LILI
Îls sont le résultat de la démoralisation
complète de notre fin de siécle
—Je crois bien, mon oncle, qu’ils se sont produits de tout temps... hasarda Henri Savanne
—Oui, répondit le juge d'instruction, mais moins nombreux, je le repète..,., L'homme qui commet une faute sembla.
ble est un lâche et un misérable 1...
Gabriel se sentit frissonner Jusqu’aux moelles,
Le jugement porté par son frère en termes Tétrisenuts l’atteignait en plein cœur,
Richard Vernière resta muet profon.
dément impressionné,
Il comprenait ce que son ami devait soufirir,
Daniel Savanne, poursuivit d’une voix brève et incisive, une voix de réquisitoir:
— Ainsi, voilà un gentleman, un homme du monde, qui a détourné de ses devoirs une jeune fille innocente, qui l’a enlevée à sa mère, puis qui l’a aban.
donnée, la laissant mourir aux prises avec la misère, et le désespoir, et qui Pour comble d’infamié, a jeté dans le
monde une enfant destinée, quelque puissent être son intelligence et sa sa:
gesse à porter toujours la tache ineffaça.
ble de sa naissance | Nul honnête hom.
me en voudrait la prendre pour femme,
Jenvoie tous les jours en cours d'assises des gredins plus excusables que l’6.
tre capable d'un tel crime !
Gabriel Savanne courbait la tête,
Ce que la voix de sa conscience lui a.
vait dit si souvent, la voix de sbn frère.
répétait,
ichard avait la sueur au front.
—1l me semble, papa, que le monde est injuste fit observer timidement Mat.
hilde qui, bien qu'elle n’eût que dix.
huit ans, réfléchissait beaucoup,
—Eit je suis de l'avis de ma cousine, æo0n oncle #PPpUYA Henri. Certes le pè.
“ L'enfant at-elle demandé à naître | “ Non, n’est-ce pas ?..... Pourquoi
me re-97 4 20 ATV oem rer
nn
mme
guerre ere
honnête homme hésiterait à lui donner son nom !..,
Daniel Savaune hochait la tête en si«
gus de dénégation,
Le jeune homme poursuivit É
Permettes-moi, mon cher oncle, de n'être tout à fait de votre avis, si hardi que ce soit de ma part. ,.,. Selon moi, plus les douleurs sont grandes plus il
aut aider à les soulager ; plus les aban.
dons sont injustes et plus on doit se.
courir les abandonnés.
“ Parmi ces pauvres enfants ui, lé.
galement, n’auraient Pas dû naître, il se trouve à coup sûr des âmes saines, des cœurs d’or, des natures d'élite.
“ Pourquoi faire peser sur elles un rar ace immérité, que rien\ ne justi.
Henri parla longtemps ainsi avec une verve entraînante, \
Sans partager de tout point son OPie nion, Daniel l’entendait non sans plai« sir,
—Ce sera quelqu’un ! se disait.il ine térieurement,
Richard Vernière l'avait écouté avec une attention religieuse
Jeune homme disait ce qu'il pen.
sait lui-même,
Gabriel «dmirait son fils,
—S’il conaissait ma faute, pensait.il , il me la pardonnerait, il aimerait sa
sœur,
Mathilde et Aline... Aline surtout, éprouvaient un enthousiasme sincère,
Le valet de chambre vint annoncer que le diner était ssrvi.
On aila prendre place autour de la table que surchargeaient des bouquets de fleurs pour fêter le retour du marin attendu si longtemps,
Il allait repartir, c'est vrai, mais au moins on l'avait vu, on l'avait embrassé, et l'on exprimait tout haut l'espoir que son retour définitif ne tarderait plus guére désormais.
Le capitaine devant prendre place, le lendemain, dans le Vice.express, à sept heures du soir, il fut convenu qu’on dé-
jeunerait sommairement à dix heures du matin et qu’on ferait un repas solide à quatre heures, s
Où serait libre ainsi à cinq heures et
demie du foir et on pourrait accom pa-
gner Gabriel au chemin de fer, car per-
ser partir seul. k
Richard Vernière quitta l’appartement de Daniel Savanne à onse ieures et regagna Saint-Ouen.
Mme Sollier était couchée, mais l’industriel possédait une double clef de la rue Hardoin.et il put rentrer sans réveiller la gardienne.
Profitant de la permission donnée par son maître, Madeleine avait pris le chemin de Vincennes, laissant Véronique chargée de veiller en son absence aux soins du ménage.
Le lendemain matin de très bonne heure Mme Sollie:, accompagnée de Marthe, monta prendre les ordres de M, Vernière, lui porter son courrier, et en même temps lui présenter ses vœux pour le Jour de l’An.
Richard embrassa la petite fille et serra la main de la grand’mère.
—Je suis très heureux de vous voir calwe maintenant, madame Sollier—lui dit-il Mettez votre espoir pour l’avenir qui se présente souriant pour votre chère Marthe.
Dès demain nous nous occuperons d’elle
Puis il ajouta :
. Tout à l'heure je partirai pour Paris.…— Je serai absent toute la journée et je ne rentrerai probablement que fort tard dans la soirée... — Quand vousaures mis en ordre l'appartement, s’il vous plaît de sortir un peu pour distraire Marthe, vous le pourrez...
— Puisque vous me le permettez, mon.
sieur, j'irai jusqu’au cimetière avec la mignonne prier quelques instants... — Notre absence sera cou
Richard fit un signe d’assentiment,
rut le courrier que Véronique lui avait remis, mit de coté quelques lettres auxquelles il faudrait répondre le lendemain s’habills chaudement et partit.
Pendant la nuit le froid.déjà très vif
avait encore augmerñté.
De l'Est le vent sautent au Nord soufflait en tempête faisant s'entrechoquer ies de qd nt Rai rond er pant le visage et gerçant les lèvres des malbeureux qui l'afrontaient,
Sur le route des Batignolles que Ri.
chard Vernière avait gagnée sr trouver un véhioule ps set les piétons emmitouffiés dans leur cache-nez les bras chargés et les poches gonflées de paquets d’étrennes de polichinelles et d’oranges courbaient le dos sous la ratale et n’avançaient qu’a grand-peine en maugréant.
L'industriel eut l’heureuse chance de héler au passage un fiacre vide par
lequel il se fit conduire au boulevard
Malesherbes.
Malgré la rigueur du froid sibérien qui devait retenir bien des familles au coin d’un bon feu, une animaticn fi6vreuse et joyeuse régnait de tous les a ES
int-Ouen, comme partout, le débits de vins, les psp rie.
geaient de monde quoiqu'il fût à peine neuf heures.
Au restaurant de la mère Aubin, ur an table et cabinets étaient emcombrés de buveurs, appartenant pour la plus grande partie à la population des usines environnantes,
À une table Claude Grivot, ayant réuni un certain nombre des ouvriers de son atelier d’ajustage venus pour lui serrer la main à l’occasion du premier jour de l’année 1894, payait force tournées de vin blanc.
Il semblait d’une gaieté folle, plaisantant d’une façon peut-être un peu lourde, mais qui provoquait le gros rire de son auditoire.
Parmi les buveurs qu'il régalait se trouvait le pale frenier de l’usine Vernière, Baptiste Fouquet, qu’on appelait généralement l'Ecrevisse.
Il devait ce surnom à une prodigieuse abondance de cheveux d’un rouge vif, taillés en brosse au-dessus du front bas et du visage osseux presque aussi rouge que la chevelure e$ troué par une large bouche et par deux petits yeux gris où ne brillait pas la moindre lueur d'intelligence.
Ce était un ivrogne feflé et il séchait avec éclectisme sans égal petits verres de tord-boyaux, vin blanc, absinthe, cassis, bitier ei vermoui, mélange infernal qui devait à un moment
ide par
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“un tuyau d'orgue.
donné éteindre la pâle lueur de raison qui vacillait au fond de son épaisse ca.
Grivot le poussait à boire,
Il avait pour cela de sirieux motifs dont nos lecteurs ne peuveart avoir oublié la nature,
A part Véronique Sollier et sa petitefille, l’Ecrevisse couchait seul à l’usine, dans une soupente placée au-dessus de l'écurie dont il avait la garde,
Au moment où nous venons de faire connaissance avec lui, il bafouillait déjà en parlant.
Ses idées, jamais très nettes, s'em.
brouillaient de plus en plus.
Les ténèbres se faisaient dans son cerveau. -
Un dernier petit verre l’acheva, et pour ne pas rouler sous la table il fut obligé de rentrer à l’usine et d’aller se coucher dans sa soupente où un ouvrier
de bonne volonté le reconduisit en le :
soutenant,
Toujours le même, cet homme-1à...…..
fit Véronique en le voyant arriver et en haussant les épaules avec un profond dégoût, il ne se corrigera donc jamais !
Quelle brute.
—Il en a pour jusqu'à demain matin répondit l’ouvrier en riant.........
c’est un soulard, mais il n’est pas méchant,
Une tois affalé sur le matelas de sa punto l’Ecrevisse ferma les yeux ne fit plus un mouvement et ronfla comme
Claude Grivot avait résolu de passer toute la journée chez la mère Aubin, de déjeuner et de dîner chez elle.
Le misérable, en vue du coup qu'il allait tenter le soir avec Robert Vernis.
re, prenait des précautions minutieuses peer qu'aucun soupçon ne pût l’attein.
Il buvait peu, voulant garder intactes toutes ses facultés,
Une fièvre violente brâlait cependant son sang dans ses veines, et les aiguilles de la pendule lui semblaient mar.
cher avec une lenteur désespérante.
Peu à peule restaurant se vida et il ne resta plus autour des tables jue
Lg habitués, prenant leur repas u matin.
Claude se fit servir à déjeuner dans la salle commune au lieu d'entrer dans un des cabinets, comme il avait l’habi.
tude de le faire.
Il voulait qu'on le remarquât.
De son côté la mère Aubin, débarassée du grand coup de feu qui l’avait re.
tenue toute la matinée, déjeunait avec ses servantes lorsque Magloire entra, portant deux gros paquets, et les poches pleines d’oranges,
En franchissant le seuil de l’établissement il cria de sa voix sonore,
—La bonne année à tout le monde a général et à maman Aubinen parti.
ier.
Puis, s’avançant vers la brave femme, il ajouta :
—Aujourd’hui, vous savez, maman, on s’embrasse......C’est la grande solennité du jour de l’an qui veut ça.........Je suis rasé de près et frais comme une rose !
Passez-moi vos joues !
La mère Aubin se leva pour recevoir le baiser du brave garçon et le lui rendit de bon cœur.
Après lui avoir remis quatre belles oranges pour étrennes, ilse tourna vers la Marie qui faisait la moue de n’avoir pas été embrassée la première,
—Ma petite Marie......lui dit-il, devipant à merveille la cause de cete moue je devais commencer par la patronne, la Civilité puérile et honnêteté l’ordonnaient impérieusement, mais je ne t’oublie pas.
En conséquence,je te la souhaite bonne et heureuse, accompagnée d’un grand rombre d’autres, et beaucoup de prospérité avec un mari qui me ressemble, qui soit manchot comme moi et qui t’aimera comme je t'aime !
En entendant ce compliment fort
«bien tourné, ma foi, pour le milieu où il
‘était débité, on battit des mains.
La Marie se leça, toute rouge, et ten.
dit ses joues au joueur d’orgue.
Celui-ci ne fut pas chiche de baisers.
Et il compta :
.—Un... deux... trois... quatre.
cinq. . BiXeee Li aemi-dousaine LPerTe J Ling voulu mettre les quatre au cen
Magboire it al d n oire prit alors un des paquets qu'en rentrant il avait déposés sur le coin d’une table et le mit les bras de la Marie qui ne songeait plus guère à bouder.
—Ce n'est point encore la robe de noce, lui dit-il, mais petit à petit l'oiseau fait son nid.
Ensuite, il distribua des oranges et des bonbons aux autres servantes du restaurant.
Tu accepterais bien quelque chose, mon garçon....lui demanda Mme Aubin,
—Non, maman, rien du tout, répondit Magloire.
Pourquoi ça donc ?
—Parce que j'ai déjà siroté un peu ce matin, contre mon habitude, et il faut conserver 88 tôte.s..J6 viendrai dé:
jeuner tout à l’heure...j’ai encore une visite à rendre... Dites donc, maman Aubin, vous me ferés à dîner, n'est.
ce pas, pour trois personnes, ce soir ?
—Tout à ton service, mon garçon, bien certainement, et je te promets un menu bien soigné... Alors, tu as des invités ?
C'est-à-dire que je vais faire mon
‘invitation, mais j'espère bien qu'on ne
la refusera pas.
—La refuser ! par exemple! C’est-il donc des gens de la haute
—C'est tout simplement maman V6ronique et la petite Marthe... Je veux tâcher de les distraire un peu de leur chagrin, en les amenant chez vous dîner avec moi,
—C’'est une fameuse idée, Magloire !
.. Une idée que je regrette de ne pas avoir eue, il n’est jamais trop tard pour bien faire !.....Nous dinerons “ên famille, et c’est moi qui régalerai
Magloire 8e récria :
—Ah ! par exemple, non ! fit-il.., je veux payer,
—Et moi,je ne veux pas que tu
psyes.
—Cependant..
—Pes un mc de plus, ou point ds di.
uer !
a, nn |
—Alors, je cède, —C'est heureux quel entêté que ce Magloire !
“ Dites donc, monsieur, ajouta Mrs Aubin en s’adressant au contremaître ui prenait son café, voulez.vous me aire le plaisir d'êtres des nôtres ?
—Mais, comment donc ! tout le plaisir sera pour moi !.........répondit diaude...... j'accepte de grand cœur |...
Véronique est une brave femme, Ma.
gloire un bon garçon......vous, la perle des hôtesses... Ça me rendra joyeux de me trouver à table aveo vous.
—Eh bien l alors, c'est entendu...
Magloire va aller trouver Mme Soillier ét l’inviter de sa part c de la mienne...
On dinera à six heures et demie précises...Les clients n'abonderont pas ici ce soir.....0n 8era tranquille, et on tâchera de l’égayer un peu,la digne grand’.
mère, ainsi que la petite fille de cette pauvre Germaine.
—Ça va bien ! dit le joueur d’orgue,je viens faire nos invitations,
Il reprit le dernier paquet qui lui restait et partit,
Magloire, nous le savons, n'aimait pas le contremaître Grivot.
Sa tête lui déplaisait, ses allures ne luisemblaient pas franches, mais il n’avait contre lui aucun grief sérieux qui
ût l’empécher de diner en sa compa-
sule, :
Quant à Claude, il était heureux de son invitation,
Véronique Sollier s’attarderait cer.
tainement au restaurant de Mme Aubin ce qui permettrait à lui et à son complice de pénétrer sans la moindre crainte et sans le moindre risque dans l’usine.
Dînant auprès d'elle, à la même table, il se procurerait un alibi de premier ordre, si des soupçons invraisemblables venaient à planer sur lui,
Dans les circonstances présentes, toutes les précautions lui paraissaient bon- "1 à prendre.
près son déjeuner, il sortit un ins.
tant de la salle et gagns la cour atte.
nante, dont une des issues était indé.
pandan*a du restaurant, On pouvait y arriver en suivant 1
que ce
sienne...
le préci- )a8 10i ce 1 tâchegrand”.
le cette
'orgue,je
i lui resmait pas
lures ne is il n’aeux qui compa-
reux de
ait cer.
16 Aubin )n comre crainns l’usi.
ôme ta-
couloir sur lequel se branchait l'escalier de l'hôtel garni.
Dans un coin de cette cour, sous un petit hangar, Grivot remisait sa bicyclette, lorsqu'il ne la laissait point à l’u. sine.
Il l’examina, s'assura que toutes les ièces étaient en bon 6tat, fonctionnant merveille, et rentra dans la salle pour
lire ses journaux.
C’est nne manière comme une autre
e tuer le ternps.
x Lorsque Magloire sonna à la porte de l'usine Vernière, Mme Soilier finissait de déjeuner avec sa petite-fille, 2
En le voyant, Marthe quitta précipitamment la table et lui sauta au cow
—Mon bon ami Magloire... s’écria-telle en l’embrassant, je te souhaite une bonne année | ;
Et moi, fillette...répondit le manchot je te souhaite tout ce qu’il y a de mieux en fait de parfaite année |... ainsi
u’à vous, madame Sollier,... ajouia-tden tendant à Véronique son unique in, 71 gardienne de l’usine prit cette nait: et la serra cordialement en répliquant : À
—Merci, mon brave Magioire ......
C’est bien gentil à vous d’êtro venu nous voir ce matin ! Vous ne nous ou-
blies pas
né tt oublier ! !.....c’est une chose qui ue serait point à faire, madame Sollier !...On se souvient toujours du chagrin qu’on a partagé... Mais ne par.
lons pas de Çça.. Toi, mignonne, viens ici...poursuivit-il en s'adressant à Mar.
CA
L'enfant s’approcha, Ë
Magloire développait de la main gauche, avec une adresse singulière, le paquet qu'il portait sous le moignon de son bras droit,
Il mit à jour un superbe bébé de grande taille, au visage de porcelaine couronné d’une abondante chevelure blon.de, aux jambes et aux bras articulés, va.
lant au moins quarante francs, 4
L'enfant pouæait un cri d’admira-
tion, —Abh ! la belle poupée ! la belle pou.
pée ! fit-eue ensuite,
—£h bien ! c’est pour toi, ma chérie !
fran le joueur d’orgue en la lui tenant, °
—Pour moi ! répéta Marthe, pouvans à peine croire ce qu’elle entendait.
—Oui, pour toi... C'est mon cadeau d'étrennes.. il faudra apprendre à l’ha.
biller....... {a te rendra une fille couturière.,
Marthe radieuse prit la poupée,
—Oh Imerci....,merci !......mon bon Magloire ! 1......s’écria-t.elle en embras.
sant dr nouveau le manchot avec effu.
sion... je l’habillerai bien, va !...., je lui ferui une belle chemiie, de beaux jupons, une belle robe... Ma petite Maman m’a appris à coudre... JU lui ferai aussi un beau chapeau, Grand’mè.
re me donnera des chiffons,
—Oui, ma chérie, répondit Véronique heureuse de la joie de sa petite-fille,
Magloire. .... ,l'inépuissble Magloire avait tiré de sa poche un sac de bon.
bons, un sac de papier satiné blanc, fi.
celé de rose, et il le présentait à Mme |
Sollier, en reprenant :
— Et ça, ce sont des pralines, mais je
. les confie à ta grand’mère, et tu n’en
mangeras que quand tu auras été bien sa
—Oh ! je le suis, mon bon ami, et je le serai toujours... Je l'ai promis à ma petite mère,
En disant cela, l'enfant était devenue sériense tout à coup,
Une larme se suspendit au bord de ses cils,
Magloire l’embrassa avec émotion.
— ais ce n’est pas tout ça... dit.1l et je n’ai point fini... Je guis ici, non seulement pour vous souhaiter la bonne -nnée, mais encore pour vous adresser une invitation,
—Uneinvitation 1... répéta Véroni.
que. À nous !
—Oui, madame Sollier,
—De quelle part ?
—De la part ue maman Aubin et de la mienne...[l faut que vous et la filet.
te venies dîner chez elle ce soir.
—Abh ! je ne suis plus assez gaie pour cela, mon bon Magioire.…..Moi et l'en.
fant, nous ferions triste figureau milieu
dé yous .,,, Nous ne Pouvons pas ac. Ah | pour l'enfant, je ne vous le concepter, ,
soille pas! Elle pourrait attraper du 8 Il faut absolument que vous &@Wep- | mal! Il fait un vrai temps de loup, # Mare
lies, *u contraire... Qa vous distraira.., | un vent qui vous couple ls Un u& vit pas avec les morts, madame | goulette, Seine charrie et elle Sollier | Leur cher souvenir peut ne ja- | pourrait bien êt
re prise par place de. te
Mais nous quitter, mais 1l n’est point de | main matin, Vous ires au cimitière un | «
de douleur, si grande in qui n'ait | autre jour... quand il fera plus doux :
Comme l’orage un moment aralmie ! | Restez tranquillement au coin de votre | fa OYOns, est.ce que vous pouvez nousre. | fou... Si vous
Vous ennuyes je vien- ap user ça f.....à moi surtout ! En dinant | drai faire un bo
ut de causette avec vous bo à côté de VOus, il me semblera que je | avant le dîner, et nous partirons enser - en suis à côté de ma bonne chère mère qui le. qu est là-bas dans son Pays, au Pont-d’Ain Le parti que Magloire conseiilait de rs Vous la renplsceres, Madame Sollier, | prendre était le plus sage, ” et ça me rendra très heureux, car j'ai 1l ne fallait Pas compromettre la san. ” vraiment l'affection d’un fils Pour vous | té de Marthe. Or qui avez tant souffert... : — Véronique le comprit, 4 wc —Non brave ami 1,.,, fit Véronique —Æh bien 1 c’est cela, dit.elles, Allez qui émue, : déjeuner... Revenez. dar.s la journée et ta Magloire l'embrassa comme il eût em. nOus CAuserons, brassé sa mère, Marthe jouait avec sa poupée, mais e £ -—Voyons, c'est dit n'est-ce pas ? reprit. | voyant le el d'orgue près à partir Eur il, On dinera à six heures et Gemie pré- | elle alla vivement à lui, & cises, et vous Pourres rentrer de bonne —Merci °ncore, mon bon ami Ma. sure... C’est à deux pas, et puis, nn- loire 1... fit.elle en lu: tendant les - C jourd'hui, à cette heure.là surtout on | joues. pr ne viendra guère sonner à votre purte. , Le manchot l’embrassa et reprit. au L Ous acceptez, hein ? ‘pas jfpnastique le chemin du restaurant tell —Eh bien | oui... Puisque vous y | de Mme Aubin, de: tenez tant... —C’a y est,s’écria.t.il joyeusement en ms A la bonne heure 1 C’est maman faisant irruption dans 1a salle, Acceptée, Pa. Aubin qui va être contente,..et la Marie l'invitation ! Madame Sollier et la mou. h ré donc !... eb tout le monde, générale- cheronne diîneront avec nous ce soir... no ment, car tout le monde. vous aime le —Sois paisible, mon fils, on soiguera Pron Sur ce, je vous quitte. le menu ! répliqua la patronne, Mets- t — Vous partez déjà. toi là, on va te servir os --Oui, je vais dire à maman Aubin La Marie avait préparé un couvert é qu’elle peut compier sur vous, et je me pour Magioire, grés, mettrai sous la dent une croûte, de n’im- Il prit place à tahe at se mit à jouer | M porte quoi, car je n’ai encore fait que | des mâchoires de grand ni béiit, la tn boire ce matin... | Claude Grivot, sis peus à ing fené. ter q .—Et moi qui n'ai rien à vous of. tre, lisait toujours juarnaux, où au os frise moins semblait les lire, car il prêtait endrc —Je n'aurais rien pu accepter......Ma- | une orcille attentive aux choses, même meub man Aubin m'attend... insiguifiantes, qui se disaient autour de gaine --Je vous reverrai à six heures et de. | lui. Sol nie. ie XXXII de ces —Ÿ houre militaire...‘ lièrem —No:, os nous habiller. . .. Nous Blucker et Schults, les deux espions 1à irons ii. ix/'3, 6f : six heures ét de. allemands, avaient été chargés par leur à Le mie noi: 4. ve: «yurouver…. chef direct, U'Brien, de trouver la trace ] nur AU x: ;e © par un fre: raroil ? | de Robert Vernière, venu à Paris sous er cet s’écria Mézor:.
| le nom de Fritz Leymann, alsacien ay. nière :
ant opté la nationalité française au Il en loua une pour huit jours, se
4e moment e l’annexion brutale, imposée donnant comme ouvrier alsacien mo.
mar. Par la force, primant le droit. mentanément sans travail, attendant st elle Les soupçons flottant dans l'air au. | une place dans l’une des wsines envi. ce de. tour de Robert Vernière avaient 24 ronnantes, ère un 86 l'obligation au directeur de la police Ses. papiers étaient en règle,
doux | de l'ambassade d'Allemagne à Paris de
votre
1 mangeait ches l'épicier ge parait sa
pense aveo une facilité qui réjouissait vien ne, le ministère de la guerre et les a. | le cœur de son hôte. c vous rds de l'usine de Saint-Ouen, les trois soir seulement, une fois la nuit ve. sem - endroits où t vraisemblable nue, il sortait pour s'ocouper, disait.il, que l’ancien agent secret du grand état. | de la place qu'il convoitait, it de Major se présenterait en arrivant À Pa- Toute la journés, assis près de la fe. ris, être dont il écartait un peu les rideaux TA Blucker et Schuit ayant comme ren. | il avait les À er fixés sur la porte de orts un certain nombre de subalternes | l'usine qu’il surveillait, 4 avaient obéi avec empressement, en- Dans la soirée il allait à Paris, rue de Alles © *., Chantés d’être chargés d’une Darogue la Viotoire et rendait compte de sa jour. qui leur vaudrait, en cas de réuss te, | née au doctour O’Brion, e et une ample gratification. Le dimanche se puasa, is en Blucker s'était chargé de la surveil. L'usine était fermée. artir ance du mi nistère de la marine et ce. Vint le jour de l’an, | lui de ja guerre, surveillance des plus ults, quoique les ateliers fussent Ma. faciles, déserts et le Patron absent, resta en fac. Fès: Celle échue à Schultz résentait, au | tion jusqu’à quat-e heures, contraire, un certain nombre de diflieui- Il iui paraissait évident que personne s au tés. ne se présenterait à cette heure chez ant L'usine de Saint.Ouen était située de | Richard Vernière. telle fagon que la présence d’un indivi. Jugeant inutile de poser sans résul. t en du inconnu dans le Pays, faisant les cent | tats ibles, il se dit qu’il pouvait a. tée Pas aux environs, ne pouvait manquer | bandonner son obssrvatoire Jusqu'au jou ÿ d'attirer l'attention 808 ouvriers et des lendemain et aller se réjouir pendant tb habitants, ce qui forcerait le guetteur à quelques heures dans une de ces bras. rs Prompie retraite, serles Où se réunissaient ges compatriosta La température glaciale paralysait en tes, séchant des bocks de bière de Ba. Outre l'espionnage, * vière en célébrant l'unité allemande rert possible, par un froid de quinze de. | sous l'œil bienveillant du stron, qui &rés, de se donner l'allure d’un flâneur | est généralement un chef le section uer ‘ venant se distraire à la campagne, d’espionnags tudesque. Au coin de la rue Hardoin se trouve trains du chemin de fer du nord, la boutique d’un épicier, qui pour ajou- | 4 Paris Saint. Ouen les Docks et Docks née ter quelque chose aux bénéfices de son Paris *” partaient à des heures fixes, au Commerce, bénéfices très maigres en cet C'était le moyen de locomotion dont ait endroit désert, louait des chambres | il #6 servait chaque soir pour aller su ne meublées, soit, au mois, soit à la quin- rapport depuis trois jours qu’il était ve. de saine, soit même à la nuit. nu loger rue Hardoin, ults vit l’écriteau et se dit qu’une Toutes les heures trente.quatre minu. de ces chambres pouvait faciliter FAEU- | tes un train se mettait en msrche et di rement sa besogne, arrivait à Paris en dix-sept minutes ne Lears fenêtres en effet s'ouvraient sur Schultz prit le train Pürtant à ciuq 5e la rue et permettaient au regard d’enfi. À heure: trentre-quatre ”: % ler cette ne jusca ne à id. Ver. Le oyageurs étaient légion, y. nière située à une distance de cinquan. A ci
+que station, nombreuses sur un si petit parcours, on était obligé de fai.
rc des arrêts de trois ou quatre minu-.
LA On s'empilait dans les wagons.
train arriva à son point terminus aveo dix-huit minutes de retard, c'est-à dire à six heures et quart,
En sortant de la gare, Schultz entra dans un petit restaurant d’un marchand de vins pour y prendre un apéritif avant de se rendre rue de la Victoire.
1 se fit verser sur le comptoir un ver.
mout-curaçao qu’il aëditionna d’un tiers d’eau, et il alluma une bonne vieille pipe en racine de bruyère, noire comme l’âme du diable ou comme le fond d’une boîte à cigare.
De petites tables de simil-marbre pla.
cées en face du comptoir et entourées de chaises, s’appuyaient au mur,
Schultz prit son verre plein, et du comptoir d’étain le transporta sur un guéridon devant lequel il s’assit pour savourer lentement et voluptueusement son apéritif, en aspirant les bouffées de fumée mal adorantes de sa pipe,
Là il se trouvait juste en face d’une double porte fermée et garnie de rideau qui s’ouvrait sur la salle bien éclai.
rée du restaurant,
Tout à coup cette porte s’ouvrit et un homme porteur d’une valise et ayant une sacoche de voyage en bandouillière apparut,
En le voyant Schults tressaillit.
Il venait de reconnaître le personnage per par lui depuis trois jours, Robert ernière,
C'était bien en effet, le frère de Ri-
Robert traversa le débit de vins sans se presser et gagna la rue,
Schults se hâta de jeter une pièce de vingt sous sur le comptoir en di.
sant :
—Je reviens... payezvous….
Et il suivit Robert.
Celui-ci avait traversé la place et se dirigeait vers le grand hall du chemin de fer,
L’espion, après avoir rabattu sur ses eux les bords crasseux du chapeau de eutre mou qu’il portait, fut bientôt sur
ses talons, lui emboîtant pour ainsi dire 6 pas.
! rep mba Les
Le frère de Richard s’approcha du gui.
Fondé au-dessus duquel se lisait cet inex:
PARIS-BERLIN. Le guichet était ouvert, À ne ae commencé la distribution des ets, Il s’engages dans le passage étroit for.
mé par la barrière et où se trouvaient
déjà plusieurs voyageurs prenant la file attendant leu: :our, ô
Le sien arriva, Il posa sur la tablette de cuivré, de-
vant le guichet, deux billets de banque l’un de cent francs, l’autre de cinquante en disant :
—Premier—Berlin.
On lui passa un ticket et on lui rendit.
vingt-deux francs soixante centimes,
Schultz, appuyé à la barrière, avait entendu.
Du guichet où il avait pris son billet
bert, se conformant au programme:
tracé par Claude Grivot, s’était dirigé vers le bureau d'enregistrement des ba.
gages,
L’espion allemand le suivait toujours,
Ille vit déposer sa valise, recevoir son bulletin, et prendre Je chemin de pe salle d’attente dans laquelle il péné.
L’honorable Schultz pensa, très logiquement en apparence, qu’il devenait inutile de continuer son filage ” et de pousser plus loia ses investigations.
Pour lui il était avéré que Robert Vernière prenait le train de six heures et demie pour quitter Paris et regagner Berlin,
Il ne lui restait donc qu’une chose à faire : aller au plus tôt rue de la Victoire, chez O’Brien, et lui rendre compte de l’heureux emploi de son temps.
Sans même songer à achever son ver mout-.curaçao et à réclamer sa monnaie, il quitta la gare, prit une voiture sur la place et se fit conduire chez le magnétiseur,
Celui-ci avait donné des séances tou.
te la journée.
Le somnambulisme, comme les chevaux de bois et les montagr-s russes
Porte Seaucoup les jours de fête.
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billet ‘amme:
dirigé les ba.
it tou-
On va en partie de plaisir chez le somuambule, comme les noces de la petite bourgeoisie vont chez le photogps
allait se mettre à table lorsque son valet de chambre vint lui annoncer que Schults était là et demanda à le voir Pour affaire pressante et importante,
Avec une hâte facile à comprendre il alla trouver l'agent qu’on avait intro.
duit dans son cabinet,
Schultz le mit au courant de ce qui venait de se passer... O’Brien parut enchanté et, comme il avait à payer largement les services rendus, il donna à l’espion une gratification de trois louis, en dehors de ses appointements et de ses frais de déplacement, puis il alla rejoindre ses invités en se promettant d'aller le lendemain matin rendre visi.
te à son chef direct,
Retournons à la gare du Nord,
L’espion Schults n'était pas encore monté dans le fiacre qui sllait le con.
duire rue de la Victoire que Robert Vernière quittait la salle d’attente des premières, où nous l'avons vu entrer, et se dissimulant de son mieux, longeant les murailles, grelottant surles morsures du vent du Nord qui soufllait avec un redoublement de rage, prenait la
route que Claude Grivot lui avait indi.
quée et par laquelle il devait arriver au rendez-vous à l'heure convenue,
XXXIIT
Magloire, selon sa promesse, était allé retrouver à l’usine Mme Sollier.
Marthe, dans la chambre du haut, jouait avec sa poupée et commençait à lui confectionner un habillement com:
let en se servant pour cela des chif.
Ons que sa grand’mère lui avait don.
nés.
Le joueur d'orgue et Véronique se trouvaient donc seuls, »
tes, mb lui dit Mme Sollier, vous êtes un bon et brave garçon... Vous m’aves prouvé que votre cœur était un de ceux, bien rares, hélas ! sur l'amitié esquels On peut compter sans crainte
LL gg on DS mn
d a VMUUTCE VEUVE,
“ Je n'oublierai jamais la généreuse
initiative prise par vous afin que ma fille ait une tombe ....., Je n’oublierai jamais tous les services que vous m'aves rendus dans ce triste et douloureux moment, et je vais vous en donner la preuve,
“ Ma confiance en vous est absolue et je suis certaine que si, pour ma petito fille ou pour moi, j'avais encore besoin de votre dévouement, vous ne me le marchanderiez pas !
— Vous pouves en jurer hardiment, Mme Sollier,. répondit le manchot...
Demandez-moi quoi que ce soit, exigez de moi n’impcrte quoi de très difficile, Pourvu que ce ne soit pas tout à fait.
impossible, je serai toujours prêt à me mettre en quatre pour vous servir ?
Il ÿ a des sympathies et des amitiés qui naissent brusquement et que rien au monde ne pourrait détruire... La.
mitié etla sympathie que je ressens Pour vous et pour Marthe sont de cel.
les-là. ..,.,Comptez sur elles et n'ayez.
pas peur d’en abuser., , . Elles sont solides !
—Merci, mon brave ami! Vous êtes un cœur d’or |!
—Je suis un bon chien fidèle, voilà tout,
—Maintenant, écoutez-moi.. Je vais vous apprendre un secret, Un grand se.
cret.
—J’ouvre mes oreilles tout au lar.
ge !
Fr ’ai retrouvé le père de ma petitee.
Magloire sursauta.
— Vous avez retrouvé le père de Mar.
the, s’écria-t.il.. Le gredin qui a aban.….
donné Germaine et l'a laissée pendant des années sans ressources, obligée de faire pour élever son enfant un travail qui l’a tuée ?
ré do Pavesz vu... Vous lui avez pare
—Oui, Magloire.
— Et vous ne l’avez pas étranglé, le misérable !
—Je lui ai pardonné.
Pendant quelques secondes le man chot resta muet,
Ses yeux arrondis et eflarés expri.
tmaient la stupeur la plus complète,
— Vous lui avez ardonné |... mur.
mura-t.il au bout d'un ivstant....., Ah | Par exemple, madame Sollier, si ce n’6.
ie 6 pas vous qui me le disiez, je ne le | à Crolrais pas, || —Assurément, l'homme de qui je par.
le était bien Coupable..,, reprit Véro.
nique, mais moins cependant qu’il ne le parait...
—Vraiment |
—L'abandon dans lequel il a laissé Ma pauvre Germaine était absolument
—Trois cent mille francs L... répéta.t.
il... Et où sont-ils, ces trois cent mille francs ?
—Placés dans une maison sûre qui en payera les intérêts à quatre pour cent, —Fitchtre!..,,Trois cent mille francs ce n’est pas deux sous |..à quatre pour ‘ cent d'intérêts, cela fait juste douse mille francs de rentes.
—Dont Marthe jouit à compter de ce jour.
—Æbh, bien, voilà qui me raccommode un peu avec ce Monsieur, quoique après \ tout il ne fasse que son devoir... mais enfin, la grosseur du chiffre plaide en sa faveur et fait croire à son repentir
Voilà ls fillette à l'abri du besoin" que vous avez cru devoir le alr6,.,,.e Vons allez pouvoir la mettre en pen- } Bref, vous l’avez retrouvé...Où et com. sion, la faire instruire, r ment ? —C'est ce que je ferai le plus promp. (
—Dans des circonstances singuliè. | tement possible, ce res qu’il m'est impossible de vous ex. —Et que vous aurez joliment raison ! b pliquer, Mais, alors, adieu, adier l'usine | vous d
—Pourquoi ? allez lâcher Saint-Ouen, p
.—+arce que j'ai promis de garder le —Pas du tout ! je garderai ma pla. silence à ce sujet. ce.
Ei, cet homme est riche, sans doute ? —Ah bah ! êt
—{rès riche, —Pourquoi Ça a-t-il l’air de vous é-
—C’est un Personnage de la haute ? tonner ?... L'argent de Marthe n’est pas
—1l porte un nom honorable et hono- à moi. ta ré, que je suis obligée de taire... Ah ! —Avec douze mille francs VOUS aue æ Dieu sait que ce n’est pas manque de | riez plus qu’il ne vous faudra pour vivre lu Coufiance, mais je vous le répète, j'ai | toutes les deux, ” fait le serment de ne le révéler à per. —Bien sûr, mais ce qu’on ne dépen. sonne, dans quelque circonstance que ce sera point, on le joindra au reste, et ça M soit... augmentera la dot dont elle aura be.
—Un serment est sacré ! il faut tenir
sain un jour pour se bien marier.
le vôtre
00000 Et, cet homme qui por- —Queli cœur vous avez, madame Sol-
te un nom honorable et honnoré, est-il
mc lier ! fit le manchot avec émotion, Rien | pr disposé à faire quelque chose pour Mar- pour vous, pr the, sa fille ? —Je vous ressemble un peu Magloire, ll a fait déjà. répliqua Véronique en souriant, po! — Quoi ? Oh ! moi, c'est différent, je nai à Il asure à Marthe une fortune, personne derrière moi, pèt —De l'argent 1... Ne pouvant ou ne —ÆEt votre mère ?
voulant pas lui donner un nom, il lui a —Je lui donne ce qu’il lui faut ; elle an donné de l'argent !...8e montre-t-il pae
et vieille, la chère créature, et je n'ai ternellement généreux, au moins ?
Pa)
Pas besoin de faire des économies pour \
—1l donne à Marthe trois cent mille | elle. éta
francs, —Elle doit être à peu près de mon à. -
Le stupeur arrondit de nouveau les | ge, votre mère ? voie Jeux du joueur d'orgue, —Oui, à peu près.
importance de la somme produisait —Alors, elle comprendrait Lien qu'au sur lui son eftet.
À J ° Rie milieu de ma joie de voir l'avenir de
i on plutôt une inquiétude terrible.
te Un chagrin Lans inquiétude ? ré.
ui péta le manchot, à ;
FR À —Songez donc, si je mourrais avant
cent, que Marthe ait l’âge de raison st puisse
aa | ge guider elle-même ?...Si je partais a.
pl vant d’avoir pu l'élever entièrement,
qu’arriverait-1l ?
—Mais, son père ?
nos SUR doit plus compter sur lui.
Du reste la mort peut le frapper aussi
node ù bien que moi.... Magloire, j'ai de mauprès vais pressentiments..., .
ed Le manchot haussa les épaules.
Pr —Oh ! ça, par exemple, dit-il, madair. me Sollier, ce sont des bêtises ! Les fe Donne ressentiments, oh ! là {là !.... Il n’en pe faut pas ! Ce sont des blagues ! de pue
res blagues ! Aussi bien que les rôves ne" Quand j'ai eu le bras emporté par un é.
clat d’obus,'j'avais rêvé que serait la jam.
au be ! Depuis ce temps-là j'en ai soupé sé des pressentiments et des rêves ! De la
la pure blague, je vous dis !
a —ÆEnfin, tout est possible.
—Bien portante à cette heure, je puis
| de être morte ce soir. . à pas
—Parbleu !..,, si la maison vous tombe sur la tête ! Ah! ça, mais mada.
LU me Sollier, vous aves le premier janvier vre lugubre ! ajouta le joueur d'orgue en riant,
in. —Je pense à ce qui pourrait atteindre
ça Marthe et je dois tout prévoir,
Je. — Alors, expliquez.vous carrément.
—Je veux être sûre que, si je venais à
ol. mourir, ma chère petite-tille aurais au<
en | près d’elle au ami, un protecteur, qui
\ prendrait ses intérêts, ..,., 'e,
—Je suis de votre avis... Il faut ça Pour que vous soyez tranquille...
ai —La fortune de Marthe, je vous le ré-
pète, consiste en une somme de trois
cent mille francs déposée dans une mai.
le son qui doit la faire valoir et lui en ii payer les intérêts,
ir Vous m'avez dit que cette maison était solide...
—Solide et honnête, et en pleine voie de prospérité ......
—Alors tout ra bien de co côté.ià..
ü E * Rien à craindre ! Vous avez entre les
état. Marthe assuré, il y ait un gros chagrin,
te la propriété de cette somme ?
—Oui, c’est un reçu bien ei. règle et rédigé de telle sorte que sur simple pré.
seutation la maison s'engage à opérer ua remboursement immédiat.
—Qa me paraît parfaitement come pris.
—Oui, seulement si je venais à mou.
rir pendant que Marthe est une enfant
encore, elle ne saurait comment 8'y prendre,
—En effet ,,,,, Mais puisque 1a per.
sonne à qui cette fortune est confiée est honnête, elle vous remplacerait juse qu’à ce que l’enfant puisse agir par elle même....
— Oui... Mais si cette personne disparaissait elle-même...
Le manchot se mit à rire.
—En voilà des idées couleur d’encre, Mme Sollier ! Aujourd’hui vous êtes en train d’enterrer tout le monde !
— Puisque je dois tout prévoir...
—Eh bien! allez! marches! Dites donc votre idée de derrière la tête !
Marthe sait où j'ai placé le reçu qui représente sa fortune. . Je l'ai prévenue et je lui ai expliqué ce qu'elle aurait à faire s’il m'arrivait malheur ... + Sa dresser au dépositaire de son argent et
ui demander aide et protection. A son défaut s’adresser à vous et vous remettre le papier avec lequel vous pourriez faire valoir ses droits...
—Cest à moi que vous avez pensé pour cela, madame Soilier, s’écria le jouur d'orgue, protondément touché par la confiance que lui témoigaait la mére
de Germaine, —Me refuseriez-vous?,....…
— Vous refuser ! quand vous me don.
nez une si grande preuve d’attsction et d'estime ! c'est donc que je ne m'en croirais pas digue ? Non ! non ! j’accepte, et de gran 1 cœur ! et si vos Vilains Pressentiments, (ce qu’à Dieu ne plaise) devenaient une réalité avant que Mar.
the ait atteint l’âge de taire ses aftaires elle-même, je vous fiche mon biliet qu’.
elle n'aurait pas de meuleur conseiller que moi, et que ses intérêts seraient bien défendus ! Cels, vous pouvez y
mains une pièce reconnaissant à Ja peti-
Marthe n’était Point oubliée, De tou- | bien d'offri tes les mains elle recevait de petits ca. tous les jo dans deaux, oranges et bonbons, et se On se mit à table, \ éronique, au miliew de ces gens qu dou. la fêtaient et qui tous (sauf Claude Gri. La Marie descendit ue. | vot) éprouvaient Pour elle une réelle rapporta deux b ec de sympathie, sentit une accalmie se faire gent. ée de Ans sa tristesse, Etait.ce du Cliquot était Son visage était Moins sombre et Par- | du Mumin, nous fois même, à une plaisanterie de Ma. | nous de l'affrmer, con- gloire placé à sa droite, un sourire ef. Pétillant, c'était fl fleurait ses lèvres. la fois, et d'un ce de la Grivot, quoique Ayant, divaitil... un | vives de Mme Au allait commencement de mal de tête, se mon. parable le liquide rave trait très ouvert, très communicatif. bouteilles, aoire Mme Aubin avait (selon la formule Au vin de Cha : de usitée en pareil Cas) mis les petits plats | cafs et les liqueu les dans les ÿ —Alh ! si ge pais- Après un excellent Potage, on servit Bue- orchestre, s mp une matelote Moustre, ce qui fit dire à Pléterais la f8 agloire, en montrant dans son ausiet. tit concert, able un énorme tronçon 4 ’anguille : —Eh! bien 1’on —C'est le bras que j'ai perdu à For. gue, chante.nous lis. mose que vous me donnez là maman la mère Aubin, C’ été, Aubin. : Dans les meiil and Quelle veine lesjoignez.y la Main, | au dessert, Ale si elle est restée dans plat, et je serai —Oui, oui! M | redevenu Complet | À que chose ! Vous ille Où riait de bon Cœur et l’on séchait rent les servantes en ch ne ferme les vicilles bouteilles de derrière, Et les dineurs quise t; où —Un petit vin qui n'est pare catho. | tables voisines, en. que | s’écriait le manchot, il n’a Pas re- | train du manchot, réclamè )a- $u le baptême, chanson, he a metelote suc Magloire se leva, et "e Une avalanche de — Laquelle ? dem gr08 Marons, noyés dans un hachis -— Les Roses et les Cerises n- succulent, gonfiait le ventre, Man, J'aime bien celle-là. el — Ya vaut les truffes j fit Grivot avec | air de valse, la conviction. —Eh bier | allons-y de ] Une salade de légumes et une crème | se.
A. au chocciat escortant Un gâtos.a de riz Le manchot, a complétärent le Menu, plus robuste ga | une voix fort agréable, icat, mais excellent en somme, ien timbrée, qui se je Au dessert toutes les têtes, 9xcepté | genres de sujets qu'i t Celle de Véronique qui n'avait bu que !| tristes, brillan ou excen i de l’eaa rougie, étaiezs légèrement 6. l aurait obten des 8 r Chautiées Comme chanteur de caf.
. —Mes enfants. ..di
t le joueur d’or.
gue........,je pro de casser le
1en 6ntendu que c’est noi q ft nées réçoi j —Rt ge SE Monce deux... «ajouta . tages des roui r Claude Grivot barie,
ir la seconde... Ce n’ urs le premier jour de
Outeilles casquées d'a
Pagne succédèrent le
j'avais mon or.
agloire, Je com.
donnant un pe-
Puisque tu n°
Cette voix lu faisait danse ter plus d'argent qu Saux de son org
Il but quelques gouttes de champagne à la santé de Mme Aubin, de Véronique et de Marthe, et il er par une cascade pour égayer son auditoire, feignant d'interroger le diapason dans le choc d’une fourchette et d’un cou:
teau.
Puis il entama la Valse des Roses et des Cerises, qu’il chantait souvent en plein air, en vendant ses cahiers de Chansons et ses bonxes aventures.
Egayez-vous, esprits moroses, Chantez, filles, chantes, garçons !
Voici venir le temps des roses, Des cerises et des pinçons !
Les fleurs, par le hasard semées Dans les prés et dans les sillons, Ouvrent leurs lèvres parfumées Aux baisers fous des papillons.
Enivrez-vous, joyeuses brises, Chantez, filles, chantez, garçons !..
Vaici le gai temps des cerises,
Des fauvettes et des pinsons !..,
Sous la nappe d’azur ouverte Aux rayons brûlants du soleil, Juin suspend à la branche verte, Le fruit savoureux et vermeil...
Amours, montez avec les sèves, Aimez-vous, filles et garçon...
C'est le temps où nichent... les rê-
[ ves, Les fauvettes et les pinsons !...
Frôlant vos cheyeux et vos han.
[ ches Sous le sombre couvert des bois, Par les sentiers pleins de perven.
[ ches, Frissonner en mêlant vos doigts...
Unissez vos lèvres mi-closes, Aimes-vous, filles et garçon, C’est le temps parfumé des roses, Des cerises et des pinsons !...
Une Ed salve d’applaudissements acouciilit ia fin de cotco idyiio un pou vieux jeu, mais incontestablement de moins raauvais goût que les chansons
“ rosses ” ai fort à la mode aujourd’hui en cette glorieuse fin de siècle à qui 6tait réservé l'honneur de donner au joli mot ‘ rosse ?” ses grandes entrées dans la littérature !........,
Vingt fois on avait entendu Magloire la chanter, et tout le monde ou à peu ar reprit en chœur le dernier quarai"
La petite Marthe, dont la sensibilité nous est connue, charmée,hypnotisée en quelque sorte, par la voix de Magloire, avait écouté, les yeux mi-clos et comme bercée dans un rêve.
Ses lèvres remuaient en même temps
que. celles du chanteur.
ue le manchot eut terminé elle
DR es mains avec un enthousiasme nai
—Mon bon Magloire, lui dit-elle ensuite de sa voix la plus caressante, tu me la chanteras encore,n’est-ce pas, cette belle chanson ? Je veux l’apprendre Oh |! j'en ai retenu des parties déja ss... j'ai bonne mémoire... Tu Vas VOIT 0000
Et elle fredonna d'une voix frêle, mais d’une limpidité de cristal,le premier couplet de la chanson :
Egayez-vous, esprits moroses, Chantes, filles, chantez, garçons !.….
Voici venir le temps des roses; Des cerises et des pinsons !....
Les applaudissements qui avaient accueilli le chant de Magloire redoublèrent quand on eut entendu la petite-fille de Véronique.
—À une autre !.., à une autre ! criat-on ensuite de coutes parts
—A la Marie... répondit le joueur d'orgue. Elle roucoule comme si c’6tait son état... et même mieux...
La Marie ne se fit point prier, et d’une voix aigrelette absolument féconde en fausses notes, débita un refrain en vogue.
On Se d'hiin consciencieusement,
Magloire lui succéda avec un refrain de blague millitaire qui lui valut autant de succès que ia ‘ Vaiso des Roses eù des Cerises ”,
Il venait de bisser le dernier couplet
ourd’hui à qui 6rau joli es dans
Magloire u à peu ler qua-
nsibilité otisée en fagloire,
ot com-
6e temps
iné elle usiasme
elle ennte, tu pas, cetprendre ies déja «Tu vas
x frêle, 6e premi-
8, cons !...
ses,
ient ac-
ablèrent fille de
à ! cria-
joueur si c’é-
du restaurant de bin donnait sur le quai di t brusquement et l’un des ne de M. Verniére, Videe nous connaissons déjà, enplus qu'aux trois quarts ivre, nant à peine sur ses jambes
| dit-il au jeter d'orgue
portes. la Vraie …… Tout de même soif ! Je sifflerais bien
et d'aller te coucher
Me coucher 1... et pourquoi donc ça, da l’ivrogne entée te tiens pas sur tes
—Parce que tu n besoin de cuver ton
jambes et que tu as
me le reprocher, maman, C’est pas chez vous que Je l'ai bu... Même qu'il valait mieux que
ier personnage.
blessée dans son d'aller te gridû vin meilleur que bien fait de venir ici mpte l.……. Je parie que ée avant, hier il ne te reste pas un sou
—Malappris |! gross répliqua Mme Aubin, amour-ProprO..ee ser ailleurs avec
t mille francs qu’il me bégaya l'ivrogne gogue-
te Lbcocessse NE t ses poches.....
nard en fouillan il fe reste dix centimes... V perdu Les Servez-moi un demi-
Non! tu as ases bu! Va. te
fourrer dans ton lit, c’est ce que tu as deimieux à faire...
Vide-Gousset, mis en rage par ce re-
fus, culbuta une table en jurant.
Claude Grivot qui, jusqu'à ce moment
avait assisté comme tout le monde à cet-
te petite scène sans y intervenir, 8e le-
e et, allant à l’ivrogne, le prit au colet. )
Tu va tâcher de te tenir tranquille,
n'est-ce pas, espèce d'abruti, lui dit-il.
Si tu continues je te préviens que l’atelier où tutravailles…
Vide-Gousset resta hébété sous le
coup de cette menace et le regard de Claude Grivot arrêta net ses velléités tapageuses.
—Contremaître de mon cœur, balbu-
tia-t-il, redevenu doux comme miel...
paye-moi un verre... rien qu’un verre...
un tout petit verre et je serai plus sage qu’une image.
—Je ne te paye rien.
—J’ai si soif...
—Tu n’as déjà que trop bu !..
—J'ai bien mal à la tête.
Et l'ivrogne passait fiévreusement ses
doigts dans ses cheveux.
—C'était l'heure de se coucher, pour-
suivit Grivot, en regardant l'œil de bœuf accroché au mur au-dessus .du
comptoir...…il est neuf heures...
Allons, en route ! Je t’accompagne, car sans moi tu ne serais pas fichu d’arriver à ta chambre, tant tu as les jambes molles. D'ailleurs, moi aussi j'ai besoin de me reposer.
Claude avait ouvert la porte du restaurant donnant accès dans le couloir réservé à l'hôtel garni,
—Faut faire tout ce qu’il veut, mon petit contremaître..…..articula pénible.
ment l’ouvrier en dorelinant la tête et en se dirigeant, n0D sans peine, vers la ne” que Grivot venait d'ouvrir devant
Le contremaître alors s’adressant à rer Aubin et à ses convives leur
its
—Pardonnes-moi, mes amis, de vous
quitter si tôt maisje ne me sens pas très à mon aise... Les deux ou trois
verres de vin de om nr aue j'ai bus, et dont je n'ai pas habitude, ont
augmenté mon commencement de mi.
-graine...…... Quelques heures de som.
meil dissiperont cela, et je serai dispos demain matin,
—Tu as raison...répondit 1a mère Au.
bin qui tutoyait tout le monde, va te
reposer, mon brave garçon.
Claude serra toutes les mains,embrassa la petite Marthe et rejoignit l’ivrogne qui ronchonnait, la tête perdue, as.
sis sur une des marchés de l'escalier ac.
cédant aux chambres garnies,
—Faut-il qu'il y ait des polichinelles comme ce sac à vin-là !......fit la patron.
ne en haussant les épaules. , c’est un bon garçon, honnête au fond, et sa malheureuse passion pour le petit blanc et le petit bleu en fait une ignoble cra.
Hi !
—Ne pensons plus à lui, maman, ré.
pondit Magloire en prenant une bou.
teille de chartreuse,... et nous qui som.
mes sages, buvons encore un petit verre avant de nous souhaiter le bonsoir,
—Non. C0 .Non...…....., C’est ass63, ..….
fit vivement Véronique... Je suis gardienne de l'usine de M. Vernière, ne l’oubliez pas, et je dois être à mon poste ...... Si quelque chose de fâcheux arrivait, j'en serais moralement responsable,
—J vous approuve, madame Sollier, répondit le joueur d'orgue... et je vais vous reconduire,
—C'est inutile..…....mon bon Magloi.
re...
Restez encore avec Mme Aubin et nos braves amis...,., Il y a tout au plus cinquante pas d'ici à la rue Hardoin......Nous les ferons bien toutes seules,
On se souhaita une bonne nuit, on ‘se serra les mains et on se sépara,
Magloire versa de la chartreuse dans les verres et, tout en dégustant la li.
queur du Père Garnier, on parla de Vé.
ronique et de la gentile Marthe que tout le monde aimait.
En quelques minutes ia grand’mère et la petite-fille avaient regagné leur demeure,
Véronique coucha l'enfant qui, très fatiguée de sa soirée, dormait debout,
Puis elle redescendit fermer toutes |
ses portes et remonta pour se mettre elle-même au lit,
JL était alors exactemement neuf heu.
res quarante minutes,
Elle en était sûre, ayant regardé l'heue re à la pendule de sa chambre.
Claude Grivot, en coquin très habile qu'il était, savait mettre à profit toutes les occasions, et au besoin les faire nai.
tre,
Sa migraine annoncée d'avance et l’état d'ébriété de Vide-Gousset lui a.
pour battre en retraite au moment où son départ devenait utile à ses pro- | jets, ; C'est parfaitement avec intention qu'il avait......sans paraître y attacher la moindre importance... fait remur.
quer quelle heure indiquait l'œil de œuf de la salle du restaurant,
Tous ces menus détails, insignifiants en apparence, pouvaeint lui servir un jour.
Après avoir rejoint Vide.Gousset écroulé sur les marches, il le prit par les épaules, le hissa jusque dans ge chambre avec une vigueur exceptionnelle et le jeta sur son lit,
Immédiatement, Pivrogne se mit à ronfler,
—Celui-là aussi en a pour jusqu’à de.
main, murmura le contremaître.,
agnant alors la partie de la maison où il logeait, il ouvrit sa chambre, y pé.
nétra sans allumar de bougie, fouilla à tâtons le tiroir d’une commode, y prit un revolver de fort calibre, dont il avait le matin de ce même jour, garni le ba- Ch six cartouches, dites cartouches
Li glissa l'arme dans la poche de son pan.
talon aprés s'être assuré que la baguet.
te se trouvait au cran de sûreté, regagna la porte en évitant defaire le moindre bruit, descandit lentement l'escalier en marchant sur la pointe des pieds et se diriges /ers la petite «our où nous sa.
Vons que sa bicycletts était remisée sous un appentis,
La portant à bras tendu, il longea le couloir conduisant au quai de Seine,
vaient fourni d'excellents prétextes”
se mettre
ntneufheu.
gardé l'heue re.
très habile rofit toutes sfaire nai.
Jance et l’6.
set lui a.
prétextes Loment où à ses prointention y attacher ait remur.
t l'œil de |A signifiants | servir un
onnelle et se mit à
usqu'à de-
Une fois dehors il enfourche son vélo et pédalant avec une rapidité vertigineuse, il gagna le chemin des bateliers, longeant les murailles du port Saint- Ouen, en pleine campagne, et le suivit, juge une route qui......ñinsi que nous ’avons expliqué antérieurement... 8e greftait sur le chemiu des bateliers, à travers les champs cultivés, et venait aboutir à la rue Hardoin sur laquelle donnait une porte charretière, pratiquée au milieu des palissades et ser.
vant aux camions et aux grosses voitures venant opérer leur chargement sur les quais du bassin, soit aux docks, soit aux usines, Les palissades dans lesquellss s’ouvrait cette porte, nous l’avons également expliqué, enclavaient et fermaient
sur une grande étendue le bassin de
Saint Ouen, les usines de la rive gauche les docks de la rive droite, et de vastes terrains où on déposait en plein air des matériaux et des objets divers ne craignant ni pluie, ni soleil, ni gelée.
Le terhps était horrible.
. Le thermomètre indiquait quatorze degrés au-dessous de z6ro.
Le vent ne souflait plus en tempête, {mais en toudre, avec des mugissements prolongés, des sifflements lugubres.
Dans la plaine, dans les chemins, personne,
Au loin, piquant les profondes ténèbres,* quelques lueurs indiquaient des boutiques dé marchands de vins.
‘Le vent, passant sur ces boutiques, apportait de vagues lambeaux de refrain des chansons avinées,
—Un temps fait exprès | murmura Claude en mettant pied à terre auprès des palissades.
Et, conduisant à la main sa bicyclette il gagna l’encoignure de l'enclos qui se trouvait rue Hardoin, et autour duquel régnait un rte fossé, ur
il y coucha le pneu, qui se trouva caché entièrement, non seulement par les de qi mais encore par le revers du
XAXV
a bivyclette à l'abri de tout fâcheux
hasard, Ciaude Grivot longea les palissades en se dirigeant vers la. route qui côtoyait les docks et venait aboutir comme la rue Hardoin, sur le quai da Seine.
Neuf heures et demie sonnaient au moment où il atteignit le chemin de haage.
Il le remonta précipitamment, mar-
chant contre la bise qui lui coupait le
visage,
A peine avait-il fait cinquante pas qu’il aperçut une ombre noire tranchant sur la teinte grise du chemin.
Bientôt l'ombre se dessina de plus en plus distincte,
Claude reconnut, s’avançant vers lui, Robert Vernière.
—Enfin ! fit celui-ci. J'ai cru un instant que tu ne viendrais pas !
—Et pourquoi donc ne serais-je pas venu ? répliqua le contremaître, il me non que notre rendez-vous est sérieux
—Quel froid, hein ?... reprit Robert,
—Quel atireux temps !
— Fait exprès pour nous.
—C'est ce que je pensais tout à l’heu-
re...
é —N’empêche que j'ailes doigts ge-
Bee
—On peut bien attraper l’onglée pour cinq cent cinquante deux mille francs !
Je néglige les centimes …
#-Cinq cent cinquante-deux mille francs ! répéta Robert. Dans la caisse de Richard ! ,
Et qui de la sienne passeront dans la nôtre... Je suis sûr du chiffre...
Maintenant marchons vite... Plus nous avencerons l’aftaire, plus tu auras de temps pous gagner Survilliers... Le vent ” nues au nez, Le voyage sera péni-
—Tu as une sacoche ?
Oui.
—Des allumetes ?
—Oui.
—Bon. Tu connais la route de Saint- Quen à Survilliers ?
—Parfaitement.......…. Je gagne Aubervilles et ie Bourget... ià une montée difficile... Ensuite tout ira bien... o
Mn ete
En marchant les deux hommes frô lant les palissades des docks, les contournait à leur extrémité et arrivaient à l’encoignure où, sur le revers d’un fossé, Claude avait caché son vélo.
— Voici le bicyclette demandée...
dit-il à Robert. Un instrument de pre:
mier ordre ! Avec ce dada-là mon cher tu aura bien vite laissé derrière toi l'usine de ton cher frère, en emportant 868 PipAÏlONB se
—Avant de les emporter, il faut les pincer.... répondit le misérable ‘‘ sans patrie, ?
—(Ça ne tardera guère... Allons, et marchons plus doucement, quoique nous n’ayons absolument rien à craindre... Le palefrenier qui couche dans l'écurie cuve son vin, et le ‘ chien de garde est en train de dîner dans un restaurant des environs...
Il marchèrent pius lentement, mais malgré toutes leurs précaution, le bruit de leur pas résonnait sur la terre gelée.
Heureusement pour eux le vent, souffiant toujours en foudre, emportait ce bruit qui aurait pu attirer l’attontion.
Soudain, Claude s'arrêta,
Un se trouvait en face de la porte à claires-voies s’ouvrant sur l’enclos du bassin, des doks et des usines.
Leës mains de Grivot cherchèrent à tâtons le cadenas qui retenait les deux parties d’une chaîne condamnant la porte.
L'ayant saisi, il tira de sa poche une clef qu’il introduisit dans la” serrure du cadenas, qui s'ouvrit, laissant les chai.
nes libres pendre sur les traverses,
La porte tourna sur ses gonds,
Les deux gredins passèrent.
Longeant alors les murs des fabriques dont le derrière donnait sur le quai du bassin, ils gagnèrent la porte de l'usine de Richard Vernière...haute porte plei.
ne dans laquelle s’ouvrait une petite ports bâtarde,
Ce que c’est que d'avoir appris la ‘serrurie ! fit la contremaîtra à voix basse.
—J'aiexécuté toutes ces clefs-là en
un tour de main, et c’est l'ouvrage un peu soigné |
Grâce à la se:onde fausse clef, œuvre de Grivot, la porte de l’usine s’ouvrit du premier coups.
Claude et Robert s'engagèrent alors dans le chemir pavé conduisant de cet.
te porte à la sortie de la rue Hardoin et à la droite et à la gauche duque! s’éle.
vaient les ateliers.
—Je laisse la portc entrouverte... dit Claude. Ea cas d'alere et de retraite précipitée, ce serait rius facile de la ti.
rer que de l’ouvre.
Les tourmentes passaient, mugissante et faisait trembler les taituress des ateliers.
—Nous y seron bientôt, reprit le contremaître, avançons...…
Il continuèrent avec précaution et arrivèrent auprès de la palissada qui séparait les ateliers de la demeure de Richsd Vernière, et formaient cour jus qu'à L: orte de la rue,
Le bec de gaz brûlaient toujours audessus de la loge de Véronique, mais à chaque seconde les coup de vent secou< aient la flamme et menagçaient de l'6.
teindre, de telle sorte que moment la cour se trouvait à peine éclairée.
—Halte ! murmura Grivot Te recon.
pais-tu ?
—QOui, répondit Robert... voici l'entrée de la demeure particulièré. de Richard, {
Et il désignait le bâtiment placs à sa droite, auquel s'appuyaient les atgliers des dessinateur et plus bas ceux ds me nuisiers, :
A gauche, au fond, de la cour, s’élavait le pavillon habité par la gardiende de l’usine.
Grivot l’examina avec attention.
Les volets des fenêtres étaient clos, aucune lueur ne filtrait pas leur inter.
stioes. .,
Le contremaître tira de sa poche un trousseau de clef, et le présentant à son complice lui dit :
— Voilà trois clef, réunies... La plus grosse ouvra la norte du bâtiment, la moyenne celle du oabinet, la plus petite celle de la caisse, Prends-les.…
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N'entres-tu donc pas avec moi} de.
mauda Robert un peu troublé,
—Et qui ferait le guet au dehors ?
Sait-on jamais ce qui arrivera 1 il faut bien que tu puisses être prévenu s’il rpg quelques anicroche inat-
ue...
Claude continuait à tendre les clefs.
d Robert hésitait toujours à les pen-
re,
—Vas-tu renâcler au bon moment ? fit avec colère le contremaître en constatant l'indécision de son compiice. Tues à la porte de la fortune et tu vas la laiser fermée 1 Trop de simagrée de femmelet-.
te, trop de névrose, tu sais, mon vieux Songe que demain matin les pe cent cinquante mille francs prendront le chemin du Crédit :yonnais, et qu’alors il sera trop tard... Allons ! allons !... Va de l'avant !
Ces paroles ravivèrent l'énergie défaillante de Robert.
Il saisit le trousseau de clefs et fit un pas vers la porte de l'habitation.
—Encore un mot dit Grivot, La porte du cotfre-fort ne s’ouvre pas seulement avec une clef.
—Il y a un secret, je le sais...
—Oui, et un très chic !
—Lequel ?
—A chaque angle de la caisse se trouve au centre d’un ornement de cuivre une petite rosace ciselée. L'une de ces rosaces lorsqu’on la pousse à droite, puis à gauche, se déplace et inet en mouvement deux verrous intérieurs.
Pour quiconque ne connaît pas ce truc le coffre-fort est inviolable et cela remplace for avantageusement les combinaisons compliquées delettres et de chittres. Tu as compris ?
— Parfaitement, Quelle est cele des rosaces qu’il faut faire mouvoir ?
—Celle qui se trouve placée à l’angle supérieur de droite,
—Bien,
Le misérable se dirigea, sans hésitation nouvelle, vers la porte de la demeure de KRichare Vernière et introduisit la olef dans la serrure,
La porte s’ouvrit,
Robert la poussa et disparut dans le couloir sombre conduisant au cabinet
ntm me ete,
de son frère et à l'escalier accédant aux étages supérieurs.
Grivot 8” puyé contre le mur de l’atelier des dessinateurs, prêtait l'oreille au moindre bruit, caressant de la main, dans sa poche, la crosse de son revol.
ver.
Une fois le seuil du couloir franchi, l’obscurité enveloppa Robert,
Il s'était muni d'un de ces rouleaux de mince hougie qu’on nomme rats-de.
cave et d’une boîte d'allumettes qui lui servit pour Allumer le rat-de-cave.
La porte du cabinet devint visible.
Avec la seconde clef il l'ouvrit sans peine et entra,
Le coffre-fort était là, en face de lui derrière le bureau de Richard,
D'un rapide coup d'œil il inspecta la pièce,
Les fenêtres étaient formées,
Ses volets épais les protégeaient contre toute tentative du dehors, et le fait est que sans les fausses clefs de Claude Grivot, le domicile de l'industriel serait resté inviolable.
Sur le bureau se trouvait une lampe à pétrole,
Robert l’alluma, éclairant ainsi fe ca.
binet,.
Après avoir éteint et remis dans sa poche le rat-de- cave désormais inutile, il s’approcha de la caisse et glissa la pee tite clef dans l'ouverture minuscule de la serrure.
La clef entrait et fonctionnait à mer.
veille,
Il voulut ouvrir.
Le. porte résista.
Le trouble, inséparable de l'opération à laquelle il se livrait, lui avait fait oublier la recommandation de Claude Gri.
vot.
La inémoire lui revint aussitôt et mettant la main sur la rosace placée à la partie supérieure de droite du coftre.
fort, il la poussa légèrement à droite, puis à gauche. .
Elle se déplaça, un coup sec se fit en.
tendre et la porte, actionnée par un res.
sort intérieur, s'ouvrit d'elle-même tout au iarge.
Le gredin put apercevoir alors l'intérieur de la caisse, le portefeuille gonié
de billets de banque, les sacs d'or, les rouleaux,
Il ouvrit le portefeuille,
La vue des lisses de billets bleus qu’il contenait fit passer un frisson sur sa chair,
Sans même le refermer il l’enfouit dans sa vaste sacoche où il entassa tout l'or que contenait la caisse.
Sur la tablette restait encore un paquet, il le prit.
Au toucher, il lui sembla que l'enveloppe renfermait des billets de banque.
quelques mots écrits sur cette enveloppe, le samedi soir, par Richard Vernière attirèrent son attention et il riche mouvement de surprise en lisant :
“ Dépôt Gabriel Savanne ”
Le paquet disparut à son tour dans la sacoche.
Tandis que le gredin faisait son abominable besogne avec un sang-froid grandissant de minute en minute, à meaure que le succès s'aflirmait un grave accident venait de se produire à l'extérieur du pavillon,
Claude Grivot, toujours aux sguets, comme la plus vigilante sentinelle, avait brusquement tressailli,
Le vent venait de lui apporter le bruit d’une clef pénétrant dans une serrure du côté de la loge dela gardienne de l’usine.
Il regarda aussitôt dans cette direction.
—Pour sûr c'est le chien de garde qui rentre, se dit-il avec inquiétude. Elle aurait mieux fait, la vieille bête, de rester seulement un quart d’heure de plus chez la mère Aubin.
Soudain il fit un mouvemént de recul comme s’ileût voulu s'engloutir dans l'épaisseur du mur contre lequel il s’appuyait sous le voile des ténèbres.
La porte de la rue Hardoin, qu’éclairait le bec de gaz, venait de tourner sur ses gonds et Claude reconnaissait la haute taille de Richard Vernière
Un tremblement nerveux secoua 80n corps de la nuque aux talons.
—Tout est flambé ! pensa-til,
Et, presque sans en avoir conscience tirant de sa poche son revolver, il fit jouer la baguelte qui se trouvait au cran d'arrêt.
L'industriel avait referms la porte derrière lui et traversait la cour, à rès avoir jeté un coup d'œil sur le pav lon de la gardienne.
Il marchait vers la porte de son habitation,
Claude Grivot tourna vers lui le canon de son revolver.
Mais la stupeur et l’effroi venaient d’anéantir sa résolution habituelle et de rendre impuissantes à la fois sa volonté et sa main.
Il ne pr vo
Richard Vernière s'arrêta soudain devant la porte ouverte du couloir.
Que signifie cela ? murmura-t-il avec étonnement, Mme Sollier est-elle donc là-haut ?
Il s’engagea dans le couloir.
Le contremaître, toujours, immobile, semblait un homme foudroyé par une attaque de paralysie. ;
Par un cri, par un appel, il aurait voulu prévenir Robert.
Impossible |!
Sa langue retusait de 8e mouvoir et de s’agiter.
. De même il se sentait hors d'état de
fuir,
S'il avait fallu faire un pas, un seul pour sauver sa vie, il n'aurait pu le faire,
Des phénomènes de ce genre sont moins rares qu'on ne pense.
Combien de fois n’a-t-on pas vu la terreur rendre une créature hamaine incapable de se soustraire à un péril mortel, facile à éviter cependant 1
En longeant le couloir qui conduisait au cabinet dont Robert n'avait pas refermé tout à fait la porte, Richard Vernière vit de la lumière dans ce cabinet.
Secoué par un pressentiment soudain, il s’élan
par le capitaine Gabriel Savanne, : Richard Vernière reconnut le voeur.
Un cri d’indignation s'échappa de ses lèvres.
Ce cri glaga Robert qui se retourna terrifié, et fut entendu de Claude Grivot.
L'industriel venait de bondir sur le ecélérat qui le dévalisait et l'avait saisi à la gorge,
Ainsi, c'est toi ! toi qui viens me voler ! Ah ! misérable ! ! dit-il d’une voix tellement farouche que Robert comprit qu’il fallait lutter et Aans la lutte être le plus fort, sinon que sa dernière heure était arrivée.
Avec une force que décuplait l'imminence du péril, Robert parvint à 8e soustraire à l’étreinte des mains nerveuses qui serraient sa gorge, et il se précipita vers la porte,
D'un bond Richard le rejoignit, et de nouveau il allait le saisir pour ne plus le lâcher cette fois
Le misérable vit rouge,
Nulle hésitation ne lui était permise et possible
| fallait tuer ou mourir.
Sur la cheminée derrière le bureau, brillait le canon nickelé d’un revolver.
Robert l’avait aperçu.
Ployé en deux il passa, sous les bras tendus de son frère aîné, recula en rampant jusqu'à la cheminée, saisit l’ar-
me,
Déjà Richard, le brûlant de son haleine, s’accrochait à lui en criant :
__A moi ! à l’aide! au vol...
Il n'eut pas le temps d'achever.
Kobert fit feu à bout portant.
Richard, la poitrme trouée p#r une balle tomba à la renverse sur 602 bureau qui oscilla sous le choc..
La lampe à pétrole allumée quelques instants auparavant par le complice de Claude roula sur le parquet où elle 86 brisa brusquement, ie cabinet fut envahi par les flammes.
Les mains crispées de l’ingénieur n'a
vaient pas läché les vêtements de son
frère qu’il entra dans sa chute.
Robert eut ie vertige.
Le feu l'entourait....
Une lutte suprême s'engagea entre
l'agonisant et le voleur...
bruit de la détonation du revclver dont le fratricide venait de se servir était parvenu jusqu'aux oreilles deClaude Grivot,
Que devait:il faire ?
Qui avait tiré |
Qui était blessé ?
Qui était mort ?
Ea proie à un affolement com let il sentait ces quatre questions s'entrechoquer dans son cerveau, etilne pouvait répondre à aucune.
Mme Sollier, quoique couchée, ne dormait pas.
Elle avait parfaitement entenlu la porte de la rue Hardoin s'ouvrir et se refermer et elle s'était dit :
—C'est M. Richard qui rentre...
Quelques minutes s'écoulèrent puis elle tressallit violemment en percevant, bien qu’atfaibli par la distance, le cri de Richard Vernière surprenant son frère en train de violer le cofire-fort,
Epouvantée, elle sauta en bas de son lit et ouvrit précipitamment la fenêtre de sa chambre donnant sur la cour de l'usine.
Alors, elle vit la porte de l’habitation entr’ouverte, et elle entendit un coup de feu succédant à des cris d’appel.
—On vole !,..... On A88488ine ls... 86 dit-elle eftarée.
Et, sans même songer au péril qu’elle alisit courir, oubliant son âge, prenant à peine le temps de passer un jupon, elle descendit comme une trombe au rez-de-chaussée, sortit du pavillon, tra»
versa la cour, et elle arrivait sur le seuil , de l'habitation de Richard au moment où Robert, enfin dégagé, g'élançait des ‘hors,
A Ja lueur vacillante du bec de gas, elle reconnut l'homme que M. Vernière avait reçu deux jours auparavant et qu’après cette visite il avait consigné, donnant l’ordre de ne jamais le laisser à l'avenir penétrer dans l’usine,
Cet homme portait en bandou illère une sacoche très gonflée.
—Au voleur loose AU BOCOUTS | serve
| evie Véronique de toutes les forces de sa | voix:
Et elle se précipita sur le bandit,
Celui-ci fit un bond en arrière.
— Silence 1... commanda.t.il, taisezvous, Ou vous êtes morte !
Cette menace n’eftrayait point la cou.
rageuse femme,
Elle se rua de nouveau sur l’homme qui était à coup sûr un voleur peut-être assassin, et ses mains s’agrafèrent à
ui.
I?une d'elle rencontra un objet métal.
lique sur lequel ses doigis se crispèrent machinalement:
C’était une chaîne de montre,
De nouveau Véronique cria :
—Au secours |... au voleur !...
En ce moment, une vive lueur éclaira la cour.
Tout le corps de bâtiment où se trouvait le cabinet de l'industriel était embrasé.
Des flammes léchaïient les parois du couloir, et au milieu de ces tammes ap-
arut se traînant, râlant, Richard
ernière qui tomba sur le dernier soupir.
— À l’assassin !...... cria cette foie V6ronique,
Claude Grivot n’avait pas perdu un seul détail du drame effrayant auquel nous venons de faire assister nos lecteurs,
Si ce drame se prolongeait, si l'on vevait aux appels de cette femme, Robert était perdu et les beaux rêves de fortu.
ne s'en volaient.
L'incendie, qui sous la violence du vent prenait des proportions formidables augmenutait encore le danger,
Il faisait jouer le tout pour le tout.
Claude élevs son revolver, visa un instant et pressa la détente.
Sans pousser un cri, Mme Sollier, frap.
ée à la tête, immédiatement au-dessus LA l'arcade sourcilière, s’abattit À côté
du corps immobile de Richard.
Dans sa chute ses doigts raidis ne là.
chèrent pas un objet qui s'était détaché
de la chuîne de montre saisie par elle quand elle s’efforçait de maintenir l'assassin.
Robert, délivré de son étreinte, s’était
Élencé vers la porte pratiquée dans la |
nr séparant{les ateliers de l'habita.
ion, ; Grivot l’attendait près de cette por.
—Au pas de course! lui dit-il, f.
lons | il n’est que temps |... Agtu le magot ?
—Oui,
Tous deux couraient, les coud es au corps retenant leur haleine, et la jueur grandissante de l'incendie, faisait danser leur ombre sur les pavés,
Ils gagnèrent le quai du bassin, puis la porte de l’enclos,
—A la bicyclette ! dit Grivot à son complice... et file comme un lapin see, Voilà de fâcheuses complications Quel dommage, cela allait ai bien !
Moi, je retourne à l'hôtel de la mère Au-
in...
Et, coupant au court à travers la cam.
pagne, il prit au pas gymnastique le che.
min de son logis,
Robert reconnut sans peine l'endroit où était caché le vélo du contremaître, le tira du fossé, l'enfourcha avec une dextérité de pédaleur émérite, suivit la rue Hardoin qui le conduisait à la route de Saint-Denis qu'il devait suivre un instant pour gsgner celle d’Aubervil.
liers et du Bourget,
Les appels au secours de Mme Sollier les détonations des Jerolfais s'étaient perdus au milieu des fracas dela tour.
mente faisant rage au dehors.
Les habitations, assez éloignées du bassin de Saint-Ouen où les fabriques s’alignaient restaient closes.
Les rares boutiques de marchands de vins, Où quelques buveurs attardés bu.
rt encore, tenaient leurs portes fer.
mées.
Là on riait, on chantait pour célébrer le nouvel an, et personne ne se doutait que l'usine de Richard Vernière était dévorée par l'incendie,
Ce fut de Saint-Ouen qu’on aperçut les premières lueurs,
De toutes les parts alors se firent en.
tendre ses cris :
Au feu !
—Le feu est au docks,
Ce fut, dans ie premier moment, la croyance générale,
On se porta vers le quai de Seine,
Claude Grivot, qui pour rentrer chez lui avait escaladé le mur de la clôture du restaurant de Mme Aubin, feiguit de descendre de sa-chambre, et s’élançant dans la salle où Magloire chantait encore, entouré de quelques ouvriers, il s6cria, le visage décomposé :
—Vous n’entendez donc rien! Vous ne voyez donc rien ! vous autres !.....
le feu est à l'usine et on appelle au secours.
—Le feu à l’usine ! répéta Magloire
devenant livide, Allons, les enfants |
courons, 5 ?
Et il sortit comme un fou, suivi du contremaître, des ouvriers et des servantes. .:
Une gigantesque colonne de flammes montait dans le ciel rouge éclairant la campagne,
Le feu gagnait les ateliers, Le vent
ussait des gerbes d’étincelles de tous
es côtés, ;
La fabrique de couleurs et vernis, adossée à l'usine Vernière commençait à brûler. ;
Au milieu du crépitement de l’incendie, on entendit une voix d'enfant criant au secours,
C'était celle de la petite Marthe qui
” venait de se réveiller et voyait le dac-
ger. à
Elle n’osait sortir de la maison et appelait sa grarid'mère.
—Mais c'est Marthe ! c'est Marthe !
dit Magloire affolé.
Et il court plus vite encore.
Les cris.et les appels se croisaient de toutes parts, mais les secours n’arrivaient pas. ?
Enfin, un groupe se trouva formé devant la porte de l'usine, !
Marthe entendit les voix et reprit un peu de courage. î
La porte doñnant sur la rue Hardoin était fermée,
Un y frappait vainement à coups redoublés, à à
Mais où donc est Mme Sollier ?,.....
s’écria Magloire, Pourquoi ne répondelle pas ? Pourquoi ne vient-elle pas ou- Var :
En ce moment la voix de l’enfant s’6.
le: a de nouveau, répétant.
—Grand'mère...grand'mère...où es-tu Viens donc ! j'ai peur.
—Vite, la courte échelle, fit le joueur d'orgue, je passerai par dessus le mur et j'ouvrirai la porte.
Magloire, quoique n’ayant qu’un bras était d’une adresse singulière.
Claude Grivot se colia le dos au mur croisant les mains devant lui comme pour former un étrier.
Le manchot s’élança, parvint au cha.
peron du-mur, l’enjamba et sauta dans la cour,
Au loin, on commençait à entendre des clairons sonner au feu.
Des torches appuraissaient sur les routes dans toutes les directions.
Les pompes arrivaient de Gennevilliers, de Saint-Denis et de Saint-Ouen, mais il leur restait beaucoup de chemin à faire et l’ouragan activait toujours l'in.
cendie,
Du côté des docks on donnait égale.
ment signe de vie.
Le gardien, la tête perdue, remplissait l'air de clameur,
Il fallait préserver les constructions de bois dont la toiture de carton bitumé pouvait etdevait flamber au contact de la moindre étincelie.,
En sautant dans la cour de l'usine, Magloire avait crié à la petite Marthe,
—Prends courage, mon enfant, me voici.
Sans perdre un seul instant son sangfroid, il entra dans la loge et tira le cordon faisait mouvoir le déclanchement
. de la porte.
Elle s’ouvrit,.
Alors se précipita un flot de sauveteurs à la tête desquels se trouvoit Claude Grivot;
—S$Sauvons les papiers ! sauvons la “se de M, Vernière |! commanda-t- 1 . ”
On 8e rua vers l'habitation, Claude,et Magloire qui se trouvaient à côté de lui, s’arrêtèrent tout à coup,
A la lueur des flammes, ils venaient
d'apercevoir deux corps étendus sur les pavés de la pour
VAS ee me Mrs e
—Le patron | c’est le patron ! fit le
D EP on
contremaître en jouant la surprise et l'effarement.
En même temps Magloire reconnaissait la grand’mère de Marthe, inanimée le front sanglant,
—Mais c’est Véronique ! balbutia-t:il blessée ! Morte peut-être !
Puis, de toute sa voix il ajouta :
—Vite ! vite ! du secours par ici ! on a commis un crime | on a assassiné | on a mis le feu!
Vingt bras soulevèrent les corps qu’on transporta dans la loge en attendant l’arrivée d’un médecin qu’un ouvrier courut chercher au village,
Marthe ayant entendu parler le joueur d’orgue en qui, nous le savons, elle avait toute confiance, ne tremblait plus et descendit au rez-de-chaussée,
Mais là, en voyant sa grand'mère ensanglantée et sans connaissance, elle poussa un cri déchirant et parut au moment de défaillir,
Magloire, l’attircnt à lui, la serra contre sa poitrine.
—N'aie pas peur, fillette, lui dit-il, je guis Là pour te protéger, pour te sauver.
Les pompes arrivaient et mettaient en batterie,
Mais où prendre l’eau ?
Le bassin des docks était gelé,
Il fellait briser la glace pour faire une prise, C'était encore un retard.
Soudain une détonation formidable se fit entendre.
Des bonbonnes d'essence placées dans les ateliers de la fabrique de couleurs et vernis venaient de faire explosion.
Les pans de murs soulevés s'écroulaient et la demeure do Richard ‘ erniè.
re s’effondrait avec fracas, projetant dans les airs des débris de poutres enflammées qui, chassés par le vent, allaient s’abattre sur les docks.
Dans l’écurie de l'usine les chevaux £o débattaient avec des hennissements d'épouvante et de soufirance. La fu:
mée les étouffait, la flamme les dévorait tout vifs, et l’Ecrevisse, le paletrenier ivrogne, asphyxié sur son grabat dès le premier moment, ne pouvait leur venir en aide en leur donnant la liberté,
L’incendie avait pris des proportions formidables.
Tous les ateliers tlambaient.
Seul le petit pavillon de la gardienne restait debout et intact,
Rien ne pouvait être sauvé de l'usine Vernière, les docks devinrent l'unique objectif des pompes,
Il fallait, en les inondant sans relâche les préserver du désastre imminent.
Les secours, nous le savons... avaient été lents à arriver sur le lieu du sinistre où les dutorités ne se montraient point encore. .
Le maire de Saint-Ouen et le commis.
saire de police, retenus à Paris par les réunions de famille où l'on fêtait le jour de l’an, n'avaient pu régler le service d'ordre,
Seuls les gendarmes et les agents de la police locale avaient de leur mieux fait leur devoir,mais s'étaient trouvés débordés par les auxiliaires trop nombreux qui se présentaient pleins de bonne volonté mais ivres encombrants et ren.
daient les concours stériles,
Maglôire effaré en présence de Richard Vernière mort et de Véronique inanimé morte aussi peut-être,çcommençait lui aussi*à perdre la tête,
Les gémissements de la petite Marthe lui déchiraient le cœur.
Il se souvint des pressentiments sinistres dont Mme Solher lui avait parlé dans l’après-midi de ce fnême jour, et il parvint à se ressaisir, &
Les recommandations faites par Véro:
nique lui revinrent en mémoire.
Il se rappela qu'il avait juré de sauve garder la fortune de Marthe et il pensa qu'il devait tenir son serment,
—Ma mignonne, dit-il à l'enfant, le malheur te frappe... Peut-être sera-t-il encore plus, grand, plus dou'oureux que je ne le suppose... Ta bonne grand’.
mère m'a fuit des confidences. {1 faut songer à ta fortune...
Marthe semblait en proie à un égarement complet, ‘.
—Ma fortune... répéta-t.elle d’une fà.
| Son toute machinale | —Oui... Souviens-toi... ’
>roportions
"À a gardien-
de l'usine t l’unique
ns relâche ainent.
. Avaient du sinistre ient point
le commis.
is par les ait Le jour le service
agents de ur mieux trouvés dénombreux bonne vo.
ts et rep-
e de Ri- Véronique >, commen
ite Marthe
sents sinisvait parlé 1ème jour,
; par Véro:
re...
de sauve til pensa
nfant, le 6 sera-t-il ureux que e grand’.