ST TS
oulon, Ouen, celle de M, Richard Ve:nière, in. | existe un bureau d'arrivée et de départ. çon de nieur, constructeur-mécanicien pour Cette ligne de peu d'étendue, établie marine, était certes la plus importan- pour les besoins industriels et manufac- » vous te. : turiers, pour le transport des ouvriers 7 Edifiée — nous l'avons dit — sur le employés aux docks ou aux usines, à bord du bassin Saint-Ouen op à ce. | des heures de départ très fréquentes, la pie lui sur lequel sont élevés les o0ks, elle | commençant d’un côté comme de l’autre de 0Coup ai une superficie de plus de trois | dès cinq beures du matin, pour finir ré. plau, } milie mètres, enclavée entre des fabri. | gulièrement à sept heures et quarante ‘mes \ ques de icindre importance, une verre | minutes du suir, sciales \ rie, et la ire de couleurs et vernis Autour du bassin où sont amarrées oû Grmaine Sollier était employée. quelques légères embarcations, soit du uta en | L'usine de M. Vernière portait le nu. | Côté des docks, soit du côté des usines, | méro 6 de la rue Hardoin, commençant | On a ménagé un chemin de halage et mon- avenue des Batignolles venant aboutir | de chargement de huit mètres de lar. eriez- au quai de Seine, et coupant aans son | £eur environ, ») juge trajet depuis l’avenue des champs cul. usines ont donc chacune deux ts les tivés s'étendant jusqu’au chemin des | entrées, et par conséquent deux sorties, ? bateliers, longeant le parc de St-Ouen, | l’une sur la rue Hardoin, l’autre sur la re, — transformé depuis quelques années en | berge du bassin. plique unchamp de courses assez fréquenté Toutes deux sont closes par des murs début par le monde des sportsmen et des pa. | très hauts, percés de larges portes char. , plus eng np Pat lesquelles mue ps uées répro- usines sont les seules construc- | des portes es pour les besoins orment | tions qui bordent !a rue Hardoin, et en. dinaires du travail.
..— U core n* s’étendent-elles pas plus loin L'entrée des ouvriers se fait réguliè. ls ne , que le bassin de navigation servant aux Done les portes qui s'ouvrent sur anne, arrivages des chalands ou des péniches | 18 rue ardoin,
à venant déposer leurs marchandises aux Nous prions nos lecteurs de rous par. © ac- docks, ou prendre des chargements, soit | ‘donner ces détails, qui peuvent leur - à l’entrepôt, soit aux fabriques installées | sembler sans intérêt, mais qui sont in. , On- sur l’un de ses bords, dispensables pour l’intelligence de cer , Fau. Docks et usines sont entourés d’une | tains faits de notre récit, Vo- alissade solide, en bon bois de chêne, L'usine de M. Richard Vernière de- 1 deux mètres de hauteur, et dans la: | vant être le théâtre d'événements d’une a, ce quelle s'ouvrent de larges portes à clai. | haute importance, nous avons trouvé L l'of. res-voies pour l’entrée des camions, des | nécessaire d’en indiquer la position ex. tout fardiers, des tombereaux, Les haquets, | acte, de même que nous nous trouvons ndul- ui viénnent aussi prendre des mar. | dans l'obligation d’en esquisser briève. par- dises de toute nature, devant être | ment la topographie intérieure. à ré ge senc par voie de terre. Les ateliers occupaient deux corps de ZA porte qu. dessert le côté des usi. | bâtiment séparés, ues et fabriques se trouve située rue A droite, se trouvaient ceux de la Hardoin, à l’encoignure de la dernière tôlerie, des ajustages, des boulonnages construction de cette rue, et est gardée | et du montage,
sent, seulement de jour par un surveillant A gauche, la fonderie, les mécaniques oute qui l'ouvre, l'été à six heuresdu matin, | les moutons avec leurs triples rouages
à huit heures en hiver, et la ferme, à mus par la vapeur,
r de à toute A Eur ve Jan venue, | Au centre, les chaudières.et les four.
e re- Du côté des docks, au contraire, exis- | neaux dont la haute cheminée, qu’un
>abi. tent plusieurs issues, sans compter cel. ‘panache de fumée noire couronnait sans
1e du chemin de fer du Nord Saint. cesse, pergait la toitureet s'élevait dans : Ouen-Docks— qui traverse l'entrepôt | les airs à trente mètres. int ème et aboutit au quai de Seine où | A ces ateliers s’adossaient, d’une part
Ten von ant menti. ve
les bureaux des dessinateurs, la chambre des épures, des modèles, et un atelier de menuiserie ;.. de l'autre une immense pièce, une sorte ‘de hall, où se trouvaient entassées les matières premières ; et enfin les écuries et les remises,
Appuyés aux murailles du bureau des dessinateurs, s'élevait la maison du maître, un pavillon assez vaste, composé d’un rez-de-chaussée, d’un étage, et de combles mansardés.
Au rez-de-chaussée le cabinet de travail, les bureaux de la comptabilité et la caisse, à laquelle, depuis son cabinet, M. Vernière pouvait accéder par un couloir sombre placé sous l’escalier conduisant au premier étage réservé à ses appartements particuliers.
Au deuxième étage trois grandes Chambres dont l’une était occupée par l’unique servante suffisant au service de l'ingénieur.
Le charretier de la maison couchait au dehors.
Le palefrenier occupait une soupente au-dessus des écuries,
Un passage pavé, pratiqué entre les ateliers, conduisait de la porte de la rue Hardoin, à droite de laquelle se trouvait une petite construction en briques affectée au logement du concierge de l'usine.
Cette construction, surélevée de quel.
ques marches. se composait de deux pièces au res de-chaussée, salle à man.
ger et cuisine, et de deux autres pièces au premier étage.
. Elle était couverte d’un toit à l’italienne,
Tout près de le loge existait une por:
te placée dans la muraille de clôture
et ne s’ouvrant que pour les ouvriers, les -
clients ou les amis de la maison,
Un cordon placéà l’intérieur de la loge ouvrait cette porte lorsque la son.
nette extérieure annonçait une visite.
Un bec de gas scellé dans le mur du pavillon éclairait la porte et la cour et projetait sa clarté jusqu’à l'habitation du patron,
Fe sommes au mardi 26 décembre
L'usine était restée fermée deux jours
le dimanche 24, et le lundi 25, jour de
Neuf heures du matin venaient de sonner,
Depuis une heure déjà les ouvriers étaient au travail.
L'usine résonnait et palpitait sous les coups de marteau, sous la trépidation des machines en mouvement et la hau.
te cheminée projetait dans l’air glacial ses panaches de fumée.
Tout le personnel était à son poste, cent: cinquante menuisiers, ajusteurs, forgerons, mécaniciens, dessin...eurs, comptables et caissiers.
Richard Vernière toujours présent dès la gran heure, travaillait dans son cabinet, dépouillant sa correspondance, préparant les expéditions de la journée, étudiant les épures des plans de constructions nouvellles.
Dans une entichambre de proportions restreintes, un garçon de bureau attendait ses ordres, :
Agé de cinquante ans environ, Richard Vernière était encore par conséquent dans toute la force de l'âge,
Ses cheveux bruns et très épais com.
mençaient à grisonner.
L'ensemble de la physionomie était sec, presque dur, mais les yeux, pleins de douceur bienveillante, démentaient l'expression de sécheresse et de dureté du reste du visage. :
L'industriel offrait le type accompli du travailleur infatigable, ardent, patient dont chacun reconnaissait la haute intel ligence, la loyauté, l'humanité, —Il était impossible de ne pas l'apprécier comme il le méritait de l’être, aussitôt qu'on avait quelques rapports avec lui.
Ponctuel dans les aïfaires, ne promet.
tant jamais sans tenir parole, inébranla.
ble dans la ligne droite qu’il avait suivie il n’avait jamais altéré la vérité et sa pa.
role valait sa signature,
Estimé, honoré, aimé, tout le monde, en parlant de lui, disait :—Quel honné.
te homme!
Plein de compassion pour les malheu.
reux dont l’infortune ne résultait point d’un vice, il était sans pitié pour quicon-
que ne méritait point son estime.
D + en Le a OR PET OP SPORE EME
3 C2 re me ne Sa rude enveloppe cachait en un mot —C'est bien, Grivot..….. Allez vite. da plus exquise bonté. Grivot sortit du cabinet, retourna à l’a- Tel était Richard Vernière, telier, donna quelques ordres à son pre- .| mier ajusteur, endossa un chaud pardes- VII sus, prit sa bicyclette remisée dans un
L’industriel venait de parcourir le contenu d’une carte postale.
Après lecture il frappa sur un timbre pour appeler son garçon de bureau,
Mass obéit sanséretard à cet appel,
—Pierre,— lui dit-il, —allez jusqu'aux ateliers d’ajustage et dites au contremaître Claude Grivot de venir me trouver, toute affaire cessante...
Puis il se remit au travail.
Quelques minutes après Claude Grivot se présentait devant lui.
—Bonjour patron... .fit le contremai.
tre en se découvrant, Vous avez besoin de moi ?
—Oui, mon brave, .. répondit M. Vernière et prenant la carte postale qu’il avait lue un instant auparavant, .,..je viens de recevoir un mot du bureau des ponts et chaussée de Saint-Denis... La machine du remorqueur 117, ermbossé en aval du canal, fonctionne d la plus défectueuse et il y a urgence à faire sans le moindre retard, les répara.
tions nécessitées par son état actuel. .Il faut aller vous rendre compte des travaux à exécuter... S'il peut être enlevé dans la journée vous prendrez les me sures nécessaires pour que ce résultat soit obtenu... Après inspection vous emmènerez avec vous deux hommes, trois hommes, plus s’il le faut... Ce que vous ferez sera bien fait, je l’approuve d'avance...
—Bufñit, patron... Le temps d'endos.
ser un paletot sur vareuse et file à Saint Denis ave ma bicyclette! .
Vous n’aves rien autre chose à me dire ?
—kRien... Tout marche bien dans votre atelier ?
—Oui, patron,
—Pas un manquant ?
—Pas un seul... Le boudin et les sau-
* cisseses de Noël n'ont pas empêché nos
hommes d’être présent sce matin à l’heure régiementaire avec une exactitude édifiante,
e la façon
coin du bureau qui lui était affectée, et après l'avoir examinée soigneusement, la fit rouler à main jusqu’à la sortie sur la rue Haudoin,
—Cordon, madame Véronique, 8. V, P. —cria-t-il à la porte de la loge.
Cette porte s’ouvrit,
Une grande et forte femme à la phy.
sionomie franche et sympathique mais un peu triste, parut sur la plus haute marche de l'escalier du petit pavillon dont elle avait la jouissance comme con.
concierge et gardienne de l’usine,
—Ah ! c'est vous, monsieur Claude...
fit-elle..…, Vous partez en course...
—Je vais en affaire pos le patron...
—Avec votre cheval mécanique...
—Mon cheval fend-l’air, comme je l’appelle.
C’est très pratique ça, madame Véroni que....On fait en vingt minutes une cour.
se qui prendrait, à pied, plus d’une heu.
re et demie... Ça rapproche les distan.
ces et ça épargne la fatigue...Sans compter que mon cheval mécanique, comme vous dites, ne mange ni foin n1 ayoine et n’a jamais besoin du vétérinaire... Ah pour une riche invention... Ouvrez-moi, madame Véronique.
La concierge tira le cordon, la porte s’ouvrit, Claude porta son vélo sur la chaussée, l’enfourcha lestement, et pé.
dalant en cycliste émérite, partit à fond de train, :
Pour se rendre à l’entrée du canal de Saint-Denis, il n’avait qu’à suivre la Sei.
ne,
Come il passait devant l'hôtel garni de la:mère Aubin où il logeait et où il prenait ses repas régulièrement, la mat.
tresse de l'établissement se trouvait sur sa porte, surveillant ses filles de service qui balayaient le trottoir,
Elle aperçut le contremaître de Richard Vernière,
LL | monsieur Claude... lui oria-t.
Claude fit halte,
— Qu'est-ce qu'il y 8, madame Aubin .. demanda.t-il 1 &
—Une lettre pour vous que le facteur vient d’apporter..… Attendez, je vais vous la donner. :
Elle disparut à l’intérieur et revint presque aussitôt avec une lettre qu’elle remit à son client.
Claude la prit en remerciant, jeta un coup d'œil sur l'écriture de l'adresse, sur le timbre de la poste et glissa la
missive dans la poche de côté de son .
pardessus. :
Puis, recomumençant à pédaler, il poursuivit sa route, en accélérant encore son allure,
À mi-chemin environ de Saint-Ouen à Saint-Denis il s’arrêta, mit pied à terre,appuya son vélo contre une muraille, tira de sa poche la lettre qu’on venait de lui remettre et la décachetia, d’une main fébrille.
… Il semblait avoir hâte d’en connaître ‘le contenu. ï ï
Cette lettre, datée de Berlin, était très courte,
La voici,dans son laconisme ;
Berlin, 24 décembre 1893.
+ Mon cher Claude,
& Je suis à bout de forces.-— Je me & noie... 11 n’est que temps de “trouver une branche solide pour me &“ raocrocher à elle et éviterle plon-
n final.
# Demain matin je prendrai le train “ pour Paris où j'arriverai le 26 à neuf “ heures vingt du soir...
( Ja pense te trouver à la gare de “],Est et jy compte.— j'ai besoin de ‘ te questionner...
&“ Ropser, ”
Enfin, il se décide !— murmura Grivot quard il eut achevé sa lecture et tandis qu’une flamme s'allumait dans ses yeux.—Ce n’est pas trop tôt 1. Depuis assez longtemps, il hésite, il tergiverse |— Ce n'est pas faute cependant de lui avoir dit que, grâce à moi, il trouverait la besogne toute mâchée.
… Le 26, c'est aujourd'hui... Le rendez-vous est pour neuf heures vingt.
K On quitte l'atelier à six heures... Je
ne prendrai que le temps de faire un bout de toilette et j'arriverai encore en avance à la gare de l’Est.
‘ Quant à ca— ajoutat-il en déchirant la lettre en tous petits morceaux, —bien se garder de laisser traîner... — Ça serait compromettant,
Il lança les fragments menus de s& missive dans une bouche d’égoût qui se trouvait au bord de la route, et il reprit son chemin en pélalant avec vigueur pour rattraper le temps perdu.
Claude Grivot avait quarante-cinq ans.
Il était Parisien, enfant du faubourg du Temple.
Son père, un habile et honnête ser.
rurier du quartier, lui avait fait apprendre son état, tout en luidonnant une instruction sérieuse.
Le jeune garçon était difficile à mener, indocile et fantasque ; mais le père Grivot ayant la tôte et le poigne solides, avait su mater le gamin dont il
reconnaissait l'intelligence hogs, lines gen-
et, en raison même de cette in ce, l'avait poussé vers la mécanique de éprécision.
Claude faisait tout ce qu'il voulait de ses mains. à
À vingt ans on le citait poursa mauvaise tête, mais en même temps il passalt à bon droit pour un ajusteur du premier mérite.
Le pére Grivot mourut un peu après avoir perdu sa femme, laissant à son fils unique quelques milliers de francs et son fonds parfaitement achalandé.
Claude avait toujours eu envie de faire sinon le tour du monde, du moins le tour de l'Europe.
L’idée des voyages le hantait,
Il vendit à bon prix l’établissementpaternel et une somme ronde en-poche, il partit.
‘une ‘nature essentiellement bohèmé, Claude ne savait pas compter.—
L'argènt coulait entre ses doigts.comme de l’eau.
Ayant la bride sur le cou il dépensait follement, mais non tout à fait sans profit, car il g’instruisait en se ruinant,
. Ei visita l'Angiéterré, l'Italc, 18 Russie, l'Amérique, s'arrêtant quelques mois
dd 00 de
dans chaque grande ville, et classant
; dans sa mémoire les chefs-d'œuvre de
de mécanique que ses connaissances spéciales lui permettaient de comprendre et d'apprécier.
D'Amérique il vint en Allemagne...
Un constructeur mécanicien de Berlin frappé par ses aptitudes et per son 2dresse, l'avait engagé à de forts appointements.
Malgré les années quise succédaient, Claude conservait les instincts d'indépendance de sa prime jeunésse, et convaincu de sa supériorité, il prétendait imposer ses volontés et n'en subir aucune.
Avec cela et ses habitudes de jouisseur, il ne pouvait garder longtemps dans le même atelier la place que son mérite l’appélait à occuper.
Si utile que leur fût son talent les patrons, lassés par ses incartades, le priaient d’aller porter ailleurs ses habitudes de domination et d'inconduite.,
Il tonnait alors contre ces exploiteurs.
ainsi qu'il les nommait, s’en prenant à eux et non à lui-même de ses déboires sans cesse renaissants.
Ayant beaucoup voyagé il avait, dans chaque pays où il séjournait, ajouté à ‘son expérience professionnelle, et en même temps augmenté sa collection de vices.
Sa nature, droite d'abord quoique brütale, s’était notablement et fâcheu.
sement modifiée.— Il n'existait plus chez lui la moindre notion de sens moral. — 11 était devenu fourbe et prêt à toutes les compromissions, voire à tous les crimes, pour continuer à satisfaire ses passions et à assurer l’avehir, qui maintenant commençait à lui apparai-
tre très noir.
Son séjour à Berlin avait été de plus longue durée que partout ailleurs.— Nous ne tarderons guère à connaître les. raisons, infiniment Joe honorables, qui lui firent quitter l'Allemagne pour revenir en France chercher du travail,
Claude Grivot, cycliste de première force, atteignit en quelques minutes le but de sacourso er visita la machine du remoraueur dont ‘on demandait à
Lt
M. Richard Vesnière la réparation immédiate, ;
Il se rendit compte des travaux à faire et jugea qu'ils prendraient deux jours pleins, au moins, avec trois ou« vriers ne perdant pas une minute,
On le pria d'activer la besogne le plus possible.
Claude vint expliquer à son patron la situation exacte et repartit immédiate.
ment pour Saint-Denis avec une équipe qu’il mit à l'œuvre en donnant à l'ouvrier conducteur toutes les indications nécessaires.
A cette époque de l’année, quoiqu’on travailiät le soir et le matin à la lumière, les ateliers fermaient à six heures,
Claude fut retenu plus tard qu'il ne l'aurait voulu par M. Vernière qui avait à lui demander des explications au sujet d’un travail qu'on était en tram d'exécuter, un petit bateau à vapeur commandé par un amateur de sports nautiques, et qui devait être livré, démonté pièce par pièce, à Genè- Y
Le contremaître ne quitta donc l’ugine que vers sept heures du soir.
1lavait encore le temps d'aller faire sa toillette et de se rendre à Paris au rendez-vous que lui donnait le voyageur dont nous l'avons vu déchirer en petits morceaux et jeter dans une boue che d’égout la lettre datée de Berlin.
A neuf heures, il franchissait le seuil de la saile d'arrivée de ia gare de l'Est. ©
IL avait à attendre vingt minutes encore l’arrivée du train venant d’Allemagne.
Désirant n'être point remarqué, il alla s'asseoir dans un coin sombre à l'abri des regards curieux.
Le temps passa.
Un coup de sifllet stridentse fit entendre, suivi d’une sourde trépidati-
on,
Les employés du chemin de fer et ceux de l'octroi allèrent prendre leurs places respectives au moment de la sor-
tie, Claude Grivot avait quitté l'endroit sombre où il se tenait blotti,
11 fit quelques pas vers la porte s'ou.
vrantsur le quai de débarquement
Les arrivants étaient peu nombreux,
Le contremaître n'eut pas longtemps à attendre. ;
Un voyageur portant à la main une valise de cuir fauve, le bas du visage enfoui daus les plis d’un ample cache-nez, et le front couvert par les rebords rabattus d’un chapeau de feutre mou descen.
dant jusqu'aux yeux, venait de franchir le seuil de la salle après avoir fait soupeger sa valise à un préposé de l'oc-
FO Crétait Robert, le signataire de la lettre.
Du prenier coup d'œil il reconnut Claude Grivot, il marcha vivement vers ‘ lui, et dit à voix basse : +
—Pas un mot ici...suis-moi...
Les deux hommes sortirent de la gare et se dirigèrent vers un restaurant situé à l’angle de la place.
— As-tu né Pouces demanda le nouveau venu à Claude, eo
—Non... répondit celui-ci,
—Tant mieux. .
Ils entrèrent dans l’établissement,
—Un cabinet particulier, et à diner le plus tôt possible, …comrmanda Robert, nous mourons de faim...
Un garçon du restaurant conduisit les nouveaux venus au premier et les installa dans une petite pièce bien
auffé.
Nr carte du jour était sur la table où deux couverts se trouvaient dressés d’avance. ,
Le voyageur consulta cette carte et commanda un diner copieux, accompa-
6 des plus vieux vins de la cave,
Aussitôt que le Le on se fut retiré, Robert dit à Claude Grivot : : ;
—Tu es exact au rendes-vous que je t’assigoais dans ma lettre... je savais que je pouvais compter sur toi, et je t'en remercie, Nous avons à considérer sérieusement... Je suis dans le pétrin jusqu'au cou. il faut m'en tirer...
Tout en disant ce qui précède, Robert
s'était débarrassé de son cache-nes, de son chapeau et de ses gants.
Le contremaître allait lui répon-
Il ne lui en laissa pas le temps et continua :
A tout à l'heure les explications...
Quand le garçon nous aura servis,
nous causerons touÿ à notre aise.
Ce fut alors Grivot qui entama la con.
versation :
Pau ça, tu: as fini par te décider...
—Oui....…. répondit Robert d'une voix dure et saccadée, je me suis déci.
dé à trouver le moyen de ne plus végétér, mais de vivre largement et de satisfaire toùs mes ins, tous mes goûts toutes mes passions. Elle m’étouffe cet.
te existence mesquine et dépendante que je mène depuis si longtemps. J'en ai assez | Je n’en veux plus! Je suis brûlé complètement en Allemagne...
Poussé par la nécessité, j'ai commis sottises sur sottises, et pour faire oublier cela, pour avoir chance de reprendre plus tard la situation lucrative que tu connais, il faut que j’obtienne en France uue position sérieuse. Tu me comprends Si je me suis décidé à venir à Paris, c’est surtout pour te voir. k
—Pour me voir surtout ? répéta Claude avec un étonnement vrai ou simulé.
Robert poursuivit. .
—1l faut que tu m’expliques bien clairement, de vive voix, tout ce que tu ne me disais qu'avec mille réticences et d’une façon à peu près énigmatique dans tes lettres depuis deux ans, Tu a.
vais peur de te compromettre,
—Dame |! il me semble que c'est naturel !
—Tu ne te défiais cependant pas de moi, je suppose !
—Certes non !........Mais une lettre s’égare. Elle tombe dans les mairs de quelque gaillard intelligent et sans scru.
pule qui s’en fait arme contre l’expéditeur de la missive aussi bien que contre celui à qui elle était adressée... Rien au monde n’est plus dangereux que les ses Papiers, tu je sais aussi bien que mo
—D'accord, mais à force d’exagérer
les craintes, tu me renscignais mal...
—Je t'ai tonjours hien renseigné,
—Par des demi-mots presque énigmatiques.
—C’est vrai, maïs tu es trop roublard pour ne pas savoir lire entre les lignes et deviner le mot des énigmes......Il y a trois mois, date de ma dernière lettre, je t'écrivais d’ure façon très explicite, et je ne pouvais mieux te renseigner
u’en te disant : La poire est mûre.
Oh ! cela je l’ai parfaitement com-
ris.
Ê —Mais avant de cueillir cette poire-là
je veux être certain qu’un projet que
J'ai en tête n’a aucune chance de réussite.
Le contremaître haussa les épaules.
—Parole d’honneur...... dit-il d’un ton hargneux..…. tu n'as pour deux sous de suite dans les idées ! [a nature esc une girouette qui tourne à tous vents En réalité, tu ne sais pas ce que tu "‘JUx.
—Je veux éviter....….8i faire 8e peut 468 complications dangereuses.
y a voyons, ton buten venant à
—Réponds-moi d’abord, je m'expli-
. querai ensuite,
—Questionne,
—La maison de mon frère, Richard Vernière, est en pleine prospérité, n’estce pas ?
En pleine prospérité, oui.
—Cela veut-il dire que Richard est riche ?
Oui... A l'usine de Saint-Ouen on remue l'or à la pelle et les billets de banque par poignées !...... Les commandes affluent de tous les côtés 1...
Richard Vernière a des traités pour plus de deux millions de fourniture à faire, à la marine, et les travaux particuliers en cours d'exécution “ont si nombreux qu'il a été obligé d'augmenter son personnel.
—Combien Z’ouvriers ?
Cent cinquante.
—C'est assez joli... Monsieur votre frère s’occupe-t-il de mécaniqué sérieu-
se ? Û —]1 met la dernière marin à des inven-
mn OÙ
tions magnifiques qui lui rapporteront énormément.
—L'usine lui appartient ?
Oui,
Les terrains sur lesquels elle est construite ?
—Egalement,
—Et point d'hypothèques ?
Fe un BOU.. 00007 “m'en suis assur LEZ]
—Cela étant, il doit avoir en effet de l'argent, beaucoup d’argent, Mais ne le place.t-iF pas ?
—Non....Tout est disponible pour la maison.
— Pas de propriétés à part ?
Aucune...,Tout dans son industrie, Dépôt au Crédit lyonnais..…..Ah! je te réponds qu'aux fins de mois, la caisse est rudement garnie, J’ai vu le caissier apporter un jour au patron le chiffre de l’encaisse..…..trois cent mille balles 1...
Quelle grenouille à dépioter !
—Je conviens que le chifire est co:
uet !,..dit Robert Vernière en vidant ’un seul trait un verre de vin de Bour-
gogne...... Mais là n’est pas ence mo.
ment pour moi le point essentiel...
Il me suflit de savoir que mon frère est riche, que sa maison est prospère et que tes indications voilées n'étaient pas trompeuses....Abordons un autre or.
dre d’idées.....J'ai besoin de me ren.
seigner minutieusement...
—Tu as raison....Parle donc, et à toutes tes quesions je répondrai, si je le POUX,...000
—Dans quels termes es-tu avec le patron ?
—Dans les meilleurs...
—Il1 a confiance en toi ?
—Une confiance illimitée, que je mérite d’ailleurs et que je mériterai jusqu’à nouvel ordre.........Je taills, je rogne à ma guise, dans les limites de mes attribu‘ñns, bien entendu.....,je suis un contremaître modèle, z6l6, actif, ne reculant jamais devant la besogne, n’hésitant pas à me mettre en œuvre quand il faut donner un coup de collier ! Ah!
j'ai su le prendre, le patron !......Il ne jure que par moi ei me considère comme la cheville ouvrière de son établis.
sement. ..... j'ai rigoureusement suivi
cer.
> Sa
--En eftet, repliqua Robert en riant.
—Tu peux remplacer à toi seul une agence de renseignements...— Mais c'est assez nous occuper des autres, arrivons à ce qui m'intéresse directement .. Às-tu entendu parler de moi chez Richard Vernière ?
—Oui.
—Souvent ?
— Assez souvent,
—Par qui ?
Par ton frère lui-même dans ses moments de mauvaise humeur...
—Que dit-il ?
—kRien de gracieux...
—dJe m'en doute, mais précise.
—C'est désagréable à répéter...
—Peu importe... — J'ai besoin de connaître à fond l'opinion de mon frère à mon sujet. — Parle donc, et ne gaze pas |!
—Tu l'exiges ?
Eh bien ! il te traite fort mal et égrène à ton endroit tout un interminable
chapelet de griefs dont le plus grave à .
ses yeux, celui qu’il te pardonne le moins, est d’être un sans patrie... — 1l sait tout ce que tu as fait, depuis À jusqu'à 2... — Tes longs séjours en Alle.
magne au milieu des ennemis de la France auxquels tu as‘vendu tes talents et qui profitent de tes inventions...
Cela révolte son âme de patriote !—Ah !
tu n’es pas en odeur de sainteté à l’usi.
n€ l, Le patron est très monté contre toi !
—Cela ne peut aller jasqu’à la haine..
—je suis son frère.—Au fond, il doit m’aimer.....,
Claude fit la grimace,
—Tout au fond, alors, — dit-il, — car il n’en laisse rien paraître.
—1l peut pardonner...
—S’il te pardonnait tes accointances avec les gens de Berlin, cela m’étonnerait bigrement...— Mais— ajouta Grivot en changeant de ton — nous battons la campagne... — Tout ce qu'on nous éloigne du programme que nous avions tracé et qui m'a fait entrer à l'usine de Saint Ouen comme contremaître ajus- CT PEPETT
—C'est que, mou cher Claude, depuis
que nous avons tracé ce programme mes idées se sont modifiées...
—Dans quel sens ?
—Je veux, avant de recourir aux grands moyens, toujours dangereux, essayer de la conciliation.—Je veux, en un mot, tenter d'opérer un rapproche.
ment amical entre mon frère et moi...
Le visage de Claude exprima la stu.
peur.
—Un rapprochement amical !—répè.
tact-il |
—Parfaitement,
— Voilà une idée qui m'épate !—mais
| ce rapprochage, s’il était possible, dans
quelles conditions s’opérerait-il
—Mon frère est riche et je ne possède rien...—ÆEn revanche j'ai du talent com.
me ingénieur, comme mécanicien, comme inventeur... J'ai fait mes preuves, et il le sait...—Il a pu, dans. sa colère, me traiter de misérable, de gredin, je suis sûr qu’il ne m'a jamais traité d'in.
capable...—Il avait il'y a quinze ans, la pensée de m’associer à lu1.....Il n’a qu’une fille..…..j'ai un beau-fils,—Venf li ne se remariera certainement pas...
Si tes renseignements, comme j'en suis convaincu, sont exacts, la maison Richard Vernière, dans quelques années vaudra bon nombre de miilions, et la fortune de mon frère dépassera de beau.
coup ses ambitions, car il a des goûts simples.
“ Je‘me présente à lui humble et re.
pentant comme l’enfant prodigue...
J'avoue toutes mes fautes...toutes mes sottises...Je fais amende honorable ; j’exprime avec une éloquence entraie nante un repentir un peu tard venu c'est vrai, mais mieux vaut tard que jamais...—Enfin, je plaide ma cause en grand acteur......que j'aurais pu être...
—A tout péché miséricorde ! —Mon frère se laisse attendrir, et tout en pardonnant il comprend à Le point je avec lui et fait de moi son autre lui-méme |... Pourquoi raon beau-fiis ne de.
viendrait-il pas son gendre f— Pour.
quoi l’associatson rêvée autreïois ne se réaliserait-elle point ? —- Encore une fois, Richard est mon frère, et les liens
du sang, vois-tu, on a beau les blaguer, il n’y a encore que ça de solide, d’indissoluble !
A mesure que Robert Vernière développait ses idées, Claude l’écoutait avec une attention croissante. .
—Ainsi. . fit-il quand il eut achevé...
voilà le motif de ton voyage à Paris ?
—Oui.. .... répondit Robert .
—Le vrai ?
Oui.
—Tu mens!
Robert tressaillit,
—Sais.tu que tu n’es plus, mon camarade LÉTEUEE g’écria-t-il.
—0h ! la politesse entre nous...mieux vaudrait la chise, et, encore une fois, tu mens !....…
—Pourquoi mentirais-je ? 3
—Je n’en sais rien, mais je sais bien que tu me caches le fond de ta pensée …..J'admets que tu veuilles en eflet tenter ce que tu viens de me dire, seu-lement ce sera dans un tout autre but que de te raccrocher à une branche pour te sauver comme tu le ais, de la noyade...
—Que supposes-tu donc ?
—kRichard Vernière est très connu chez les puissances étrangères... À Berlin on s’occupe beaucoup de lui...
On sait qu’il travaille mystérieusement à l'armement nouveau de notre marine
et que, grâce à lui, bientôt, cet armement sera sans rival en Europe... On s’en inquiête et et on s’en effraye..….
Quoi d'étonnant à ce qu’on t'ai dit à Berlin :.… 14 nous faut le secret des découvertes de votre frère l'ingénieur Richard Vernière.... Emparez-vous de ses secrets.
Nous vous les achèterons au prix que vous voudrez, si élevé que soit ce prix.. C'est donc la fortune que nous vous offrons;une rs ample pour contenter les plus am-
On t'a dit cela, n’est-ce pas, eb tu viens ioi jouer au patron la petite comédie du repentir pour capter sa confiance et pour la trahir à beaux deniers au promt la Triple Alliance Presses Ai-je de-
di On
me te jure que tu fais fausse rou-
—Allons donc !
—Mais... continua cyniquement Robert. l’idée que tu viens de me mettre est très pratique et, si je parviens à rentrer dans les bonnes grâces de mon frère, nous pourrons la mettre à pro-
—Projets en l'air qui ne vaudront jamais celui que nous avions conçu.
Peut-être... seulement j’aime mieux avant d’y revenir, essayer un autre moyen...
—Convaicu que tu as peur...
—Non, mais je voudrais éviter un crime...
Le contremaître haussa les épaules.
—Un de plus, un de moins...s'écria.t.
il... la belle affaire !.. Ne cherche donc pas à me faire poser avec tes idées de rapprochement amical, d’association, de mariage !...…..Situw te figures un seul instant que ta comédie réussira et que le patron tout attendri va te crier :
Dans mes bras, mon frère! Sur mon cœur !
Embrassons-nous !.. Tu es chez toi !.., c’est que tu as la tête à l’envers, mon bonhomme, et que tu te mets le doigt dans l'œil |
—Abh |! tu crois ça?
—Je fais mieux que le croire, j’en suis sûr !......Tu n'auras jamais un centime de l'argent que possède Richard Vernière, jamais, au grand jamais, entends tu, à moins quetu ne le prennes sans en demander la permission... Va battre auprès de lui le rappel des senti.
ments affectueux, tu verras comme il te TECO TA... Et il Aura raison |... Tu l’as trop dindonné jadis pour qu’il ne ge tienne pas sur ses gardes aujourd’hui
...... D'un seul coup d’œil il percera à
jour tes belles combinaisons !..sous la rengaine des liens du sang, il verrs 1e piège...e
—0On peut réussir à force d’adresse.…
Si adroit que tu sois tu feras tour, je te le prédis !......Le patron a une fille et né songe qu’à elle... .S’il s’enrichit en travaliant, c'est pour... Si tu n’as pas la bosse de-la famille, illa possède, lui, carrément !..,. D'ailleurs, il
ne transige point avec l’honneur et il
en à mare |
re
ne pardonnera jamais d'avoir commis le faux de vingt-cinq mille francs qu’il a payé on t’empêchant d'aller à Cayenne, pas plus qu’il ne te pardonne tes attaches allemandes |...
Robert eut un froncement de sourcils farouches. $
—Eh !— fit-il d'une voix qui sifflait entre ses dents serrées,— s/i me repousse, son refus tracera ma ligne de conduite ! !
Claude répliqua vivement :
—Nous l’avions tracée, cette ligne, et elle était bonne......— J'avais ma part au moins !.....—— Et maintenant en admettant l'impossible, c’est-à-dire le succès de ta tentative, qu’en résulterait-ilde bon pourmes intérêts ?
—Je te ferais ta part très large si je devenais l’associé de mon frère, et tout à l'heure, en me parlant de l’Allemagne, tu m'as montré une voie nouvelle aboutissant à des millions sans nombre....….
—Ce sont des mots, cela !— /Crois-tu donc réellement au pardon de ton frère ? à l'oubli du passé ?
—J'y crois.
—Tu as dévoré ta part de l’héritage
paternel. ...Tu as dissipé follement les cinq cent mille francs de dot que t’avait apportés la Française épousée par toi en Allemagne.
Personne ne t’estime......Tu n'as plus de crédit.....tu en es réd@it aux pires expédients, et tu te figures que cela plaidera en ta faveur auprès de Fe tout d’une pièce qu'est le patron ?......
— Je ne compte que sur moi etsur mon éloquence persuasive...
—Qu'’elle lesoit beaucoup, alors, et apprête-toi à ne pas regimber sous les reproches qui tomberont sur toi dru comme grêle.
—J'ai composé mon rôle et je suis sûr de le jouer en maître !
—Si tu réussis, je croirai que tu as fait un pacte avec le diable !
—Eh ! eh ! qu'y aurait-il d'étonnant à cela ?...... répliqua Robert,
—Ta femme ne t'a pas suivi en Fran-
ce?
—Eile est restés à Berlin,
—Et ton fils ?
Il est à l'Ecole des arts et métiers de Châlons,
—Connait-elle le but de ton vovage ?
—ÆElle le connaît,
—Et elle l’approuve ?
Entièrement...
—Elle espère peut-être que tu lui rendras l’argent envolé, dont elle n’a pas besoin d’ailleurs, ce qui est heureux pour elle qui est riche encore, je crois...
—La fortuné qu’elle possède aujourd’hui et qui est d’une ampleur très confortable lui vient de l'héritage de son mari...... Elle la regarde comme appartenant à son fils...
—Et elle ne te laisse point y toucher!
tn ce rapport elle est inébranla-
(A Elle se retranche derrière ses devoirs de mèrc, et toutes mes sollicitations se.
raient vaines,.. Aussi je m’abstiens...
—Le fils ?
—Un garçon de dix-neuf ans, ne manquant point d'intelligence, mais
‘ dont les aspirations sont borrées et qui
n'écoute que les conseils de sa mère...
—Comment vivezvous ensemble tous les trois, quand vous êtes réunis ?
—Poliment, mais froidement.
—Ah ! mon cher, tu as eu tort d’épouser une veuve... Elle établit trop de comparaison à ton désavantage entre toi et son premier mari dont elle n’avait qu’à se louer... Une veu qu’on épouse et qu’on trompe de toutes les manières devient un jour un ennemi dangereux, Prends garde !
—Je n’ai rien à craindre... Elle m’a follement aimé et il lui en reste, tout au fond du cœur, quelque chose ......
Que mon frère m’accueille bien et je ferai d’elle ce que je voudrai.
—Bref, tu es absolument décidé à tenter la démarche,
—0h ! absolument,
—Alors, nos anciens projets seront à l’eau.
—Nous y reviendrons si la branche casse.
—Elle cassera, j'en ai le pressentiment, et je serai toujours ton homme !
.... Du reste, tu ne pourrais rien sans moi. .....Je connais bien ton passé, et
si tu essayais de me jouer un tour de coquin je me servirais contre toi de ce que je sais...
—AÀ quoi bon ces menaces 1
—Je ne menace pas, je cause...
Conclusion :.... Sois gentil et ce 86ra entre nous dans l’avenir ce que ça a toujours été, à la vie, à la mort...) 0 n’oublie pas que tu m'as empêché d’être broyé par un mécanique et que, si j'existe encore, c'est à ton sang-froid que je le dois... Je pourrais t'en vo oir
un peu de m’avoir fait passer deux an-
nées à Saint-Ouen, dans l’usine de ton frère, uniquement pour te servir d’indicateur, mais je suis bon enfant, je te pardonne | D'ailleurs, la place n'est pas mauvaise, et puis je suis certain que tu me reviendras...... Quand verras-tu le patron ?
—Après-demain seulement.
—Où vas-tu percher ?
—Piace de la République, à l'Hôtel Moderne..……j'ai écrit de Berlin qu’ou me retienne une chambre.
—Tu n'as pas donné ton vrai nom, je suppose...
—J'ai pris toutes mes précautions. ...
Ma lettre était signée Frits Leymann...
C’est ce nom que tu demanderas lorsque dans la soirée d’après-demain tu viendras pour connaître le résultat de ma visite à mon frère... Mes papiers gont en règle...
—Fritz Leymann... je m'en gouviendrai..….. inutile de te recommander la prudence sous tous les rapports..
—Ne t'inquiète pas... je garderai le
plus strict incognito. Une question encore.
—Faites.
— Quelles sont les heures où je suis certain de trouver Richard à Saint- Ouen ?
—De trois à quatre il ne quitte jamais gon bureau ...cee
—Entre-t-on facilement dans l’usine }
«= ——À8803 dificilement, au contraire.
Tu te heurteras à la porte contre un bouledogue femelle qui te tirera le oordon et qui te fera subir un interrogatoire en règle avant de te laisser ne c'est la consigne, elle est formelle et ri-
goureusement exécutée... il faut être bien connu de cet clôt porte pour obtenir un gracieux sourire et l’entrée libre... Mais en 80mme cela n’a point d'importance et avec un peu d’adresse on finit toujours par péuétrer..
Te nommeras-tu !
—Non pas |! je veux surprendr2 Richard.
Le garçon entra, apportant le café, des liqueurs et des cigares.
La conversation Cessa-
—Faites préparer l'addition... com:
manda Robert... Je vous sonnerai quand il faudra l’apporter se
—Bien, monsieur. ...
Seul de nouveau avec le contremaitre, Robert versa le café et reprit :
—Depuis deux ans que tu es revenu en France, as.tu vu le docteur améri-
cain ?
—0'’Brien ? -
Oui.
Notre ancienne cevruaissance de Berlin, un des piliers du bureau d’espionnage du grand état-major allemand...
un adroit gaillard s’il en fut !..
Excité par les libations fréquentes et des vins généreux Claude avait légèrement élevé la voix.
—Parle plus bas 1... fit Robert Vernière en jetant un regard inquiet vers porte du cabinet... tout à l’heure tu me recommandais la prudence, et c'est toi qui erf manque |
—Bien......0ee bien...c..oss je vais mettre une sourdine8.......r6pliqua le contremaître.
Tu ne m'as pas répondu au sujet d'O’Brien..cssesse
Je l'ai vu trois ou quatre fois seulement...….il avait des renseignements à me demander. .....
—Sur quoi donc ?
Claude se tourna vers Robert et lui répondit, en le regardant dans le blanc des yeux, non sans une certaine défian-
ce:
Sur la fabrication des lance-torpilles français. .…
Et tu les lui as donnés !...dit vivement ie frère du grand industriel de Saint-Ouen.
Me prends-tu pour un imbécile ?—
nn — : —-
Ce M Lib fon ED dj
faut être orte pour » et l’enne cela n’a n peu d’apéuétrer.-
‘endr2 Ri-
nt le café,
JD... COM- 1erai quand
contremai.
eprit :
es revenu eur améri-
issance de pau d’espiallomand...
Fe
quentes et vait légèrebert Verniiet vers la heure tu me et c'est toi
je vais metiqua le con-
du au sujet re fois seuseignements
Robert et lui lans le blanc laine défianlance-torpil-
,1...dit vivendustriel de
imbécile ?—
répliqua Grivot.— Quand on possède des secrets comme ceux-là on les garde, et si l’on éprouve le besoin de s'en défaire c’est pour son propre compte et moyennant un prix avantageux... O’Brien est un malin dont les ficelles me sont bien connues, —il possède à fond le joli truo de récolter, sans rien payer pour ça, ce qu'il n’a point semé,
—Tu le sais bien.
Robert poursuivit :
—Que fait-il à Paris ?
—L'ignores-tu donc ?
—Complètement.
—T': dois, tout au moins, t’en douter pins fuit à Paris ce qu'il faisait à Ber-
Alors il s’occupe tcujours de magnétisme, de somnambulisme, d’hypnotisme.
“ETS et plus que jamais ! C’est un pavillon qui couvre sa marchandise de contrebande...D’ailleurs ça lui rapportera pas mal..
—0On Île disait très savant, le docteur.
C’est possible, mais il a trop conservé la nature de son pays... — C’est un banquiste qui veut forcer le succès par des réclames exagérées..... il attrape ainsi les gogues......C’est son droit... — Son Institut magnétique, c’est ainsi qu’il nomme sa boutique, possède une forte clientèle de naïfs et de gobe-mouches … — ily gagne de l'argent, certes, mais on ne m'ôtera pas de l’idée que ce qui l'enrichit le plus ce sont les rapports
u’il expédie souvent au bureau de l’attaché spécial de l'ambassade allemande ou au bureau central des renseignements du grand état-major de Berlin,
—O'Brien n’est pas le premier ve-
nu.
—Parbleu ! — il suit la route tracée pa les Charcot et autre gros bonnets de
science, seulement, iui au lieu de science, il fait du métier en battant la grosse caisse—Il se dit membre honoraire de toutes les sociétés savantes de France, d'Europe et du monde. Onle croit sur parole et les idiots font queue à la pre de son cabinet de charlatan !
—Ne le raille pas !— Nous l'avons vu en Aïlemagne, accomplir presque des miracles !
—Oui, c'est vrai —Mon Dieu, je ne nie point la puissance d'1, magnétisme, du somnambulisme, de hypnotisme, de la suggestion lorsque l'opérateur se trouve en face d'un sujet capabl de subir docilement cette puissance. .—A Berlin il avait trouvé cela mais les sujets vraiment lucides ne courent pas les rues ; ils sont rares——On peut chercher longtemps sans en rencontrer un seul...—Alors quand on est un banquiste on ramasse un sujet de pacotille, on le fagonne, on le dresse et on lo présente « asuite au bon public qui le gobe et qui croit que c’est arrivé !!
—Ainsi, dans ce moment, O’Brien mêne grand tapage avec une drôlesse qu’il a formée, stylée, et à qui il donne adroitement la réplique..…..Cette monteuse de coups, superbe fille du reste, lui fait empocher des pièces de cent sous et des jaunets, et sa clientèle n’en a pas pour son argent ! | Est-ce que tu as conservé des rélations avec O’Brien ?
—Comme avec une ancionne connaissance...
—As-tu à le voir ?
—Peut-être.....
—De la part du bureau du grand état major de Beriin ? insinua le contremai-
tre.
Robert ft un geste d’impatience.
Tu reviens sottement sur ce chapitre dit-il presque avec....je te répète que je suis brûlé là-bas, et qu’une solide position pourrait seule rentiouer mon navire échoué.
As-tu besoin d'O’Brien ?
li est possible que je sois obligé d’aller frapper discrêtement à sa porte.
A sa porte et à sa bourse, n’est.ce pas ?
Eh bien ! oui, à sa bourse... Tu dois comprendre que j'ai fort peu d’argent à ma disposition,
Pas besoin d'O’Brien pour te relever ag re un billet de mille peut te suflire, au cas où tu serais obligé de le chercher, je te l'oftre...….Tu vois que je me suis rangé..je fais des é- COnOMICB..,0
Robert tendit la main à Grivot en disant :
Je me souviendrai de ton bon vouloir
et je te remercie... Tout va dépendre de mon entrevue avec mon frère.
Après-demain soir tu sauras ce qui 8e sera passé entre nous...
Après demain soir, c’est entendu.
Viens dîner avec moi.
L'heure !
Huit heures précises.
Je serai exact,
Robert sonna, solda l'addition et les deux gredins quittèrent le restaurant où ils venaient de diner.
Un fiacre passait à vide, allant à la station.
Robert y monta et se fit conduire place de la république, à l'Hôte} Moder.
ne, où nous savons que sa chambre était retenue,
Grivot allumant un nouveau cigare, regagna de dog le modeste hôtel garni de la mère Aubin, à Saint-Ouen,
ZX
Le capitaine de vaisseau Gabriel Savanne.….quoi qu'il {ât absent de France depuis plus de sept ans, séparé par Conséquent de sa famille, et qu’il eût hâte d’ailer embrasser son fils et son frère, Gabriel Savanne, disons-nous, le troisième jour de son arrivée à Paris, ne 8'é tait pas encore présenté à la maison du boulevard Malesherbes qu'habitait Da. niel, le juge d'instruction, chez qui il savait devoir trouver à Coup sûr son
Il ne leur avait fait connaître ni son retour de l’Extrême-Orient, ni son débarquement à Toulon, ni son départ de cette ville pour Paris.
Avant d’aller embrasser les siens, a vant d’aller s’agenouiller, implorant un
ardon posthume, sur la tombe de sa emme morte auelques années avant son départ de Toulon où il laissait, près d’être mère, la malheureuse Germaine Sollier, il voulait remplir un autre devoir obéir à la voix de sa conscience qui lui dictait impérieusenment sa condui-
te, à
A peine débarqué il avait reçu un nouvel ordre de départ et devait rallier l’escadre porteur d’un pli cacheté contenant des instructions dont il lui était
enjoint de ne prendre connaissance qu’en pleine mer.
uit jours de permission seulement lui étaient aocordés...Le 2 janvier 1804 il lui faudrait reprendre la mer,
Avant de s’éloigner de nouveau pour un temps indéterminé, Gabriel voulait accomplir ce que des événements im-
révus, qui seront expliqués plus tard, avaient empêché jusque-là de réparer ses torts dans la mesure du possible, assurer secrètement l'avenir de Germaine Sollier et de son enfant, de cette petite fille qu’il ne connaissait pas, qu'il ne connaîtrait peut-être jamais !
Cela, il le voulait à tout prix, car outre ses remords pour la mauvaise action
‘accomplie jadis, il était hanté de som.
bres pressentiments j.…il ne pouvait chasser de son esprit le voyage qu’il allait entreprendre serait le dernier,
ue la mort le guettait en route et qu’.
il ne reverrait plus la France,
Dans ces dispositions d'esprit, l’âme oppressée, le cœur saignaut, assombri par ses souvenirs et par ses craintes, il avait peur, en serrant contre sa poitri.
ne son fils et son frère, de laisser éclater sa douleur et de trahir son secret par
ses larmes, ou tout au moins de faire
naître ches eux des soupçons.
Il ne voulait pas leur confier la faute, le crime......commis autrefois, en ar.
rachant à sa mère une innocente qui à cette heure agonisait peut-être de misère avec 8a fille...
Il craignait de laisser lire sur son vi.
sage bouleversé sa honte et ses remords.
Donc, il ne verrait ses parents et ses amis que lorsqu'il se serait mis en paix avec sa conscience en assurant l'avenir de Germaine et de son enfant...si elles vivaient... grâce au prélèvement d’une part de sa fortune, opéré secràètement à leur intention.
Nous avons vu quelles avaient été ses premières démarches pour obtenir ce résultat qu'il appelait de tous ses vœux.
Ces démarches n'étaient point les seules qu’il eût à faire, et de celles qui lui restaient à accomplir, la plus diffci.
le, celle qui coûtait le plus se dignits, c'était l’aveu de sa faute à son ami Ri-
A ele À
sAnCœ qu’-
eulement vier 1894 pr.
eau pour el voulait sents imlus tard, e réparer ssible, as- Germaine tte petite , qu'il ne X, Car OUaise action de som.
e pouvait yage qu’il > dernier, ite et qu’.
rit, l’âme , #ssombri tirer sa poitri.
ser éclater ecret par
y de faire
r la faute, Dis, en ar.
nte qui à re de misè.
ur 8s0n vi xs remords.
nts et ses is en paix it l'avenir t...si elles rélèvement ré secrète.
lent été ses obtenir ce tous ses
point les celles qui plus diffci.
se dignits, m ami Ri-
chard Vernière, qu'il voulait rendre dé.
pers de son secret et de l'argent
nt il disposerait en faveur de la mère et de la tille,
Mais pour aller trouver Richard, pour bhâter l'accomplissement de son projet il fallait qu’il eût dans les mains cet argent à l'insu de son frère et de son fils.
Le lendemain de sa visite à Nestor Fauvette, l'ancien inspecteur de la sûreté, il se rendit dès la première heure, rue de Richelieu, à l'étude de maître Robinet, son notaire.
L'officier ministériel venait d’entrer dans son cabinet lorsque son principal lui annonça le capitaine de vaisseau.
Gabriel Savane fut introduit sur-lechamp, et les deux hommes se serrèrent atlectueusement la main.
Il y a près de huit ans que nous ne nous s0inmes vus... s’écria le notaire. Enfin, vous voilà de retour !
Pour repartir !
Comment, pour repartir ?
Le 2 jauvier je dois m'enbarquer à Toulon.
A ac débarqué !
—Dure nécessité, j'en conviens, mais je ne suis point mon maitre...
—C'est vrai... le 801dat doit obëir...
Depuis quand êtes-vous à Paris ?
—Depuis hier matin seulement,
7 avez vu votre fils et votre frère .
—Pas encore...
Le notaire fit un geste de surprise,
—Que cela ne vous étonne puint continua l'officier de marine... J'avais des raisons pour agir ainsi que je l’ai fait.
Je verrai Daniel et mon fiis demain...
—Vous avez reçu mes différentes lettres ?
—Celle qui m'annonçait la mort de ma femme, à Hanoï au quartier général du comte Brière de l'Isle en même temps que plusieurs lettres de Daniel...
— Mais, la dernière écrite il y a à peu près trois ans ?
—Au Cambodge, oui, une année tout juste après son départ de Paris... Nous étions tantôt ici, tantôt là, sans poste fixe, naviguant dans la mer de Chine, dansla mer Jaune, dans la mer de Corée et dans ia mer du Japon... Ü'est
dans l'Océan Indien, à l’île Ceylan, que votre lettre m'est enfin parvenue, ave0 une de mon fils et une de Daniel...
Vous me donnios quelque détail sur ma situation financière ......
—Je répondais brièvement à votre demande... Si vous aviez vu M, Daniel Savanne, il vous aurait certainement mis au courant de ce que nous avons fait d’un commun accord, pour le mieux de vos intérêts au moment de la mort de votre chère femme......
—Aussi bien et même mieux que moa frère vous pouves m’apprendre ce que j'ignore, et ma première visite a été pour vous......
—La chose était très simple par ellemême... Mariés sous le régime de la communauté, vous vous étiez, il y dix ans votre femme et vous, par acte p dans mon étude, fait une donation entre vifs de tout les biens... En vertu de cet acte vous êtes resté le seul maître de la fortune constituant l'actif de la communauté,
Pouvez-vous me dire immédiatement quel est le chiffre de cette fortune ?
—AÀ un C* ntime Pleure
—Vous m'obligeres beaucoup en le faisant.
Maître Robinet appela son principal et le pria de demander au caissier le compte de Gabiel Savanne.
Au bout de quelque minutes ce compte était mis sous les yeux du notaire et de son client.
L'oflicier de marine ne s’occupa point des détails qui étaient assez longs, et il aila droit au total.
Un million quatre cent mille franc!
dit-il avec un étonnement manifeste et une joie qu’il ne cherchait point à cacher,
—En valeurs de tous repos, immédiatement réalisables !..... fit l'officier ministériel... Vous vous croyies moins riche ?
—Je l'avoue.
Alors, mon cher capitaine vous êtes gatisfait de la façon dont votre. notaire à géré vos capitaux.
Gaovriel répondit en souriant :
— Très satisfait et très reconnaissant
| suriont..…… je viens d'éprouver, je vous
Peffirme, uve surprise des plus agréables Re loin de m'’attendre à un pareil
—Songes donc que le capital depuis huit in produit de gros intérêts que je n’ai point laissé dormir, après avoir prélevé les sommes nécessaires pour lé.
ducation et l’entretien de votre fils Henri... £
Je vous remercie de tout mon cœur.
Henri sera riche un jour, et j'en suis
heureux car dans ses lettres mon frère:
me faisait de lui les plus grands éloges.
Il les mérite... appuya le notaire...
J'ai vu plusieurs fois votre fils, c’est un charmant jeune homme, sous tous les rapports,et je ne crois point me tromper en lui prédisant un svenir glorieux dans la science. : ; J'aurais mieux aimé la voir marin, comme moi mais j'ai laissé Daniel libre de le guider ; ce qu’il a fait, est bien fait... l’argent que mon fils possédera un jour sera noblement employé par lui, j'en suis sûr... Le chiffre super.
be formant le total du compte que vous venez de mettre sous mes yeux me rend heureux pour deux raisons, la première c’est qu’il me donne la certitude qu’Henri occupera dans le monde une situation digne de lui, la seconde, c'est qu’il va me permettre de faire une bonne action, —Un ami à obliger, n'est-ce pas ? dit le notaire en souriant, :
ss OUi,....s. réplique Gabriel, ne voulant point que maître Robinet pût soupçonner la vérité, —Il s'agit d’un lacement de fonds dans une maison dou le maître est mon ami,..,. Un honnête homme atteint par des revers immérités..... Mon apport le sauvera... si j'avais pu hésiter, je n’hésite plus... J'espérais à peine laisser à Henri un héritage d’un miliion.…....je puis donc, sans nuire à ses intérêts, dis.
poser provisoirement d'une somme sur laquelle je ne comptais pas... | —D'autant plus...répliqua le notaire ...que le train que vous allez faire sera bien vite comblé... Vous êtes solide et aves de longs jours devant vous. .
—Sait-on ce que leciel vous résérve..
murmura Gabriel Savanne dont le front
s’assombrit tout à Coup... Je suis marin et la mer a de terrible surprises. ...Enfin quoi qu’il arrive j'ai le droit de dis.
poser d’une part de mon bien, sans que puisse se plaindre, n'est-ce pas
Vous aves le droit de disposer de tout
votre avoir...
Tout, ce serait beaucoup trop. que
Dieu m’en garde |...
Enfin, quelle somme dois-je mettre à
votre disposition ?
Trois cent mille francs.
Trois cent mille francs l,.. répéta l'of.
ficier ministériel un Peu surpris par la grosseur du chiffre.
C’est la somme que j'ai promis de prêter à mon ami,
Jeivais vous remettre ces trois cent mille francs en obligations au porteur prises sur celies déposées dans mon étu-
Non... Je voudrais des billets de banque,
Quand vous les faut.il ?
C’est aujourd’hui le 28 décembre...
il me les faudra pour après-demain ga.
medi, 30... C'est possible n’est.ce pas ?
C'est même facile.
Eh bien ! samedi, dans la matinée, je viendrai toucher mes fonds...
Ils seront prêts...
Gabriel Savanne s'était levé ; il allait se retirer, mais avant de prendre congé du notaire, il lui dit :
Si vous voyez Daniel, et si vous lui parlez de ma visite, je vous saurai gré de ne pas lui faire connaître lo motif principal de cette visite...
Les affaires de l'étude ne regardent personne, répliqua maître Robinet, et d'ailleurs le secret professionnel me fait une loi du silence.. Vous pouvez être absolument certain de ma discré. tion à l’endroit de monsieur votre frère mon cher capitaine... ,
Je vous remercie...
Et après avoir serré affectueusement la main du notaire, l'officier de marine sortit du cabinet, puis de l’étude,
Le docteur Bordet n’avait point ou.
blié ls promesse faite par lui à sa malade
de lui envoyer un prêtre à qui la pauvre.
USD SR + A RO PU UN CONS CRE ir Dour gp
dd bords =