HOMMES
LE SBIRE
Au nom de TEmpereurl Eq vertu de l'arrêt du Tribunal suprême, Qui condamne à la mort tout Franc-juge, ici-même Livrez-nous aussitôt Rodolphe de Steiner.
HÉLÈNE
Il est donc condamné, mon Dieu !
le sbire.
Depuis hier;
De plus, il est ici.
HÉLÈNE
Non, je jure...
LE SBIRE
Elle hésite;
A ses hommes.
Qu'on fouille la maison.
Partout.
HÉLÈNE, à part.
Ah I grand Dieu!
LE SBIRE
Qu'on visite
LENEP; 8*ayancant devant le sbire.
Ne clierchez plus.
HÉLÈNE, à part.
Mon cœur est plein d'effroi. . .
LENEP.
Rodolphe de Steîner, le Franc-juge, c'est moi 1'
HÉLÈNE
Que dois-je faire, ô ciel I
Qu'on remmène au supplice.
Les hommes s'approchent de Lenep qui se livre à eux, lorsque la porte de droite s'ouvre et Rodolphe entre soudainement.
RODOLPHE
Non , je n'accepte pas un pareil sacrifice I
A Lenep.
Noble cœur I c'est en \ain que vous venez offrir Vos jours pour me sauver.
Au sbire.
C'est à moi de mourir I C'est moi qui suis Rodolphe., .allons I un gentilhomme Ne déguise jamais le nom dont on le nomme ; Moi, je garde le mien, et je ne voudrais pas Le déguiser, surtout en face du trépas.
Rodolphe de Steiner est mon nom.
LENEP."
Dieu! que faire!
RODOLPHE , remarquant de rhésitation chez le sbire.
Je jure par le ciel! par le nom de ma mère!
le jure que je suis dé Steiner.
D'ARENBERG, rentrant.
A rinstant, Venez, mon cher Lenep , l'Empereur vous attend.
LENEP.
Malheur!
RODOLPHE, au sbire.
Vous le voyez.
d'aRENBERG^ à Lenep.
Venez.
LENEP, à part.
Ah! pauvre Hélène!
RODOLPHE f à Lenep, e^ lui prenant la main.
Et VOUS qui me donniez une vie encor pleine , Soyez béni.
Lenep cache son front dans ses mains et pleure. RODOLPHE.
Pleurez; ces larmes de vos yeux Dans la coupe d'un ange arriveront aux cieux; Dieu se fait des rayons avec ces pleurs de l'âme; Adieu, soyez bçni.
d'aRENBERG, à Lenep.
L'Empereur vous réclame ; Venez.
Lenep se laisse conduire par d'Arenberg.
d'aRENBERG, à part.
Il est sauvé!
Ils sortent.
LE SBIRE; à Rodolphe.
Maintenant, il nous faut Faire notre devoir; venez...
HÉLÈNE
Elle s'adresse aux sbires.
AVéchafaud!...
Vous allez le tuer 1 la hache qui s'apprête
Sur le pavé sanglant fera bondir sa tête,
N'est-ce pas?., mais cet homme au billot réclamé
Je l'aime!... dites-moi, n'avez-vous pas aimé?
N'avez-vous pas senti votre cœur se confondre
Avec un autre cœur, vivre de lui, s'y fondre
Au point que tous les deux n'en font plus qu'un ?... eh bien !
Les nôtres sont liés par un pareil lien.
J'aime; et quand un amour est grand comme le nôtre
Si la mort prend un cœur, la douleur brise l'autre ;
Oui, Rodolphe tué, je dois mourir aussi.
RODOLPHE
Hélène, par pitié ! ne parle pas ainsi.
HÉLÈNE, avec véhémence.
Vous allez achever votre homicide tâche!...
Mais moi, moi qui mourrai du même coup de hache,
Je vous dis : de quel droit venez-vous arrêter Des jours que Dieu lui seul a le droit de compter ? Quoi! lorsque sur nos fronts Dieu retient le tonnerre, Vous autres ; à Tabri d'un code sanguinairOi Malgré tous, malgré Dieu, sans entendre, sans voir, Vous frappez froidement, vous tuez par de^ir I Âhi lorsque Téchafaud jette un homme à la tombe, Dieu demande raison de la tête qui tombe ; Car de Dieu , le seul juge infaillible ici bas , Dans son code suprême a dit : Ne tuez pas!