ACTE I
ROBERT
Qu'en savez-vous?
LAMORISIÈRÊ.
C'est moi qui le lui avais dit... par erreur.
ROBERT, se levant.
Expliquej-moi alors comment vous, mon oncle, qui pensez tant de mal d'Ursule, vous êtes toujours auprès d'elle si attentif, si galant ! toujours des bonbons, des bouquets; enfin, mille petits soins que l'on n'accorde guère qu'à une personne qu'on estime et qu'on aime.
LAMORINIÈRE, le regardant en riant.
Tu n'es qu'un écolier. Par système, par goût, et peut-être par prudence, je me suis voué au célibat, comme Ursule au mariage ! Nous sommes donc ennemis î A cela près, et mariage à part, je suis comme toi, je trouve Ursule charmante.
ROBERT, étonné.
Eh bien ?
LAM0R1NIÈRE, très-fat.
Eh bien!... on ne sait pas ce qui peut arriver.
ROBERT, d'un air de reproche.
Comment! mon oncle?...
LAMORIISIÈRE.
Je ne lui veux pas de mal... au contraire !... Ambitieuse et fière, elle a placé sa vertu sur un piédestal très-élevé, afin qu'on ne puisse y atteindre, et qu'on l'aperçoive de plus loin... Mais qu'un jour, comme Anne, ma sœur Anne, elle ne voie plus rien venir... alors, dépitée, furieuse, elle descendra, comme beaucoup d'autres, du piédestal... et pour l'homme habile qui saura profiter de l'occasion...
R 0 B E RT , avec indignation.
Permettez-moi de vous appeler mon coquin d'oncle.
L AMORIN 1ÈRE.
Pourquoi ?
ROBERT
Et la morale ?
LAMORIX1ÈRE.
Celle de Lafontaine : Toute fille trop difficile qui ne cherche à se marier que par ambition ou par calcul, dit Lafontaine, risque souvent d'être punie!... La punition, ce sera peut-être moi.
ROBERT^ de même.
C'est le comble de la rouerie !
LAMORINIÈRE.
Dis de l'expérience !
ROBERT
Mon Oîicle, VOUS me perdez î (Le garçon de bain paraît à droite et fait signe à Lamorinière, qui va lui parler, et rejoint ensuite son neveu dans le jardin. Ils s'y promènent en causant.)