SCÈNE II
LENEP, seul.
Ahl pourquoi l'a-t-il dit son nom, son nom si doux Que je serais tenté de le dire à genoux?
Aux faciles amours Pâme toujours livrée Ils ne comprennent pas ma tendresse sacrée; Et par de vains plaisirs chacun d'eux entraîné, Peut reprendre son cœur après l'avoir donné.
Je ne puis concevoir une tendresse telle.
J'aime Hélène; et pourtant depuis que devant elle Un éclair a passé sur mes yeux éblouis, J'ai fait pour l'oublier des efforts inouïs; J'ai voulu concevoir le mépris de la femme; J'ai tendu, j'ai cassé les cordes de mon âme; Et lorsque ma ferveur me paraissait à bout, Quand tout croulait en moi, l'amour restait debout. J'aime Hélène; et pourtant devant elle ma lèvre Semble ne pas sentir le frisson de la fièvre ; Je souffre et me contiens; car Rodolphe demain A genoux recevra son amour et sa main.
Une pause.
Eh bien ! je garderai l'amour que Dieu me donne; Mais je ferai d'Hélène une sainte madone ; Je l'aimerai sans pleurs, sans cris, sans passion ; Et l'amour fera place à l'adoration.
Je \eillerai sur elle et sur lui; je veux même Faire de leur bonheur mon devoir... elle Taime 1 Et je saurais mourir, s'il le fallait un jour, Pour que mon dévouement égalât mon amour !
Apercevant Sigismond.
Ahl voici TEmpereur; c'est lui... sur son visage, La colère se lit comme un fatal présage.
Que peut-il méditer ?