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fauteuils de dimensions plus modestes pour les clients en consultation.
Un silence absolu régnait dans la grande pièce ou les scribes écrivaient, penchés sur leurs pupitres,
On n’entendait que le bruit des plumes de fer écorchant le papier, et les ronflements d’un large poêle da faience bourré de combustible,
Dans son cabinet Nestor Fauvette, doué d’uve activité prodigieuse, travaillait, dépouillant lui-même une volumineuse correspondance venue des
uatre coins de la France et même de
l'étranger, soulignant au crayon rouge
certaines phrases, ou écrivant en marge quelques mots au crayon bleu.
C'étaient des points de repère pour les réponses à adresser aux correspondants.
Le fiacre de l'officier de marine que nous avons vu descendre du train express à la gare du P.-L.-M. et que nous avons suivi à l’hôtel du Louvre et à la rue de Miromesnil venait de s’arrêter Gun la, maison portant le numéro L'officier en descendit, paya le cocher, entra dans le vestibule et consulta du regard les indications en lettres d’or ce tableau émaillé dont nous avons par- —Bureaux au premier,— murmuratil Etil gravit rapidement les marches de l’escalier jusqu’à la porte de palissandre sur laquelle une plaque de cuivre portait ces mots gravés...
BUBAUX DE L'OFFIOE GÉNÉRAL ET CENTRAL
Puis, plus bas, en plus petits caractères :
Entrez sans sonner
Le visiteur tourna le bouton et franchit le seuil de la première pièce où le subalterne à physionomie d’huissier de ministère vint à lui et lui de-
da:
Que désire monsieur Ÿ —Parler à M, Nestor Fauvette, —Que monsieur prenne la peine d’entrer dans le salon d'attente...
je vais voir si M. Fauvette est, seul
nm DT ms
dans son cabinet et. peut recevoir imsc a Qui devrai-je snnoncer
—Voici ma carte,
Et l'officier tira de son portefeuille un carré de bristol qu'il tendit à l’huissier et sur lequel on pouvait lire :
GABRIEL SAVANNE Capitaine de vaisseau
Quelques minites s’écoulèrent, puis l'huissier reparut,
—$i monsieur veut bien me suivre...
—dlit-il,
Et ilintroduisit le nouveau venu dans le cabinet du directeur de l'agen-
ce.
Nestor Fauvette, qui venait de lire le nom gravé sur le bristol, quitta son fauteuil, fit quelques pas à la rencontre de l’officine, le salua, lui désigna un des deux fauteuils destinés aux clients, et après avoir repris sa place, entama l'entretien par ces mots :
—Veuilles m'apprendre, mon capitaine, à quel motif je dois l'honneur de votre visite,
Gabriel Savanne parut se recueillir pendant quelques instants,
—Avant de vous répondre, mongieur— fit-il ensuite— permettez-moi de vous adresser une questiOns..se
—Je suis à vos ordres...
—Puis-je avoir la certitude absolue que pas un mot de ce qui va se dire ici n’en sortira, et que personne ne connaîtra les motifs qui m'obligent à m’adresser à vous ?
Nestor sourit.
—La discrétion, monsieur,— répliquatil—est la règle fondamentable d’une maison comme la miene.........Si elle est universellement connue et estimée, c’est que mes clients savent qu’ils peuvent compter sur une discrétion à toute 6preuve.—8i j’osais comparer le, profane au sacré, je dirais qu’un confessionnal n'est pas un lieu plus sûr que le cabinet où j'ai l'honneur de vous recevoir.
On me l'avait afirmé....c’est pour cela que je suis venu.
t vous n’aurez aucun sujet de ie regretter.. Accordes-moi donc votre con
fiance sans restriction... je la mérite, — De quelle nature est l'affaire qui vous préoccupe et pour laquelle vous venez me demander un concours que je donnerai loyalement ?..
—J'ai besoin de savoir ce qu’est devenue une personne...
—Homme ou femm: ?
—Une femme,
Nestor Fauvette avait placé devant lui une feuille de papier blanc et, crayon à la main, s'apprétait à prendre des notes,
—Procédons par ordre, mon capitaine —dit-il,—et pour cela, permettez-moi de vous interroger : —nous irons ainsi pute en besogne et nous simplifierons
es renseignements qui me sont nécessaires pour opérer les recherches que vous allez me charger de faire...
—]Interrogez-moi, monsieur...
—Le nom dela femme qui vous intéresse ?
—Germaine Sollier, *
—$Son âge ?
—$i elie vit encore elle doit avoir vingt.sept ans...
—Où Ualle née ?
—A P aris, arents ?
—Je n’ai connu que sa mère,
—E£n quelle année?
—Le nom de la mère :
—Celui de la jeune fille... Sollier...
—Mais le prénom ?
—Je ne les ai jamais sus.
—Æ£n 1883 habitait-elle Paris.
—Oui.
—À quelle adresse ?
—Rue de Miromesnil... Elle occupait une situation bien modeste, celle de conee de la maison portant le numéro
is LL 2 —Elle était veuve ?
—Oui, et restée seule avec sa fil- CAP —La jeune fille exerçait-elle un é.
—Elile était modiste,
—Travaillant dans un magasin ?
Fr chez elle, ou plutôt chez sa m re...
—Voules.vous m'indiquer le dernier domicile occupé à votre connaissance, par Germaine Sollier..
Elle aabitait Toulon. .
Nestor Fauvette prenait toujours des notes,
—Toulon...… répéta-b-il.—La rue ?
—Du Port,
Le numéro ?
—Le numéro 12... C’est là—ajouta Gabriel Savanne d'une voix sourde— ds là que je l’ai vue pour la dernière
—L'époque ?
—Le mois de juillet de l'année
Nestor Fauvette sursauta,
—Sept ans et demi | —s’écria-t-il— il y'a sept ans et demi de cela !.…,
—Oui monsieur...
—Et depuis ce temps vous n'avez ses aucune nouvelle de cette jeune fil.
—Auoune...……… Il était impossible que j'en reçoive..,
—C'est à Toulon, alors que doit se trouver le point de départ de mes recherches ?
—Non.— C'est à Paris.
—Ve.'illes vous expliquer, car je ne comprends pas...
Il y a huit jours, revenant de la Cochin.
chine après sept années et demie d’ab.
sence j’arrivai à Toulon et je voulus savoir ce qu'était deverue la malheureuse femme que les er:gences de mon métier de marin m'avait forcé de quitter et à laquelle de graves incidents, indépendants de ma volonté,urie longue et douloureuse maladie, m'avait empêché d'écrire, ainsi que je le lui avait promis et qne ma loyauté m'obligeait à le faire.
Deux ans seulement après mon départ je pus écrire mais il était trop tard...
Mes lettres restèrent sans réponse, et l'enquête que je fis, aussitôt débarqué, m'en apprit la raison...
—Cette raison il est indispensable de me la faire connaitre... dit le directeur de l'Agence générale et centrale.
—La voici... Lorsque je quittai la France, Germaine était mère... Mon départ inattendu Ilni donna un coun terrible et ce fut au milieu d’indicibles
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* je ne
dicibles
basé
souffrances et d’un délire touchant à la
folie qu’elle mit au monde, une petite
fille.
w La mère et l'enfant furent portées à Dore.
‘ Germaine y resta trois mois, entre la vie et la mort.
w Une fois guérie, mais sans forces, épuisée, elle sortit de l’hospice et re-
rit son enfant, confiée pendant sa maadie aux soins d’une nourrice payée par l’Assistance publique.
“ L'argent lainsé par moi pour ses
remiers besoins avait été perdu ou voé.—Elle se trouvait donc sans ressources et sans gîte, abandonnée avac 8a pauvre petite fille,
L'officier de marine s'arrêta.
L’émotion lui coupa la voix.
Il domina cette émotion et reprit au bout de quelques secondes. :
—J'a1 appris qu'alors, grâce à la bienveillante charité d'un ecclésiastique qui la trouva dans une église où elle 6tait allée prier, elle fut recueillie ainsi que son enfant, par la supérieure d’une maison religieuse.
4 On lui procura du travail au sortir de cette maison, ou lui loua une chsmbre, elle put vivre, mais elle végéta, elle souffrit, maudissant à coup sûr celui par qui elle se croyait—et de.ait se croire lâchement abandonnée,
“ Le remords de sa faute pesait lourdement sur elle.—Voulantrevoir sa mère et essayer d'obtenir son pardon, elle résolut de revenir à Paris.
“ Ce furent encore le bon prêtre qui l’avaient secourue et la religieuse par “qui elle avait été reoueillie qui lui fournirent les moyens de faire ce voyage.
Gabriel Savanne s'interrompit de nouveau,