ACTE III
nais de sortir. On m'a dit que tu étais dans les honneurs... que tu dînais aujourd'hui chez ton ministre î
RA*OUL
C'est vrai.
ROBERT
Mais qu'auparavant tu devais passer chez l'amiral. Je n'ai pas perdu de temps pour te saisir au passage, pour t'embrasser, pour te gronder... Quelle conduite! toi, un homme sage et raisonnable, donner, non-seulement ton argent pour un mauvais sujet, mais encore Rengager pour lui.
RAOUL
Je l'ai fait exprès... tu ne me laisseras jamais entrer... là... d'où je t'ai fait sortir ?
ROBERT
Plutôt mourir. (Se reprenant.) Plutôt travailler.
RAOUL
Tu travailleras donc?
Jour et nuit.
RAOUL
J'ai donc fait une excellente affaire... En fait de travail, il est toujours temps de commencer.
ROBERT
Pour moi, surtout... je ne suis pas fatigué.
RAOUL
Eh bien! dès demain nous te chercherons une position, nous nous occuperons de ta fortune.
ROBERT
Quand tu voudras... En attendant, je me suis occupé de ton bonheur.
RAOUL
Que dis-tu?
ROBERT
J'ai juré de m'acquitter... je commence 1.. Je ne me marie plus, tu le sais... c'est justice... je ne méritais pas un pareil trésor... Eh bien! mon ami, je veux te le donner.
RAOUL
A moi, que dis-tu?
ROBERT
Si je connaissais une jeune tille plus charmante, plus adorable, je te la proposerais.
-Tu plaisantes... je le suppose.
ROBERT
Non, morbleu ! jamais mariage n'a été plus raisonnable; il ne te manque rien que de la richesse... Elle n'en veut pas... elle n'en a pas besoin. Je sais que tu vas m'objecte... cet amour romanesque, cette grande dame dont nous causions il y a un mois à Plombières : chimère que tout cela... il faut penser avant tout au réel. Je ne parle pas de la fortune, c'est un détail ! mais une bonne et gentille compagne, mais un caractère charmant, ça dure toujours. Ah çà! où en sommesnous... c'est moi maintenant qui parle raison à tout le monde I
1 RAOUL
Jamais, au contraire, tu n'as dit plus de folies!.. Me vouloir marier à mademoiselle de Mailly, millionnaire, qui me connaît à peine, qui n'a jamais pensé à moi, qui ne m'aime pas...
ROBERT
Cela viendra.
RAOUL
Allons donc !
ROBERT
Si déjà cela n'est pas venu !
RAOUL, vivement.
Que dis-tu ?
ROBERT
Tout à l'heure, quand j'ai prononcé ton nom ..quand je lui ai dit ce que ton amitié avait fait pour moi, et ce que la mienne avait rêvé pour vous deux, j'ai vu dans ses traits un trouble étrange... Elle m'a défendu de te parler d'elle... avec une émotion... qui n'est pas naturelle... Enfin, haine, amitié ou amour tu ne lui es pas indifférent, c'est déjà quelque chose.
RAOUL
Tais-toi.
ROBERT
Et il y avait surtout dans ses yeux... c'est là ce qui dérange un peu mes prévisions, une expression de regret et de douleur indéfinissable... 0 ciel! comme dans les tiens en ce moment.