‹ La fille du capitaineChapitre 12 sur 25 · I . Manière méprisaote «féerire le nom patronymique, TT · texte numérisé non relu

I . Manière méprisaote «féerire le nom patronymique, TT

(iâ LA FILLË DU CAPITAINE.

ni ina bénédiction ni mon consentement , mais encore j'ai rintenlion d'arriver jusqu'à toi et de te bien punir pour tes sottises comme un petit garçon, malgré ton rang d'oflieier, parce que tu as prouvé que tu n*es pas digne de porter l'épée qui t'a été remise pour la défense de la patrie , et non pour te battre en duel avec des fous de ton espèce. Je vais écrire à l'instant même à André Carlovitch pour \c prier de te transférer de la forteresse de

Bélogorslc dans quelque endroit encore plus éloigné, afin de faire passer ta folie. Eu apprenant Ion duel et ta blessure , ta mère est tombée malade de douleur, et maintenant encore elle est alitée. Qu*adviendra-t-il de toi? Je prie Dieu qu*il te corrige, quoique je n'ose pas avoir confiance en sa houlé. « Ton père, A. G. »

La lecture de cette lettre, éveilla en moi des sentiments divers. Les dures expressions que mon père ne m'avait pas ménagées me blessaient pro* fondément ; le dédain avec lequel il traitait Marie Ivanovna me semblait aussi injuste que malséant ; enlin l'idée d'être envoyé hors de la forteresse de Bélogorsk m'épouvantait. Mais j'étais surtout cha- ' griné de la maladie de ma mère. J'étais indigné contre Savéliitcb, ne doutant pas que ce ne fût lui qui avait fait connaître mon duel à mes parents. Après avoir marché quelque temps en long et en

lai^e dans ma petite cliambre , je lu^arrètai brusquement devant lui , et lui dis avec colère : »« 11 parait qu'il ne t'a pas suffi que» grâce à toit j'aie été blessé et tout au moins au bord de la tombe ; tu veux aussi tuer ma mère. »

Savéliitcb resta immobile comme si la foudre Tavait frappé.

« Aie pitié de moi, seigneur » s'écria-t-il presque rn sanglotant; qucst-cc que tu daiyiies me dire? C'est moi qui suis la cause que tu as été blessé ! Mais Dieu voit que je courais mettre ma poitrine devant toi pour recevoir l'épée d'AlexeX Ivanitcb. La vieillesse maudite m'en a seule empècbé. Qu'ai-je donc fait à ta mère?

— Ce que tu as tait / répondis-je. Uui est-ce qui l'a chargé d'écrire une dénonciation contre moi ? Est-ce qu'on t'a mis à mon service pour être, mon espion ?

— Moi, écrire une dénonciation ! répondit Savéliitcb tout en larmes. 0 Seigneur, roi des cieux! Tiens, daigne lire ce que m'écrit le maître, et tu verras si.je te dénonçais. »

En même temps il tira de sa poche une lettre qu'il me présenta, et je lus ce qui suit :

« Honte à toi, vieux clûen, de ce que tu ne m'as rien écrit de mon fils Piôtr Andréltcli, malgré mes ordres sévères, et de ce que ce soient des étrangers qui me font savoir ses] folies! Est-ce ainsi

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que lu remplis ton devoir et la volonté de tes seigneurs? Je t'enverrai garder les cochons, vieux chien, pour avoir caché Jla. vérité et pour ta coudescendance eûvers Je . jeune homme* A la réception de cette lettre, je t'ordoime.de mlnformer immédiatement de l'état de sa santé, qui, à ce qu*on me mande, s'améliore, et de -me désigner précisément Tendroit où il a été frappé, et s'il a été hien guéri. »,

Évidemment SavéUitch n'avait pas eu le moindre tort, eU c'était moi qui l'avais offensé par unes soupçons et mes reproches. Je lui demandai pardon, mais le vieillard était inconsolable. « Voilà jusqu'où j'ai vécu! répétait-il; voilà quelles gr&ces j'ai méritées de mes seigneurs pour tous jiies longs services 1 Je suis un vieux chien , je suis un gar* deur.de cochons, et par-dessus cela, je suis la cause de ta blessure ! Non , mon père Piôtr Andréitch , ce n'est pas moi qui suis .fautif, est le maudit moussié; c'est lui qui t'a appris à pousser' ces broches de fer en frappant du pied, comme si à force de pousser et de frapper on pouvait se garer d'un mauvais homme ! C'était bien nécessaire de dépenser de l'argent à louei* le moussié ! » •

Mais qui donc s'était donné la peine de dénoncer ma conduite, à mon pèi^? Le général? il ne semblait pas s'occuper beaucoup de moi; et puis, Ivan Kouzmitch n'avait pas cm néeessafare de lui faire

iin rapport sur mon duel. Je me perdais en suppositions. Mes soupçons s'arrêtaient sur Chvabrine : lui seul trouvait un avantage dans celte dénonciation, dont la suite pouvait être mon éloignement de la forteresse et ma séparation d'avec la famille du commandant. J'allai tout raconter à Marie Ivanovna : elle venait à ma rencontre sur le perron.

« Que vous est-il arrivé t me dit-elle; comme vous êtes pàle ! ^ •

— Tout est fini , » lui répondis-je , en lui remettant la lettre de mon père.

Ce fut à son tour de pâlir. Ai)rès avoir lu , elle me rendit la lettre, et me dit d*une voix émue : « Ce n'a pas été mon destin. Vos parents ne veulent pas de moi dans leur famille ; que la volonté de Dieu soit faite 1 Dieu sait mieux que nous ce qui * nous convient. Il n'y a rien à faire, Piôtr Andréïtch; soyez heureux , vous au moins.

— Cela ne sera pas, ni'écriai-je, en la saisissant parla main. Tu m'aimes, je suis prêt à tout. Allons nous jeter aux pieds de tes parents. Ce sont des gens simples; ils ne sont ni fiers ni cruels; ils nous donneront, eux, leur bénédiction, nous nous marierons; et puis, avec le temps, j'en suis sur, nous parviendrons à fléchir mon père. Ma mère intercédera pour nous, il me pardonnera.

— Non , Piôtr Andréïtch , ' répondit Marie : je no t'épouserai pas sans la bénédiction de tes pa-

rents. Sans ,^nr bénédiction., tu ne seras pas heureux. SouineLlons-nous à la volonté de Dieu. Si tu rencontres une autre fiancée, si tu l'aimes, que Dieu soit avec toi S Piôtr Andréitch, moi, je prierai pour vous deux. »

Elle se mit à plemer et se retira. J'avais Finteutioa de la suivre dans sa chambre; mais je me sentais hors d*état de me posséder et je rentrai à la maison. J'étais assis, plongé dans une mélancolie profonde, lorsque Savéliitch vint tout à coup interrompre mes réflexions.

* Voilà, seigneur, dit-il en me présentant une feuille de papier toute couverte d'écriture ; regarde si je suis un espion de mon maître et si je tache de brouiller le père avec le fils« »

Je pris de sa main ce papier ; c^était la réponse de Savéliitch à la lettre qu'il avait reçue. Lia yoîcî mot pour mot :

« Seigneur André Pétrovitch, notre gracieux père , j'ai reçu votre gracieuse lettre , dans laquelle tu daignes te fâcher contre moi , Totre esclave , en me faisuut honte de ce que je ne remplis pas les ordres de mes maîtres. Et moi, qui ne suis pas un vieux chien, mais votre serviteur lidèle, j*obéis aux ordres de mes maîtres ; et je vous ai toujom s servi avec 2èle jusqu'à mes cheveux blancs. Je ne vous

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