‹ La Fille de l'officier de Marine [microforme]Chapitre 22 sur 84 · XXX VIII · texte numérisé non relu

XXX VIII

Magioire était resté dans la loge.

Serrant toujours contre lui la petite.

Marthe dont les larmes ne tarissaient prs, il regardait d’un œilattristé le docteur Bordst faire un premier pansement à l’horrible blessure que portait au front.

HG Soiier,

La pauvre femme continuait à ne pan donner signe de vie,

Enfio, le joueur d’orgue se décida à questionner,

—Entretenez-vous quelque chance de la sauver, monsieur le docteur? deman.

da-t-il, ;

—Je n'en vois guère, à moins d'un vrai miracle de la science chirurgicale, répondit le méécin, Personnellement, j'avoue mon impuissance, mais à Saint.

Louis, où je vais la faire transporter, elle se trouvera entre les mains d’un spécialiste de premier ordre, qui fera peut.

‘être ce miracle...

—Eufin, il reste une lueur d'espoir 2...

—Éspoir bien faible... Dieu veuille qu'il ne soit point déçu...

Le brancard qu’on était allé chercher à la mairie venait d'arriver porté par deux hommes.

Le commisaire, prévenu, donna l’ordre de transporter Mme Sollier à l'hôpres Saint-Louis ainsi que le demandait

e docteur,

On étendit sur le brancard le pauvre Corps inanimé,

Marthe, avec des plaintes déchirantes appelait sa grand’mère et voulait la suiyre,

Magloire, dont cependant l'influence sur elle était grande, eut beaucoup de peine à la cslmer,

Le sinistre cortège partit sous la conduite d’un agent qui avait choisi trois solides gaillards pour se relayer pendant le voyage.

Le manchot conduisit Marthe chez Mme Aubin, dont le restaurant était resté ouvert,

Personne ne songeait à se coucher.

Un attendait des nouvelles que les allants et venants apportaient à chaque instant,

En voyant entrer Magloire qui tenait la petite fille par la main, Mme Aubin et ses rervantes tressaillirent,

— Véronique ? demanda vivement la patronne. 4

—Blessée,.…. répondit le joueur d'’orgue,

—Dangereusement ?

—C'est à craindre...

—Ah ! pauvre Mme Sollier ! Pauvre æetite Marthe !

—On emporte maman Véronique à l'hôpital, reprit le joueur d'orgue il faut préparer un lit pour l'enfant, la coucher et veiller sur elle.

—(a va être fait tout de suite.

Marihe semblait au moment de per.

dre connaissance, tant elle était épuisée et à bout de forces.

La Marie la prit dans ses bras et, a.

vec l’aide de Catherine qui l'éclairait, “elle la monta dans sa chambre et la coucha dans son lit,

Magloire était aussitôt reparti pour retourner à l'usine incendiée.

Il voulait savoir ce qui allait s’y passer à l’arrivée du procureur de la République et du chef de la sûreté que le commissaire de police de Saint-Ouen avait fait prévenir,

Il était une heure du matin,

La bourrasque qui soufflait on foudre depuis la veille au matin semblait vouloir se calmer,

Le vent tournait à l'Ouest,

Le ciel se chargeait de gros nuages noirs, indice d'un changement prochain de température.

Déjà l'air était moins glacé, ;

La foule des curieux que maintenait un cordon de gendarmes et d’agents commençait à s'éclaircir. \ Nombre de gens rentraient chez eux,

Les ouvriers de l’usine, accourus à l'appel lugubre des clairons et aux cris Au feu ! restaient presque seuls, for.

mant des groupes et se lamentant:aur le

désastre qui vehait de les frapper en , :

leur enlevant leur gagne-pain, et ils se demandaient avec horreur quels misé-.

rables avaient pu commettre cette accumulation de crimes,

Ah ! s’il leur avait été possible de devi.

ner que l’un deces misérables pérorait au milieu d'eux, leur prodiguant de belles paroles de consolation et d’encouragement, ils auraient écharpé l'infâme complice de Robert,

L'autre scélérat, le fratricide, empor.

tant la fortune de Richard Vernière, s'était éloigné avec une rapidité verti.

gineuse, maniant en maître la bicyclette mise à sa disposition par Ciaude Gri.

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Les flammes de l'incendie grandissant éclairaient sa route.

Sur son passage il aperçut des grou:

pes qui se formaient, il entendit les cris :

Au feu !

Il passait comme une flèche.

Bientôt il obliqua à droite pour gaguer la route d’Aubervilliers.

Les appels des clairons se multipliaient, résonnant sur tous les points, à droite, à gauche, en avant, en arrière,

Il continuait sa course vertigineuse, avec une rapidité de trente kilomètres à l'heure,

La route gelée, unie comme une piste de véladrome, rendait facile cette vites-

se.

Soudain Robert aperçut des torches et sntendit un roulement sourd.

C'était la pompe d’Aubervilliers trainée par une quinzaine d’hommes, qni se dirigeaient au pas gymnwstique vers le lieu du sinistre.

Il les croiss et bientôt les laissa loin derrière lui,

Bientôt il atteignit la route du Bour-

get.

Là il fut obligé de ralentir sa cour- 8e,

Le chemin offrait une montée très raide jusqu'au-dessus du Bourget, et de plus il était mal pavé.

Les violentes secousses du pneu contraignirent Robert à mettre pied à terre et il marcha jusqu’au sommet de la Lu en poussant sa bicyclette devant

ui.

Enfin il traversa le village.

Il était onze heures à peine.

Le misérable avait tout le temps...

ei sucun aocident imprévu ne le retardait,...d’arriver avant le passage du train qu’il devait prendre pour filer sur Bruxelles d’où il devait gagner l’Alle-

Er nfourchant de nouveau son vélo, il fut vite à la Patte-d’Oie, en pleine campagne, sur une route bien entretenue, sans montées ni descentes,

Il reprit sa course.

A minuit et demi il traversait Lou.

VrE8.

À une heure,il se trouvait dans un chemin conduisant directement à la gare

du chemin de fer dont on apercevait les lumières brillant dans la nuit,

A sa gauche se trouvait un petit bou« quet de bois dénudé par l'hiver,

Le moment était venu de se débarrasser de l'instrument qui l'avait ame né jusque-là.

Il mit pied à terre, détacha sa lourde gacoche accrochée à l'arrière du pneu, la posa sur le bord de la route déserte et conduisit sa bicyclette dans le taillis où il la coucha pour qu’elle n’attirât point les regards.

Remettant alors en bandoulière la sa:

coche qui contenait, outre l’argent volé à Richard, les trois cent mille francs des= tinés à Marthe, la fille de Gabriel Savanne, il gagna la station.

Le cadran placé à l'extérieur indiquait une heure dix minutes,

Le train de Bruxelles passerait huit minutes plus tard.

Le guichet était ouvert.

Robert s’en approcha et 8e fit délivrer un ticket de première classe pour Bruxelles,

Certes, pendant son nocturne voyage accompli avec tant de rapidité et de succès, le fratricide avait pensé plus d'une fois au triple crime qu’il venait d'accomplir : vol, incendie, assassinat.

Mais cette vision sanglante disparaisgait vite pour ne lui laisser voir que le résultat de ses actes infâmes, c’est-à-dire la possession d'une fortune qui atteint

le chiffre de cinqeent cinquante mille

francs.

Il ignorait encore que celte grosse somme s’augmentait des trois cent mille francs déposés entre les mains de Richard par l'officier de marine.

Un partage, à la vérité, devait s’effectuer entre lui et Claude Grivot, mais à ce partage il n’y songeait plus.

Le grediu n’éprouvait ni regrets, ni remords, mais une sensation de joie in« time et profonde.

Il se croyait absolument en sûreté, convaincu même qu'aucun soupçon ne poufrait l’atteindre.

Il se voyait riche at vengé des dures épithètes que Richard indigné lui avait si justement jetées à la face.

Une sourde trépidation se fit enten.

re, Un coup de sifflet aigu retentit.

Le train qu’il allait prendre vint stopper en gare.

Robert monta dans un compartiment de première classe où il se trouva seul.

L'idée lui vint alors de profiter de cette solitude pour compter l'argent volé, et pour s’assurer que Claude Grivot n’a.

vait commis aucune erreur en énonçant ie chiffre total des sommes qui devaient se trouver daus la caisse de Richard Vernière,

Les bureaux et les postes de service ‘de la Sûreté sont installés dans les immenses bâtiments du Palais de J ustice, à l'angle du quai de l’Horloge et de la cour de Harlay, un nombre infini de petites pièces carrées, basses de plafond et dont les fenêtres, grillées comme celles du Masas, et garnies en outre de s0lides barreaux de fer, laissent à peine pénétrer l’air indispensable à la respiration de ceux qui travaillent sans relâche sous la lueur des becs de gaz allumés même en plein jour, caron ne voit pas assez clair pour écrire dans ces cellules administratives, étouffantes l'6t6 glacées l’hiver,et donnant un âyant.

goût des cellules des prisons de Seine.

Le service de la Sûreté occupe le rezde-chaussée, ou pour mieux dire le soussol et l’entre:s0l,

A l’entresol se trouve le bureau du chef de ia Sûreté, presque aussi sombre mais plus haut de plafond que les autres bureaux,

Les pièces du sous-sol sont réservées ‘au service actif, aux agents qui, à tour de rôle, y séjournent pendant vingt-quatre heures.

C’est ce qu’on appelle : “ Permanence, ” prête à marcher de nuit comme de our, pour surveiller, traquer et arrêter 8 gibier qui peuple les geôles et les ba:

gnes.

Dans les bureaux de l’entre.s01 sont

minutieusement classés les dossiers, les

fiches et les photographies des criminels rrêtés ou à rechercher,

a RE TEL LEE rer ane er mc

C'est l’entrepôt général des documents concernant les innombrables soldats de ‘ l’armée du crime, ”’

L'agent envoyé par le commissaire de police de Saint-Ouen pour prévenir le procureur de la république et le com.

missaire de 1a sûreté de l’eftroyable dra.

me qui venait de se jouer dans l’usine de Richard Vernière s'était hâté d’obéir aux ordres de son chef,

Ayant eu lachance de trouver, auprès des fortifications une voiture marchant à vide pour gagner son remisage, il l’a.

vait prise et s’était fait conduire direcment à la Permanence, sachant, en homme vieilli dans le métier, que c'était là \ Le devait s'adresser pour que les ñotes

u commissairaire suburbain parvinssent PARU entre les mains de qui de it,

Il avait autrefois fait partie des brigades centrales et il connaissait plusieurs inspecteurs,

Selon toute apparence, il se trouve.

rait un de ceux-là au nombre des surveillants de nuit.

Ce fut en effet ce qui arriva.

Un inspecteur de sa connaissance le reçut, et lui demanda :

—Est-ce qu ya qrelque chose de nouveau et de pas beau dans ton # pate.

lin, ?” qu’on te voit si tard à Paris, un jour comme celui.oi ? :

—Je te crois, qu’il y a du nouveau |

—Lis cela... Ce n’est point fermé.

Et l'agent tendait l’une des feuilles à

l'inspecteur,

—Oh ! oh ! s'écria celui-ci après avoir lu. Voilà qui en vaut la peine et nous allons avoir de la besogne ! Mazette 1.

ils vont bien à Sait-Ouen | Plus que ça de complication ! Le chef qui était en soirée dans le monde “ rupin ” vient de rentrer tout à l’heure, 11 est certaine.

ment dans son cabinet.... Je vais lui donner connaissance de ce. mot...At.

tends ici...

Et il monta au cabinet du chef de la Sûrecé.

Celui-ci examinait des papiers relatifs aux différents incidents et arrestations de la soirée,

al des docu- Jmbrables s0le, ?!

ommissaire de " prévenir le eet le com.

eftroyable dra-

dans l’usine t hbâté d’obéir

'ouver, auprès ire marchant nisage, il l’a.

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Plus que ça ui était en a ” vient de t certaine.

Je vais lui e.mot...At-

chef de la

iers relatifs arrestations

—Qu'est-ce qu’il y a ? demenda-t-il à son subordonné qui répondit simplement :

— Lisez, chef,

Le magistrat jeta les yeux sur la note émanée du commissaire de Saint- Ouen.

—Oh ! oh! fit-il à son tour presque avec épouvante.

Actif, intelligent, infatigable, le chef de la Sûreté avait pour principe que

lus vite les recherchés ont lieu après

e crime, plus on a de chance de trouver les coupables. v#

—Grave | très grave ! murmura-t-il ;

puis s’airessant à l'inspecteur il ajou-

ta :

Retenes l’agent qui a apporté ceci, et tenez-vous prêt à partir ‘avec plusieurs hommes.

Faites prévenir trois voitures bien attelées,

Je vais voir le procureur de la République...

—Aujourd’hui et à cette heure il y a.

cent contre un à parier que vous ne le (rOUVerez PAB..e.0000

Sans répondre à l’inpecteur, le chef de la Sûreté prit son chapeau, endossa ‘un pardessus fourré, sortit de son cabinet et quitta la permanence.

ü venait de se souvenir qu'à l’occasion de la nouvelle apnée il y avait réception chez le procureur de la République, Donc il était certain de le trouver encore debout, et prêt à quitter ses invités, soeur où l'appelait le devoir professionne L]

Le procureur de la République demeurait boulevard Saint.Germain.

Le chef de la Suret6 se rendit chez lui.

Les fenêtres du premier étage occupé tout entier par le magistrat étaient brillamment éclairées.

Quelques voitures de maître et de nombreux flacres stationnaient le long du trottoir,

Sur le seuil de l’antichambre du premier, dont les portes étaient ouvertes à deux battants, se tenait un valet de chambre connaissant parfaitement !e chef de la Sureté.

——Prévenez monsieur le procureur de

la République qu’il faut que je le voie à l'instant... lui dit ce dernier. il y a UFLONCE ee.

—J'y vais...répliqua le valet de cham-.

bre en s’inclinant,

A cette minute précise, le procureur de la Républiqu arrivait dans l’antichame bre, reconduisant un de ses amis.

Eu voyant le chef de la Sûreté, le ma.

gistrat comprit qu’un motif d'une gravité edantioonsils motivait sa présence à cette heure de la nuit.

—Menez monsieur dans mon cabinet dit-il au valet de chambre,

Puis, s'adressant au visitour :

—Je vous rejoindrai dans un ins.

tant...

Et il le rejoignit, en effet, avant que deux minutes se fussent écoulées, et, sans autre préambule, posa cette ques.

tion.

—Que se passe:t-il ?

—Ceite note qui vous est destinée vous l’apprendra,

ht le chef de Sûreté présentait la no.

te redigée en ces termes par le commis.

saire de police de Saint-Ouen :

& Double assassinat, vol et incendie ti à Saint-Ouen, à l’usine de M. Richard Vernière, une des victimes...Présence “ du procureur de la République et du 4 chef de la Sûreté urgentes, ’

—kRichard Vernière { s’écria le chef du parquet après avoir lu... Richard Vernière ?..... répéta-t-il,..Mais je le connais !.........)Je me suis trouvé avec Jui chez Daniel Savanne, un de nos juges d'instruction les plus distingués ! Ce sont, ou plutôt c’étaient deux amis intimes, j'en suis sûr.

—Qu'ordonnez.vous, monsieur le pro.

cureur de la République ?

—Ma présence sur ie lieu du crime est en eftet indispensable et urgente, Faites retenir des voitures.

— C'est fait.

—Prévenes vos agents,

—Ils sont prévenus.

+ Alors le temps d'endosssr tre 2slisse par-dessus mon costume de soirée, et je suis à vous.

ET

Il sortit et reparutun instant après pour descendre aveo le chef de la Sûre.

té et se rendre à la préfecture,

Les trois voitures étaient là. Les agents attendaient,

Parmi eux 8e trouvait le policier de Saint-Ouen.

On prit plâce dans les fiacres.

—AÀ Saint-Ouen, commanda le chef de la Sûreté,

—Non, fit le procureur.

—Où donc ?

—Au numéro 92 du boulevard Malesherbes d’abord..…..C'est M, Daniel Sa.

vanne qui sera chargé d'instruire cette tffaire, il est utile qu’il fasse avec nous sur le lieu du crime sa première enquéte. Etant lié avec le malheureux Richard Vernière, il nous guidera mieux que tout autre.

Les voitures prirent le chemin du boulevard Malesherbes,

Arrivés au numéro 92, le chef de la Sûreté descendit pour aller prévenir le juge d'instruction que sa présence était réclamée par le procureur de la République.

1l dut réveiller le concierge de l’immeuble pour se faire indiquer l’appartement de Daniel Savanne, indication qu’il n’obtint d’ailleurs qu’en déclinant ses noms et qualités.

A la porte du juge les difficultés recommencèrent et l'attente fut longue.

Réveillé en sursaut par les appels répétés du timbre, le valet de chambre, qui couchait à l'intérieur de l'appartement, vint, à demi-vêtu et de fort méchante humeur, demander à travers la

joue qui menait un si grand tapage.

refusait d’ouvrir et d’aller prévenir son maître, lorsque celui-ci, réveillé lui.

mème par l'infernal carillon de la son.

nerie électrique, apparut enveloppé dans une robe de chambre.

La dicussion durait encore entre le valet de chambre et le visiteur inoppor-

Du reste il écarta le domestique et demanda :

—Qui est là ?

—Le chef de la Sûreté, répondit le rt Voilà Is troisiome {fois que je

pète.

— lié —

Daniel Savanne reconnut la voix et ouvrit lui-même,

—Qu'y at-il donc ? s'écria.t.il.

—Affaire urgente ! M, le procureur de:

la République vous attend en voiture à votre porte,

—Je vais m'habiller en toute hâte et.

le rejoindre, Pries-.le de vouloir bien pa.

tienter un instant.

Au bout d’un temps prodigieusement A Daniel Savanne descendit en ef.

et.

—Pardonnez.moi, mon cher magistrat.

de venir aimsi ‘troubler Yotre sommeil, lui dit le procureur de la République...

mais il s’agit d’une affaire etfroyable.

ment grave et des circonstances particulières rendent nécessaire que vous soyez désigné pour l'instruire..... Veuil.

lez donc prendre place à côté de moi,

Daniel Savanne monte dans le fiacre à quatre places où se trouvaient déjà le procureur de la République et le chef de . Sûreté,

—Les voitures, à la file, se dirigèren vers Saint-Ouen, : L

—Maintenant, fit le juge d'instruction permettez-moi de vous demander de.

quoi il s’agit,

—D'un triple crime vol, incendie et assassinat... J’ai été prévenu il Ya une heure par une note du conmissaire de police de Saint-Ouen.

.En entendant ces derniers mots, Da.

niel Sayvanne ne put s’empêcher de tres.

sailir,

—C’est donc à Saint-Ouen que n allons ! s’écriat.il, k Fe

—Oui, Vous connaissez beaucoup, je le sais, M. Richard Vernière, le tiché industriel dont l'usine se trouve dans le pays,

Une vive inquiétude s’emp:ra de Daniel Savanne,

—Je le connais beaucoup en effet, r6.

pondit-il..je crois me souvenir qu'il a eu l’honneur de se rencontrer avec vous chez moi..Nous sommes très liés.

—Mais pourquoi me parlez-vous de lui ?

— Parce que c’est chez lui que nous nous rendons,

Le juge d'instruction sentit son cœur se serrer,

| Voix et

>ureur de:

voiture à

» hâte et.

"bien pa.

‘vsement.

it en ef-

magistrat.

sommeil, blique..

royable.

es partiue vous … Veuil.

le moi,

le fiacre : déjà le le chef

irigèrent.

struction aider de

ndie et ya une saire de

Lots, Da.

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le nous

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ffet, ré.

qu'il a ec vous s liés...

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6 nous

D Cœur

— Mais à lui, personnellement, il ne lui est rien arrivé, n'est-ce pas ?

—Faites appel à toute votre fermeté, à tout votre courage, cher monsieur S1vanne... dit Alors le procureur de la République,le coup que je vais vous porter sera rude,

—Vous m'épouvantez ! Richard Ver.

aière ?

—Est l’une des victimes.

—1l est blessé ?

—Ïl est mort,

Daniel Savanne devint pâle.

; —Mais c'est impossible... balbutia.t- 1 12

—Ce n’est malheureusement que trop +ai...la note du commissaire de police dc Saint-Ouen ne peut laisser aucun doute à cet égard.

Le juge d’instruction tremblait,

Malgré l'affirmation du chef du par.

quet, il ne pouvait croire à un si épouvantable malheur,

—Je vous dis, moi, que c'est impossible.........76 éta-t-il d’une voix que l’6motion rendait presque indistincte...…… Ce soir même...il y a quelques heures, Richard était chez moi......ll a dîné à la maison et nous sommes ensuite allés, avec 8a fille, la mienne et mon neveu, conduire mon frère Gabriel, le capitaine de vaisseau, à la gare du chemin de de fer de Lyon d’où ilallait partir à sept heures pour Toulon....De sept heures à neuf heures, sur la demande de ma fille et celle de Richard, nous avons suivi à pied la ligne des boulevards, de la Bastille à la Madeleine, regardant les étalages des boutiques brillamment éclairées....A neuf heures et quart, Richard

: Vernière a pris une voiture pour se ren-

dre à Saint-Ouen....je suis sûr de l'heure Richard ayant regardé sa montre...Neuf heures et quart, a-t.il dit, je serai à l’usine vers dix heures.

—E£h bien ! c’est au moment de son arrivée qu’il aura été frappé.

:—Mon Dieu ! mon Dieu ! begaya Da.

niel avec désespoir... Que s'est-il donc

passé ? Richard assassiné ! lui qui n'avait pas d'ennemis | Quel peut être l’infâme assasain ?

—Dl'ous allons tâcher de le savoir.

—Et nous trouverons le misérable fit le juge d'instruction avec une colère blanche. Et si vraiment la mort de mon ami est due à un crime, nous le vengerons, je,le jure !

—J'ai donc bien fait de vous choisir pour instruire cette afiaire...

.. Ah ! certes, oui, vous avez bien fait et je vous en remercie du plus profond de mon cœur ! Vous n'avez aucun détail sur le triple crime ?

Aucun,

—Il me semble que vous avez parlé de deux victimes.

—La note du commissaire de Saint- Ouen signale un double assasinat,

—Quelle est l’autre victime ?

—Je FH rendre

Daniel Savanne était dans un {état de surexcitation violente,

—Vol ! Incendie ! Assassinat !,,.— répétait-il d’une voix frémissante—Ah !

pauvre Aline... Malhrareuse enfant...

Aurai-je le courage de lui apprendre la mort de son père f......

Des larmes inondèrent ses joues,

Cette crise d'émotion nerveuse dura quelques secondes, puis Daniel Savan- , ne 8e ressaisit et redevint le magistat sévère et froid qu’il était.

Les fiacres marchaient bon train, mais

as assez vite cependant au gré de son impatience.

aurait voulu se trouver instantanément transporté sur le théâtre du cri me.

Un profond silence régna pendant un instant dans la voiture où les trois magistrats étaient réunis.

L’agent de Saint.Ouen, assis sur le siège du premier ‘fiacre guidait le co cher.

Enfin’on arriva.

Les voitures vinrent se ranger devant la porte restée intacte de la cour où se trouvait le pavillon de la gardienne,

Un groupe de curieux stationnaient devant cette porte et ne pouvaient rien voir car le mur d'enceinte cachait le lieu du sinistre,

Les mots : Voici la justice ! couru.

rent dsns le groupe qui s’écarta,

L'agent de Saint-Ouen avait mis pied à terre,

Tout le monde descendit.

Le chef de Sûreté dit tout bas à l’ins.

pecteur :

—Eparpillez vos hommes. Qu'ils écoutent, et n’oublient rien de ce qu'ils entendront.

Le commissaire et le maire de Saint.

Ouen, prévenus de l’arrivée des magistrats, s'étaient aussitôt portés à leur rencontre.

Le procureur de la République et Da.

piel Savanne s’arrétèrent dans le cour où les pompes toujours en batterie con.

tinuaient à noyer les foyers d’incendie 8e rallumant par instants, et où de nombreux ouvriers, Claude Grivot en tête, ne cessaient leurs lamentations. |

En voyant les magistrats il se retira un peu à l'écart, mais pas assez loin cependant pour perdre un seul mot de ce quiallait se dire,

Daniel Savanne jeta un coup d'œil désolé autour de lui.

—Quel désastre !—murmura-t.il.

Puis il demanda -

—Où se trouve le corps de M, Richard Vernière ?

Le commissaire de St-Ouen étendit la main vers le bâtiment qu’habitait Mme Sollier et répondit :

—Au premier étage de ce pavillon.

Les magistrats s’y rendirent.

Daniel avait peine à se soutenir en grevissant l’escalier qui conduisait à la chambre mortuaire.

Un violent efiort lui rendit tout au mois l'apparence de l'énergie,

Mais il chancela de nouveau en arri.

vant en face du lit sur lequel reposait Richard Vernière, la poitrine découverte et trouée par la balle de revolver qui l’avait tué.

Quelques gouttes de sang tachaient de rouge sombre la blancheur de la chair.

—Du courage, mon ami..—lui dit le procureur de ls République à voix bas- 5e, eu ge découvrant,

Danial sa vosdié anntya la dAâfaillanrz

qui l’envahissait à la vue de cet hom-

me qu'il aimait tendrement, qu'il avait quitté plein de vie si peu d'heures auparavant et qu’il retrouva mort,

Il s’approcha du cadavre et prit sa main glacés

—Pauvyre Richard ! — balbutia-t-il toi, si bon.... si loyal... toi qui ne vivais que pour travailler et faire le bien Pauvre Richard 1...

Malgré sa force de volonté. il lui fut impossible de contenir ses larmes.

Elles jaillireant à flots pressés, et un

long sanglot s’échappa de sa poitrine.

ette crise de douleur poignante fut de courte durée,

Le devoir était là !

! Daniel Savanne redevint le magistrat chargé d'instruire l’aftaire, de chercher et de découvrir le criminel.

Il se redressa, les yeux déjà secs et le visage sombre, mais calme, |,

—On a parlé d’une seconde victime ..—dit le procureur de la République, —quelle est-elle ?

' ” fut le docteur Bordet que répon-

—C’est la gardienne de l’usine..….,

—Mme Véronique ? — s'écria Daniel Savanne avec stupeur,

—Oui, monsieur...

—Qu'a-t-on fait de son cadavre 1...

—La pauvre femme n’est pas morte encore, mais blessée...

—Dangereusement ?

— Oh ! très dangereusement... Il me araît douteux qu'elle survive à ses lessures.…

—L'a-t-on questionnée ?,,,......

— Elle était sans connaissance... J’ai cru devoir prier M, le commissaire de la faire transporter d’urgence à l'hôpital Saint-Lin où l’un de mes coliègue, spé.

cialiste de premier ordre, obtiendra peut: être une guérison quasi miraculeu- ELA

— Dieu veuille que ce miracle ge fasse !

dit le juge d'instruction, Véronique, vivante, ayant tout vu, pourrait à coup sûr nous guider,

Je me mettrai en rapport avec le directeur de l’hôpital Saint-Louis, afin que, si elle reprend connaissanc>, on

ma facon annalas aunniéAé

Fe LT AUTTT PES TAVE Li ERDELUE

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qu'il avait heures aurt,

et prit sa

butia-t-i] toi qui ne aire le bien

il lui fut armes.

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, secs et le

e vic time épublique,

ue répon-

Qi CRETE ria Daniel

avre {ss pas morte

t... Il me ve à ges

ice... J'ai saire de la l’hôpital gue, spéobtiendra niraculeu-

> se fasse !

igque, it à coup

rec le di- >uis, afin anc>, on

Puis, s'adressant au procureur de la République, Daniel ajouta :

—Si vous le trouves bon, je vais com.

mencer mon enquête,

—Voules.vous avoir l’obligeance de me servir de secrétaire ? demanda M.

Savanne au chef de la Sûreté qui r“.

pondit :

—Je suis absolument à vos ordres. .

—Je vais poser des question sommai.

res... Prenez note des réponses... Ce travail préparatoire me sera très utile quand je procéderai à des interrogatoi.

res plus complets...

Le chef de la Sûreté s’inclina, ouvrit sou portefeuille garni de papier blanc, y prit une de ces plumes à l’usage des médecins de campagne et des huissiers

ortant leur porte-plume, et se prépara écrire,

Gabriel Savan: adres8a d’abord au médecin,

—C'est ous, monsieur, lui demanda.

t-il, qui avez soigné la gardienne de l’usine ?

—Oui, monsieur.

— Veuillez me dire votre nom...

—Le docteur Bordet,

— Votre résidence ?

—Saint-Ouen,

—(C'est une balle qui a frappé Mme Véronique ?

—Une balle de revolver du calibre de huit millimètres... Le projectile est un projectile Lebel..….…...La blessure qu'il a produite ne pouvait me laisser aucun doute à cet égard. ..... L'arme doit étre un revolver dit revolver de cavale.… rie du nouveau modèle......Le projecti.

le, conique, possède une grande puis.

sance de pénétration... Autant que l'ai pu m'en rendre compte il a traver.

sé les parois des orbites, et est ressorti par la fosse temporale de gauche.

—Ce qui prouverait fit observer Da-

niei Savanne, que l'assassin était à sa |

droite.

ré ER em ©" 2 fe ET IE à sun | Do à pme mienne vien .

il |

—ÆEvidemment,

— Aves-vous pu évaluer la distance à laquelle le coup de feu a été tiré?

—Non, monsieur le juge d'instruction mais à l'hopital Saint-Louis, où on exa.minera la blessure mieux qu'il m'a 6té possible de le faire ici, on pourra déter.

miner exactement cette distance...

Mon très distingué confrère, le docteur Sermet, est un des meilleurs élèves de Delorme, professeur à l’école d’applica.

tion de médécine militaire, au Val-de.

Grâce, et auquel on doit un traité de chirurgie des plus autorisés,

—J’irai à Saint-Louis et j’attendrai les explications du Docteur Sermet.

Le chet de la Sûreté écrivait rapide.

ment les questions de Daniel Savanne et les réponses du médecin,

Au bout d'un instant, le juge d’ins.

truction reprit.

— Est-ce la même arme qui à frappé Richard Vernière et Mme Véronique ?

—Non, monsieur,

— Vous en êtes certain ?

—0Oh ! absolument,

En entendant cette affirmation si pré.

cise, les magistrats tressaillirent,

Le docteur Bordet poursuivit.

—Non, ve n’est point la même arme qui a tué M. Vernière et sa gardienne

j'en ai acquis la certitude en examinant la blessure du maître......Cette blessu.

re à été produite par un projectile rond, de six milimètres,....L'arme d’où il sor.

tait devait être un de ces revolvers de fabrication déjà ancienne, qu’on trouve encore partout chez les armuriers, malgré les nouvelles armes perfectionnées.

— lneore une fois, vous êtes sûr de ce que vous dites ?

—Oui, monsieur, et l’autopsie le dé.

montrera... La balle entrant dans le

| côté gauche de la poitrine, un peu au-

dessous du cœur, est restée dans la biessure.,.En la trouvant on aura une preuve matérielle de ce que j'avance.

— Puisque ce n’est pas la même arme qui a frappé les deux victimes, c'est qu’.

il y avait deux assassins.

—Cette conclusion s'impose, et j'al.

lais la signaler à qui de droit dans mon rapport

—Fâaites ce rapport, monsieur, très

brasnsdenemses

précis, très ; détaillé, je vous en prie... {fl sera d’une importance capitale... Déjà de vos réponses résulte la certitude que les scélérats étaient au moins deux... .Le crime de cette nuit devait être prémédité et préparé de longue date, :

Après un moment de silence et de réflexion, Gabriel Savanne reprit :

—On a parlé de vol. Le vol est-il bien en etiet le vrai, l’unique mobile qui a fait agir + criminels ?

= —Que autre motif que le vol pourrait-on trouver au double assassinat et à l'incendie ? demanda le procureur de la République.

—Je ne sais pas... Je cherche...

Nous sommes au milieu des ténèbres.

A l'instruction il appartiendra de faire la lumière.

Descendons, messieurs, ajouta le magistrat. C’est dans la pièce du rez-dechaussée que je recevrai les dépositions.

Gabriel Savanne jeta un dernier regard au cadavre de son ami et on quitta la chambre de Mme Sollier.

Dans la pièce servant de lo7e à la gardienne, les agents déposèrent une table derrière laquelle ils placèrent trois chai.

ses destinées au procureur de la Répuplique, au juge d'instruction et ax chef de la Sûreté qui lui servait de secrétair

e, La première question formulée par M.

Savanne, s’adressant au commissaire de

police de Saint-Ouen, fut celle-ci :

—Peut-on me dire à quelle heure l'incendie de l'usine a commencé à rappeler l'intention ?

Le commissaire répondit :

—C'est vers onze heures et &emie que M. le maire et moi;revenant de Paris, nous avons appris le sinistre... Lorsque nous sommes arrivés ici le feu avait déjà accompli la plus grande partie de son œùvre de dévastation,

—Ceci ne m'apprend pôint à quelle heure cette œuvre avait commencé...

Personne ne pourra donc m'indiquer cette heure ?...Aux environs, cependant cn à du voir jaillir les fammes et le ciel s’embraser..…, Ne peut-on parmi les hommes de bonne volonté acoourus sux

mn = A:

eo

le lieu du sinistre dans le but de porter secours, trouver quelqu'un qui me rengeigne ?

—Le contremaître principal de M.

Vernière est arrivé l’un des premiers...

dit le commissaire. Je l’ai questionné déjà.

—Qu'on le cherche, qu’on le trauve et qu’on me l’amène.….

Le commissaire sortit pendant que l'inspecteur que s'était adjoint le chef de la Sûreté accourait prévenir le juge d'instruction qu'un ouvrier de l’usine, prétendant avoir à lui donner d'importants renseignements, demandait à lui parler. :

—Je l’entendrai dans un instaut dit Daniel, qu’il se tienne à ma disposition... mais le contremaître d’abord.

En ce moment le commissaire rentrait, accompagné par le complice de Robert. :

M. Savanne, venant souvent à l’usine le connaissait de vüe et de nom,

—Vous êtes Claude Grivot lui dit-il, ' le contremaître de l'atelier des ajusteurs mécaniciens de Richard Vernière..

Claude, nous le savons, avait trop bien pris ses mesures pour ne pas être, ou du moins pour ne pas se croire certain de l'impunité.

Il ne pouvait cependant se défendre d'une certaine inquiétude en comparaisgant devant le magistrat.

Mais le gredin était de’trompe robuste,

Son attitude fut un chef-d'œuvre de composition savante.

Il aurait été impossible de voir sur son visage une autre SAprnte que cel.

le de la plus profonde douleur.

—Oui, monsieur le juge... Tépondit-il,

Vous possédiez, je le sais reprit Dan'el oute la confiaice de votre patron dont j'étais l'ami...

—Toute sa confiance, que je m'efforçais de mériter, oui, monsieur... ft Clau.

de d’une voix un peu tremblante et je ne puis dompter mon trouble, mon émotion, mon chagrin, quand je pense qu’un homme tel que le patron, un homme si juste, si honnête, enfin, le maillaur dan hommes, est tombé sous la balle d’un infâme assassin...

de porter me ren-

l de M.

remiers...

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lui dit-il, ajusteurs ère...

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m'effor- . fit Clau.

nte et je mon émonse qu’un Lomme ai liaur das lle d’un

Cet assassin, où plutôt ces deuxassassins il faut que nous les trouvions ! reprit Daniel”. il faut que justice soit fai.

te ! il faut que l’honnête homme soit vengé !

ude sentit un frisson passer sur sa chair.

—Pourquoi parle-t-il de deux assassins ? se demanda le misérable que sait.

il donc ?

Bref, il eut peur instinctivement, mais il n’en laissa rien paraître,

Daniel continua :

— Vous aimiez et vous regrettez votre patron, vour ferez donc tout ce qui dépendra de vous pour venir en aide oux investigations de la justice...

—Ah ! certes, oui, monsieur le juge, et detout mon cœur !

— Vous êtes, m'a-t-on dit, arrivé l’un des premiers sur le théâtre du crime ?

—Pas assez à temps, par malheur, pour sauver M. Vernière |

—À quelle heure, exactement, après avoir constaté l'incendie, avez-vous pénétré dans l’usine !

—Je ne puis que vous répéter, monsieur le juge, ce que j'ai répondu à M. le commissaire de Saint-Ouen,

—kRépétez.

—Je suis sans familie ; n’ayant personne à viaiter nulle part, j'avais passé la journée ches ma logeuse, à son restaurant où j’ai déjeuné comme d’habitude...…... Le soir, Mme Aubin, ma lo.

use, eut la bonté de m’inviter à dîner

sa table en compagnie de Mme Véronique, la gardienne de l'usine, .

— Vous avez passé la soirée avec Mme Véronique ! s’écria Daniel, coupant la parole à Claude,

—Oui, monsieur, ainsi que sa petite fille et Magloire,

—Quelest ce Magloire ?

—Un joueur d'orgue, ancien soldat d'infanterie de marine et mutilé du Toukin... Un ami de Véronique. Un brave garçon, client de Mme Aubin qui l'estime beaucoup,

“J'étais un peu soufifrant., Un commencement de migraine, ayant bu plus Gu'à l'ordinaire à SAUSS QU jOur de l'an, À neuf heures je quittai la réunion pour aller me reposer, après avoir conduit à

sa chambre uu ouvrier de notre fabri.

que compiètement gris et qui faisait du tapage, voulant boire encore... comme tous les ivrognes,

‘Je rentrai dans ma chambre, et je me couchai, mais sans pouvoir dormir,

“ Tout à coup ma fenêtre, placée en face de mon lit, s’éclaira d’une grande lueur rouge.

“ Inquiet, je me levai et je regarda au dehors |

4 J’aperquë l'usine en feu.

‘“ Je m’habillai à la hâte, je descendis comme un fou au restaurant où Magloire se trouvait encore, ainsi que quelques autres clients, je leur dis ce qui se passait et je les entraîinai vers la rue Har.

doin,

— Quelle heure était-il alors ? demanda Daniel,

—D . heures et quart environ,

—Bien, continuez.

— Véronique n'était plus chez votre logeuse en compagnie de Magloire, le joueur d’orgue,

—En arrivant devant la porte de l'en.

ceinte, près du pavillon de la gardien.

ne, nous entendions la petite-fille de Véronique appeler sa grand'mère et crier au secours...

“ Le vent activait les flammes et déjà le foyer de l’incendie avait pris des proportions effrayantes...…….. Tout flame bait,

‘“ Nous ne pouvions entrer, la porte était close,

‘ Magloire, qui est très leste et adroit comme un singe malgré le bras qui lui manque, demanda qu’on lui fit la courte échelle...

“ Je m'adossai au mur,je tendis mes mains croisées, il s’en servit comme d’un échelon, grimpa sur mes épaules, atteignit le chaperon du mur, sauta dans la cour et nous ouvrit la porte,

‘ Je pensai aussitôt à la caisse et aux livres de commerce et je criai à Magloi:

re qu'il fallait essayer de les sau- Ver...

* Nous nous élançâmes alors vers l’habitation en flammes pour mettre m n pour à exécution, mais su moment de

’atteindre nous nous arrêtèmes frappés d’épouvante...

a Devant nous, à nos pieds, gisaient deux cadavres celui du patron et de VélONIQUE. css

“ À ce moment le toit de l’immeuble s'effondra avec un vacarme épouvantable et il nous devenait impossible de sauver l'argent et les livres des comptes,

—Vous n'avez pas entendu de coups de feu ?

—Non, monsieur le juge.

—Le cadavre de M. Vernière, étendu sur le pavé de /a cour, était-il loin de la porte de l’habitation ?

—AÀ trois ou quatre pas, tout au

lus

—Et celui de Véronique 1?

—A deux mètres de lui.

— Vous aviez déjeuné di.1anche matin à la table de M, Vernière avec le caissier ?

—Oui, monsisur,et.le patron, grand et généreux comme toujours, avait donné à chacun de nous deux mille francs comme gratification du jour de l'an...

—M. Vernière s'est-il entretenu avec son cairsier de l'argent qu'il pouvait y avoir en caisse ?

—Non, monsieur...

—Le caissier Prieur nous édifiera à ce sujet... Pour moi, ilest évident que le crime s'est commis entre dix et onze heures, ...., Richard Vernière, qui m'a.

vait quitté à neuf heures et quart, devait rentrer chez lui vers dix heures et demie... il aurait trouvé les voleurs dans son cabinet, en train sans doute de forcer la caisse.......,Pris en flagrant délit, ceux-ci se seront déf:ndus......…, L'un d'eux à tiré à bout portant sur Richard..

Celui-ci, mortellement atteint a conservé cependant la force de poursui:

vre son meurtrier jusqu’a la porte de la cour où la pauvre Véronique attirée par 1e bruit, venait à son aide... C'est alors que le complice du premier assassin a tiré sur la gardienne de l'usi.

ne.

# Voilà, monsieur le procureur de la République, comment je reconstitue le double crime, et je ne crois pas m'éloier beaucoup de la vérité... Richard

ernière est, hélas ! mnet à jamais mais

Véronique pourra peut-être parler...

Elle s'est trouvée certainement en cor.

tact avec l’un des meurtriers... avec les deux peut-être... Elle les a vus, donc elle pourra nous fournir leur signa.

lement.

—Dieu veuille qu’il en soit ainsi, car la déposition de la pauvre femme nous donnerait le mot de Is terrible énig.

me Hiva

La prodigieuse netteté avec laquelle Daniel Savanne venait de reconstituer le drame du double assassinat glaçait le contremaître jusqu'aux moelles,

Quelle étrange lucididé, ou pour mieux dire quelle “ double vue ” avait donc cette homme ?

Il n'aurait pu décrire plus fidèlement la scène s'il en avait 6t6 témoin.

Seulement Claude Grivot, nous le répire était imcapable de se trahir en

t deviner ses impressions.

D'ailleurs, la réflexion lui disait :

—Ce juge est à coup sûr, un malin de première force, mais nos précautions étaient trop bien prises pour qne nous puissions être soupçonnés... Le juge à beau être malin, il hausserait les épaules si quelqu’un venait m’accuser.. Quant à Robert, Véronique n’a pu le reconnat.

tre dans la nuit pour l’homme venu à l'usine deux jours auparavant. Si même elle l'avait reconnu, elle ne pourrait donner de lui qu’un signalement irès vague. Elie ne sait qui il est, elle ignore son NOM, .oov00e

D'ailleurs il est loin... ‘ Dieu veuille qu’elle puisse parler! a dit le juge d'instruction... C'est donc qu’elle est très dangereusement atteinte, et tout pre d'espèrer qu'elle ne reviendra pas

Grivot n’avait qu'un seul remords, celui de n'avoir pas tué raide la malheu.

reuse femme |

— Vous pouvez vous retirer, dit Daniel au contremaître, mais ayez soin de vous tenir à ma disposition, J'aurai be.

soin que vous me donniez de nouveaux détails sur certains ponts.

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—Je serai toujours à vos ordres, mon.

sieur le juge d'instruction,

Et Grivot quitta la loge.

—M. Savanne, s'adressant à l’inspecteur de la Sûreté, reprit:

—Amenes-moi l’ouvrier qui se prétend en mesure de donner des rensei- &gnements utiles et qu’on s'inquiète de savoir si Magloire, ie joueur d’orgue, est encore à l’usme......,. S'il n’y était plus qu'on se mette À sa recherche hi lui dise que j'ai besoin de ul,

L’inspecteur reparut au bout de quel.

de serondes accompagnant la vieux

imon.

—Vous êtes un ouvrier de l’usine ?...

1°. :.1anda Daniel.

di, mon juge... Simon, forgeron FE “ous servir, si j'en étais capable:

Voilà cinq ans que je suis employé par notre pauvre cher patron que des gredins ont assassiné !... Si le bon D'eu est juste nous les verrons monter à la guillotine, et on les portera au champ de Navet avec leur tête entre les deux jambes...

—Dieu est juste, mon ami, et le crime ne restera pa: impuni |... Vous aves demandé à me voir, syant des ob.

servations à me soumettre au sujet du meurtre dont votre regrntté patron a été victime...

— Oui, mon juge...

—Æh bien ! parlez

—Dans des circonstances comme celles-là, il faut, pour arriver à y voir clair, se préoccuper des moindres détails, at c'est ce que j'ai fait...

—Expliques-vous....

— Voici : — J’ai entendu dire que la porte donnant sur la rue Hardoin était fermée lorsque le contremaître, accompagné de Magloire et de quelques ouvriers, sont accourus pour porter se- COUT oo o00086 ba

—E£h bien !

—Mais il n’y a pas qu’une porte dans l'usine, — reprit Simon, — il y en a deux... et même il y en a trois.

—Trois portes,,, — répêra Daniel dont l'attention s’éveillait.

—Oui, morsieur...—(Celle qui se trou.

ve ôn face du pavillon de la gardienne, une autre donnant sur le quai du bas.

sin, et enfin celle qui ferme l'enclos des usines et des do-ks et qui s'ouvre sur une seule conc'uisant au chemin des ba.

teliers, tout au bout de la rue Hardoin *. — La première porte était fermée, mais les deux autres étaient ouvertes...

—Vous en êtes sûr ?

—Oui, mOn juge...

—Comment le savez.vous ?

—C'est” simple comme bonjour, — Dans la matinée, je m'étais mis sur mou trente et un, vu qu’il n’y a qu'un jour de l’au dans l’snnée...….. Une cotte neuve, un bourgeron neuf, une casquette neuve et une pairs de ripatons qu’on s’y serait miré, je ne vous dis que ça MON jULE,

—Au fait ! allez au fait !— interrom.

pit Daniel avec un peu d’impatience,

—Mais j’y suis, au fait ! — répliqua le vieux Simon en désignant son costume mouillé, souillé de boue et ae plâtres, brûlé par places. Les voilà, mes beaux effets de ce matin..…..—-Ils sont propres !— Preuve que j'ai solidement tra.

vaillé aux pompes |...

Donc ce matiu, j'allais tout battant neuf souhaiter la bonne année à mafille mariée à un brave garçon et établie blauchisseuse à Paris, rue des Buttes.

Chaumont, Les gosses—(elle en « trois, et plus jolis les uns que les au.

tres)—dévalisent mes poches où j'avais fourré des oranges et du sucre d'orge.

—On déjeune et on sirote...,on va se ba.

lader et on sirote encors. .on rentre dt.

ner et on sirote toujsurs...— Enfin j’6.

tais un peu éméché mais pas beau.

coup...histoire de charmer mes amis, — Sur les neuf heures et demie je pensais qu’il faudrait le lende.

main se remettre au travail je dis au :e.

voir à la ménagère à son honme st aux trois crapauls et me voilà en route pour Saint.Oi en...

“En arrivant avenue des Batignolles, je vis tout à couple ciel qui deve.

nait rouge devant moi... Un moment j'ai ru que o’étaient les doskz qui flambaient, je me dis qu’on devait avoir besoin de bras pour combattre le feu et je pris le pas de course......—A

mesure que j'avançais, l’incendie me araissait se trouver de l’autre côté du in........ et tout à coup je distinguai, au milieu de la fumée et des flammes, la grande cheminée de notre usi-:

ne ...

“Mon sang ne fit qu’un tour ! — Tonnerreque je me dis #nais c’est chez nous que ça brûle! .. — Alors, au lieu du pas gymanastique, je pris le galop et je déboulai à travers champs pour gagner plus vite larue Hardoin.......,

“J'arrivai aux palissadés de l’enclos je les longeai, et à l’endroit où commencent les constructions des usines, j’allai passer toujours courant, lorsque j’aperçus la porte à claire-voie ouverte, le cadenas libre, sans clef, et les chaînes pendantes... — Ça me parut drôle, mais je pensais que j’arriverais plus vite du côté du quai et je continuai à galo-

LT ET ? Le’quai était désert, en arrivant à la ds porte de M. Vernière, je la trouvai aussi ouverte et sans clé, et j'en conclus présentement que l’assas.

sin ou les assassins ont suivi le chemin que j'ai pris moi-même pour entrer ici, etpour s'enfuir une fois leur coup

fait.

—C'est possible, —répliqua M, Savan.

ne.

Dites que c’est certain, mon juge.— Ce portes-là, puisqu'on les ferme tous les soirs, ne devaient pas se trouver ouvertes... Ça saute aux yeux !...

—Vousavez remarqué que les clés n'étaient point dans les surrures ?

—Parfaitement....— Ni dans le cadenas, ni daus la serrure de l’autre porte donnant sur le bassin...

—Qui fermait la porte à claire-voie de l’enclos !

Le gardien dont la baraque se trou + fl gardait la clé ? |

ti c

—Non.—Comme il était payé pour ce service par M. Vernière, il rapporta la clé à M'ame Véronique. x

—Qui était chargé de fermer !a porte

donnant aur le auai ?

—M’ame Véronique,

—Connaisses.vous ces clefs, vous ? — Pouvez-vous me les décrire ?

—Non, mon juge, mais vous les trou.

verez pour sûr accrochées ici au tableau, avec les clefs des ateliers... —A chacune il doit y avoir, attachée par un bout de ficelle, une petite plaque de zinc où et inscrite l'indication de la porte qu’elle ouvre...

Si elles ne sont pas accrochées au ta.

bleau, c’est que c'est de celles.là que les assassins se sont servis... Si elles

y pendent, c’est qu’ils en avaient d’au.

l'ÉPANEE :

—Où est le tableau dont vous parlez ?

—demanda M. Savanne en promenant ses yeux autour de lui,

—Là, mon juge..—répondit le vieil ouvrier en désignant le tableau noir hépr de clous à crochets et chargé de clefs,

Daniel s’adressa à l'inspecteur de la sûreté qui se ter:ait très attentif Gerriè.

re son chef.

—Berthaut—lui dit-il—voyez si les clés désignées par ce brave homme se trouvent accrochées aux pitons de ce tableau,

L'inspecteur obéit aussitôt. :

Il ne lui fut pas difficile de reconnaitre la clef du cadenas destiné à réunir les deux bouts de la chaîne fermant Ja porte à claires-voies ; sur l'étiquette de ainc se lisait cette indication :

Porte des palissades, Rue Hardoin

ll laÿdéorocha, chercha l’autre et l’eut bien vite trouvée,

Elle était assez grosse et l'étiquette disait simplement :

Ports du bassin

L'inspecteur décrocha aussi cette dernière, et vint les placer l’une et l’autre sur la table devant le juge d’instruction.

Le vieux Simon rayonnait,

Les clefs sont là murmura.teil donc les ius en avaient d’autres, faut avoir inventé la machine à coudre pour déviner ra. #

es procureur de la République inter.

vint,

—Berthaut... commanda.t-il,.....allez

es trou.

tableau, . Chacuun bout zinc où à porte

8 au ta.

là que Si elles

at d’au.

parlez ?

menant

le vieil noir héargé de

1r de la derriè.

tout de suite visiter les deux portes et vérifier si le cadenas et la serrure c'uvrent avec ces colefs...c’est très essentiel..

L’inspecteur reprit les clefs et sortit aussitôt, accompagné d’un agent subalterne. ‘ à À

—Je vous remercie, monsieur Simon dit alors Daniel au doyen des forgerons de l'usine, i’espère que vos observations porteront leurs fruits...

—A ! si c'était moi... fit l'ouvrier à demi-voix, mais assez haut cependant pour êt:» entendu.

Si vous étiez à ma place, voulez.

vous dire demanda M, Savanne,

—Eh ! bien, oui, mon juge. Si étais à votre place, je sais bien ce que je ponserais...

— Que penseriez-vous ?

—Que les gredins qui ont assassiné, volé et incendié n'étaient pas des scélérats de ; 188age, agissant au hasard, mais äes particuliers qui devaient connatre aussi bien que vous et moi, et même mieux les'êtres et leu habitudes de. ::

maison ..

Les magistrats partageaient Ge tous points cette opinion.

Ils échavgèrent ur regard.

Ce que vous persez, nous le pensons comme vous reprit Daniel, Auriez-vous des soupçons sur quelqu’un ?

—Si j'avais des soupçons, j'aurais com mencé par vous les faire connaître, comme de juste, mon juge, réplique , imon 50 0N, j8 n6 soupçonne quiconque en

iculier, je conclus seulement dans ma jugeotte qu’il ne faut pas chercher bien loin des brigrandelqui sont certainement tout près...

L'agent qui étais allé se mettre en quête du joueur d'orgue rentia en ce moment. NE

—Magioire est là, monsieur le juge d'instruction... dit-il,

—Introduisez-le...…..

Puis, s'adressant au forgeron, Daniel ajouta :

—Vous pouvez vous retirer...

Simon esquisss le salut militaire il a vait fait un congé jadis dans les dragons et battit en retraite en marmottant entre ses dents :

—Ils ne sont pas forts, ces cocos-

Pas forts du tout, En voilà qui n'ont pas inventé Le vélocipède à vapeur ! Ah si c'était moi !

Magloire avait été bien facile à trou.

ver.

Nous savons déjà qu’il allait de groupe er groupe, regardant, écoutant, voulant se rendre compte exact.de ce qui 8e passait et se disait au tour ds

ui.

Lorsque l'agent lui apprit que le juge d'instruction À faisait rois. il n’en fut nullement surpris,

Etant entré le premier dans l’usine, il pensait bien qu’on lui demanderait ce qu’il avait vu, ce qu'il avait remarqué, et même ce qu'il supposait,

Le manchot ne jugeait point d’une façon bienveillants la justice et la poli.

ce.

Il doutait du flair des agents, de la sagacité des juges d'instruction, et, pensant au bijou délateur qu’il avait tronvé dans la main crispée de Véronique, il était décidé plus que jamais à ne poin* parler de sa déccuverte, du moins.

jusqu'à nouvel ordre.

Une autre raison, une raiscn grave, l’affermissait encore cans sa résolation.

Quelques heures auparavant, Véroni.

que lui avait dit :

—J’ai retrouvé le père de Murthe,

mais je ne puis vous apprendre le nom.

La fortune de ma petite-fille est déposée chez un riche ‘adustriel dont je dois également vous taire le nom... Le peloton de laine que Marthe vous remettrait s’il m'arrivait malheur vous ferait connaître l’homme quia accepté le dépôt de la fortune et qui a signé le reçu.

Que d’obscurités !

. Comme ils se justifiaient, les pressentiments qu'oxprimait la pauvre Véroni.

que si peu de temps avant d’être frappée par une mein inconnue !

.Le crime qui venait d'être commis et dont M, Vernière et Mme Soilier avaieut été victimes ne se rattachait.il poins par des liens mystérieux à ia dé.

couverte de ce père ? au dépñt de cette fortune ? :

Il avait juré à Véronique de garder

religieusement le secret sur ses conf.

dences incomplètes, sur tout ce qui se rapportait à l'enfant.

n disant au juge d'instruction ce qu’il savait, n’allait.il pas donner le moyen de pénétrer un secret que Véronique tenait tant à garder, et n’auraitelle pas le droit, si elle vivait, de lui reprocher d’avoir trahi son serment.

Il ignorait le nom du dépositaire de da fortune de Marthe puisqu'il n’avait point encore déroulé le peloton de laine mais une intuition bisarre et inexplica- ‘ble amepait dans sa penséele nom de Richsrd Vernière,

Bref, Magloire concluait de cette fa.

çon :

—Si Véronique meurt, je verrai ce que j'aurai à faire, mais ne sachant pas si elle doit vivre, je me tairai,

La responsabilité du silence qu’acceptait Magloire était assurément très grave, mais l’aflection profonde qu’il é- Lg pour Mme Sollier et pour la

le de Germaine dominait tout et dic- :

tait sa conduite,

Au moment où le vieux Simon sortait de sa loge où siégeaient les magistrats, l’agent qui était allé chercher Ma.

ire intronduisit celui-ci,

Daniel Sayvanne attacha sur lui ce re:

&ard investigateur du juge d’instruction qui sonde, ou qui tout au moins à la prétention de sonder les cœurs et les consciences.

Le manchot portait sur le revers gauche de sa vareuse le ruban de la médaille inilitai s,

—Vous êtes un ancien soldatf.. dit Daniel,

—Oui, monsieur.,., Quatrième d’in.

fanterie de marine, mutilé à Formose..

Aujourd’hui musicien ambulant, joueur

d'orgue, si vous l’aimes mieux... C'est

seul état qu'en sortant du régiment perte de mon bras m’ait permis de prendre...

Le maire de Sain:-Ouen s’approcha îe M. Savanne, se pencha sur lui et lui £lissa dons j’oreiiie ces mois :

—Le plus honnête homme et le plus

brave cœur que je co”.naisse... Avec son état de joueur d’orgue il trouves moyen, non seulement de gagner sa vie, mais de venir largement en aide aux plus pauvres que lui,

—La loyauté est peinte sur son visage répliqus le juge également à voix bas.

se

Puis plus haut, s'adressant au manchnt : ;

—C'est vous, mon ami, qui êtes entré le premier dans l’usine, au moment où on venait de s’apercevoir de l'incen.

die ?

—QOui, monsieur.

—Dites-moi par suite de quelles cir.

constarises vous vous trouviez à cette heure déjà avancée au restaurant de Mme Aubin ?

Magloire raconta brièvement l’invi.

tation de la maîtresse du restaurant, la visite fuite par lui à Véronique et à la petite Marthe, son retour au restaurant en leur compagnie, l'emploi de sa soirée, et enfin ce que Claude Grivot avait ra.

conté déjà.

Naturellement les deux récits étaient identiques.

Daniel demanda :

— À quelle heure Mme Véronique et

sa petite-fille sont-elles sorties de l'usine avec vous Î

—AÀ six heures vingt minutes... La

endule. .celle que vous voyez là, sur a chewinée.. indiquait exactement cette heure, et la mère Aubin avait dit:

Nous diînerons à six heures et demie très précises,

—Connaissies-vous “epuis longtemps la gardienne de l'usine ?

—Do vue seulement, monsieur, mais depuis le 28 décembre dernier je suis devenu un ami dévoué pour elle et pour la petite Marthe.

—Voilà une amitié bien prompte,

—La graud'mère et l’enfant soufiraient monsieur ; or, pour moi, la souffrance

commande invinciblement la sympa.

thie...

Je suis bâti comme ça...

—Mon neveu Henri Savanne, m'a ra.

| conté l’histoire à laquelle vous faites al. lusion, —Une histoire bien triste, bien lugu-

bre, monsieur... Mme Sollier retrouvant

à l’improviste l’enfant de sa fille Ger-

maine et.la pauvre Germaine elle.même

non plus vivante, mais morte depuis deux jours dans la chambre de l'hôtel garni de Mme Aubin...

—£t, dit le maire de Saint-Ouen, vous pourriez ajouter Magloire si votre modestie ne s’y opposait, que dans ces dou.

loureuses circonstances, vous vous êtes montré comme toujours plein de géné.

rosité et de dévouement,

Le joneur d’orgue devint aussi cramoisi qu’une jeune fille écoutant les premiers mots d’une déclaration d’a.

mour,

— Vous êtes trop bon pour moi, monsieur le maire, répondit-il, Jai tait ce que tout autre aurait à ma place...

—Je crois moi, que nombre d’honaétes gens se seraient dispensés d’interve- Nileoooos

—Je suis certain que M, le juge d'ins.

truction sera de mon avis..

En peu de mote, le maire de Saint- Ouen racnnta ce qui s'était passé au restaurant de Mme Aubin au moment de la mort de Germaino et Ja souscription faite pour ses obsèques sur l'initiative de Magloire, enfin tout ce que nos lecteurs savent déjà.

On aimait le joueur d'orgue dans le pays, et l'officier de l’état civil ne tarissait pas sur son compte.

Le procureur de la République e$ Da.

aiel Savanne félicitérent chsleureusement le brave manchot, puis le juge reprit :

—C'est à vous en grande partie, que la pauvre petite fille doit d’avoir ratrouvé sa grand’mère..,

—Au bon Dieu plutôt qu’à moi... répliqua Magloire. “C'était écrit 1 ” com me disent les Turcs |

— On ignore, je crois, quel est le père de cette enfant ?

Sans la moindre hésitation le joueur d'orgue répondit :

—Oui, monsieur.

—$Si Mme Sollier ne survit point à ses blessures, qui prendra soin de l'or.

—Moi, monsieur, | —On a bien raison d’aftirmcs: que |

vous êtes un homme d’un grand cœur, Magloire 1.....,Mais il faut espérer que Mme Sollier sera sauvée 1.....il faut l'espérer doublement, dans l'intérêt de sa petite-fille et dans celui de la justice pour qui son témoignage sera si précieux... Vous m'avez dit qu'au mo.

ment où vous arriviez devant la porte fermée de l’usire, l'enfant appelait au secours...’

—Oui, monsieur.

—Savez.vous si elle a vu ou entendu

quelque chose ?

—Jene l’ai pas questionnée, monsieur

le juge.

—Où est-elle en ce moment ? :

—Chez Mme Aubin, qui en prend soin,

—Je l’interrogerai demain, vous vous chargeres de me l’amener.

—Bien......monsieur le juge d’instruc.

tion.

— Vous n’aves rien à ajouter à votre déposition ?

—Pas un mot, Je crois n'avoir «rien oublié,

Restez là, cependant, je vous prie...

je puis avoir à vous adresser quelque question...

Magloire sans quitter la loge, se tint un peu à l'écart,

L'inspecteur de la sûreté chargé de la vérification relative aux clefs du cadenas et de la serrure reparut.

Il tenait à is main ur morceau de chaîne et un cadenas,

— Voici ce qui devait fermer l’enclos des barrières, dit-il à Daniel en mettant ces objsts sous ses yeux. Chaîne et ca.

denas étaient encore accrochés au cadre de la porte à claires-voies. J'ai essayé la

Elle fonctionne admirablement comme vous pouvez voir, Le cadenas n’a donc pas été forcé et pour l'ouvrir, on s’est servi d’une double clef

Daniel s'assura de l'exactitude de cet.

te assertion, puis il deianda :

—Et la clef de la porte de l'usine, don:

nant sur le quai du bassin, l’aves-vous essayée également ?

—Vüi, Môpsieur, mais il m'est impossible de rien affirmer. Les flammes ont léché la porte, entamé le bois sans le

consumer entièrement, disloqué les ferrements... les vis d’attache ne tiennent presque plus la serrure...

and il fera jour, nous compléterons notre enquête sur les lieux.

L’inspecteur resta debout devant M, !

Savanne.

—Avez-vous encore quelque chose à dire ?7...... lui demanda ce derni. er,

Oui, monsieur.

—Quoi ?

—Ce n’est pas deux victimes qu'il faut compter, répondit Berthaut, mais trois,

—Trois victimes !......s’écrièrent à la fois le procureur de la République, le juge d’instruction et le chef de la Sûre.

L'inspecteur continua :

— Le palefrenier de M, Vernière, rentré ivre dans l'écurie où il couchait d’habitude, a péri dans les flammes, ainsi

ue les chevaux dont il avait la gare.

—Comment savez-vous cela,

—Tous les ouvriers le disent,

—Quand le déblaiement sera operé nous procéderons aux constatations...

Les ouvriers peuvent se tromper, sinon en ce qui concerne les chevaux, du moins en ce qui concerne l’homme.

Après avoir jeté un coup d'œil sur la pendule, Daniel ajouta :

—1Il est six heures du matin, messieurs C'est dans une heure et demie seulement qu'il fera grand jour........Je ne quitterai pas l’üsine, mais que ceux qui sont appelés ailleurs par leurs affaires ne se croient pasobligés de me tenir compagnie.....Je remercie monsieur le maire de Saint-Ouen des renseignements

utiles qu’il m’a donnés... Je prie /

monsieur le commissaire de police de rédiger son procès-verbal, qu’il voudra bien me remettre à huit heures, en revenant ici......Ssulement avant de se retirer, qu’il donne l’ordre à ses agents de bien survoiller les abords de l'usine incendiée...… Berthaut, prévenes les ouvriers qui se trouvent encore ici, qu'e ile aient à se présenter à l'heure habi.

‘ tuelle de l'ouverture des ateliers...

Jusque-là je ne les retiens pas... Dès

que l’homme préposé à la surveillance de l’entrée de l’enclos du bassin des docks arrivera, qu’on me l’amène, C'est entendu, messieurs.

Tout le monde s’inclina et profita, pour se retirer, du répit que donnait le juge d'instruction,

ans la loge de la gardienne il ne resta plus que le procureur de la Républi.

ce, Daniel Savanne, le chef de la Sûreté et le docteur Bordet descendu un instant auparavant de la chambre où reposait le corps de Richard Vernière,

Il apportait au juge d’instruction le procès-verbal qu'il venait de rédiger.

—Mon cher docteur......lui dit Daniel —Je passerai certainement une partie de la journée ici,..Lorsque vous aurez rendu visite aux clients qui réclament vos bons soins, je vous prierai de vouloir pre revenir vous mettre à ma disposi-

ion,

—Tout à vos ordres, monsieur, répliqua le médecin, et il se retira à son tour.

Daniel Savanne s'était levé.

—Jusqu'à présent, messieurs. .fit-il en s'adressant aux deux magiftrats restés avec lui...rien de bien précis ne ressort de l’enquête sommaire à laquelle je viens de procéder....Rien ne nous indique une piste à suivre... Véroni.

que Sollier, ai elle recouvre l’usage de

la parole, pourra seule nous fournir le :

point de départ qui nous manque.

. Nous devons avoir affaire à des gens parfaitement au courant des disposi.

tions intérieures et des habitudes de l’usine, Mais quels sont ces gens 7... Où les trouver ?

% Mme Sollier les a vus, cela n’est pas douteux...Le succès de nos recherches pré douc presque absolument de sa guérison et, pour avoir des renseigne.

ments précis, nous devrons attendre qu’elle soit en état de parler,

—Richard Vernière était très riche, n'est-ce pas ? demanda le procureur de ia Ré se tre

—Plus qu’à son aise, répondit Daniel,

—Mais il aurait 6té Miffloile, je crois, de fixer le chiffre de sa fortune... Catta fortune entière était engagée dans son USINO,.,000

PRES RO TAPER ES PV LE PETER tré ane tb 1 Eh de dép Sd td dd US Q

a À Et À

—Ayait.il un banquier ?

—Non. Richard déposait au Crédit ly- Onnais ses fonds disponibles afin de les avoir toujours sous la main.

Nu il gardait peu d'agent en cais.

—A cette question il m’est impossible de répondre... Le caissier seul pourra nous renseigner, aussi je l’attends avec impatience...

Pad appartenait à M, Verniè.

re

—Oui,

—Terrain et constructions ?

—Oui,

—1l était assuré ?

—©e n’est point douteux, mais la

mpagnie d'assurance, en payant à l’héritière de Richard Vernière, c’est-àdire à 8a fille, la valeur de cette propri.

été, ne rondra pas la vie à son père | La Catastrophe est épouvantable pour la pauvre enfant ! Je frisonne en pensant qu'il faudra lui annoncer l'ir parable malheur qui la frappe...

—Quel parti comptes-vous prendre er os dan au corps de M, Verniè.

re

"Quoiqu'il m'en coûte beaucoup de

isser porter le scalpel sut les restes de mon ami, l’autopsie s’1mpose6 impétueusement, Je veux savoir si le docteur Bordet ne s'est point trompé, et si ce sont les balles de deux armes différentes qui ont frappé Richard et Véronique...

—1l va y avoir de grands travaux de déblaiment à faire exécuter ici pour tâcher de retrouver des iraces de la caise 80... c0000

—Je m’occuperai de cela dès qu’il fe ra jour...

—M, Vernière a.t.il d’autres parents qe sa fille ? demanda le chef de la Sû.

reté,

—Un frère seulement.

—Habitant Paris ?

—Non, l'Allemagne,

—L’Allemagne ! répétèrent les deux magistrats surpris.

—a qu une Alsacienne, veuve et riche, dont les biens se trouvent dans une des province annexées ce aui la contraint à solliciter une autorisation de résidence pour surveiller l’adminis.

oo ne nn |

tration de ces biens appartenant au fils n6 du premier mariage de sa femme et encore mineur... Voilà ce que m'a appris Richard un jour où je lui parlais de son frère Robert,

—Entretenait-il une correspondance régulière ?

—Non... les deux frères étaient en.

semble dans des termes très froids...il y avait entre eux incompabilité de vues et de caractères,

—Ne pensez-vous pas qu'il sera néan.

moins utile de lui faire connaître la mort de Richard Vernière ?

—C'est un devoir que j'accomplirai Je sais qu’il habite Berlin...j'ignore son adresse exacte, mais à l'ambassade de France où j'adresserai, on le recherche.

ra et on le trouvera focilement,..….

Robert n’est point le premier venu...

ingénieur et inventeur comme son frère, il a, paraît.il, beaucoup de talent.

’espère pour lui qu'il n’a pas créé d'établissement à Berlin ? dit le procue reur de la République,

—Non la fortune de sa femme lui per.

met l'inaction ; mais, s'il le voulait, il pourrait reprendre et relever la maison de Richard. il possède les connaissances et les aptitudes nécessaires.

Le chef du parquet regarda la pen.

dule,

—Six heures, . . .fit.il, je vous quitte ; il faut que je retourne à Paris, Avez.

vous quelques recommandations à m’a.

dresser ?

—Je vous prierai de vouloir bien me faire envoyer un fourgon des pompes funèbres et d’expédier la dépêche que je vais écrire,

—Les deux choses seront faites ce matin...

. —Daniel prit une plume et écrivitces es :

“ Henri Savanne, 92, boulevard Malesherbes, ‘€ Viens sans retard me rejoindre usine Vernière, à Saint-Ouen. À # Daniez SAvanNR ??

Il tendit le télégramme au procureur de la République en lui disant :

—Pardonnes-moi d’abuser ainsi de votre obligeance.

—Je serai trop heureux de vous être agréable, répliqua le magistrat en serrant le papier dans son portefeuille.

Dès votre retour à Paris, venez me trou ver au Palais.

Les deux hommes se serrèrent la main,

Daniel reconduisit le procureur de la République jusqu'à l’une des voitures

ui attendaient dans la rue Hardoin, et dass laquelle il monta pour retourner chez lui.

Au mois de janvier les nuits sont interminables.

Daniel avait encore près de deux heures à attendre avant que le jour naissant lui permît de visiter et d’éiudier utilement le théâtre du sinistre et du crime, mais il le contempla de loin.

C'était lugubre.

Les pompes fonctionnaient toujours, les hommes harassés, fourbus, chancelaient sur leurs jambes.

M, Savanne tira de son porte-monnaie un billet de banque et le présentant au chef de la Sûreté lui dit :

—Faites remettre ces cent francs, je vous prie, à l'officier qui dirige le service des pompiers...1l lea partagera entre

ses hommes...Veuillez aussi m'envoyer

votre inspecteur Berthaut,

Les chef de la Sûreté prit le cent francs que lui présentait Daniel Savanne et, traversant les décombres encore fumants, se dirigea vers un officier des

pompiers,

Daniel était entré daus la loge.

Il se laissa toinber sur un siège, accablé de fatigué et surtout de douleur.

Il pensait à Richard Vernière, à sa fille, + aussi à Robert, le frère de l’industriel.

Oui... murmurait-il....si celui-là voulait, il serait certainement capable de remplacer auprès d’Aline mon malheureux ami. ... ..de faire reconstruire cette neine, de rendre de nonveau son exploitation prospère, enfin d’être le protecteur étle soutien de sa nièce

dont ilest désormais l'unique parent,

Daniel avait bien entendu parler de quelques folies de jeunesse de Robert, mais il ne les croyait pas bien graves et supposait d'ailleurs qu’avec les années et le mariage Robert était devenu s6rieux.

Il ne soupçonnait même pas le degré d’abiection auquel était descendu le frère de Richard,

—Celui-ci...quoique étant son intime ami et lui accordant une confiance ab.

solue, autant par pudeur que par un reste d'affection fraternelle, ne lui avait pre révélé les crimes commis par Ro-

er Eù lui parlant du mariage de son frè.

re et des motifs qui nécessitaient sa résidence en Allemagne, il s'était bien gardé de mentionner les honteuses actions antérieures,

Il voulait que personne ne pût soupçonner ce passé déshonorant.

L’inspecteur Berthaut et le chef de la sûreté vinrent arracher Daniel à. ses réflexions,

—Berthaut, dit M. Savanne à l’inspecteur, nous aurons ici beaucoup de besogne, et comme il ne peut me convenir d'interrompre mes interrogatoires lors.

que le jour sera venu et que le chef de service et les ouvriers se présentent à l'usine à l'heure habitue)les de la reprise du travail, nous devons prendre nos précaution8.....e

“ Allez shez Madame Aubin et voyez à ce qu’elle pourrait nous servir immés diatement... Vous vous occuperez en même temps de faire manger vos home.

mes à tour de rôle... Il faut qu’il s’en trouve toujours un ici dont la surveil.

lance ne se ralentisse pas.

“ En attendant le jour, nous irons déjeuner... Aussitôt le jour venu, mettez en campagne vos agents disponibles et ceux du commissariat de Saint-Ouen dans toutes les directions aux alentours de l'usine et qu’on relève les moindres indices.

—On fera pour le mieux, monsieur le juge rpm de) ua l’inspecteur, et je rénonds du sèle de mes hom-

Re

mes... Il sortit, se fit indiquer le restauran

HE HA nm À A

D'UMR LOS Qt ct ie et. bye

de Mme Aubin et s’y rendit sans perdre us instant.

Daniel resta seul avec le chef de la Sûreté.

—Je connais votre flair merveilleux...

dit-il à ce dernier...je vous ai vu résoudre en quelques heures des problèmes qui semblaient insolubles.... et plus d’une fois je me suis bien trouvé d’avoir eu recours à vos lumières... Parlez.

moi donc à cœur ouvert, je vous en prie.

Après avoir entendu les quelques t6-

moins interrogés par ri que voyes-

vous dans cette affaire

—En toute franchise je dois vous répondre, monsieur le juge d’instruction, que jusqu’à ce moment je ne vois que ténèbres..…....Je ne puis faire tomber des soupçons sur qui que ce soit, et mon imagination n’arrive même nas à créer un roman vraisemblable... Tout nous MANQUE... RION Ne NnOus indique que les recherches doivent être irigées d’un côté plutôt que d’un autre... Dieu veuille que Véronique Sollier recouvre la parole, car elle pourra nous donner le fil conducteur... La déposition du caissier, quoique à coup sûr de moindre importance peut aussi nous être d'un grand secours.…Il faut donc attendre pour se former une opinion quelcon.

ue—

1 —C'est aussi mon avis,

—Me permettez-vous de vous adresser une question ?

—Certes !

—Ayant été lié avec M. Vernière, vous pourriez savoir si parmi ses concurrents ou parmi les gens en rapports avec lui il avait des ennemis...

—Decs ennemis ! ! Richard 1... 8’6cria M. Savanne.....Non ! non ! il n'a.

vait pas d'ennemis, il ne pouvait par en avoir |... C'était l’homme juste et loyal par excellence 1.....,De formes un peu brutales parfois, mais un cœur excellent. 4

—Les meilleurs sont souvent exposés à la jalousie et à la vengeance.

—Qui “aé aurait eu à se venger de

rd

—Des industriels furieux de vair ia trop grande prospérité de son industrie prospérité du grâce à son ardeur au

travail et à ses talents, grandissait, parait-il, tous les jours,

—Je sais bien que l'espèce humaine est mauvaise et que le MÔI égoïste est le roi du jour, mais il m'est impossible d’admettre qu’une jalousie, ou pour mieux dire une rivalité de ce genre, ait pu faire commettre l’entassement des crimes qui nous amène ici...Je le répète, Richard Vernière avait des rivaux,

mais il n’avait pas d’ennemis | Ce n'est point dans-cette voie qu'il nous faut.

chercher,

La rentrée de l'inspecteur Berthaut coupa court à l’entretien, /

‘Il avait trouvé ouvert l'établissement de Mme Aubin, et la brave hôtesse se multipliait pour faire préparer le dé.

jeuner demandé par le juge d'instruc.

tion.

La loge fut fermée à clef et on p un agent en faction auprès de la porte,

De 1à, il voyait la cour tout entière et les décombres entassés à l’endroit où se trouvait debout, si peu d’heures au.

paravant, l'habitation de l'industriel.

Daniel et le chef de la Sûreté, conduits par Berthaut, se rendirent au restaurant de Mme Aubin,

Les ouvriers, attendant le jour pour se mettre à la disposition du magistrat :

instructeur, ainsi que cela avait été re.

commandé, s’y trouvaient déjà en assez grand nombre,

Parmi eux, Magloire et Claude Grivot,

L'aube pâle et grise pointait dans un ciel brumeux, lorsque Daniel retourna à l’usine,

Il avait profité de sa présence au res.

taurant de Mme Aubin pour question.

ner la brave femme, tout en déjeunant, il tenait à s'assurer que les dépositions de Magloire et de Grivot ne présentaient aucune contradiction, et il acquitla cer.

titude qu’elles se trouvaient en parfaite concordance.

De tous les côtés arrivaient les ouvriers de Richard Veraière, sachant qu’.

ils devaient se présenter à l'usine À l’heure habituelle de la reprise des tra.

vaux,

Le jour était enfn venx st le ice d'instruction put s’aventurer au milieu des décombres noyées.

he

mn C7

Patate

C'était un spectacle d’une horreur terrifiante, un péle-méle indescriptible, l’image des chaos.

Les machines, dont l’effroyable intensité de la chaleur avait rongé et fondn l’acier, gisaient tordues au milieu de poutres carbonisées dont l’eau avait empêché la complète combustion,

Daniel, guidé par l'inspecteur Ber.

thaut, se rendit à la porte s’ouvrant sur le quai du bassin.

demi consumée, elle tenait à peine sur ses gonds.

La serrure était prête à tomber, les vis qui la soutenaient, ne mordant plus de bois, ï

Du quai, il se rendit à la porte ‘des palissades dont Berthaut lui avait ap.

porté la chaîne et le cadenas,

Là, rien d’anormal ne lui apparut...le cadenas, n’ayant point été forcé, avait dû être ouvert avec une double cief,

On regagnait l'endroit où s'élevait, la veille, l’usine en pleine prospérité de Richard Vernière, plein de vie et de santé,

M. Savanne, s’adressant à l'officier des #apeurs-pompiers... un conseiller municipal de Saint-Ouen... qui avait pendant toute la nuit dirigé les manœu.

vres, lui demanda :

—Le feu ne couve plus nulle part ?

—Non, monsieur le juge d'instruc.

pe bien de t

—Dans combien de temps pourrons.

nous faire procéder au détlienent ?

—Pas avant demain matin... Tout est éteint, mais les amas de décombres ne seront refroidis que dans quelques heures,

—On vous a dit qu'un homme avait péri, victime du feu, dans l’écurie où se trouvaient trois chevaux ?...

—On nous l’a dit, monsieur le juge d'instruction, mais nous n'avons pu vérifier le fait uns il faut attendre...

impossible de fouiller immédiatement sous les ruines,

—Qui pourrait se charger des tra.

vaux de déblaiement ?

..Moi, si vous voulez...,—C’est ma partie...…..Je suis entrepreneur de magonnerie,

—Pourquoi non ?—Présentez-moi une

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DDR AD VX SRE RE 9 APM TISARAA À 2937 AR A PE Bron LS DIR CE 07 oesesetebneer ie et RS me ee

évaluation exacte de la dépense à faire

et je vous donnerai une réponse, il

‘faut d’ailleurs, avant de rien entreprendre, que la Compagnie à laquelle M,

Vernière était assuré envoie des ins-

ecteurs qui se rendront compte de

’étendue du sinistre...

—Parfaitement, monsieur le juge d'instruction.

Daniel Savanne se dirigea vers La loge, à la porte de laquelle une femme en pleurs se lamentait,

C'était Madeleine, la servante de Ri.

chard qui, arrivant de Vincennes où elle avait passsé près de deux jours ches son fils, venait pour reprendre son ser.

vice,

Madeleine connaissait M. Savanne cormme un des meilleurs amis de son mhître, et, en le voyant, son désespoir rédoubla.

Le juge d'instruction la fit entrer dans sa loge et lui dit :

—Il faut vous calmer et me répondre, ma brave Madeleine,.....— On a tué Richard Vernière, ce qui est un malheur irréparable...on a voulu tuer M. Sollier on a incendié la demeure de votre mate tre, pour le voler, sans aucun doute... — Nous avons le devoir impérieux de chercher les criminels, de les trou.

ver, et nous devons nous entourer de tous les renseignements qui pourront nous conduire à se but...

—Mais je ne sais rien, moi, monsieur Savanne |.....—s##cria la fidèle servan.

te dont les larms:: ne tarissaient pas.

—Peut-être en savez-vous plus que vous ne pensez......—l1'1308. Moi vous questionner...

—Je ne demande pas mieux, mon.

sieur Savanne...

—Depuis quand êtes-vous absente de l’usine ?...

—Depuis dimanche à quatre heures...

—Monsieur, qui avait eu à déjeuner son caissier et contremaître principal, me permit de partir chez mon fils jus. qu’à mardi matin....—il devait dîner chez vous dimanche et y passer hier toute la journée,

—Et partant dimanche à quatre heu.

res, avez-vous emporté vos clefs !

—Non, monsieur, je les avais laissées

rs la loge, mme en

te de Ri.

nes où elurs ches | SON ser.

Savanne s de son déserpoir it entrer

(5 pondre, a tué Ri-

pourront

nonsieur ) SerVANe (1 pas,

lus que 1Oi vous

x, MONe

sente de

— Quelles étaient ces clefs ?

—Celles de la maison d'habitation du eur et de l'appartement e.

Les clefs que vous aves remises à V6.

ronique sont.elles là Ηdemanda-t.il, adeleine s’approch® ‘1 tableau,

—Oui, monsieur,-. ‘épliqe.t.elle en touchant du doigt t oùs clefs . ttachées

au même clou, —les v: la, Elle allait les dé roc! ey, —Laissez.les,, 0. + Danie}

sionnels...

Vernière,

Malgré 14 profonde altération de son visage, Daniel le reconnut du premier coup d'œil,

—Le patron assassiné !,..l’usine in.

cendiée 1. Véronique blessée lose bé.

8aya Prieur que l'émotion étranglait—

—Mon Dieu ! mOn Dieu 11 fit Je Caissier en se tordant les i i

Mains — Mais c'ést horrible, tout cela ! c'est mons.

trueux,

—=J6 vous attendais avec impatience — leprit Daniel — afin d’obtenir de

à Véronique Pour faire le service,comme C'était l'habitude quand je m’absentais,

Savan.

VOUS les renseignements précis dont j'ai € plus grand besoin Pour me former une i il

—Questionnez-moi, monsieur... bal.

butia-til je Vous répondrai de mon mie

—D'abord, à quelle Compagnie M, Vernière étäit.il assuré Î Nous devons la prévenir du sinistre...

rieur leva ses deux mains vers le Plafond et dit en £émissant ;

—Hélas ! ! hélas ll =nisuré ? —ÿl ne l'était plus. .....

Daniel sursauta, gr Mais c’est impossible | | —s'écria.

ti

fa si invraisémble, que c’est à n°

plète pour

le Aline, la fille de mon cher pa- —Éxpliquez-vous, monsieur Prieur...

Je ne vous comprends pas, De quelle fatalité parlez.vous ediésde

—M. Vernière était assuré pour deux cent cinquante mille francs à une Come

et à La conclusion de la nouvelle assu- 'ance à la « Générale 7

—£h bien ?

—E£k bien ! MmOnsieur, a dernier mo-

ment un inspecteur de la “ Générale ”

a op pra om

—De telle sorte qu'aucune signature n’a été échangée ?

—Aucune,...

— Quelle fatalité, mais aussi quelle imprudence ! s'écria Daniel,

—Oui, bien grande imprudence, monsieur le juge d'instruction. répliqua Prieur... Mais qni pouvait admettre la possibilité d’un incendie au moment où pas un feu n'était allumé, où pas un ouvrier ne travaillait dans l’usine..……. il a fallu l'intervention d'une main criminelle pour amener un pareil malheur !

—Je le répète, c’est la ruine 1... On n’a aucun recours contre la Compagnie dont la police expirait le 31 décembre et à qui on avait signifié qu’on ne la re-

nouyellerait point....On n'en a pas non plus avec la Compagnie nouvelle qui n’est nullement engagée! De cette usine si florissante, dont la prospans allait toujours croissant, il ne resque des décombres et un terrain dont les constructions qui le couvraient con:

stituaient presque toute la valeur,

Prieur, fiévreux, ajouta :

— Mais la caisse, les livres de comptabilité, a-t-on pu les sauver au moins ?

—On'n'a rien pu sauver.

Le caissier se dressa, comme mû par un ressort, et fit un geste de désespoir,

Son visage exprimait une stupeur 6.

pouvantée.

— Rien {... répéta.t-il d’une voix tel.

lement étrangiée qu’elle était à peine distincte,

—Alors le sinistre est encore plus 6bras et la ruine de la petite fille

u patron encore plus complète ! Ainsi le coffre-fort ?

— Est enfoui sous les décombres, répondit Daniel Savanne.

—Quel ma.'eur! mon Dieu ! quel malheur !

—Contenait-il donc une forte somme,

Fi la iortune liquide de M, Ver-

—Toute sa fortune :

—Oui. A l’exceptiou de quel. 8 mil.

liers de :rancs restés an Créüit i gonnais

pt tnt ar né

Ten sante

Vingt-cinq on vingt-six mille francs à peine. F

—Et la somme renfermée dans la caisse s'élevait à quel chiffre ?

— Au chifire cinq cent vingt-deux mille cinq cent vingt-sept francs quinse centimes,

—Est-ce bien possible ? :

—C'’est le chiffre exact,monsieur, Samedi soir, après avoir établi la balance de l’année, je remettais à mon patron les sommes encaissées dans la journée y compris deux cent cinquante mille francs touchés au ministère de la marine.

—Et vous êtes certain que Richard Vérnière avait enfermé tout cet argent dans sa caisse ? ;

—Devant moi, monsieur,

— Quelle heure était-il ?

—Sept heures du soir. .

—Mais c'était insensé de garder à l’usine une somme d’une aussi grande importance ! ANR

—M. Vernière ne pouvait agir autre.

ment, le dimanche et le lundi étant des jours fériés où le Crédit Lyonnais n’ouvrait point ses guichets..,C’est ce matin que mon cher patron devait aller ef.

fectuer sont dépôt. :

—Ilya dans cet enchaînement de circonstances une fatalité véritable !.… murmura le chef de la Sûreté,

Daniel réfléchissait. ë

Brusquement, après un silence, 11 demanda : *

« = Quelqu'un pouvait-il savoir que la caisse de M, Vernière contenait une pareille somme le dimanche 31 décembre et le lundi ler janvier ? ;

—Non, monsieur.....répondit Prieur, 16 patron seui, et moi, nous le savions.

—Vous en êtes bien sûr ?

—Oh ! parfaitement sûr, monsieur...

pe seul avec M. Vernière, quand je

ui ai rendu mes comptes de fin de l'an.

née, :

L'honnête caissier oubliait qu'en causant avec Claude Grivot il lui avait parlé d’une encaisse = de cinq cent mille francs,et qu’il lui avaïi rer's pour envelopper des pièces de dix francs, un der lequel se trouvaient dé-

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taillées les recettes et les payements de la journée.

—Postédiez. vous une double clef de la caisse ? reprit Daniel Savanne,

—Non, monsieur... il n'existait qu’u.

ne seule clef, celle du patron...elle fai.

sait partie du trousseau qu’il portait toujours sur lui,

—A:t-on fouillé les vêtements de M, Vernière ? demanda le juge d’instruction à l'inspecteur de Ja sûreté,

—Je ne puis vous dire, monsieur, ré.

pondit Berthaut.. ni moi, ni aucun de

mes agents nous n’avons été chargés de le faire,

—C'est un oubli très pardonnable en de pareilles circonstances... Montez à la chambre où repose le corps de Ri.

chard Vernière et visitez leg vêtements lApportes-moi tout ce que vous trouve.

res dans {es poches...

L’inspecteur disparut,

Prieur resta muet, écrasé,

+ Savanne et le chef de la Sûreté s’entretenaient à voix basse,

Berthaut revint,

Il spportsit un portefeuille et un trousseau de clefs qu’il déposa sur la table devant le juge d'instruction.

Daniel Savanne prit le trougsau et le présentant au caissier le pris de dési.

gner, parmi les clefs, celle du coffre.

tort.

Composait la somme en caisse ?

ui, monsieur, .,.., chsque soir je faisais en double un bordereau détaillé, et je remettais l’un des deux à M, Ver.

rière. ; Prieur tira de sa poche un carnet qu’-

il ouvrit et continua :

— Voici le bordereau inscrit samedi soir... Lisez, monsieur, iel jeta les yeux sur le bordereau donnant le détail des sommes représentées par des billets de banque de diffé.

rente valeur, par de l’or et des pièces de cent sous.

— Ceci cri d’une régularité parfaite

pondit le caissier,

dit M, Savanne après examen, veuillez signer ce bordereau et me le laisser,

Le ènissier détacha 1a feuille du car.

en la signa et la présenta à Daniel,

—Vous n'aviez pas mis en note les numéros de tous les billets de banque ?

reprit ce dernier,

— Non, monsieur...

long à faire pour de pareill semblait inutile à M, Verzière,

—Alors en supposant que la caisse n’ait point été forcée et que le chauffa.

ge à blanc ait réduit en cendres le bil.

let, ce qui est certain, nous devons trou.

ver soit en monnaie soit en lingots, l'é.

quivalent d’une somme de dix-huit mil.

le et quelque cent francs ?.., ui monsieur...

—N’y a a.t-il pas des coffres-fort incombustibles ?

—Je crois qu’il n'en existe aucun capable de résister dans une pareille four.

nalse......,

—J’ai la conviction, si le coffre-fort est intact, et il doit l’être, que nous trouverons uniquement des cendres et des lingots...

— Pourquoi supposez-vous que le cot.

fre doit être intact 7

— Parce qu’il est muni d’un secret déterminant une fermeture intérieure qui le rend inviolable..

—Alors, ne connaissant pas le se.

cret pour le forcer, 1 aurait fallu l’éven.

Tr eoce

—On n'aurait puen venir à bout qu'a.

vec une cartouche de dynamite...

—Ou en le sciant.........fit observer le chef de la Sûreté...

en ce moment à P bande qui procède sinsi avec une habileté surprenante,

—Cette bande est peut-être venue travailler ici... dit M. Savanne ; puis il demanda : Savez-vous de chez quel Constructeur en renom sortait ce coffre.

fort ?

—1l a été construit ici même, monsi.

eur, dans les ateliers de M, Vernière,ré.

Les __…

Magistrats tressäillirent, même pensée venait, en même

temps de lsur traverser l'esprit,

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