‹ La Fille de l'officier de Marine [microforme]Chapitre 9 sur 84 · PRIS · texte numérisé non relu

PRIS

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rdent et, et | me ouvez liscré.

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alade uvre:

Por eme Hé es see

ss: AT où

femme voulait ouvrir son âme avant de dire à la vie un suprême adieu,

Le soir de ce même jour le curé de Saint-Ouen, un vénérable ecclésiastique dont le grand cœur égalait la foi arden.

teet l’inépuisable charité, venait s’as.

seoir au chevet de Germaine,

Il reçut sa confession, prononça les paroles qui absolvent et qui consolent, administra à l’agonisante les derniers sacrements et ne la quitta que lors.

qu’elle fut prête à mourir en chétienne, purifiée et résignée,

.Le docteur avait dit à la mère Auin :

—Attendes-vous à une catastrophe très prochaine... — Les jours et méme les heures de votre pensionnaire sont comptéer.......….

—Pauvre femme... pauvre mère... — avait murmuré, très émue, la maîtresse de l'hôtel garni — j'irai jusqu’au bout.

— J’adouoirai ses derniers moments au.

tant qu’il me sera possible de le faire,

Germaine s’éteignait, en effet, visi.

blement, comme une veilleuse dont la flamme tremblante pâlit, vacille et va disparaître avec la goutte d'huile épuigée. :

Elle sentait la vie se retirer d'elle, mais les affirmations rassurantes de M, Bordet relativement au sort de sa fille, les exhortations du prêtre qui, effaçant les fautes du passé, lui avait refait une âme sans tache, la rendaient très calme et ne laissaient nulle pensée de revolte arriver jusqu'à elle.

La mère Aubin, qui ne manquait jamais de monter la voir une ou deux fois par jour, la réconfortait de son mieux,

—ÆEndormes.vous en paix, ma pauvre enfant, — lui dit-elle, — et ne craignez rien pour votre chère petite Marthe, — Elle ne soufirira pas...…,.—On lui trouvera de bons et honnêtes protecteurs...

ae Germaine nr rod pour re

voyage, sans inquiétude pour l’a- Venir de sa Marthe adorée,

C'était le 28 décembre au matin, Le temps était gris, sounbre,glacial, un

de ces temps qui argmentent les souf, frauces des poitrinaires et qui rappro= chent l’heure fatale, La malade avait une mauvaise nuit, la respiration haletante, la gorge birée par une toux sèche qu’on en-

tendait à peine, car ses forces étaient à

bout.

Une petite lampe encore allumée brâlait, jetait un reflet sinistre sur la cou.

che de Germaine ‘au-dessus de laquelle planait la mort,

Un reste de charbon de terre achevait 4e se consumer dans le poële de fonte, entretenant une chaleur lourde et mé.

lant ses craquements sourds au faible râle de l’agonisante.

C'était profondément lugubre,

La petite Marthe, assise sur une chai. |

se basse tout près du lit, tenait serrée dans les siennes une des mains de sa mère et dévorait des yeux le pauvre visage amaigri que la sueur de la mort couvrait déjà.

De grosses larmes roulaient, une à une, sur 868 joues,

Une de ces larmes tomba sur les doigts de Germaine, produisant la sen.

sation d’une brûlure.

Les paupières de la malade se soule« vèrent,

Elle tourna lentement ses regards vers sa fille,

Elle la voyait encore, mais comme à travers un voile de vapeurs.

—Ne pleure pas, — dit-elle d’une voix si faible qu’elle ressemblait à un souffle, Sois courageuse, — Tu es née sous une mauvaise étoile... Tu as été élevée à l’école du malheur... 11 faut que tu sois forte pour supporter bravement les sonftrances que te réserve la vie...

Et tout en parlant, elle serrait convul.

y la main mignonne de sa fil.

—Maman...….…., Oh ! MAMAN, Dal« butia Marthe.

Germaine poursuivit, d’une voix de moins en moins distincte :

—C'est la fin, vois-tu, ma chérie!

C’est la fin !... J’entendsle bon Dieu.

il m'a à lui... Je ne serai bientôt plus de ce monde. ..,, Dans mon cha.

grin de te quitter, au moins j'emporte

SOce, étrangement douée.

re souffert, habitait ce corps de fil.

l'espérance... On m'a promis pour toi des protecteurs. Tu auras des amis, de bienvaillants amis qui te consoleront et qui veilleront sur toi...

the, la poitrine serrée, luttait de son mieux contre Peffroyble épouvante qui s’emparaît d’elle contre les angois.

ses qui lui étreignaient le cœur. .

pa Pro Ma petite maman chérie balbutia-t-elle, ne pouvent contenir plus longtemps les sanglots qui la suflo.

quaient.. Ne me dis Pas que tu vas par.

tir... Ne me dis Pas que tu vas partir

Ne me dis pas que je ne te reverrai plus...

—Dieu veut que je parte, que j'aille à lui, ma mignonne, et nous ne pou- VOns rien contre ses volontés...

—Mon Dieu... Mon Dieu... Mon Dieu *.bégayait l'enfant,

Germaine continua :

—Ecoute bien, Marthe... écoutemoi bien, ma Chérie... Dans quelques heures, dans quelque instants peut-être

e ne serai plus là.........Tu regteras seu- Oo AU Milieu d'étrangers, qui seront Charitables,bons, dévoués, mais dont l’af.

fection, si grande qu’elle 80it,

Elle comprenait l'horreur de Ja sépa.

ration et l’horreur aussi du vide qui suit In, k

vres frissonnantes sur le vi ede Ger.

maine qu’elle couvrait de balbutiait à travers ses sanglots :

e pen.

ser à toi, Jamais... jamais... jamais.

Le râle de Germaine s'accentua.

he eut peur,

—Maman...... cria-t.elle en inter.

rompant ses baisers, Maman

L’agonisante fit une effort dont elle

culer par la puissance de sa volonté, el.

le étendit son bras vers la commode a.

dossée à la muraille en face du lit.

—L.......dans un tiroir du haut, bé.

ne pourra h \ ressembler à l'amour maternel, d . de ésigné, l’ouvrait et rapportait à la mo. ne serai plus ]à, Marthe, pour te guider | ribonde l’objet demandé,

..... LU A8 une intelligence au-dessus

€ ton âge et tu es capable de me com.

prendre... J uré-mo0i, ma chérie, d’é.

tre toujours sage, toujours !........, Jure moi de ne jamais faillir aux devoirs que tu Connaîtras plus tard Less) Ure- Moi que jamais non plus le souvenir de ta ot à de ta mère qui t’aiorait, mon en.

verts d'écriture et une lettre renfermée dans une enveloppe déchirée à demi,

regards atones, vitreux déjà, se fixèrent

le distinguait vaguement, comme au mi.

lieu d’un brouillard intense,

C'était ur: lettre de Gabriel...

La seule qu’elle possédât de lui,

L’unique lettre qu'il lui eut écrite a.

vant qu’elle se donnât à lui,

C’était l’aveu de cet amour auquel la Pauvre enfant n'avait pas su résister et qui devait l'arracher à sn mère .....e

C'étaient les promesses décevantes de l’amant,...., Ë + Le seul souvenir matériel enfin qui La mort de sa mère lui apparaissait | lui restât du père de sa fiile Somme la plus effroyable des catastro.

es.

OU avons déjà dit à nos lecteurs combien Marthe était une enfant pré.

À sept ans et demi elle avait l'intelli.

£ence d’une jeune fflle, tout en conser.

vant la pureté de cristal de son cœur et de sa pensée,

On aurait Pu croire

é qu’une âme é- Prouvée déjà, une âme

syant raisonné, ette,

Alors le passé tout entier reparut de- VAR S6s Jeux prêts à s’éteindre,

LR nt ep nt rs nel nee en me Lu vr in nues eee

—æ- ne

la sépa.

‘qui suit

Une lueur de haine et de colère s’al.

luma dans les prunelles de Germaine.

is cette lueur farouche s’éteignit

aussitôt et la mourante prit et garda Ronan? quelques secondes une attitu-

e extatique, semblant s’absorber dans UN TÊVE.sosus 0

Un rêve 1...

Le dernier qu’elle dût faire, hélas !

Puis ses yeux, un instant fermés, se rouvrirent,

—Marthe, ma chérie,— murmura-t-

elle, — cette lettre est de ton père...

—De mon pèrs— répéta !’enfant, se.

couée par un tremblement soudain,

Germaine poursuivit, d'une voix de plus en plus faible :

—Tu ne le connaîtras jamais sans doute. U'est pour lui que ma pauvre mère a dû re maudire, car par lui j'étais devenue une fille ingrate et sans cœur. C’est par lui que j'ai souffert :

C'est par lui que je meurs. Mais Dieu nous commande le pardon, Un de ses représentants sur la terre est venu hier, m'a absous de mes fautes et au nom du souverain juge m'a pardonné |! Je ne peux être moins miséricordieuse pour celui qui m'a fait tant de mai que ne l’a été pour moi Dieu que j'avais tant offen- 86 !Je pardonne à ton père, j'oublie toutle mal qu'il m'a fait ! Tu feras comme moi, mon enfant chérie, tu n'auras point de haine pour celui qui devrait être là et te protéger, Tu lui pardonneras de ne t'avoir donné ni son nom, nisa tendresse, et de te laisser seule au monde ! Oublie, chère Marthe et brûle cette lettre.

—Mère, je t'obéis, répondit l'enfant en prenant la lettre que (ermaine lui tendait, je pardonne et j'oublie.

Et soulevant le couvercle du petit poêle, elle laissa tomber sur la houille, ardente encore, le papier qui s'enflam-

La tête de Germaine Sollier était retombée sur les oreillers,

Un long soupir, d’une expression déchirante, s’échappa de son gosier. Son visage, déjà ei pâle, devint livide.

— au, maman ! s'écria Marthe £&.

pouvantée,

L’agonisante balbutia ces mots entre.

coupés.

—Mme Aubin, vite, qu’elle vienne, va la chercher,

L’enfant affolée sortit de la chambre s’élança dans l’escalier qu’elle descen.

dit comme une trombe et, franchissant le seuil du restaurant, elle oourut à Mme Aubin qui se trouvait à son comptoir, et la saisissant par la main.

— Venez, venes, bonne madame Aubin, fit-elle en sanglotant. Ma petite mère se meurt, elle vous demande, ve.

nez vite.

La bonne femme poussa une exclamation sourde, et bouleversée par une

rofonde émotion suivit l’anfant qui ‘entraînait, Les servantes avaient entendu, et très apitoyées, les braves filles s’essuyaient les yeux.

En arrivant dans la chambre de sa locataire, la logeuse se dirigea vivement vers le lit,

—fermaine l’entendit piutôt qu’elle ne la vit:

. Ses yeux n'avaient plus de regard, emplis déjà de la vision vague encore de l’au delà.

—C’est finimadame Aubin,balbutia la pauvre femme d’une voix à peine dis.

tincte,c’est bien fini,ailez, Merci du fond du cœur de vos bons soins et de vos bons services,c’est Dieu qui vous rendra cela, Je vous laisse ma pauvre orpheline,soyes pour elle ce que vous avez été pour moi, voyez M. le docteur Bordet. Voici mon nom de naissance et celui de Marthe, vous y trouverez mon nom de famille, je vous l'avais toujours caché, j'avais honte,

Etc Germaine tendait à Mme Aubin les deux feuilles de papier timbré tirées par elle du coffret de noyer avec la letdr de Gabiel Savanne, brûlée par Marthe.

Mme Aubin, quine pouvait retenir ses larmes prit ies deux papiers,

Germaine râlait.

Ses mains se soulevèrent et s'agitè.

rent dans le vide,

Elle cherche sa fille que ses yeux ne voyaient plus,

En en me or nom pe nc ménomnne

Marthe comprit et se jeta dans ses bras.

La pauvre mère la saisit, l’attira à elle la serra contre son cœur avec une ardeur passionnée qui survivait même à la vie, colla ses lèvres déjà glacées sur le front de l'enfant, et lui donna un dernier baiser en rendant son âme À Dieu

8 un dernier soupir,

L’étreinte passionnée se dénoua,

Les bras retombèrent inertes,

C'était fini.

Le désespoir de Marthe fut effrayant, ; oué cris etses gémissements fendaient

Elle ne pouvait se détacher du cadavre de sa mère que ses faibles bras ser.

ralent convulsivement,

D'une main très douce, avec beau- Coup delenteur, Lime Aubin souleva l'enfant ei la mit à terre,

—A genoux, ma mignonne. ..... lui dit.s!le,

Marthe s’ageuovilla,

Le brave iogeuse ar fit autant-

Et tontes deux prirent en pleurant pour celle qui n'était plus, pour la pau.

vre mariyre de Ja vie.

Au rez.le-chaussée une grande anima.

tion régnait daus l'établissement de Mme Aubin, malgré le drarne sinistre qui se dénouait au second étage de l'hôtel meub'é dontle restaurant était l'an.

nexe.

Nous croyons avoir déjà dit que la

. clientèle était norabreuse et se com

sait en grande partie des ouvriers et ouvrières employés dans les usines avoisi.

uantes.

La mère Aubin occupait un person.

nel assez considérable,

Ce personnel se composait d'une cui.

sinière et de quatre filles de salle dont une belle et trans fille de vingt-deux ans, nommée Marie, prenait la direction lorsque la patronne était obligée de s’absenter, =

Elle avait de la tête, La Mürie, comme on l’apppelait vulgairement et Rose Catherine et Françoise, les sérvantes en sous-ordre lui obéissaient aû doigt et

à l'œil

Toutes les quatre, en ce moment, al.

— WU —

| laient, venaient, À ren opt bousculées, portant des piles ’asiettes, des monceaux de cuillers, de fourchettes, et de couteaux.

— Allons, allons, dépêchons-nous, Ro.

se, Uatherine ! ! criait Le Marie qui rem.

L'anerss au comptoir des bouteilles et.

es demi-bouteilles, 1l s’agit de montrer

à la patronne que son absence ne nous donne pas envie de flâner,.…….

—C'est vrai que nous ne sommes pas €n avance, répliqua Cathérine:

Rose appuya :

—Akh ! mais non! les cloches “d’onze heures vont bientôt sonner dans les fa.

briques, et nos habitués rappliqueront ici dare dare !

—Dam ! fit observer Françoise, C’est bien naturel. Ils n’ont qu'une heure pour déjeuner et l'appétit est Bonne le matin, elle est très bonne Pappétit.

Tout en échangesnt ces phrases ha.

chées, les servantes alignaient preste. ment sur la toile cirée cestables les as.

siettes flanquées de verres aux parois assez épaisses pour pouvoir supporter les chocs les plus rudes, et les souverts en métal blanc brillant comme de l’ar.

gent,

La Marie cria :

— Francçoise, du charbon dars le poéle, Catherine, dépêche-toi de couper du

ain, Rose, mets de la moutarde dans

es pots, La jeune fille fut immédiatement oéie,

En ce moment s'ouvrit la porte de la salle donnent sur le quai, et une vieille femme, un litre vide à la “ain, entra dans le restaurant et se dirigea vers le comptoir d’étain où se détuillait le vin à emporter,

onjour, Marie, bonjour, me fille, —fit

la cliente en posant sa bouteille sur le comptoir,

Bonjour, maman Montier, répondit Marie, Ça va bien ?

Ça boulotte, merci, Donne-moi un li.

tre, mon enfant,

À Quatorze ?

Oui-

Je vas vous servir,

me Aubit est donc absente, ce ma.

tin ? reprit maman Moutier,

La patronne ? Elle est auprès d’une de nos locataires qui se meurt,

Est-ce que ça serait la Germaine, l'ouvrière de usine des couleurs et vernis Qu’a une petite fille si gentille ?

Oui, maman Montier, c'est elle-mé.

me,

Pauvre mère ! pauvre miochette | Qu'est-ce qu’elle va devenir, elle ?..…..

La Marie n'était pas causeuse et l’ouvrage pressait,

oici votre litre, maman Montier..….

dit-elle en coupant court à la conversation et en tendant à la vieille femme le litre qu’elle venait de remplir,

Tu inscriras ça sur mon compte.,-— fit la cliente en prenant la boutelle.

Oui, maman Montier.

Et elle inscrivit la fourniture sur une ardoise placée derrière le comptoir, tandis que la cliente se dirigeait vers la porte.

Sur le seuil elle se rencontra avec Ma.

gloire le Manchot qui poussait son or.

æue-orchsstre devant lui,

—Bonjour, les enfants! fit.il d’une voix joyeuse en entrant dans la salle,

Quatre voix répondirent :

Bonjour, monsieur Magloire,

Est-ce que vous avez peur que vo.

tre orgue s’enrhume, que vous le rentrez dans l'établissement? fit Marie en riant.

En tout cas le froid pourrait geler les sons qu’il a dans le gosier! répliqua Magloire,

Puis se rapprochant de la jeune fille :

—Ma petite Marie, lui dit-il d’un ton galant, tu sais tout ce que je te

suis, et encore autre chose quand tu

vou

—On la connaît, l’autre chosr.. C’est pas encore aujourd’hui, mon petit Ma.

oire, que nous passerons à la marie...

ous venes déjeunsr f

—Oui, et avec une fringale à vider toutes les casseroles de l'établissement,

| n’aures plus faim, ilen restera encore pour les autres...

Vous aurez votre plat de prédilection ajouta Caherine, des saucisses aux choux.

Des soucisses aux choux ! répéta Ma.

gloire en se léchant les lévres d'avance avec senssualité. Ah! mes enfants, il n’y a rien de pareil ! Les saucissesaux choux voyez-vous,c’est autrement fameux que les truffes

Vous en avez mangé des truffes, vous, Magloire ? demanda Françoise,

Jamais de la vie, mais j'en ai vu à la devanture des marchands de boutifail.

es. ;

Ça n'est pas beau, c'est noir, on dirait des pommes de terre malades.

Tout en causant le manchot s'était approché du poêle et chauïtait les doigts de la seule main qui lui restät.

Marie avait quitté le comptoir pour venir à lui,

Avez-vous donc fni déjà votre tour.

née du matin ? lui dit-elle,

Tourner la manivelle vendant trois heures d'horloge par ce froid-là ça suffit répliqua Magloire, mais ça n’a pas biché, J'ai eu beau moudre mes plus beaux airs jusqu’à en perdre la respiration, je n’ai pas récolté de quoi me payer seu.

lement un ordinaire. Il y a longtemps que ça ne m'était arrivé de faire un

“four pareil, C'est la faute des douse degrés au-dessous de zéro. Les bourgeois s’enferment chez eux et n’osent point mettre le nez à la fenêtre de peur qu’il ne gèle,

Les douze degrés ne vous ont toujours pas gelé la main droite, fit Marie en Mer hi : fl

e uez pas mon moignon, ma fil.

le! s'écris le manchot, si ma main droi.

te mianque à l'appel c’est que je l'ai laissée là-bas, dans la brousse, au Tonkin, Une balle des Pavillons. Noirs (oh!

les sales bêtes 1) me l’a cueillie propre.

ment, mais non sans douleur, dans les rangs du 4° régiment d'infanterie de marine ! Si ya ne m’était point arrivé, vous devez bien comprendre que je ne mM'amuserais pas à promener sur ia rou.

te un buffet comme celui-là !

Il désignait son orgue.

J'aurais renris mon état en quittant le service, continua-t-il ?

Vous aviez un état!

Oui, et un peu chic, j'ose le dire, Mais, n'étant point gaucher, il fallait dire adieu à la gravure en taille-douce et chercher un truc pour er honnétement sa pitance quotidienne et soutenir la vieille mère qui n’avait pas de rentes. Ma médaille militaire me rapportait tout bêtement cent francs par an, c'était maigre ! Entrer aux In.

valides ? à mon âge, actif comme je suis, je m’y serais fait trop de mauvais san et puis il fallait penser à la vieille mère. J’aimais la musique | Je me dis un jour : Eh bien | j'en ferai, moi, de la musique ; je moudrai du 80h, et ça me donnera du pain ! Je demandai et j'obtins la permission de circuleravec mon orchestre ambulant, et depuis ce temps là, ça boulotte...….. je ne manque de rien...

Oui, et vous trouves moyen de venir en aide aux autres, à ceux qui souffrent on sait ça, m’sieu Magloire.

On fait ce qu’on peut, ma fille, On a.

masse no doucement un ma-

t qui prend du corps et qui me per- A de vous dire bientôt : Ma petite, Marie, allons-y carrément !.. pascons devant la sous-ventière de M, le maire et le surplis de M. le curé, et appelesvous Mme Magloire !

Oh ! ça ne presse pas!

Les servantes, ayant terminé lo plus gros de leur besogne, s'étaient rappro.

chées pour écouter le manchot,

—La Marie trouve que vous avez la tête trop près du bonnet, fit observer Catherine. Pas vrai, Marie ?

Bien sûr, répondit la jeune fille, et je n’aime pas qu’on s’emporte pour un oui

en sr un non.

oire prit une pose,

Je “is Français et troubadour ! dit.il je ne batterai jamais ma femme,

Hum ! c'est à savoir,

Æt puis de la main gauche, continuat-il, ça n'aurait pas d’importance,

L’ailleurs la:musique adoucit les caractères c'estconcu, Voulez-vous que je vous joue un petit air pour vous attendrir quelque chose de sentimental ?

Hein, ça va-t-il ?

Il se dirigea vers son orgue,

Marie l’arrêta,

Non, non, pas de musique ce matin, dit-elle vivement. Nous avons dans la maison une pauvre femme à l’agonie, et qui est peut.être morte en ce mo.

ment.

Le visage de Magloire avait instanta.

nément changé d’expression,

De gai il était devenu grave.

L’ouvrière de l’usine de couleurs’ et vernis que soignait le docteur Bordet ?

demanda-t.il,

Oui. Tout à l’heure la petite est venue en sanglotant appeler la patronne que sa mère voulait voir.

Ah ! misère ! fit le manchot avec un nes de compassion, C'était prévu, ça |

auvre femme ! Pauvre petiot !

La porte du restaurent venait de s'ouvrir de nouveau,

Claude Grivot, le contremaître de l'a:

telier des ajusteurs-mécaniciens de l’usine Richard Vernière entra en soufflant dans ses mains.

À déjeuner et vivement Rose, tit-ilen se dirigeant vers l’un des cabinets parti.

de qui flanquaient la grande sal.

La cloche de one hcure a-t.elle sonné.

Non, mais il faut que j'aille à Saint- Denis inspecter des travaux et que je sois de retour à midi pour la rentrée des ouvriers,

ï On ve vous servir monsieur Clau.

Catherine occupe-toi de M. Grivot,

Le contremaître était entré dans le cabinet vers lequel nous l’avons vu se

ger.

Magloire le suivit de l'œil.

Oh ! là ! là ! quel malheur igrommela-t-il, Mince de pose | Un cabinet par.

ticulier à ce mosnieu parce qu’il est contre maitre ! Si ça ne fait pas suer malgré le froid ! Comme s’il ne pouvait pas boulotter son ordinaire auprès des camarades dans la salle cemmune, en trinquant avec eux |!

Marie avait entendu,

Un contremaître doit. conserver sa distance avec les ouvriers,répliqua-t-elle, Quand vous éties au régiment, vous,est-

ce que vos sous-officiers mang-aient à la même elle que vous ?

Ça leur est arrivé plus souvent que vous ne le croyes, ma fille, Mais vo.

tre Claude Grivot est un faiseur dépat6 1 Ah ! sapristoche | on peut dire que voilà un paroissien dont la physiono.

mie ne me revient !

C’est un bon ouvrier, très estimé de son patron,

On peut être un bon ouvrier et en

même temps un mauvais gueux ! Enfin

ça ne me regarde pas, Servez-moi mon ordinaire et une forte portion de saucisses aux choux,

Un cinquième ?

Une demi-bouteille, et quatre sous de

ain. Je me sens un appétit à ne fer une miette d’un pain de quatre livres.

Le manchot se mit à table,

En ce moment un jeune homme de bonne mine,vôêtu avec une élégante simplicité, franchissait le seuil de l’établissement. ê

Ses traits étaient réguliers, ses yeux fancs et intelligents, sa bouche sourian-

te,

Une barbe légère et taillée en pointe encadrait son visage sympathique.

Tel était succinctement le portrait du beau garçon qui venait, non pour-la première fois, s'établir dans le restaurant de la mère Aubin, :

Eu le voyant entrer Rose alla vivement à lui, '

Ah ! monsieur Henri ! sécria-t-elle d’un ton joyeux, Comme il y a longtemps qu'on vous avait vu !

En eflet, ma bonne Rose,

Vous venes déjeuner, monsieur Hen.

ri

Si c’est possible, ;

Je vous crois, que c'est. possible | et même que vous déjeunerez bien ! la carte du jour est fameuse |!

J'étais venu ce matin à Saint-Ouen pour surprendre M. Vernière et lui demander à déjeuner,mais j’ai trouvé visage de bois. Mme Véronique, la concier.

ge de lusine, m'a dit que ie paërcr é:aié à Paris et ne serait de retour qu’sases tard dans l'après-midi, Alors je suis veau chercher ches la mère Aubin lere-

Pet CU

pas que je ne trouvais point à l’usine, 3-vous un cabinet particulier ?

Pas le moins du monde. Servez-moi dans cette salle, à l’une de ces tables où je me suis assis déjà plus d’une fois, Je n’évite point le contact des travail.

leurs. Je les aime.

Fh bien ! choisissez votre place, mon.

sieur Henri, je vais vous apporter la carteet vous ferez votre menu. Donnes-moi votre pardessus et votre cha.

peau Le jeuñe homme fit ce que lui de. mandait la servante et'alla prendre sa place à la table où se trouvait déjà le Joueur d'orgue quise disait :

Eh bien, à la bonne heure! Pas fier, celui-là, au moius ! et pourtant il est de la haute, ça se voit. Uue bonne figure,

Un brave garçon, j'en répondrais,

Rose s’était approchée.

Et monsieur votre papa, demanda.t.

elle au jeune homme, en avez-vous des nouvelles ?

J’en ai reçu il y a deux mois,

Toujours en mer, le capitaine Gabriel.

le Savanne ?

C’est son métier, mon enfant,

C’est égal, avec ce métier-là, on reste trop longtemps loin de sa famille,

h ! cela, c’est bien vrai! fit Henri Savanne avec un soupir, voici près de huit ans que je n’ai vu mon père, J’a.

vais seise ans quand il est parti,

Huit ans de voyages ! fit Rose avea stupeur,

Hélas ! oui, huit ans !

pe vous ne savez pas quand il revien.

Non. Le sait.il lui-même ?

Magloire le manchot jugea le moment favorable pour intervenir, en se mêlant sans façon à la conversation,

Ah! on ne fait ue ce que l’on veut dans la marine | dit.il, j’en sais quelque chose, moi qui ai fait tout mon congé, et du rabiot encore, aux colonies,

Vous étiez matelot, monsieur ? de.

manda Henri Sayanne,

Marsouin au quatrième d'infanterie äe marine. Biéssé et médaillé au Ton.

Rose interrompit l’entretien,

RS Ne

re mr D ARE du

ART PRE IRD Ton

n rap de ntpneens— —"" eee teens

mg sé ts ”

Aves-vous décidé votre menu, monsieur Henri ? demanda.t-elle.

Oui, Rose... Deux œufs frais, une côtelette, une trarche de jambon et un Morceau de fromage, cela me sufhra,

Quel fromage ?

Brie ou Calommiers..

D'une voix vibrante de soprano Rose, tournée vers la porte de la cuisine,com.

manda :

Deux œufs coque..., côtelette pommes frites... jambon... Coulom.

tiers...

Puis, revenant au jeune homme :

Quel vin, monsieur Henri ?

Une bouteille de votre vieux côte nl acques... Je le connais...il est

Côte Saint-Jacqnes cachet vert, une !

cria Roses à la Marie qui remplissait plus particulièrement les fonctions de sommelier et qui s’empressa d’aller à la cave chercher ia bouteille demandée.

Onze heures sonnaient à l'horloge accrochée au-dessus du comptoir,

De tous côtés au dehors, tintèrent les vloches des usines avoisinantes, annonçant la sortie des ateliers et l'heure du déjeuner.

Avant que trois minutes se fussent écoulées,le restaurant de la mère Aubin était envahi,

Hommes, femmes, en vêtements de travail couverts de poussière, envahis.

saient les tables, prenant leurs places, commandant leurs repas.

Ce fut pendant quelques secondes un brouhaha indescriptible au rez-de-chaussée, au premier, dans les cabinets.

Les commandes se croisaient, les interjections se heurtaient,

Les servantes, sans perdre la tête, tâchaient de satisfaire tout le monde, de ne faire attendre personne au milieu de ce tapage infernal, auquel se mélaient les cliquetis des verres et le bruisse.

ment des fourchettes

Une acalmie se produisit enfin et au tapage succéda le bruit sourd des mâic ee fonctionnant pghesrnts ï

8 uns mangeaient en par AU tres en lisant leur journal, faisant ainsi deux besognes à la fois.

Un homme entra après les autres, te.

nant son mouchoir sur ses yeux, et ju- ‘rant comme un é.

Eh bien 1 qu'est-ce qu'il a donc, monsieur Vide-Gousset ? lui demanda Marie, vous toujours le premier à Ja poupe vous arrives le dernier aujourd’.

ui,

Ah ! la soupe! Tonnerre ! répondit furieusement l’ouvrier que nous venons d'entendre nommer Vide-Gousset, je voudrais bien l’avoir dans l'œil à la pla.

ce du morceau de limaille qui me fait souffrir le martyre,

Et le pauvre &arçon, enlevant son mouchoir, mit à découvertun œil en-

armé, rouge, pleurant, dont la paupière battait d’une façon presque con.

vulsive.

Ah ! pour sûr que çs doit vous. faire rudement bobo, cette machinaille-là s’6.

cria Marie compatissante,

Donnez-moi de l’eau fraîche, ma fille, fit le mécanicien qui se tordait sous la douleur causée par la limaille de ter la.

bourant la cornée de son œil, Je vais tâcher de faire ça... J'en deviendraia enragé |

Henri Savanne, en entendant les plaintes de Vide-Gousset, s’était tourné du côté du nouveau venu.

Les explications données à la Marie par l'ouvrier luifirent froncer le sourcil,

Lorsque Vide-Gousset demanda de l’eau froide, il quitta précipitémment sa place et s’6lança vers lui,

Voulez-vous me permettre de vous soigner ? lui dit:il,

Le mécanicien essaya de regarder son interlocuteur,

Qu'est-ce que vous pourrez à ça ? de-

manda.t-il d’un ton brutal.

Dans quelques secondes vous ne souffrirez plüs.

Tonnerre de tonnerre ! dépêches-vous alors ! Ce que j’ai dans le châssis me dé.

chire, me brûle, me rend fou ! je deviens enragé |

Henri Savanne avait tiré de sa poche

1x, et ju-

a donc, demanda aier à Ja aujourd’.

répondit us venons usset, je L à la pla.

me fait

vant son œil enla paujue con.

ous . faire ille-là 8°6ma fille, , SOUS la le ter la.

Je vais viendraia

lant les it tourné

a Marie le sour-

nda de ment sa

de vous rder son ça ? dene souf-

les- vous , me dé.

leviens

à poche

une trousse garnie d'instruments d’aciers de différentes formes,

Il en choisit un, mince et flexible, portant enchâssée dans la pointe aplatie une pierre lisse, noir jetant sous les regards des reflets métalliques,

Puis prenant une chaise, illa porta prèsde l'une des fenêtres éclairant la sal.

le et dit à l'ouvrier :

Asseyez-vous là, et n'ayez aucune crainte,

Vide-Gousset, toujours jurant et gei.

ant, mais néanmoins un peu récon.

orté par l'assurance avec laquelle ce jeune homme inconnu lui promettait un soulagement immédiat, prit place sur la chaise,

—Penches votre tête en arrière, commanda Henri Savanne,

L’ouvrier ob&it,

De tous les côtés, à toutes les tables, les clients de la mère Aubin avaient in.

terrompu leur déjeuner,

Tous les regards se tournaient vers cet adolescent à la mise élégante, au vi.

sage sympathique, qui malgré sa grande jeunesse imposait le respect et l’obéis.

sance.

Un grand silence se fit,

Henri Savaune appuya la tête de Vi.

de-Gousset sur sa poitrine, et de la moin gauche, avec une admirable dex.

térité, il écarta les paupières de l'œil malade. a

Alors, de la main droite, il glissa entre ces paupières la pointe de son instrumeni qu'il fit marcher légèrement et lentement de droite à gauche et de gauche à droite sur le globe de l'œil.

Après avoir prolongé cette inoftensive opération pendant deux ou trois secon.

des, il retira sont instrument dont il regarda l'extrémité,

Vide-Gousset s'était redressé d’un mouvement brusque, ne souffrant plus, débarrassé de la limaille de fer qui, en sautant de son étau, lui était entrée dans l'œil.

—Ah! par exemple, elle est forte, celle-là I—s'écria.t.il les yeux grands ouverts,

Je ne sens plus rien! Vous avez retiré le soliveau sans y toucher? Vous êtes donc sorcier, vous !

Non, répondit Henri Savanne en riant, il n’y a aucune sorcellerie dans mon affaire, Je fais mes études pour de.

venir oculiste, je suis élève à l’hospice des Quinse-Vingts, L'opération que je viens de vous faire subir (si cela peut s’appeler une opération) est des plus élémentaires, et je m'étonne que tra.

vaillant à l'usine, maniant la lime et le marteau, vous ne Connaissiez pas la manière de vous débarrasser des scories métalliques qui peuvent vous aveugler à toute heure,

Vous avies des gr d’acier sous

les paupières, la était dangereux

pour votre vue, étant données les com.

plications certaines résultant de leur résence, Vous n’avez plus rien à crain.

d re, les parcelles sont extraites. . Voyez.

es...

Et Henri Savanne présentait au mé.

canicien ébahi l’extrémité de son ins.

trument.

Vide-Gousset regarda. \

—Ces petites machinailles noires qui sont au bout de votre mécanique c'est ce que j’avais dans mon orbite gauche ?

demanda-t-il,

Mon Dieu, oui,

Et comment qu’elles sont parties ?

C’est bien simple. Cet outil eat termi.

vé par une pierre d’aimant d’une grande puissance, En vous l’introduisant sous les paupières la limaille d'acier at.

tirée par l’aimant est venue s’y attacher et je n'ai eu qu'à retirer l'instrument pour que vous soyez débarrassé,

Un hourrah formidable accueillit les dernières paroles du futur oculiste, On battit des mains et les ouvriers, quit.

tant leurs tables, se pressèrent autour de lui afin de le féliciter.

Vide Gousset, pour témoigner sa joie, exécutait un cavalier ssul de la plus haute fantaisie, lançant sa jambe droite à uue hauteur invraisemblable.

Henri Savanne n’abréges point sans peine l’ovation qui lui était faite, Ily parvint cependant et retourna se met.

tre à table après avoir serré les mains tendues vers lui.

L'opéré s'installa dons un coin où criant à Rose :

Un bœuf nature pour deuxet qu’il y

RE RE SR Er re

en ait pour trois. J’ai une faim de loup maintenant. Paraîtrait que la limaille dans les mirettes est un apéritif ! !

Tout le monde se mit à rire et les mâchoires reprirent lour fonstionnement un instant interrompu.

Claude Grivot sortit du cabinet où il avait pris son repas et où s’étaient attablés avec lui les autres contremaîtres et les dessinateurs de l’usine Vernière,

Il salua Henri Savanne qu'il avait eu l’occasion de voir plusieurs fois chez son patron etil quitta l'établissement pou enfourcher sa bicyclette et se ren.

à Saint-Denis où nous savons qu’il allait inspecter les travaux commencés depuis deux jours,

absence prolongée de la mère Aubin, qui d’habitude ne dquittait guère le comptoir aux heures des repas, semblait singulièré à beaucoup de ses clients,

Une femme, plus intriguée encore et plus curieuse que les autres, demanda tout à coup :

—Eh ! la Marie, est-ce que la patron.

ne est malade qu’on ne la voit pas aujourd’hui ?

—Non, Dieu merci ! répondit, la servante, vous vous plaindriez tous, de cette maladie.là ! Elle est en ce moment auprès d’une de nos locataires, Mme Germaine.

Germaine de notre fabrique,

—Oui,

Est-ce qu'elle va plus mal? Est-ce qu’elle souffre davantage ?

Elle ne souftre peut-être plus en ce moment, car elle est peut-être morte,

Ce mot : Morte ! le plus terrible, le

lus effrayant qui existe dans toutes Les langues, fit passer un frisson sur la chair de ceux qui l'entendirent.

Morte ! répéta l'interlocutrice de Ro.

se, quel malheur! Ah! la pauvre femme!

Une si brave mère, qui 86 tuait à la pei-

- de pour nourrir son enfant.

ne gentille gosseline de sept à huit fit une ouvrière, t pas de mari... ..dit une troisiè.

me.

Non, pas de mari ! reprit celle qui a-

l'aura entortillée, puis abandonnée, la chère brave créature ! Ah! les gredins d'hommes, aïouta-t-elle avec une colère sourde, ah!les gueux, qui pour satisfaire un caprice jettent une pauvre ‘fille dans la misère avec un enfant, en lui laissant le choix entre se flanquer dans la rivière ou se traîner dans le ruisseau car toutes n'ont pas le courage de Ger.

maine qui meurt à la tâche! Ah! les bandits, c'est la guillotine qu’ils méritaient !

Les hommes présents baissaient le nez sans répondre.

Les femmes âapprouvaient hautement,

Elle a raison ! ! Elle a raison ! ! répétaient-elles en hochant la tête,

La porto donnant sur le quai s’ouvrit et Véronique, la gardienne de l’usine de Richard Vermière, entra, tenant à la rire un porte-bouteilles en fer galva-

Presque toutle monde la connais

sait.

On lui souhaita le bonjour.

Véronique rendit les saluts et se dirigea vers le comptoir.

Je viens renouveler ma provision de vin, dit-elle à Marie... Donnez-moi six litres à quatorze sous, comme d’habitude,

Tout de suite, madame Véronique.

Je vais vous servir... Vous n’attendrez pas, répondit Rose.

Et prenant le panier à bouteilles, elle descendit à ia cave.

Mme Véronique avait aperçu M. Henri Savanne et le manchot Magloire dé.

jeunant à la même table.

Elle avait salué l’un et tendu la main à l’autre.

La digne concierge estimait beaucoup le joueur d’orgue ; elle faisait plus que l’estimait, elle l’aimait sachant combien il avait bon cœur.

Personne dans Saint-Ouen, ne se serait avisé de mettre en doute la nature charitable de la mère Aubin,

Jamais elle n’avait refusé d'ouvrir un large crédit aux ouvriers gênés. Vingt

vait parlé la première; un chenapan i fois, cent fois, dupe de sa généreuse

que.

endrez

es, elle

confiance, elle avait perdu de l'argent

ess dés 7e peu mp 4 qui ne empêchait point d’agir de même, aus-

sitôt que Tosoasion se représentait.

Mieux vaut être trompé que d'être impitoyable, ....000 disait.elle volontiers,

Elle n’en était d’ailleurs pas plus pauvre et elle se sentait plus heureuse.

Son commerce prospèrait et, veuve saus enfants, elle ne songeait point à entasser,

Elle avait tendrement aimé son mari un brave et digne ouvrier, et adoré son fils unique, charmant garçon, mort à seize ans,

Ayent travaillé sans cesse depuis sa prime jeunesse, connaissant les luttes Rovs l'existence, ses désillusions, ses

oulevrs, elle savait, l’excellente fem. me, combien la vie est souvent difficile et dure pour les travailleurs,

Elle aflectionnæit Germaine, qui avait trimé comme elle, mais qui succombajt Elle aimait Marthe en souvenir de

l’ecsant tant regretté qu’elle avait per.

du.

Aussi lorsqu'elle vit la pauvre ‘Germaiue s’éteindre dans les bras et sous les baisèrs de Marthe, un sanglot s'était échappé de ca poitrine tandis que ses pleurs jaillisssient et que son cœur se serrait doüloureusement,

Cette créature si jeune encore mourant isolée, sans mère à côté d’elle pour lui donner les derniers soins, pour recevoir son dernier soupir, sans mari pour lui fermer les yeux ; cette orpheline restant seule au monde, tout cela l’émut et la remua jusqu’au fond des entrailles,

Je serai sa mère, moi, se dit-elle en embrassant Marthe, et je ferai pour el.

le ce que ferait sa mère.

Alors elle avait habillé la morte, lui faisant la suprême toilette, la toilette de la tombe,

Pour cela elle était allée dans sa chambre,elle avait fouillé son armoire et choisi dans son linge ce qu'elle avait de plus

Ue Elle apporta aussi une branche de buis et un crucifix accrochés à la tête

de son lit, une pêtite bouteille d’eau bé. | continuaient à déjeuner sans bruit.

nite qu’elle conservait comme une re.

lique sacrée depuis la mort de son mari et de son fils,

A toutes ces choses elle joignit un paquet de bougies, et tandis que Marthe pleurait en proie au plus violent déses.

poir, elle s’occupa à parer la pauvre abandonnée pour la mise au cercueil,

Elle plaça ensuite le crucifix sur. la poitrine de la morte, versa dans une as.

siette de l’eau bénite,où trompa la bran.

che de buis qu’elle disposa sur une pe.

tite table auprès du lit,

Ensuite elle alluma des bougies et ferma les volets de la chambre.

C'était la chappelle ardente du pau.

vre.

Ce lugubre travail avait demandé beaucoup de temps,

La mère Aubin ne se préoccupait ni de son restaurant, ni de l'heure du déjeuner des ouvriers.

Elle n’y pensait même pas,

Auprès du cadavre de Germaine Sollier elle oubliait tout, ne songeant qu’à la morte-et à l’orpheline.

Marthe pleurait toujours et, de seconde en seconde, de longs sanglots soulevaient ses frôles épaules,

La mère Aubin la prit par la main, et d’une voix très basse, comme si elle eût craint de troubler le sommeil de la pau.

vre créature qui ne devait plus se révei!

ler, elle lui dit :

Viens avec moi, ma petite fille, Tu ne peux pas rester ici en ce moment,

Marthe jeta un regard noyé de larmes sur le corps inanimé de sa mère, et dégageant ses mignonnes mains tremblantes qu’elle joignit et qu’elle tendit vers Je lit, elle baibutia d’une voix sourde, brisée, à peine distincte :

Non, non, je ne veux pas quitter ma

peine mère, je veux veiller près d'el.

On veillera, ma chérie, je te le promets répliqua la mère Aubin. Mais pas toi, C’est impossible, cela te ferait beaucoup de mal

Et, prenant l’enfant entre ses bras elle lui fit quitter la chambre mortuai-

re, Dane la salle du restanrant les clionts

se

Les conversations se faisaient à demi.

voix,

L'annonce de la mort prochaine de la locataire de Mme Aubin avait assombri tous les convives, ,

Mme Véronique attendait le retour de la Marie, descendue à la cave pour y chercher la provision de vin deman-

Les filles de salle servaient le café dans de lourdes tasses accompagnées d’un carafon de cognac rayé de lignes

. transversales dont chacune indiquait

un petit verre.

énri Savanne examinait avec intérôt les ouvriers attablés, dont quelques.

uns offraient à ses yeux d’'observateur des types originaux et curieux.

La porte qui mettait en communication la grande salle et le couloir couduisant aux chambres de l'hôtel garni s'ouvrit lentement, et la mère Aubin uns le visage bouleversé, tenant par

main la petite Marthe dont la poi-.

trine se soulevait, contractée par des spasmes doulourex, et dont les joues 6.

taient baignées de larmes. .

Au moment de leur entrée toutes les conversations cessèrent et tous les regards se fixèrent sur la vieille femme et sur la petite fille que beaucoup connaissaient.

En voyant les traits décomposés de la mère Aubin et le désespoir de l’enfant, chacun comprit ce qui venait de se passer.

ne femme, une mère de famille, faisant partie de l'atelier où avait travaillé Germaine, interrcgea la patronne de l'établissement.

Plus d'espoir, n'est-ce pas flui demanda-t-elle à demi-voix.

Suffoquant, la mère Aubin‘appuya sa main sur la tête de la petite Marthe et répondit ces mots qu'on devina plutôt qu’on ne les entendit :

Elie est orpheline.

Un sourd murmure de compassion s'éleva, puis s'éteignit, et un silence profond régna.

Catherine, commanda ls mère Aubin à l’une des servantes, monte au numéro

17 at vaille auprès de le nongha fassms

+ vurees un CE

qu'on ne peut pas laisser seule, Quand

TE

Françoise aura déjeuné elle ira je reralacer, ' Nous nous relayerons chacune à notre tour, :

La servante ohéit aussitôt et monta veiller près de la morte.

La sortie de Catherine provoqua une nouvelle et violente crise de désespoir de Marthe.

Maman... ma petite maman...s'écria t-elle avec des accents qui déchiraient l’âme... je veux là revoir, je veux veiller aussi près d'elle, moi !

Et elle tenta de s'élancer à la suite de la servante, mais prise tout à ooup, d’un tremblement nerveux, épuisée, à bout de torces, elle perdit connaissance dans les l'as de la m're Aubin qui, toute émue, s'était rapprochée vivement pour la soutenir.

Le brave femme s'assit st étendit sur ses genoux l’enfant inanimée pour ‘lui donner des soins, L

Elle souffre tant ! Elle a tant pleuré, la pauvre mignonne ! dit-elle... sans compter qu'elle est si délicate, si impressionnable, une véritable seusitive quoi...Cet évanouissement était à pré.

voir.

Ah ! la pauvre chérie, murmurs Mme Véronique, On peut dire qu’elle aura connu le chagria de bonne heure,'celle-

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