrit,
Du premier coup d'œil, elle reconnut
le visiteur,
‘Quoique beau garçon et vêtn avec élé.
gance,il ne lui semblait nullement sympathique,
M, Richard Vernière est-il rentré ?
demanda Robert, Oui, monsieur, Je puis le voir, alors ?
Je vais monsieur, lui annonçer, votre visite, Veillez me dire votre nom. :
Robert tenait à ne pas se nommer.
Qui sait, s’il se faisait connaître si Ri.
ou ne refuserait point de le rece.
voir
Il voulait surprendre son frère et décider, d’après la manière dont il serait acceuillit, qu’elle serait le meilleur mOyen à employer pour essayer de rentrèr en grâce auprès de lui:
Quoique parfaitement résolu à tenter une épreuve décisive pour en arriver là, quoique comptant sur les liens du san À sur la nature excessivement délicate Le son frère, au fond, il éprouvaitun grand trouble et n'avait qu’une médiocre confiance ep la réussite de sa tentative.
—M. Vernière ne me connaît pas—ré.
pondit-il,
—Raison de plus pour que je vous annonce à lui, monsieur, —répliqua sèche.
ment Véronique, :
Dites-lui alors que je suis un représentant de la maison de l'ingénieur.
mécañicien Darier, à Genève.
—Votre nom f—insista Mme Sollier,
—Adrien Diétrich,
+-Bien..—Attendes un instant, je vous prie...
Et, après avoir refermé la porte de sa loge, Véronique se dirigea vers le cor [] de logis où se “trouvait le cabinet % Jacques Vernière.
—Que j'arrive à mettre le pied dans la maison murmura Robert en la regardant s’éloigner ettu n’y moisiras pas longtemps, toi, vieux dogue, espèce de gendarme en jupons ! !
Apres avoir frappé à la porte du cabinet du patron Véronique entra.
L'industriel l'interrogea du regard,
C'est un monsieur qui désire vous voir fitelle, Il s'est présenté déjà pen.
dant votre absence et il insistait beaucoup, même d’une manière désagréable
— Qu'est-ce que c'est que ce mon.
sieur ?
11 prétend se nommer Adrien Diétrich et représentant la maison Darier, de Genève,
Je n’ai. point de relations avec cette maison, mais cela importe pen. Envo.
yes-moi son représentant, je le rece.
vrai,
éronique regagna sa loge et dit au visiteur :
Monsieur Richerd Vornière veut bien
ES à
reprénieur.
llier,
nt, je
de sa corps et de
dans 'egars pas e de
cabi.
pense pusmnd Uan #4
Et
Yous recevoir, et il vous attend, Son ca.
binet est au rez-de-chaussée, dans le bâtiment à votre gauche,
Robert, sans répondre, se dirigea vers l'endroit indiqué.
En traversant la cour, il sperçut Claude Grivot, encore aux aguets,
Celui-ci attendait avec impatience et anxiété la réapparition du frère de son patron,
Il disparut,
. Le nouveau venu pénétra dans le couloir conduisant au cabinet de l’industrie. i
Allons, se dit-il avant de frapper à la porte, la partie que je vais jouer est 86.
rieuse. Soyons e, et surtout soyons adroit,
Et, bien décidé à soutenir imperturba.
blement le rôle.qu'il s'était tracé,il frappa deux petits coups directs contre le
panneau.
La voix brève de Richard cria .
Entres !
Robert franchit le seuil et referma la porte derrière lui. \
Il se trouvait un peu dans l’ombre et, en refermant la porte, il tournait le dos à son frêre,
Celui-ci ne l’avait point encore recon-
nu,
En se retournant pour faire face au bureau il se découvrit,
Sa figure, alors se trouva en pleine lu.
mière,
Soudain, d’un mouvement brusque, Richard Vernière se dressa,
Une pâleur livide envahit son visage, tandis que ses yeux étincelaient et qu’.
un tremblement nerveux secouait tout s0n Corps,
Il voulut parler.
Ses lèvrès remuèrent mais aucun son ne s’en échappa.
L'indicible stupeur qu’il éprouvait le parole, lui enievait l’usage de la parole,
Robert ne pouvait s'illusionner sur l'effet produit par sa présence,
Le feu sombre de la colère brûlait dans les prunelles de Richard,
L'accueil silait être brutal,
I'fallais chercher À l'Adoucir,
Prenant avec un vrai talent de comé.
D um
dien une attitude humble, suppliante, il tendit ses mains vers son frère, et d’une voix Tr il murmurs :
Richard, oh ! Richard, Mon frère,
Ces mots produisirent sur l’industriel l'effet d’un coup de cravache l’atteie guant à la joue.
Il se redressa brusquement.
Je ne suis plus votre frère ! dit-il, le bras levé pour désigner la porte, Sortez, malheureux ! Sortez de chez moi où vous n’aves pu vous introduire que par un mensonge en donnant un faux nom!
Sortez | 4
Robert ne bougea point.
Richard fit un pas vers lui,
Sortez ! répéta-t-1l pour la quatrième me fois.
Le nouveau venu n’obéit nullement à cet ordre,
Sa physionomie mobile prit u + pression de déserpoir, tandis que d’une voix, qu’une émotion simulée rendait presque indistincte, il bégayait :
ichard, la haine que je t'inspire ne te désarmera donc Fils ? Eternelle.
ment tu me poursuivras de ta colère !
Que parlez-vous de haine et de colè.
re! répliqua violemment l'industriel elles seraient certes légitimes. Mais aucun de ces sentiments ne dicte ma condui.
te ! Vous ne m’inspires que du mépris | le plus profond mépris ! Allez-vous-en !
Ne souiliez pas plus longtemps ma mai.
son de votre présence ! Je ne vous con.
nais pas |! je ne vous connais plus !
Richard, je suis ton frère,
Pour ma honte et pour celle de notre famille,
Richard, Dieu pardonne au repentir | Notre mère et notre père s'ils vivaient, m’auraient pardonné | Seras-tu plus implacable qu'ils l’eussent été ? /
Notre pèrs vous aurait maudit, notre mère serait morte de douleur s'il avaient pu savoir à quel misérable ils avaient donné jour |!
Richard, ne sois pas sans miséricorde je t’implore.
Pour vous humilier ainsi, quelle infamie nouvelle complotes.vous donc ?
Robert ne sourcilla pas sous l'insulte, Li voulait jouer jusqu'au bout ie rôle qu’il s'était tracé.
de 06 de
Len frère, reprit-il du ton je plus pa-
t ue, ne me repousse pas ! ne me
refuën Pie lon lnBilliea” ! J'ai bouste d’un soutien, j'*i besoin de conseils,
Pour ne pas les suivre.
Je te jure,
Les conseils que vous venes me demander aujourd'hui, je vous les ai donnés jadis ! interrompit Richard,
J'étais si jeune, | £
Et je vous les ai renouvelés il y a dix ans, la dernière fois que nous nous som.
mes rencontrés. 2
Cependant que signifie ta visite veuttu de l'argent
Non.
Quoi donc, alors ?
Du travail,
j Richard Vernière haussa les épaues,
Cesses cette comédie ridicule et qui ne trompera personne | dit-il avec amertume, Je vous connais trop bien pour être votre dupe et je lis au fond de votre
ensée ! Une fois de pius vous êtes à
ut de ressources, et vous venez chez moi espérant y trouver une planche de salut.
— Et quand cela serait ?
— Votre calcul est faux ! Il n’y a rien ioi pour vous ! Rien ! rien ! Je sais tout ce que vous aves fait, je sais aussi que votre conduite présente ne rachète point votre conduite passée | Vous ne mérites aucuue pitié et je ne viendrai pas au secours de votre misère, car elle est le résultat de vos débauches !
—Mon frère écoute-moi, balbutia Robert,
—Ecoutez-moi d’abord, interrompit de nouveau Richard, et quand j'aurai Mis sous vos yeux le honteux tableau de vos folies, de vos tautes et de vos cri.
mes, oui, de vos crimes ! je vous défie de soutenir qu’il m'est possible d’ou.
blier, qu’il m'est possible de pardon.
ner |
Robert tremblait, sinon de confusion (il était incapable d’en éprouver, ) du tüoins de colère,
: PU Same L'on tan i Certes;il s'attendait bien à une récep. |