‹ La Fille de l'officier de Marine [microforme]Chapitre 5 sur 84 · ME · texte numérisé non relu

ME

—Pourriez-vous me donner l'adresse de sa nouvelle demeure ?-—-demanda.t-il d’une voix affermie.

—(a serait avec plaisir, mais pour cela il faudrait la connaître, et je ne la

* __ J’ignore ce qu'est devenue la veuve Sollier.— J’ai entendu vaguement parler d'elle, à cause. de sa fille, une jeunesse, paraît-il, qui a mal tourné et pris la poudre d’escampette avec un galant, gs se voit tous les jours,ces choses-là...

ulement, ici, la maison étant sévérement tenue, a fait scandale... ,,,— Moi, Le suis titulaire de loge que depuis de

UX ADS, L'officier semblait anéanti,

—Et-—balbutiat.il—vous n'en savez

plus sur la fille que sur la mère 1...

Ph non ! monsieur... Comment.

voulez-vous ? Elle doit être loin, si elle:

court toujours !

—Avez-vous, dans votre maison, des locataires qui y demeuraient déjà il y P huit ans ? reprit le marin.

—Pas un seul...le plus ancien locatai.

* . re date de trois ans.

Le visiteur resta pensif,- en proie à une émotion violente qu’il n’était pas en son pouvoir de dissimuler.

Deux grosses larmes coulèrent sur ses joues couleur de bronze;

—Je vous remercie, monsieur,— fit-il

‘ enfin en glissant une pièce de dix francs

dans la main du concierge qu'il venait

d'interroger.

Puis il sortit.

—Rien ! encore rien !— murmura-t.il avec un geste t son Ur&=

gement profond.— Il faut cependant que je les retrouve... 1l faut que je sa.

che ce qu’elles sont devenues.

Il consulta sa montre.

Elle indiquait does tr après midi,

—Rue du Faubourg Saint Honoré, numéro 228...—dit-il au cocher en remontant en voiture.

D. . prétinirlonenlier qu proue

. marche par des tincelantes.

‘des àppointementset par les

re rattachés à chaque ottes de cuivre é-

moquette

* À droite de l'entrée, scellée au mur, une grande plaque de rôle émaillée, af.

fectant la forme d’un bouclier, portait enlettres dorées l'inscription suivan-

“ Office général et central de rensei.

# gnements ?”?

‘Renseignements intimes, confidentiels, “ privés et commerciaux ?’

we Recherches dans l'intérêt des famil- ‘ les

# Enquêtes pour nominations de con- ‘“ seils judicaires et interdictions ” ‘Renseignements pour mariages et pour ‘ divorces ”

“ Surveillances quotitiennes ?’

4 Personnel de tout premier ordre ”

“ Honorabilité indiscutabie Aptitudes “ spéciales ”

‘ Discrétion à toute épréuve ” “ Bureaux et Cabinet au premier étaç ge. »2

Le directeur-propriétaire de cette officine où s’étaient succédé bien des laintes, bien des douleurs, bien des es, où s'étaieut échafandés bien des complots, où s'étaient soulevés les voiles de bien des mystères et divulgués bien des secrets de famille que les in.

téressés avaient tout lieu de croire impénétrables, où s'étaient cuisinées moyge des rene plus “2 moins 10re petites et de grandes infamies, pe cnaleut disons-nuus— Nestor

Fauvette, était un ancien inspecteur de

la sûreté.

N6 policier comme d’autres naissent artistes où commerçants, Nestor Fauvette avait fait partie pendant dix ans du service des agents secrets aux gages de la Préfecture qui, tout en appréciant ses talents ‘et son zèle, s'était trouvée hors d'état de les payer le haut prix au.

quel il les tenait lui-même, .

Doublement écœuré par l'insuffisance droits À der prétendait-il,— se faisnient quotidiennement autour de lui, Nestor

se lassa de La boite et il eut l’idée— renouvelée d'ailleurs de Vidocq— de travailler à son compte pour les particuliers et, à ce métier, des’enrichir,

A la Préfecture de la police Fauvette He été à la meilleure de toutes les 6coe8.

Il connaissait mieux que personne le fonctionnement de la grande administration que l’Europe nous envie— quelquefois, souvent même—mais pas toujours. -

llen avait étudié les plus petits rouages, et il savait par le menu comment on peut adroitement feuilleter les arcanes les plus mystérieuses, les plus impénétrables en apparence de la vie privée.

Naturelleraent, il avait hâte de mettre à profit, pour son propre compte, ses longues études.

Un petit héritage faisant tomber dans sa poche une quarantaine de mille francs lui permit de donner sa démission.

Elle fut acceptée —non sans regrets

: ls sûreté perdant en lui un de ses inspecteurs les plus sérieux et les plus habiles.

Il avait alors trente-cinq ans.

Fauvette s’empressa de mettre à exéoution le projet qu’il avait conçu.

11 n’hésita pas à louer à long bail le bel appartement du faubourg Saint- Honoré, fit agencer luxueusement ses bureaux, ne ménageant point les fonds de son héritage, recruta des employés.

parmi les agents de la préfecture qu'il avait eus sous ses ordres et qu’il ap.

pointa de façon très large.

Ainsi outillé, il lança des prospectus et il attendit la clientèle,

Elle ne se fit pas attendre.

‘Elle vint, plus vite et plus nombreuse que Fauvettte n'aurait os6 lui-même l’espérer.

On le connaissait de réputation, il

avait fait ses épreuves ;— On pouvait sans hésitation se fier à son adresse et— ‘vroyait-on— à son honnêteté,

St

Les premières affaires dont on le chargea furent menées par lui de main de maître et les heureux résultats obtenus rémunérés de façon très large.

Partout, en province, Fauvette avait des correspondants choisis parmi les

empluyés des préfectures, des mairies, «

des justices de paix, Dans ies villages les gardes champétres étaient à sa dévotion, :

Payant généreusement, il était bien

servi.

Depuis huit ans déjà son agence fonctionnait avec un succès grandissant, et la fortune de Fauvette grandisssit dans les mêmes proportions que le succès, dont elle suivait la marche ascendante, ; Les bureaux de l’Agence générale et centrale de renseignements étaient ins. .

llés sur un grand pied,—Ils égalaient ‘8i même ils ne le dépassaient, le confor-

- table d’une étude de notaire très riche.

Un vestibule où trônait une façon pers un salon d'attente garni de

ges amplement capitonnés ; une vaste pièce où trazaillaient les employés et dont les murailles disparaissaient sous des casiers garnis de cartons dûment étiquetés,

Au fond de cette pièce une double que à deux vantaux donnait accès ù le cabinet,du patron. :

Ce cabinet était meublé d’une façon

tout à la fois sévère et élégante, orné de

bronses et de tableaux de maîtres, t6moignant des goûts artistiques de l’ancien inspecteur de la sûreté.

Une bibliothéque en ébène à filets de cuivre renfermait des ouvrages de jurisprudence et tous les romans judiciaires publiés depuis vingt-cinq ou trente ans.

Notre Fauvette trouvait dans ‘leur lecture à la fois plaisir et profit,

—Ces romanciers sont très malinsi— se disait-il..Plusieuré d’entre eux auraient été des policiers de premier or.

dre !...—Ils ont bien souvent des idées -

qui nous servent beaucoup !

Un grand bureau-ministre, en ébène à filets de cuivre 6omme la- bibliothè.

que, était surchargé de papiers, de dossiers, de journaux et de notes.

Derière.ce bureau, ie fautouii mony-

mental du' maître, flanqué de deux : ”

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