‹ La Fille de l'officier de Marine [microforme]Chapitre 44 sur 84 · AS · texte numérisé non relu

AS

; —J'en protiterai sans en abuser ! Je suis devenu sage !

O'Brien, nous le savons. avait jusqu'à ce moment refusé de croire que Robert Vernière fut l’assassin de son frère, et la manière de voir à cet égard du baron Guillaume Schwartz lui semblait absurde.

Un brusque revirement s’opéra dans ses idées,

Louche l’attitude désolée, le ton larmoyant de Robert, dont le visage st'ait l'hypocrisie,

s’étonna que l’ancien espion à la solde de la Prusse fût revenu si vite à Paris, et surtout qu’il fit réédifier l’usine pour en prendre la direction,

Hobert, il est vrai, avait ajouté que, si cette réédification était possible, ü le devait aux libéralités de sa femme.

Malgréjtout, un vague soupçon s'éveillait danse l’esprit du magnétiseur,

—Est.ce que cet animal de Schwartz aurait deviné juste ?......se demandait-il fort irrévérencieusement,

—Cher monsieur Vernière... reprit-il en faisant asseoir le nouveau venu et en s'asseyant lui-même... à quel motif dois-je attribuer le plaisir de vous ra après en avoir été si longtemps privé, —Je viens vous demander un renseignement:

—Si je puis vous le donner, je serai heureux de le faire.

—Promettez-moi d'abord de me répondre avec une entière franchise,

—Je vous le promets bien volontiers

— Même s’il s’agissait d’un de vos secrets professionnels ?

O'Brien fit une légère grimace,

—Dans ce cas...répondit-il... vous deves comprendre qu’il m'est impossible de m'engager à la légère,

—N'équivoquons point...je n’entends parler, ni des secrets de votre pensée, ni de ceux de votre conscience, mais de

ceux de la science dont vous êtes un des maîtres.

L'Américain regarda Robert avee 6tonnement.

—Expliques-vous mieux, répliqua-t-il je ne comprends pas. .

—Je vais m'expliquer, Qu'y at-il de vrai dans le magnétisme, dans le som.

nambulisme, dans l’hypnotisme ?

— Etrange question ! Tout est vrai ou tout est faux... Vrai, si l’on a affaire à un adepte savant eb congciencieux,....ee Faux, si l’on 8e trouve en présence d'un banquiste.

—Qu'est-ce que le magnétisme appli.

qué au somnambulisme ?

—Tout simplement l'influence du mo.

ral sur le physique... Vous ne voue lez pas, je suppose, que je vous fasse une conférence à ce sujet ?.. Ce serait trop long... Sachez seulement que l'influence dant je parle peut s’exercer particulièrement sur les sujets nerveux, sur les névropathes, car le système ner.

veux est le facteur obligé de l’hypnose qui, quel de goit le procédé employé pour la déterminer agit directement sur ce système.

“ L’hypnotisme et ie somnambulisme, appliqués à la médecine ont fait des cu.

res trop erveilleuses pour queimême les incrédules les plus endurcis osent les nier aujourd'hui...

—Ce n’est pas du somnambulisme ap.

pliqué à la médecine que je,veux vous parler interrompit Robert,

—C’est de la double vue du sujet an dormi, alors ?

0 —Oui,

__—. biens... Précisez votre pengée, —Le sujet endormi par vous du s0mmeil magnétique, à qui vous diries :‘ Je veux savoir ce qui s’est passé, tel jour, à telle heure, à tel endroit ’ peut-il vous répondre ?...

O’Brien regarda Robert en souri-

ant.

—Ah ! fit-il, nous entrons ici dans le magnétisme à la Cagliostro...

—Répondez-moi. !

Eh bien ! je vous répondrai : “oui” à la condition soit d’endormir le sujet.

dans l'endroit même où les faits se s0nû

passés, soit de le mettre en rapport direct avec la personne dont on veut connaître les agissements...

—Comment établir ce rapport ?

—En plaçant dans la main du sujet un objet ayant appartenu à cette per.

sonne.

Tout en disant ce qui précède,0'Brien rivait ses yeux sur le visage de Robert dont la persistance à l'interroger faisait grandir ses soupçons.

—Ainsi reprit avec fièvre le frère de Richard,un criminel aurait perdu un ob.

jet quelconque sur le théâtre de son cri.

me votre sujet ayant cet objet dans les mains pourrait pendant sle sommeil magnétique, désigner l'homme;à qui appartenait l’objet ?..

—Et même reconstruire de point en point la scène du crime; oui, cent fois oui !

—C’est votre conviction !

Plus que ma conviction, mu certitude

: basée sur mon expérience personnelle et

sur des faits indiscutables. J’ajouterai que pour obtenir ces résultats il faut que l’opérateur dispose d’un sujet extra lucide et soit doué, comme je le suis, d’une puissance magnétique irrésistible,deux choses qui se rencontrent bien rarement ensemble...

Robert, terrassé par l’épouvante, était devenu livide,

Il épongea son front avec son mouchoir en balbutiant,

—Alors si aujourd’hui, dans une houre, on venait vous présenter un: objet oublié sur le théâtre d’un crime par le criminel, cet homme serait à votre mer-

—Sans nul doute, mais vous savez que si le science marche à pas de géants, la justice marche à pas de tortue.

Pour elle, les révélations d’une somnambule ne sont point probantes..,

—Dans certains cas elle pourrait les admettre...

—Peus-être... mais ajouta O’Brien en souriant, puisque vous m’aves demandé et puisque je vous ai promis une entière franchise, j'ajouterai, que le criminel n’aurait pas d’chose à craindre, sinon de la police ot do la justice, du moins de Îa science mag..étique,

—Pourquoi cela ?

— Parce que toutes les somnambules, soi-disant lucides, qui se trouvent en ce moment ches mes confrères à Paris, ne répondraient pas si on les interrogeait ou répondraient des niaiseries, n'étant lucides que sur les affiches,

—Ce qui veut dire que vos confrères?

—Sont des charlatans qui vivent de la crédulité des badauds,

. —Mais, si on venait ici, chez vous ?

—Ce serait juste la même chose.

— Vous n'êtes point un charlatan, cependant ?

—Certes,non !....Seulement, je vous le répète, pour obtenir les résultats dont vous parlez, il faut un opérateur doué d’une puissance magr tique de premier ordre, et un sujet vraiment lucide. L'opérateur existe, c'est moi,le sujet manque.

—Ainsi, votre somnambule ?

—£va Mariani.....s.se une belle fille, tres intelligente, qui joue son rôle avec une perfection rare, et me donne la ré.

plique en grande comédienne, mais sur qui le fluide magnétique n’a que fort peu de prise, N’ayez donc aucune crainte pour votre sécurité,

O’Brien appuya avec attention sur ces derniers mots.

Robert fut secoué par un frisson.

—Ma sécurité ! répéta-t-il d’une voix tremblante, comprenant que dans sa terreur, :1 s'était livré à l'Américain... Que supposes-vous donc,

—Je ne suppose pas, je suis sûr! Me prenes-vous pour un niais ? L'objet égae ré sur le tieu d’un crime que veus craignez de voir évoquer, c'est vous qui l’avez perdu, à l’usine de Saint-Ouen, dans la nuit du ler au 2 janvier, :

—Taisez-vous...….Taises-vous..……. bé:

gaya le fratricide tremblant de tout BON COrps.

—Ne craignes rien, on ne peut m’en-

tendre.

—Vous vous méprenés, je le jure,

Le magnétiseur haussa les épaules,

—Ne vous donnes pas la Le de DiePscosces se dit-il ENSUITE.. 00 SerAiONt paroles ues....... En voulez-vous la preuve 0000000 Vous étiez à Earis FC puis le 28 décembre dernier, complo.

somnambules, trouvent en rères à Paris, es interrogeait eries, n'étant 1: À

vos confrères?

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e chez vous ?

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je le jure.

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er, complo.

tant votre petite affaire......Le mardi ler janvier, à six heures et quart du soir, vous avez pris à la gare du Nord un ticket de premiere classe pour Berlin, feignant ainsi un départ pour vous créer un alibi,

De la gare vous alliez à l’usine d’où après avoir mené à bien votre jolie bes0gne, vous gagpies un autre train qui vous conduisait à Berlin, où vous arriviez le lendemain soir.

Robert était anéanti.

O'Brien, un sourire railleur aux lèvres poursuivit :

— Vous voyez que tout est connu, de.

puis alpha jusqu’à oméga.

—Mais, balbutia le fratricide ne son.

geant même plus à nier, comment avezvous su ?

—L'occasion serait belle, n’est-ce pas, pour vous répondre qu’une voyante m'a tout révélé..…...et je vous défierais de ne pas le croire...,Mais à quoi me servirait de faire du charlatanisme avec vous comme avec les badauds parisiens? J'aime mieux vous montrer le fond du sac. Vous étiez filé, mon cher !

—Filé !

—Et de très près.

—Par qui ?

—Par les informateurs de l’ambassade d'Allemagne,

Robert poussa une sourde exclamati-

on,

Il tremblait de tout son corps.

—Je vous!ai défendu de mon mieux, continua l'Américain.

—Vous m'avez défendu vous ?

—Moi-même... Il y a un mois, j'avais encore des attaches avec le bureau de renseignement de l'ambassade, comme de votre temps à Berlin...

—Mais puisqu'on sait tout, je suis perdu ! s’cria Robert, s’oubliant entièrement. +

—Non, car j'ai si adroitement plaidé votre cause que j'ai amené le baron Guillaume Schwartz à douter contre l’évidence, mais vous vous perdrez infailliblement vous-même,si vous ne redevenez pas maître de vous, si vous montrez ent en ce moment un visage boule- Yorsé :

Grâce à moi, les soupçons de l’attaché

spécial sont fortement, ébraniés, presque détruits ...,. il est à peu près convainou qu'ils ont fait fausse route ss Mais défiez.vous toujours tenez.

vous sur vos pr et souvenez-yous que le baron de Schwartz, animé d’un beau sèle, cherchera toutes les occasions de vous perdre...

Or, quand on cherche bien on trouve...

—Mais qu’a-t-il donc contre moi, ce baron Schwartz ?

—Contre vous personnellement, rien, C’est son patriotisme qui le guide, il est convaincu qu'en vor: perdant il serait utile à son pays,

—Utile en quoi ?

—Là-bas, au Grand Etat-Major, ils ont peur de vous.

—A quel propos ?

—1ls croient, à tort ou à raison, que vous avez surpris quelques-uns des 8ecrets de leurs armements et ils craignent que vous ne livries ces secrets à la France, si le ministre de la guerre ou celui de la marins vous en offraient un

prix,

kobert fit un geste de dénégation.

O’'Brien poursuivit :

—En vous parlant ainsi je vous montre clairement que je suis resté votre ami, n'est-ce pas ? et que je tiens à ce que rien de fâcheux ne vous arrive ?..

Pourquoi ?...... Peut-être parce que j’exècre la Prusse......pour d’autres mo.

tifs encore peut-être... l'essentiel est que vous sachies bien que je ne vous trahirai pas....., Vous êtes audacieux, gomme moi....C0MME MOÏi sans SCrue pules....comme moi ne reculant de.

vant rien....vela crée un lien entre NOUS... Avant qu’un temps bien long se soit écoulé, je quitterai Paris et la france pour aller tonter la fortune dans les grandes villes d'Europe, mais d’ici à mon départ comptez entièrement sur moi,

—Comme vous pouvez compter sur moi !.… dit Robert en serrant la main du magnétiseur. Mais, malgré tout, j’ai peur encore...

—Que craignes-vous plus particulière.

ment —L'objet laissé par moi à mon insu,

entre les mains d’une femme contre la- {hélle j'ai lutté, m’accusera toujours æt peut u® jour devenir une pièce à cons viction éwrasante,...…

—Quel est cet objet ?

—Une breloque détachée de ma chaine de montre et formant cachet,

—Avec vos initiales, peut-être ?...

—Non, pas les miennes...celle du premier mari de ma femme,

—Ah diable 1, cette breloque a-t-elle été remise au juge d'instructi-

—Oui, mais il déclare qu’elle ne le met aur aucune piste...

—Que vous importe, alors 7...

En ce moment on frappa deux coups à la porte du petit salon,

Etre dit O'Brien.

Le Poméranien ouvrit la porte et franchit le seuil.

—Deux heures sont sonnées, monsieur le docteur,fit:il, et il y a en bas dans la salle d'attente bon nombre e personnes quis’impatientent..entre autres une vieille aveugle conduite par une petite fille d’une huitaine d'années... Elle est arrivée la première et je lui ai donné le numéro U,oocce

Robert tressaillit.

, Ce tressaillement, si fuble qu'il fût, n'échappa point au magnétiseur,

Mie Mariani est-elle dans le cabinet des consultations | FPE demanda-t-il.

—Qui, docteur...

C'est bien... J'y vais,

Le Poméranien se retira

—Ls femme contre qui vous avez lutté pendant la nuit du ler au 2 janvier, c'est cette vieille aveugle, n’est-ce pas reprit O’Brien, en s'adressant à Kobert,

—C'est elle | oui, c'est elle 1 s’écria celui-ci.

Le juge d'instruction lui a laissé entre les mains le bijou qu'elle m’a arraché du”. la lutte et aven lequel elle veut can. ‘er une somnamiule...

Vins sing mulle firves comp.

PR nn rm mme eme @œ

—Oui, et cinquante mille si cette femme est mise à jamais hors de me nuire !..

—Ah ! ça, mais c'est tout bonnement un acte de complicité que vous me de.

mandes !....... dit O’Brien avec ls plus grand calme,

—C'est le salut que je réclame de vous |

—Je ferai ce qui dépendra de MOL,,6000

—4ttendes la fin de la consultati.

on...

—Cette consultation, ne puis-je l’entendre ?

—Vous le pouvez en restant ici et en écoutant à cette porte, répliqua le ma.

gnétiseur en désignant l’huis qui laissait communiquer son cabinet avec la salle des consultations magnét'ques, et que rocouvrait une lourde portière de tapisserie, mais pas un mouvement, pas un soufile qui puisse trahir votre présen.

ce... ajouta-t-il, en soulevant la porti-

re,

Il cuvrit le porte, qu’il eut soin de ne point refermer hermétiquement, et il entra dans la salle où se trouvait déjà Mlle Eva Mariani prôte à la petite comédie quotidienne dans laquelle nous savons qu'elle excellait,

Robert, souleva la lourde portière de tapisserie, et se glissa entre elle et la porte, frissonnant, l'oreille au guet, le cœur serré comme dans un étau, les on.

gles de ses doigts crispés s’incrustant dans les paumes de ces mains,

Au début de ce ;5ci: nos avons décrit la salle des cor: 111*2 1: 1« du docteur 0’Brien.

Nous n’y revieudruus pas,

Son aspect, on doit s’en souvenir, était étrange et saisissant.

Outre le fauteuil placé sur l’estrade et où s’assayait la prétendue voyante pour rendre ses oracles, des sièges asses nom.

breux étaient destinés aux clients Sur une table disposée à cet effet auprès PEN se trouvaient différents obje L ve Une lampe au magnésium dont la tige

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