‹ La fille du franc-jugeChapitre 35 sur 37 · HOMMES · texte numérisé non relu

HOMMES

LE SBIRE

Au nom de TEmpereurl Eq vertu de l'arrêt du Tribunal suprême, Qui condamne à la mort tout Franc-juge, ici-même Livrez-nous aussitôt Rodolphe de Steiner.

HÉLÈNE

Il est donc condamné, mon Dieu !

le sbire.

Depuis hier;

De plus, il est ici.

HÉLÈNE

Non, je jure...

LE SBIRE

Elle hésite;

A ses hommes.

Qu'on fouille la maison.

Partout.

HÉLÈNE, à part.

Ah I grand Dieu!

LE SBIRE

Qu'on visite

LENEP; 8*ayancant devant le sbire.

Ne clierchez plus.

HÉLÈNE, à part.

Mon cœur est plein d'effroi. . .

LENEP.

Rodolphe de Steîner, le Franc-juge, c'est moi 1'

HÉLÈNE

Que dois-je faire, ô ciel I

Qu'on remmène au supplice.

Les hommes s'approchent de Lenep qui se livre à eux, lorsque la porte de droite s'ouvre et Rodolphe entre soudainement.

RODOLPHE

Non , je n'accepte pas un pareil sacrifice I

A Lenep.

Noble cœur I c'est en \ain que vous venez offrir Vos jours pour me sauver.

Au sbire.

C'est à moi de mourir I C'est moi qui suis Rodolphe., .allons I un gentilhomme Ne déguise jamais le nom dont on le nomme ; Moi, je garde le mien, et je ne voudrais pas Le déguiser, surtout en face du trépas.

Rodolphe de Steiner est mon nom.

LENEP."

Dieu! que faire!

RODOLPHE , remarquant de rhésitation chez le sbire.

Je jure par le ciel! par le nom de ma mère!

le jure que je suis dé Steiner.

D'ARENBERG, rentrant.

A rinstant, Venez, mon cher Lenep , l'Empereur vous attend.

LENEP.

Malheur!

RODOLPHE, au sbire.

Vous le voyez.

d'aRENBERG^ à Lenep.

Venez.

LENEP, à part.

Ah! pauvre Hélène!

RODOLPHE f à Lenep, e^ lui prenant la main.

Et VOUS qui me donniez une vie encor pleine , Soyez béni.

Lenep cache son front dans ses mains et pleure. RODOLPHE.

Pleurez; ces larmes de vos yeux Dans la coupe d'un ange arriveront aux cieux; Dieu se fait des rayons avec ces pleurs de l'âme; Adieu, soyez bçni.

d'aRENBERG, à Lenep.

L'Empereur vous réclame ; Venez.

Lenep se laisse conduire par d'Arenberg.

d'aRENBERG, à part.

Il est sauvé!

Ils sortent.

LE SBIRE; à Rodolphe.

Maintenant, il nous faut Faire notre devoir; venez...

HÉLÈNE

Elle s'adresse aux sbires.

AVéchafaud!...

Vous allez le tuer 1 la hache qui s'apprête

Sur le pavé sanglant fera bondir sa tête,

N'est-ce pas?., mais cet homme au billot réclamé

Je l'aime!... dites-moi, n'avez-vous pas aimé?

N'avez-vous pas senti votre cœur se confondre

Avec un autre cœur, vivre de lui, s'y fondre

Au point que tous les deux n'en font plus qu'un ?... eh bien !

Les nôtres sont liés par un pareil lien.

J'aime; et quand un amour est grand comme le nôtre

Si la mort prend un cœur, la douleur brise l'autre ;

Oui, Rodolphe tué, je dois mourir aussi.

RODOLPHE

Hélène, par pitié ! ne parle pas ainsi.

HÉLÈNE, avec véhémence.

Vous allez achever votre homicide tâche!...

Mais moi, moi qui mourrai du même coup de hache,

Je vous dis : de quel droit venez-vous arrêter Des jours que Dieu lui seul a le droit de compter ? Quoi! lorsque sur nos fronts Dieu retient le tonnerre, Vous autres ; à Tabri d'un code sanguinairOi Malgré tous, malgré Dieu, sans entendre, sans voir, Vous frappez froidement, vous tuez par de^ir I Âhi lorsque Téchafaud jette un homme à la tombe, Dieu demande raison de la tête qui tombe ; Car de Dieu , le seul juge infaillible ici bas , Dans son code suprême a dit : Ne tuez pas!

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