LIV. 4. — PIpnHK ÎACCONE. — L.* l'ILLg DES C*UKI.0T
J. BOUFK Br C'*. UV. 4
sitaiatioii ni sur rimminence du danger... la malheureuse Cliristiane ne voulut plus quitter son père et s'établit à son chievet. . .
T(M*efois, aœ bout d'un quart d"Tieure, un nouveau calme parut se produire
encore la, respirationi du moriboadl redieviut presque régulière ;. quelques liueur.=;
tfe iraàsfflïJ) éclairèreat pojr iiistants son œil' grand ouvert.
Le- mallleureus avait bien de h. peine à mourir.
CÈristiane étouiSa uni sanglot d'espoir.
Qui saitî!' — Elle croyait en la misériaflinie dliiviiae; «t effl& avait tajati ppié Bteffi diepnis quelques jours !
La imcteur lui-même s'étaiiB êftsiigBéT eroyamt sa préseBice iaiHitdiIie, wa moims pouir le m.omen'ÙT et ÎP" Brémont Taivait accompagné sous prétexte de s'assui'er qpûs, sefen. l'ocdre de Cbiristiane, on avait bien, télégraphié à M. Dupré.
Christiame restait donc seule ^ livrée à ses réSésions, convaincue désonnais que; M""*" &énM)fflit étaiiit. rentrée- en possession dii Iîa«onv puisqu'elle ne faisait phis amxnme Heatative paoïr fe retrawrer
JKais le- soiïveraiir de la imiit précédente hantait son esprit.
Et ea même te-jnpo ime fe^iiié de pensées amères traversaient son cerveau.
QioDoi qu'efe E%. efe sentait bien qtte l'on approcbait dte la crise finale.
M.. Btéffloot él'ai-t perdu. Diemain. dams quelques j^urs, peut-être dans quelques àemres, il allaili mourir I
Alors, que deidendirait-t-ellte ?'
La veiJli;;. elle avait écrit quelques Ugnes à M. Ménager,, un: magistrat de Caen^ ami de M. Erémoat, fe seidi qu'eUte connût bien, et dont elle savait être aimée. Mi ne manquerait pas de venir, et elle le prierait de la recneillîr ches liui , auprès de sa femme,, en attendant qu'elle prît eUe-même un parti.
Mais (]uel triste avenir allait s'ouvrir pour elle ! Elle ne pouvait y penser qu'en frissonnant.
A auicun prix,, elfe ne se sentait disposée à vivre avec 5I°" BrémoBit Si yi. Ménager ne pouvait la recevoir, elle était bien résollie à se retirer ësms un couvent.
Quelques heures se passèrent de la sorte.
Sœur Véronique continuait de prier; Christiane écoutait la respiration de ?J. Brémont, qui ne bougeait plus, les yeux fermés, un de ses bras pendant le long du lit.
Il faisait grand jour.
L'orage de la nuit s'était dissipé; on n'enlendait plus le vent au dehors; le .soleil éclairait à pleins rayons la chambre du moribond, pénétrant jusqu'au fond de l'alcôve.
Malgré elle, en dépit des terribles symptômes de la nuit, Christiane se rcprc-
nait à espérer, et son regard s'attachait avec fixité au visage du mallieureu\ vieillard.
Espoir bien troublé cependant, car par instants une brusque trépidation secouait encore les membres de ce dernier, et ses traits convulsés annonçaient une crise imminente.
Christiane avait trop observé jusqu'alors les phases de la maladie pour se tromper à ces manifestations, et alors toutes ses appréhensions, toutes ses terreur», lui revenaient.
A un moment sui'tout, son être tout entier se glaça d'eiïroi.
M. Brémont s'était dressé sur son séant, et son œil démesurément ouvert s'était mis à parcourir la chambre.
Christiane se leva épouvantée, les bras sur sa poitrine, pour en comprimer les battements.
— Mon Dieu! balbutia-t-elle faiblement.
Mais M. Brémont ne la voyait même pas; ses traits étaient hideusement contractés, son souffle passait entre ses lèvres serrées avec un sifflement strident; il semblait chercher quelqu'un qu'il ne voyait pas.
— Christiane ! prononça-1-il enfin.
— Mon père, répondit l'enfant en accourant près de lui.
— C'est loi! bien! approche. Tu es seule?
— Oui, père.
— Je vois quelqu'un là, cependant,
— C'est sœur Véronique.
— Maise//e.' elle!
— De qui voulez-vous pai 1er?
— Juliette..
— Ma mère.
Un sourire d'une ironie sanglante crispa la lèvre du vieillard.
— Oui, oui... ta mère! répondit-il d'une voi.x ardente; où est-elle? El un éclair fauve sillonna son regard.
— Elle est allée s'assurer que l'on avait bien télégraphié à M. Dupié, dit Christiane.
— Il va donc venir?
— Bientôt.
— Nous avons le temps... écoute... approche encore... j'ai un secrrt tcnilile à te conlier.
— A moi !
— Oui, à toi, chère et pure enfant! à toi que j'aime tant... et que je vais laisser toute seule, sans amis, sans protection.
— Ne parlez pas ainsi.
— Je vais mourir.
— Non! non! ce n'est pas vrai.
— Je vais mourir, te dis-jo! mais auparavant... je veux te dire...
— Quoi?
Le malheureux prit, dans ses deux mains, le front de l'enfant, et le baisa à plusieurs reprises avec des sanglots et des larmes.
Puis, tout d'un coup, il secoua violemment la tète, repoussa la pauvre Ghristiane interdite et plongea une main fébrile sous les couvertures de son lit, pour la retirer aussitôt, crispée et comme tordue, sur un objet qu'il cachait entre ses doigts.
Ghristiane eut un pressentiment de la réalité, tout son sang se figea dans ses veines.
Qu'allait-elle apprendre!... Quel secret son père allait-il lui confier.
Elle attendit, oppressée, palpitante, comme s'il se fût agi de sa vie même.
Malheureusement, il se passa alors quelque chose d'inattendu et de fatal !
Au lieu de poursuivre, le vieillard se pencha vivement en avant, et son regard plein de fièvre s'arrêta sur un point de la chambre.
M""" Brémont venait d'entrer.
Une sorte de grondement farouche souleva la poitrine du moribond, et sa main s'enfonça vivement sous l'édredon.
— Qu'y a-t-il donc ? interrogea M"" Brémont. Voyez, docteur. Et ce dernier s'avança vers le lit.
Mais, dès qu'il l'eut aperçu, le vieillard le renvoya d'un geste énergique, et appela à l'aide.
— Ghristiane! c'est Ghristiane que je veux!
Un désordre inouï se trahissait maintenant sur ses traits; le râle déchirait la poitrine; son œil irrité s'injectait de sang et de fureur.
Un moment même, il eut une syncope, pendant laquelle il cessa tout à coup de respirer, et Ghristiane se précipita sur lui, éperdue et affolée.
— Ah! laissez-moi! laissez-moi, dit-elle pendant que l'on tentait de la retenir. Mon père! dites-leur donc que c'est moi que votre cœur appelle!
En partant de la sorte, elle baisait son front et lui prenait les mains.
M. Brémont restait insensible à ses caresses.
Et, bien qu'elle fût alors tout entière au sentiment d'angoisse et d'amour qui la dominait, une autre pensée plus puissante encore se dégageait de son trouble, et de ses doigts avides elle cherchait à ouvrir sa main qu'une convulsion suprême avait fermée.
Mais le moribond n'était déjà plus de ce monde.
Il venait de retomber lourdement sur son lit.
Et maintenant, il restait étendu, sans mouvement, avec la sinistre rigidité de la mort.
Un frémissement passa alors dans la chambre, qui devint tout à coup silencieuse et morne.
jjmo Brémont avait pâli alTreusement sous le pressentiment de la réalité, et elle s'était tournée vers le docteur, qui se tenait debout derrière elle.
Mais celui-ci, ayant mis un doigt sur ses lè^Tes, baissa le front et se tut.
— Père! père! supplia Christiane, terrifiée de ce long silence et de l'attitude nouvelle de ceux qui l'entouraient.
Et elle allait s'adresser au docteur, lorsque M. Dupré entra.
Ce dernier, sans autrement prendre garde à l'enfant, marcha lentement vers l'alcôve.
M. Brémont n'avait pas bougé, il lui prit la main, et aussitôt la laissa retomLer.
— Docteur! docteur! fit Christiane qui suivait tous ses mouvements.
— Pauvre enfant ! balbutia le vieux praticien.
— Ah! c'est donc fini?
— Il faut faire appel à tout votre courage Christiane éclata en sanglots.
— 0 cher père 1 dit-elle accablée et défaillante, il voulait me parier tout à l'heure... et il ne m'a rien dit, rien!... rien!... et maintenant... Ah! c'est horrible !
Et elle tomba inanimée dans les bras du vieux docteur. M. Brémont était mort sans avoir achevé sa confidence. Le malheureux emportait son secret dans la tombe ! ! ! et c'est à cette tombe qu'il fallait désormais le demander.