‹ La fille du capitaineChapitre 14 sur 25 · De Catherine n · texte numérisé non relu

De Catherine n

gris lui tenaient lieu de barbe. U était de petite

taille , maigre , courbé ; mais ses yeux à la tatare brillaient encore. « £h 1 eh l dit le commandant » qui reconnut à ces terribles indices un des révoltés punis en 1741 , tu es un vieux loup, à ce que je vois ; tu as déjà été pris dans nos pièges. Ce n'est l)as la première fois que tu te révoltes puisque ta' téte est si bien rabotée. Âpproche-toi , et dis qui t*a envoyé. »

Le vieux Bachkir se taisait et regardait le commandant avec un air de complète imbécillité*. <« Eh bien! pourquoi te tai&-tu? continua Ivan Kouzmitch ; est-ce que tu ne comprends pas le russe 1 loulaï, demande-lui en votre langue qui Ta envoyé dans notre forteresse. »

loulai répéta en langue tartare la question d'Ivan Kouzmitch. Mais le Bachkir le regarda avec la même expression, et. sans répondre un mot. « ImhkV ! s'écria le commandant; je te ferai parler. Voyons , ôlez-Iui sa robe de chambre rayée , sa robe de fou , et mouchelez-lui les épaules. Voyons , loulaî , houspille -le comme il faut. »

Deux invalides commencèrent à déshabiller le Bachkir. Une vive inquiétude se peignit alors sur la figure du malheureux. U se mit à regarder de tous côtés comme un pauvre petit animal pris par

t. Jurement tartare.

LÀ FILLE DU CAPITAINE* Hl

des enfants. Mais lorsqu'un des invalides lui saisit ' les mains pour les tourner autour de son cou et souleva le vieillard sui* ses épaules en se courhaut, lorsque loulai prit les verges et leva la main pour frapper, alors le Bachkir poussa un gémisse* nient faible et [laissant , et , relevant la lète , ouvrit la bouche t où, au lieu de langue, s'agitait un court tronçon.

Nous fûmes tous frappés d'horreur. « Eh bien ! dit le commandant, je vois que nous ne pourrons rien tirer de lui. loulaï , ramène le Bachkii- au grenier; et nous, messieurs, tious avons encore à causer. »

Nous continuions à débattre notre position , lorsque Yassilissa légorovna se précipita dans ici chambre , toute haletante , et avec un air effaré.

« Que t'est-il arrivé! demanda le commandant

îîurpris.

— Malheur ! malheur ! répondit Yassilissa légorovna; le fort de Nijnéosern a été pris ce matin; • le garçon du père Garasim vient de revenir. Il a . vu comment on Ta pris. Le commandant et tous les officiers sont pendus , tous les soldais faiu pi isonnîers ; les scélérats vont venir ici. n

Celte nouvelle inattendue fit sur moi une impression profonde ; le commandant de la forterésse de Nijnéosern , jeune homme doux et modeste , m'était connu. Deux mois auparavant avait passé ,

g2 LA FILLE DU CAPITAINE.

venant d'Orenbourg avec sa jeune femme, et s'étail arrêté chez Ivan Kouzmitch. La Nijnéosemaia n'était située qu'à vingt-cinq versles de notre fort. D'heure en heure il fallait nous attendre à une attaque de Pougatcheff. Le sorl de Marie Ivanovna se présenta vivement à mon imagination , et le cœur me manquait en y pensant.

« Écoutez, Ivan Kouzmitcb , dis-je au commandant, notre devoir est de défendre la forteresse jusqu'au dernier soupii' ; cela s'entend. Mais il faut songer à la sûreté des femmes. Envoyez-les à Orenbourg, si la route est encore Ubre, ou bien dans une forteresse plus éloignée et plus sure , où les scélérats n'aient pas encore eu le temps de pénétrer. *

Ivan Kouzmitch se tourna vers sa femme :

m Vois-tu bien ! ma mère ; en effet , ne faudra-t-il pas vous envoyer quelque paî t plus loin , jusqu'à ce que nous ayons réduit les rebeDes ?

Quelle folie 1 répondit la commandante. Où

est la forteresse que les balles n'aient pas atteinte ? En quoi la Bélogorskaia n'est-elle pas sûre ? Grâce à Dieu , voici plus de vingt et un ans que nous y vivons. Nous avons vu les Bacbkirs et les Kirghises; peut-être y lasserons-nous Pougatcheff.

— Eh bien ! ma petite mère , répliqua Ivan Kouzmitch , reste si tu peux , puisque tu comptes tant sur notre forteresse. Mais que faut-il faire de Hacha? C'est bien si nous le lassons, ou s'il nous

arrive nn secours. Mai^ si les brigands prennent la forteresse?...

— Eh bien! alois.... •

Mais ici Vassilissa légorovna ne put que bégayer et se tut, étouffée par rémotion. .

« Non, Vassilissa légorovna, reprit le commcondant , qui remarqua que ses paroles avaient produit une grande impression sur sa femme , peutëire pour la première fols de sa vie; il ue convient pas que Mâcha resle ici. Envoyons-la à Orenbourg chez sa marraine. Là il y a assez de soldats et de canons, et les murailles sont en pierre. Et môme à toi j'aurais conseillé de t'en aller aussi là*bas; car,* bien que tu sois vieille , pense à ce qui t'arrivcru si la forteresse est prise d*assaut.

— C'est bien , c est bien , dit la commandante , nous renverrons Mâcha ; mais ne t'avise pas de me prier de partir, je n*en ferais rien. H ne me convient pas non plus, dans mes vieilles années, de me séparer de toi , et d'aller chercher un tombeau soHtaire en pays étranger. Nous avons vçcu ensemble , nous mourrons ensemble.

— Et tu as raison, dit le commandant. Voyons, il n'y a pas de temps à perdre. Va équiper Mâcha pour la routes demain nous la ferons partir à la pointe du jour, et nous lui donnerons même un convoi , quoique , à vrai dire , nous n*ayons pas ici de gens superflus. Mais où donc est-elle ?

— Chez Akûulina Pamphilovna , répondit la commandante ; elle s est trouvée mal en apprenant la prise de Nijnéosem ; je crains qu'elle ne tombe malade. 0 Dieu Seigneur! jusqu'où avons- nous vécu? »

Vassilissa légorovna alla faire les apprêts du départ de sa fUle. L'entretien chez le commandant continua encore; mais je n'y pris plus aucune part. Marie Ivanovna reparut pour le souper, pâle et les yeux rougis. Nous soupàmes en silence , et nous nous levâmes de table plus tôt que d'ordinaire. Chacun de nous regagna son logis, après avoir dit adieu à toute la famille. J'oubliai exprès mon épée et revins la prendre ; je pressentais que je trouverais Marie seule. En effet, elle me rencontra sous la porte, et me présœta mon épée.

« Adieu , Piôtr Andréitch , mç dit-elle en pleurant ; on m'envoie à Orenbourg. Soyez bien portant et heureux. Peut-être que Dieu permettra que nous nous revoyions; sinon.. •• «

Elle se mit à sangloter. Je la serrai dans mes bras.

« Adieu, mon ange, lui dis-je, adieu, ma chérie, ma désirée; quoi qu'il m'arrive,. sois siue que ma dernière pensée et ma. dernière prière seront pour toi. »»

Mâcha continuait à pleurer, réfugiée sur ma

poitrine. Je Feoibrafleai avec transport et sortis précipitamment.

L'waut.

De toute la nuit , je ne pus dormir, et ne quittai

même pas mes habits. J'avais eu Fintention de gagner de grand matin la porte de la forteresse par ou Marie Ivanovna devait partir , pour lui dire un dernier adieu. Je sentais en moi un changement complet. L'agitation de mon Ame me semblait moins pénible que la noire mélancolie où j'étais plongé préttédemment. Au chagrin de la séparation se mêlaient eu moi des espérances vagues mais douces , Tattente impatiente des dangers et le sentiment d'une noble ambition. La nuit passa vite. J*allais sortir, quand ma porte s'ouvrit, et le caporal entra pour m'annoncer que nos Cosaques avaient quitté pendant la nuit la forteresse , emmenant de force avec eux loulal, et qu'autour de nos rem* parts chevauchaient d^s gens inconnus. L'idée que Marie Ivanovna n'avait pu s'éloigner me glaça de terreur. Je donnai à la hAte quelques instructions au caporal , et courus chez le commandant.

Il commençait à faire jour. Je descendais rapide-

ment la rue, lorsque je m'entendis appeler par quelqu'un. Je m'arrêtai.

« Où allez-vous? oserais-je vous demander, me dit Ivan Ignatiitch en me rattrapant; Ivan Kouzmilch eot sur le rempart , et m'envoie vous chercher* Le Pougatch ' est arrivé.

— Marie Ivanpvna est-elle partie ? demandai-je avec un tremblement intérieur.

— Elle n'en a pas eu le temps, répondit Ivan ïgnaliitch; la route d'Orenbourg est coupée, la forteresse entourée. Cela va mal , Piôtr Andréïtcfa. »

Nous nous rendîmes sur le rempart, petite hauteur formée par la nature et fortifiée d*une palis* sade. La garnison s'y trouvait sous les armes. On y avait traîné le canon dès la veille. Le commandant marchait de long en large devant sa petite troupe ; l'approche du danger avait rendu au vieux guerrier une vigueur extraordinaire. Dans la steppe , et peu loin de la forteresse , se voyaient une vingtame dé cavaliers, qui semblaient être* des Cosaques; mais parmi eux se trouvaient quelques Bachkirs , qu*il était facile de reconnaître à leurs bonnets et à leurs carquois. Le commandant parcourait les rangs de là petite armée, en disant aux soldats : •« Voyons» enfants, montrons -nous bien aujourd'hui pour notre mère l'impératrice, et faisons voir à tout le monde

t. Ce mot, pris dans Pougatcheff, signifie épouvantait

LA FiLL£ DU CAPITAINE. * 87

que nous soauiies des gens braves, tidèles à nos serments. »

Les soldais témoignèrent à grands cris de leur

bonne volonté. Clivabrine se tenait près de moi, examinant Tennemi avec attention. Les gens qu'on apercevait dans la sleppe, voyant sans doute quel-* ques mouveinenls dans le fort, se réunirent en groupe et parlèrent entre eux. Le commandant or* donna à Ivan Ignaliilch de pointer sur eux le canon, et approcha lui-même la mèche. Le boulet passa en sifllant sur leurs teles sans leur faire aucun mal. Les cavaliers se dispcjsùrcnt aussitôt, en partant au galop , et la steppe devint déserte.

En ce moment parut sur le rempart Vassilissa légorovna, suivie de Marie qui n'avait pas voulu la quitter. « £b bien I dit la commandante , comment va la bataille? où est reiniejiii?

— L*ennemi Q*est pas loin, répondit Ivan Kouzmiteh ; mais, si Dieu le permet, tout ira bien. Et toi , Mâcha , as-tu peur ?

— Non, papa, répondit Marie; j'ai plus peur seule à la maison. »»

Elle me jeta un regard , en s'efforcant de sourire. Je serrai vivement la garde de mon épée , en me rappelant que je Favais reçue la veille de ses mains, comme pour sa défense. Mon cœur brûlait dans ma poitrine; je me croyais son chevalier ; j'avais soif de lui prouver que j*étais di-

gue de sa. confiance, et j'allendais impatiemment le moment décisif.

Tout à coup, débouchant d'une hauteur qui se li'ouvait à huit verstes de la forteresse, parurent de nouveau des groupes d'hommes à cheval, et bientôt toule la steppe se couvrit de gens armés de lances et de flèches. Parmi eux , vêtu d*un cafetan rouge et le sabre à la main, se distinguait un homuie

monté sur un cheval blanc. C'était Pougatcheff luimême. U s'arrêta , fut entouré , et bientôt , probablement d'après ses ordres, quatre hommes sortirent de la tonle, et s'approchèrent au grand galop jusqu'au rempart. Nous reconnûmes en eux quel* qucs-uns de nos traîtres. L'un d'eux élevait une feuille de papier au-dessus de son bonnet ; un autre portail au bout de sa pique la tèle de loulaï, qu'il nous lança par -dessus la palissade. La tête du pauvre Kalmouk roula aux pieds du commandant.

Les traîtres nous criaient : « Ne tirez pas; sortez pour recevoir le czar ; le czar est ici.

r- EiiXants , leu! » s'écria le capitaine pour toute réponse.

Les soldats lirent une décharge. Le Cosaque qui tenait la lettre vacilla et tomba de cheval; lesautres s*enfuhrent à toute bride. Je jetai un coup* d'œil sur Marie Ivanovna. Glacée de terreur à la vue de la tête de loulal , étourdie du bruit de la décharge , elle semblait inanimée. Le commandant

uiyiLi^ed by

appela le caporal , et lui ordonna d'aller prendre la feuille des mains du Cosaque abattu. Le caporal sortit dans la campagne» et revint amenant par la bride le cheval du mort. Il remit la lettre au commandant. Ivan Kouzmitch la lut à voix basse et la déchira en morceaux. Cependant on voyait les ré* voltés se préparer à une attaque. Bientôt les balles .sifOèreut à nos oreilles, et quelques flèches vinrent s'enfoncer autour de nous dans la terre et dans les pieux de la palissade.

« Vassiiissa légorovna, dit le commandant , les femmes n'ont rien à faire ici. Emmène Mâcha, tu vois bien que celte Me est plus morte que vive. »

Vassiiissa légorovna, que les balles avaient assouplie» jeta un regard sur la steppe, où Ton voyait de grands mouvements parmi la foule , et dit à son mari : « Ivan Kouzmitch , Dieu donne la vie et la mort ; bénis Mâcha ; Mâcha , approche de ton père. «

Pàle et tremblante, Marie s'approcha d'Ivan Kouzmitch , se mit à genoux et le salua jusqu'à terre. Le vieux conmiandanL lit sur elle trois fois le signe de la croix, puis la releva, l'embrassa, et lui dit d'une voix altérée par Témotiou : «t Eh bien ! Mâcha , sois heureuse ; prie Dieu , il ne t'abandonnera pas. SU se trouve un honnête homme , que Dieu vous donne à tous deux amour et raison. Vivez ensemble comme nous avons vécu ma femme et moi.

90 Lâ FiLLK DU CAPITAINE.

£b bien! adieu, Mâcha. Vassilissa légorovaa» cm* mène-la donc plus vite. ^

Marie se jeta à sou cou , et se mit à sangloter. Embrassons-nous aussi , dit en pleurant la commandante. Adieu , mon Ivan Kouzmitch ; pardonne-moi si je Tai jamais fàcbé.

— Adieu, adieu, ma petite mère, dit le commandant en embrassant sa vieille compagne ; voyons , . assez, allez-vous-en à la maison, et, si tu en as le temps , mets un mrafan} à Mâcha. «

Lâ commandante s'éloigna avec sa fille. Je suivais Marie du regard ; elle se retourna et me fit un dernier signe de tète.

van Kuuzniitch revint à nous, et loule sou attention fut tournée sur Tennemi. Les rebelles se réunirent autour de leur chef et tout à coup mirent pied à terre précipitamment. «Tenez-vous^bien, nous dit le commandant, c*est Tassant qui commence. » En ce moment même retentirent des cris de guerre sauvages. Les rebelles accouraient à toutes jambes sur la forteresse. Notre canon était chargé à mitraille. Le commandant les laissa venir à très-petite dis!ance^ et mit de nouveau le feu à sa pièce. La mitraille frappa au miUeu de la foule, qui se dispersa en tout sens. Leur chef seul resta en avant, agitant son sabre; il semblait les exhorter avec

I . Robe parée ; c*est Vusajçe , chez les Russes , d'enterrer les morts dans leurs plus riches habits.

uiyiLi^ed by

chaleur. Les cris aigus , qui avaient un instant cessé , redoublèrent de nouveau. « Maintenant » en-

fanls, s'écria le capitaine, louvrcz la porte, battez le tambour, et en avant. Suivez-moi pour une sortie. »

Le commandant, Ivan Ignatiitch et moi, nous nous trouvâmes en un instant hors du parapet. Mais la garnison , intimidée , n*avait pas bougé de place. « Que faites-vous donc , mes enfants t s'écria Ivaii Kouzmitch ; s*il iaut mourir, mourons ; aflaire de service. «

En ce moment les rebelles se ruèrent sur nous , et forcèrent i*eulrée de la citadelle. Le tambour se tut, ta. garnison jeta ses armes. On m'avait Jeté par terre; mais je me relevai et j'entrai pèle- Hiêle avec la foule dans la forteresse. Je vis le conunandant blessé à la téte, et pressé par une petite troupe de bandits qui lui demandaient les clefs. J'allais courir à son secours , quand plusieurs forts Cosaques me saisirent et me lièrent avec leurs kouchaks^ en criant : « AUendez, attendez ce qu'on va faire de vous, traîtres au czar. »

On nous traîna le long des rues. Les habitants sortaient de leurs maisons, offrant le pain et le sel. On sonna les cloches. Tout à coup des cris annoncèrent que le czar était sur la place, attendant

i. Ceintures que portent tous les paysan^ russes.

les prisonniers pour recevoir leurs serments* Toute

la foule se jeta de ce côté , et nos gardiens nous y traînèrent.

Pougatcheff était assis dans un fauteuil , sur le perron de la maison du commandant. Il était vetu d*un élégant cafetan cosaque, brodé sur les coutures* Un haut bonnet de martre zibeline , orné de glands d*or , descendait jusque sur ses yeux flam-^ boyants. Sa ligure ne me parut pas inconnue.

Les chefs cosaques l'entouraient. Le père Garasini , pàle et tremblant , se tenait, la croix à la main , au pied du perron , et semblait le supplier en silence pour les victimes amenées devant lui. Sur la place même » on dressait à la hâte uue potence. Quand nous approchâmes, des Biichkirs écartèrent la foule , et Ton nous présenta à Pougatcheff. Le bruit des cloches cessa, et le plus pr4)fond silence 8*élablit. « Qui est le cmnniandant? » demanda Tu* surpateur. Notre ourîadnik sortit des groupes et désigna Ivan Kouzniitch. Pougalcheff regarda le vieillard, avec une expression terrible et lui dit : « Coiimient as-tu osé t'opposer à moi , à ton ejn«pereur? »

Le coumiandant, aQaibU par sa blessure, rassembla ses dernières forces et repondit d'une voix fërme : « Tu n'es pas mon empereur : tu es un usurpateur el un brigand, vois-tu bien! «

Pougatcheff (n)nça le sourcil et leva son mou-*

choir blanc. Aussitôt plusieurs Cosaques saisirent le

vieux capitaine et reutraiiièienl au gibet. A cheval sur la traverse, apparut le Badikir défiguré (|u'on avait questionné la veille ; il tenait une corde à la main , et je vis un instant après le pauvre Ivau Kouzmitcb suspendu en Tair. Alors on amena à PougatcJieir Ivan Ignatiilch.

« Prête serment, lui dit Pougatcheff, à l'empereur Piôtr Fédorovtich \

— Tu n*e8 pas notre empereur, répondit Je lieutenant en répétant les paroles de son capitaine ; tu es un brigand, mon oncle, et un usurpateur, »

Pougatcheff tit de nouveau le signal du mouchoir, et le bon Ivan Ignatiitch fut pendu auprès de son ancien chef. C'était mon tour. Je fixai hardiment le regard sur Pougatcheff, en m'apprètant à répéter la réponse de lues généreux camarades. Alors, à ma surprise inexprimable , j'aperçus parmi les rd)elle8 Clivabrine, qui avait eu le temps de se couper les cheveux en rond et d'endosser un eafetan de Cosaque. 11 s'approcha de Pougatcheff et lui dit quelques mots à l'oreille. « Qu'on le pende , » dit Pougatcheff sans daigner me jeter un regard. On me passa la corde au cou. Je me mis à réciter à voix basse une prière , en offrant à Dieu un repentir sincère de toutes mes fautes et en le priant de,

Page 1