‹ La Fille de l'officier de Marine [microforme]Chapitre 3 sur 84 · CORTE. L · texte numérisé non relu

CORTE. L

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SECTEUR A QE EL ER ES ET Eee

erdae...—Dans tous les css,sielle a fauté autrefois, toutle monde s'accorde à dire que c'était une travailleuse intrépide et une bonne qui ne pensait qu’à son enfant !.. Et elle va mourir !... C'est tros souvent comme ça ! Les bons s’en vont et les mauvais restent | —-Qu’estce qu’elle ya devenir, la pauvre petite orpheline 7—Que je ne vous a tarde pas.— reprit le joueur d'orgue après un

silence, — moi j'ai encore un bon ruban de chemin à faire avant d'arriver à Asnières.— Salut, monsieur le docteur...

—Bonne chance, Magloire.

Le manchot, poussant le chariot qui

rtait son instrument, continua sa route, tandis que le médecin entrait dans l’allée de l'hôtel garni attenant au restaurant de la mère Aubin.

Le restaurant ot l’hôtel garni se trouvaient situés quai de Seine, à deux cents pas environ de l’écluse qui ferme le bassin sur les bords duquel s'élèvent à droite les immenses decks de Saint-Ouen, 6è à gauche une disaine d’usines, parmi lesquelles se voyait celle de l'ingénieur Richard Vernière, mécanicien eb constructeur pour la marine, dont nous ne tarderons pas à nous occuper d’une façon toute spéciale.

L'établissement de marchand e vins-restaurateur de ia mère Aubin était construit au fond d’une étroite plantée de maigres tilleuls, sous lesquels s'aliguaient en été de petites tables où venaiént s'asseoir pour pren‘ leurs repas les clients de la mais, presque tous ouvriers ou employés des

abriques voisines, et d'où ils jouissaient de la vue si pittoresque de la pointe verdoyante de l'île Saint-Denis et des vastes plaines de Gennevilliers soigneusement cultivées.

Un mur bas, que surmonte une grille de fer,entoure cette cour au fond de laquelle se trouve l'entrée de la grande salle rez-de-chaussée où, sur des tables en sapin garnies de toile cirée, étaient les couverts toujours dressés d’avance aux heures des repas — Quelques cabi.

ni À db

nets particuliers, baptisés du nom de salons de société, -flauquent cette salle à droite et à gauche.

Un escalier tournant conduit à la salle du premier étage et à d'autres cabinets réservés à la clientèle bourgeoise qu’attirent à certains juurs l’aftabilité de la patronne de la maison, sa cuisine très quand ille faut, et les bons vieux vins de Moulinà-Vent et de la Saint-Jacques, dont les bouteilles poudreuses sont l'honneur de sa cave,

La maison a quatre étages.

Le second, le troisième et le quatrième forment la partie occupée par l’hôtel garni. 7 :

Cette partie ocmporte vingt-deux chambres, toujours louées et même re.

tenues d’avance pour le cas où une vacance viendrait à se produire.

Une entrée et un escalier. partiou.

liers conduisent au second étage où commence l'hôtel garni.

Le docteur Bordet s'engagen dans cet escalier et arrivé au troisiéme étage se dirigea, en longeant un couloir étroit vers une porte sur laquelle 8e trouvait peint en noir le numéro 17

La clef était à la serrure.

Le médecin entra, après avoir frappé.

La chambre était de dimensions exiguës, ma bien éclairée par une large feuêtre donnant sur les champs qui bordent le parc de Saint-Ouen et s’6tendent depuis le quai de Seine jusqu’à l'avenue des Bastignolles,

Le mobilier, bien que modeste, était plus confortable que ne le sont babituellement les mobiliers d'hôtel garnis 4e la banlieue de Paris.

11 se composait d’un grand lit, d’une rommode, d’une table, de trois chaises, et d'un petit lit d'enfant, tout cela en ne état et d’une propreté irréprocha-

le.

Une globe un peu ternie complétait

l’ameublement, avec quelques patères auxquelles se trouvaient a0 és des vêtements bien usés, mais ne présentant aux regards ni une tache, ni une déchirure.

On voyait que la main patiente d’une femme avait minutieusement entretenu

| ces pauvres hardes.

Surla table, un verre, des fioles éti-

quetées, une cuillère d'étain, deux volumes ouverts : une grammaire etun ca-

téchisnre,

Devant la cheminée placée au milien du mur formant le fond de ia chambre un yetit poêle de fonte, dans lequel brûlait de la houille, rendait la température étouffante,

Une bouillotte plaine d’eau, posée sur le couvercle du poêle, faisait entendre un any grrr UE,

Quand la porte s’ou poussée pir le médecin, une petite fille de sept à huit ans, quittant la table auprès de laquelle - elle était assise et lisait, fit quelques pas à la renconte du nouveau venu, très doucement, en marchant sur la pointe des pieds.

— Ma petite raaman semble dormir, ‘ monsieur le docteur, —il ne faudrait peut-ête pas la réveiller.

Et de sa main délicate l'enfant désignait le lit sur lequel la pauvre Germaia ag le visage d’une pâleur d’ivoire, les yeux entourés d’un cerole bleuâtre, la poitrine sovlévée par une respiration courte et sifllante, reposait, les tempes baignées de sueur.

Sifaible, si volontairement éteinte que se fit la voix de la petite fille, elle fut entendue par sa mère.

Celle-ci eva lentement les paupières qui voilaient ses yeux enfiévrés, et tourna péniblement vers le milieu de la pièce.

—Non, ma chérie, je ne dors pas — dit-elle d’une voix brisée, de cette voix rauque des poitrinaires qui ‘ait mal à entendre.

Elle aperçut le médecin, et tendit vers lui ses mains tremblantes, décharnées, presque transparentes à forse de maigreur.

—Abh ! c’est vous, monsieur Bordet,-— baibutia-t-elle en s’interrompant après chaque mot pur reprendre haleine, — je suis bien heureuse de vous voir ce matin... 4 :

Le médesin s’approcha de lu malade et prit une des mains qu'elle lui tendait,

Il la trouva glacée, quoique la sueur inondât le visage,

— Ne m'attendiez-vous donc pas, mon enfant ?—- demanda-t-il aveo une intonation affectueuse.

— Vous êtes déjà venu si souvent, monsieur le docteur...— Il ya si longtemps que je ne quitte plus le lit .…— Un jour, vous vous Does

— Vous ne penses point ce que vous dites, ma chère dame, n'est-ce pas 1— Si voas le pensiez, ce sera trop mal...— répliqua le brave homme d’un ton de reproche— je ne cesserai de venir que lorsque vous serez guérie...

Sans répondre, Germaine poussa un long soupir.

Le docteur avait compté les pulsations de l'artère.

C’est à peine si elles étaient sensi.

bles sous ses doigts expérimentés,

Malgré lui, ses sourcils se froncèrent

Ce jeu de physionomie, don: il n’eut même pas conscience, n’échanpa zoint à la pauvre femme,

— Mon enfant— demanda-t-1l— avez-vous pris la potion que je vous ai prescrite hier matin ?..

Ce fut la petite fille qui répondit:

— Oui, monsieur le docteur.— Je suis allée ches le pharmacien avec votre ordonnance aussitôt que vous avez été parti, et j'ai donné à ma petite mère ce que vous aviez dit de lui faire prendre... une cuillerée toutes les A1OUTEB 000

Marthe avait des larmes dans la voix.

Marthe, la fule de cette Germaine dont nous avois entendu M, Bordet et le joueur d’orgue s'entretenir sur le quai de la Seine, avait juste sept ans et demi.

Mais elle paraissait enavoir réelle.

ment douze tant ses traits offraient d'expression.

Jamais visage enfantin plus animé, plus intelligent, plus doux, plus sympathique, n'avait pu charmer les re-

Grand pour son âge, frêle, nerveuse, d’une sensibilité excessive, Marthe était un type à part.

Ses yeux, tirés iobgs, d’une coupé 0riertale, noirs’ comme son abondante soyeuse chevelure naturellement ondée avaient des éclairs d’acier bruni

tt is

Sa icnomie — cette physionomie mobile qui semblait être déjà celie d’une femme— expritmait his a ar Vas volonté, et aussi quelque chose d'un peu bisarre, d'indéfinissable, que l'avenir devait sans doute expliquer.

Le docteur, profondément ému, la regarda aveo une sollicitude toute padir sn Bien, mon » eh 8 Aui

— vous êtes une te garde- malade modèle, Fe

Puis, sprès un silence, il ajouta:

—Reste-t-il encore un peu de cette potion ?

— Non, monsieur le d-cteur....— j'ai fait prendre la dernière cuillerée à petite mère à sept heures du matin...

Oui... — murmura Germaine.

— Elle n'a pas dormi, la chérie...

Elle m'a veillée toute la nuit comme une vraie sœur de charité, la pauvrette,

Un sangtot secoua la gorge de la ma.

lade et lui coups la parole,

Elle pleurait. :

e s’élança verselle et l'entourant de ses bras, s'écria eu pleurant aus.

si, —Qui donc pourrait te soigner mieux que moi, ma caère petite maman ?

docteur Bordet sentait l’émotior one r de lui en face de ce tabieau t, À

Germaine couvrait sa fille de baisers,

—Laisse reposer ta petite mère, ma chérie...fit le médecin en enlevant douy la petite fille à l’étreinte mater.

nelle,

Marthe, sanglotant, alla s’asseoir dans un coin de la chambre,

Germaine, alors, se souleva pour se rapprocher an peu du médecin qui se penchait vers elle.

—Docteur,— lui dit-elle d’une voix si basse qu’elle était à peine distincte, il faut que je vous parle... +

—Je vous écoute, ma chère enfant, — répondit M. Bordet en prenant une

Ép et el s’asseyant tout près du

La malade continua :

— Il faut que je vous parle sans que ma fille soit 1à.....— Trouvez donc ;n prétexte pour l’éloigrer pendant quel.

ques instants, je vous en prie, .

Le docteur fit de la tête un signe d’ao quiescement st quitta son siège pour s'approcher de la table,

—Ma petite Marthe, donne-moi de quoi écrire une ordonnance,— ditil à l'enfant, qui s’essuys et s’empressa d'o.

béir en plagant sur la table une bouteil.

le d’encore, Me enr et du papier.

M. Bordet rédigea ses prescriptions, puls présentant la feziile de papier à la petite fille, il 2jouca :

Tu vas, ma chère mignone, aller chez le pharmacien €e Saint-Ouen et tu le

rièras de-préparer le médicament que

e vions de prescrire...….—Tu atten qu’il l’ait composé et tu le rapporteras, —Je resterai ici jusqu’à ton retour afin ue ta mère ne se trouve pas soule pent ton absence...

Elle prit l'ordonnance avec un eabar.

ras manifeste et tourna vers sa mère un D pd d’ane douloureuse éloquencs,

bon docteur en comprit le sens,

—Tu n’as pas besoin d'argent, — lui dit-il tout bas. — Va... on to donnora le

‘médicament et sans te rien demander, is à haute voix :

uvre-toi bien...—il fait très chaud ici et très froid dehors...—As-tu mangé "Risus 0 Maithe »° visage e s’empourpra,

—P4as encore, monsieur le docteur...

—répondit-elle.

—Æbh bien ! descend ches catte bonne Mme Aubin, et prie-là de ma part de te

prendre ua plein bol de sou meil.

leur bouillon... Ensuite, tu irac chez le pharmacien... sh

Marthe murmura quelques paroles in.

distinctes de remerciement et inclina la.

tête pous cacher ses larmes.

Elle était bien trop intelligente pour ne pas comp la pensée si délicate.

du docteur, F

Sur ses épaules ellejeia un vieux shäle de laine, elle couvritss tête d'une chaude capeline, et sortit de la cham.

bre après avoir embrassé sa mère et a.

dressé au médecin un regard chargé de gratitude,

H 4 1 1° Li: ve 2 LT à rmaine avait hôte de ls soir ss

— Maintenant— fit-elle en se. soule:

vant sur se, oreillers pour s’installe, ment fermesls porteà cles

mi 19

je vous prie, monsieur Bordet, afin que Personne ne puisse interrompre l’entretien que vous voulez bien m'accorder..

médecin s'empressa de faire ce que demandait la malade et vint re. prendre sa place sur la chaise placée près du lit,

Alors, Germaine commença d'une voix brève, saccadée, que coupaient des étouffements et des accès de toux:

- Docteur, je vais vous demander de me dire la vérité, la vérité tout entière, sans restriction, sans crainte de m’ef.

frayer...., je suis prête à tout enten.

dre, et je m'attends à tout... J'ai be.

soin de savoir combien il me reste de temps à vivre et si je dois a y sur des jours ou seulement sar des eures, M, Bordet voulait protester, ermaine ne lui en laissa pas le temps,

Je ne me fais aucune illusion sur mon état, — poursuivit.elle,— je sais bien que je suis perdue sans ressources, condamnée sansjappel...…..

— Mon enfant, murmura le méde.

— Oh ! je vous en supplie, ne m'#terrompes pas !— Mes moments sont comptés, je vous répète que js le sais. .

— La mort ne me fait pas peur... j'ai eu trop de désillusions, de chagrins, de souffrances pour tenir à la vie, et je se.

rais heureuse de mourir, oui, bien heureuse, je vous le jure, si j'étais seule...

— Mais j'ai ma fille... ma chère petite Marthe, .., C'est à elle que je pense C’est pour elle que je m'inquiète, ..., — Dans trois jours, dans deux jours; demain, ce soir peut-être, je ne serai plus là, et mon enfant restera seule : abandonnée dans ce monde, sans paren$s, sans amis, sans soutien iébsstag — Voilà ce qui m'épouvante.….….. Je L6 Connais rien aux lois, ... Il faut que VOUS s0yez assez bon pour me rensei.

guer, pour m'éclairer,..— Moi morte, que deviendra ma fille ?

. M. Bordet comprit qu'il ne devait rien cacher d: la situation véritable de la pauvre mère prête à s’envoler vers l’au-delà.

Il cessait d’être médecin pci deve-

; s, Fi

air un ami, un conseiller n’ayant pas le droit de marchander la vérité à la pauvre créature qui s'adressa à lui.

Néanmoins il voulut, avant toutes choses, essayer de la consoler, de lui rendre un peu d’espoir.

—Votre état, ma chère enfant— lui dit-il, —n’est point aussi désespéré que vous paraisses le croire...

Germaine lui coupa la parole :

—N'essayez pas de m’induire en er.

rour,—ft-elle, et de raviver en moi une espérance trompeuse.— Je ne vous croirais PAS... C’est la fin..….…...1la fin gr er Répondez-moi donc 1...

ne fcis que je serai couchée dans mon cronsil quel sort est réservé à l’orphe.

Le médecin hésitait,

—0h ! parles, docteur, parles vite 1— reprit Gérmaine,— que je meure au moins tranquille, avec la certitude que les lois de mon pays donneront une pro.

tection à ma fille...

— Mais, avant de faire appel aux lois,— hasarda le docteur,— ne pour.

rait-elle réclamer la protection, l'appui de son père. AT 0,

La mourante sentit des sanglots gonfler sa poitrine,

— Mon enfant n’a plus de père...

balbutia-t-elle en couvrant son visage de ses mains amaigries,

—0Oh1 l’infâme qui m'a trahie, aban.

donnée lâchement ! après m'avoir for.

cé à quitter ma mère,

Après un silence le docteur reprit :

—Mais vous avez une famille, vous ?

—Quand je suis partie, répondit Ger.

maine,—je n’avais plus que ma mère...

Ma mère que j'ai abandonnée pour sui.

vre le traître, —je ne l’ai jamais revue...

be si elle est vivante encore...

auvre mère.......-t-elle pu survivre à ma désobeissance et à mon abandon 1!

—Aiusi, pas un parent,

—Pas un parent, pas un ami, pas un soutien, je rous lai dit... seule, seule au monde... comme le sera

ma fille... ah | c'est une histoire bien triste, bien lamentable que la mienne..allez, docteur, ...

Les sanglots que la mourante avait pu comprimer jusqu’à ce moment éclatè-

rent, secouant sa peinine qui semblait

un moment de se briser,

—Calmesz-vons, calmez-vous, ma pauvre enfant, — lui dit M. Bordet en lui prenant les mains,— et cherchons ensemble s'il existe quelque moyen de vous faire voir l'avenir moins sombre...

—Vous ignoresz si votre mère est vivante ençore, mais en voyant une enfant innocente, un petit ange comme Marthe, qui est une partie de sa i et de son sang, comment pourrait-elle ne point pardonner !

—Non,— r#épliqua Germaine d’une voix sourde,—elle ne pardonnerzit pas, car je ne mérite pas de pardon.

Le cœur d'une mère recèle des trésors d’indulgence,

—Je ne mérite pas de pardon,— répéta la mourante,

—Mais,— demanda le docteur,— le père de votre enfant...— il existe... Ne vous êtes-vous jamais adressé à lui ?

—Comment l’aurais-je fait ?— Je ne sais pas où il se trouve,

—Mais au moins vous savez son nom.

—]] se nomme Gabriel Savanne,

Germaine semblait épuisée.

Elle ferma les yeux et sa tête livide retomba sur les oreillers,

Le docteur s’empressa de lui faire respirer des sels.

Ce n’était point un évanouissement, mais une syncope causée par la fâtigue.

Elle reprit presque aussitôt possession d'elle-même.

M, Bordet ne pouvait se désintéresser de la situation efiroyable dans laquelle se trouvait la pauvre jeune femme,

Son cœur était trop généreux, son àme trop haute qu'il ne considérât 2 comme un devoir d'apporter un peu

e soulagement à ses peines au moment où elle allait m et de chercher à protéger sa petite e contre l'isolement qui is menagait,

—Voyons, mon enfant—lui dit-il d’une voix douce et persuasive......— vous

avez eu confiance en mOi... VOUS MO demandes conseil.— Ecoutes-moi done,

.Je comprends toutes vos craintes, mais

elles peuvent n'être point fondées... — Vous pouvez vous abuser sur les senti. ments de votre mère, aussi bien que sur ceux du père de votre fille.— Si: je prenais l’engagement de chercher à les retrouver l’un et l’autre, et je les re.

trouverai, je vous l’afbrme..…. avec de la volonté et de la patience on vient à bout de tout... Si je vous jurais d'obtenir d’eux aide et aflection pour votre enfant, vous serez heureuse, n’est.

ce pas, en-songeant que Marthe peut ol le bonheur, et si Dieu vous appelle à lui, vous lui porterez une âme sllégée des angoisses qui vous torturent *e moment ?...

Oh ! OU... 0 murmura Germai.

ne,

—£h bien ! éclairez-moi.. Guides.

MmoOl.

—Je ne demande pas mieux...

— Germaine est un prénom... Vous avez un nom de famille ?.,..

—Oui, mais ce nom je ne l'ai jamais

rté depuis que j'ai quitté ma mère...

je ne l’ai jamais fait connaître à person- Des J'AVAis honte de ma fau.

—Il est indispensable que je le. connaisse, moi, pour pouvoir opérer des recherches.

—Je m’appelle Germaine Sollier,

—Germaine Sollier...— répéta le médeoin,—je ne l'oublierai pas.—Et quand vous ayez abandonné votre mère pour suivre Savanne, où demeuriez-vous ?

— À Paris.

—AÀ Paris ?

—Oui, docteur.—Je vais tout vous di.

re, et puisse ma confession vous mettre à même de trouver un soutien pour mon enfant.

—Parles lentement et parlez bas— Ne vous fatigues PAS. Je vous écoute,

Les gens qui meurent de la poitrine conservent jusqu’à leur dernier soupir.

on le sait,— une force de volonté, ane netteté d'intelligence qui leur permet.

tent d'exprimer avec une lucidité parfaite leurs ultimes pensées, leurs im.

pressions suprômes,

Le plus souvent ils

eu te

meurent en plei- La malade dont la voix faiblissait, es, une flamme s’interrompit dar reprendre huleine,

ne possession d’eux-.

de vie au fond des prunelle partent pour le

Le docteur Borde passiôn et r'«r le t

F, Au mo- | ;: Le docteur grand voyage | sement,

t, guidé parla com. —Ce futen 1883

rdet l'écoutait religieu.

Elle continua :

vif désir d'être u. Possession de sa place... — J'avais dix.

orpheline, savait sept ans.et demi,,, .—Je finissais mon

gue deysnt résul. apprentissage,

tile à l'enfa..b bientôt à merveille que la futi ter pour Germaine de lait sa confession ne la mort de sa malad Celle-ci respira lon

ce qu'elle sppepouvait que hâter

guement, cher.

flle dans sa poitri.

et commença

— Nous étions pauvres.........très pau-

—Mon père était

u.— Ma mère, Pour augmenter nos humbles ressour.

ces, faisait des ménag

# En 1878, mon

€ pour nous. —

sespoir fut immense.

pauvre mère, si

86 demanda non sans épouvante

douse ans qu’il fallait

t quine pouvait l'ai.

la recommandation d'un ti.

t du quartier ma mèr- ob.

8e au numéro 57 bis de la rue de Mi il

c'étais passer de la misère à l’aisance, le chauffage, l'éc tements fixes et les étre qui représentaient

breux, et, sino bien fa du moins minutieux,” mt

“ Nous étions heureuses ainsi, ét si le souvenir de mon père restait vivant en NOUS, nous n’avions plus à souffrir Nae turellement de son à ence,

“ Hélas ! ce bonheur ne dura que deux ans à peine.—I] s'écroula et ce fut par ma faute.

“ J'avais dix-neuf ans Passés et dans la rue de Miromesnil, on disait que j'é.

tais jolie...

“ Que n'étais.je laide, mon Dieu : La

idéur aurait été Pour moi le plus pré.

cieux des biens... ma sauv. e...

—Laide, ou du moins insiguifiante, =:

‘ sant inaperçue, personne n'aurait pen.

#6 à me tromper, à me perdre...

e s’interrompit de nouveau, secouée par un frisson que provoquaient de cruels souvenirs,

Mais elle avait résolu d’aller jusqu’au bout et elle reprit d’une voix brisée par l’émation,

rentés, mais le regard qu'il fixait sur moi exprimait toute autre chose que de l'indifférence...

| “ À partir de ce jour ses visites à son

ami devinrent plus fréquentes et jamais il ne manquait d'entrer dans la loge

quand il m'y voyait seule.

4 La suite, vous la devinez...

me dit qu'il m'aimait ........, j'eus la fai. blesse, j'eus la folie de le croire, sans m’inquiéter de l'avenir.

“ Sa voix me charmait..……....ses paroles d’amour me grisaient..……

4 Quand il était là, quand il me par- :

lait, rien n'existait plus pour moi que lui.........je n’avais pie ni volonté, ni conscience....…....)je l’aimais.

“ Je savais, —il me l'avait dit aussi, —

qu'il était détaché au ministère de la

marine avec un emploi...

“ Un jour il m'apprit qu'il lui fallait quitter le ministère et retourner à Toulon où l’appelaient ses devoirs militai.

res.—Cette nouvelle me donna un si terrible coup que je crus que j'allais

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