‹ La Fille du général BertrandChapitre 11 sur 20 · Oubli. ml sans dont.' <|iiYll<> avait revu Les · texte numérisé non relu

Oubli. ml sans dont.' <|iiYll<> avait revu Les

sacrements, et ne voyant pas de prêtre près d'elle.

Le P. de Ravignan était absent et lui-même très souffrant.

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drine de 10 heures à i heure. Son cher visage est doux, sa bouche sourit, elle ressemble à une jeune fille. Aucune contraction, aucune altération dans les traits ; une expression angélique. En revoyant ce cher corps que j'ai quitté hier à 10 heures, j'éclate en sanglots. La bonne sœur Marie me reprend de mes larmes et me dit : « Elle est si heureuse ! » — « Ah ! je le sais, je le sens! Mais c'est au travers de son corps qu'elle m'aimait, et la vue de ce corps me dit tout ce tendre passé de quatre semaines. )> Mme Thayer avait trente-sept ans.

Ce que Mme Thayer ne dit pas, sans doute parce qu'elle l'ignorait, c'est que la veuve d'Albert de la Ferronnays, sachant le P. de Ravignan gravement malade, avait offert sa propre vie à Dieu en échange de celle de l'apôtre, et Dieu, semble-t-il, avait accepté cette exaltation sublime du courage dans l'holocauste, car, à peine la victime fut-elle tombée, que l'apôtre se releva (i).

i. Cf. Ponlevoy, t. I, p. 4 17 et suiv. — Il va de soi que Mm* de la Ferronnays se garda bien de consulter le P. de Ravignan sur le projet qu'elle avait confié seulement à son directeur intérimaire et à l'amie la plus intime; son nom n'a pas été révélé

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par le P. de Ponlevoy. Il nous plaît de transcrire ici, pour l'édification de nos lecteurs, la lettre d'un détachement si radical et d'une élévation si haute qu'un soir de décemhre 18^7 la sainte femme écrivait de sa cellule de Saint-Thomas-de- Villeneuve, sous la lueur d'une lampe de pauvresse, au P. de Ravignan en ce temps-là malade à Rome : « Mon Révérend Père, quelle honte vous avez eue de m'écrire! Et moi, il y a un mois que je ne vous ai écrit; ce qui ne me semble pas du tout ainsi ; le temps passe si vite, et puis, on est ensemhle devant Dieu. Votre honte, même de loin, influe toujours salutairement sur mon âme. Et votre santé? Elle m'inquiète, >an> me tourmenter. Ah ! vous êtes heureux <l«' demeurer au Gesâ, d'appartenir à ces persécutés, oh! si heureux! Mais je serais hien ingrate d'envier le sort d'un autre dans un moment où je jouis d'un contentement qui m'étonne et que je vous dois «près Dieu. Que vous avez été bien inspiré de me donner cette existence! Je la savoure, et les distractions du monde ne donnent pas cela. Avec une petite lampe funèbre, j'ai le cœur gai. Dieu me gâte, même matériellement, car j'ai trouvé tout bien mieux que je ne pensais. Et vous aussi vous me gâtez, puisque j'ose vous écrire de pareilles choses à Rome, et dans ce moment ! Ma retraite m'a été utile, j'espère, et j'aime toujours la retraite au point d'en désirer deui par an. Ah ! mon Père, 'i'1'1 l'éternité >era bonne: Il \ ,1 des choses si tristes ici-bas, >i ténébreuses qu'on est étonné de pouvoir avoir de la joie dan- l'âme. Bénissez-moi, et que Dieu vous récompense, entre autres choses, de tout le hien que vous avez fait, que vous faites et ferez à mon âme ! »

La compassion de Mm* Thayer pour les malades ; son dévouement ; le zèle des âmes. — Pour les siens d'abord : son mari ; — ses enfants ; — sa belle-mère ; ses frères : Alphonse, Arthur, Henri, Napoléon ; — l'oncle Bertrand ; — le cousin Henri de Limay ; — sa filleule Hortense Blount; — le général Swetchine ; — Mme Swetchine ; — Mme de Saint-Cyran ; — ses serviteurs ; ses ouvrières ; les paysans ; les pauvres.

Sœur d'infirmerie ou plutôt de charité, compatissante aux corps souffrants, surtout préoccupée des âmes, Mme Thayer l'a été toute sa vie, et d'abord pour les siens.

En septembre 1867, son mari est frappé d'une demi-paralysie. Bientôt, il ne pourra ni marcher seul ni même se lever seul. Il languira, dépérissant tous les jours. Mme Thayer ne le quittera pas d'un instant. Elle le conduit de Touvent à Paris pour consulter les médecins, le ramène à Touvent où elle espère le mieux soigner, puis, sur le

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désir du malade, retourne avec lui à Paris vers la fin d'octobre, et ne l'abandonnera ni jour ni nuit. Elle lui fait elle-même, jusqu'à ce que la voix lui manque, de longues lectures. Elle prie surtout. Elle prie sans cesse, sainte Geneviève pendant sa neuvaine de janvier, saint Joseph durant tout le mois de mars. Elle tombe malade à son tour, mais bientôt se relève, toute pleine de vaillance : « J'espère, écrit-elle, que Dieu me laissera des forces tant que mon mari aura besoin de moi. » Son espérance ne sera pas trompée.

Depuis longtemps les deux époux, chrétiens jusqu'à fond d'âme, s'étaient promis de s'avertir quand ils seraient l'un ou l'autre en péril de mort, afin que le sacrifice suprême, l'offrande à Dieu de toute la vie, fut plus libre et plus complet, et la préparation au jugement plus immédiate. Vers la fin d'octobre, Mn,e Thayer, déchirée en son cœur, mais saintement courageuse, révèle à son mari que l'heure est proche. La nouvelle ne parut pas surprendre le patient : il l'accueillit avec la sérénité confiante de sa foi. « Les paroles de ma femme, dit-il quelques heures après à son confes-

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seur, ne m'ont fait aucune peine. Il faut bien nous en aller tôt ou tard. Je suis tout prêt à paraître devant Dieu, dès qu'il le voudra. » A cette question : « N'êtes-vous pas inquiet de laisser Mme Thayer toute seule ? » il répondit : « Elle a tant de courage! et puis Dieu lui viendra en aide; je suis sans crainte à son sujet. » Les premiers jours de juillet 1867 furent des jours d'agonie commençante. Le malade était en proie à une agitation que seule calmait la prière. Dès que Mme Thayer élevait la voix pour le Pater ou Y Ave, le trouble s'apaisait. Le malade ne se plaignait plus et, lui aussi, priait. Le 4» on lui demanda, avant la messe qui se disait dans la chapelle de son hôtel, s'il voulait communier (depuis neuf mois il avait communié tous les samedis); il répondit vivement qu'il le désirait, et, quand, après la messe, sa femme le prévient que le prêtre allait venir : « Ah ! ditil, comme vous m'avez fait attendre ! » A l'approche du Saint-Sacrement il récita luimême le Conjîteor et communia dans les sentiments de la foi la plus pénétrée et de l'adoration la plus profonde. Le lendemain, veille de sa mort : « Pensez-vous souvent à

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Notre-Seigneur ? lui demanda son confesseur. — Oui, souvent, répondit-il. — A ses souffrances unissez-vous les vôtres ? — Je ne fais que cela. — Voici le crucifix; regardez-le. » Il ouvre les yeux et le contemple. — « Baisez-le. » Et trois fois il le baise. Le 6, son âme s'envola dans un soupir très doux et son visage s'éclaira d'une beauté surprenante dont tous les témoins furent grandement consolés.

Après les obsèques qui eurent lieu à Saint-Thomas-d'Aquin, la dépouille mortelle fut transportée à Chàteauroux. Trois autres cercueils l'escortaient, les cercueils des trois enfants exhumés du cimetière, et tous les quatre, à l'ombre de la chapelle de Touvent, ils attendent la résurrection glorieuse. Pauvre femme! Pauvre mère!

Mère sainte plutôt et femme forte... Le 12 novembre i8(38, au retour à Paris de Touvent où elle avait accompagné ses morts, elle écrit : « J'ai revu le banc d'oeuvre où mon Amédée allait avec cette ponctualité si remarquable qu'il avait en tout ce qui ressemblait à un devoir; ce banc d'oeuvre où il a édifié tant de personnes !... On me le disait souvent pendant sa vie. »

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Deux jours après : « Messe par le P. Ludovic dans cette chère chapelle où mon Amédée a servi la sainte messe depuis i845 jusqu'au mois d'octobre 1867. Hélas! plus jamais après! Mais il assistait à la messe et communiait encore dans cette chère petite chapelle, peu de mois avant sa mort. ))

Malgré son chagrin cruel et son épuisement, elle resta debout. Le général Lawœstine(i) en était stupéfait : « Femme étrange, disait-il, on vient pour la consoler, et c'est elle qui vous console. » Jusqu'à la fin elle gardera, très vivant et comme embaumé dans son amour, le souvenir du cher défunt. Dix-sept ans après la mort, elle souffre comme au premier jour. Allant de Genève à Saint-Gervais (9 août i885), elle écrit : « Je suis triste, triste! Je me sens si seule quand je voyage! Tous mes voyages avec mon Amédée reviennent à ma pensée et oppressent mon cœur. » Toutefois le sentiment qui domine, c'est la douleur transfigurée par l'espérance : « Il y a huit

1. Petit-fils de Mme de Genlis, ami personnel de Louis-Philippe et de la famille royale.

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mois que j'ai perdu mon Amédée bienaimé, perdu pour mon bonheur dans ce monde mais gagné comme mon protecteur dans le ciel. Puisse ma pauvre âme arriver à obtenir mon éternelle réunion avec lui! »

Epouse parfaite, Mme Thayer fut pour ses enfants la mère que nous avons vue penchée nuit et jour sur des berceaux qui furent si rapidement des tombeaux. Au moindre souvenir, c'était comme un tressaillement des entrailles maternelles. Un jour (19 septembre 1808), elle passe à Forges-les-Eaux et elle écrit : « Forges est l'endroit qu'a habité mon pauvre enfant en 184 1 pendant six semaines. J'étais à Passy avec Amédée qui s'était cassé le bras.

Quand j'ai été chercher Napoléon à Forges, il avait une fièvre aiguë qui ne l'a plus quitte jusqu'à sa mort. J'ai reconnu cette maison jaune habitée par cet enfant dont j'étais l'idole, et qui me contemple du ciel depuis seize ans déjà ! » Quarante-deux ans après la naissance de cet enfant, elle écrivait encore : « En ce jour (le 29 avril), à jNice, j'ai espéré la joie de la maternité. Le 29 décembre i832, mon enfant Napoléon

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naissait. En 1842, dix ans après, le Seigneur le rappelait à lui ! » Ainsi elle refaisait les étapes joyeuses et douloureuses : les mères portent toujours en elles, vivant ou mort, leur enfant; puis elle ajoutait ce mot de grande chrétienne que nous avons déjà cité : a Merci, mon Dieu, d'avoir donné sitôt le ciel à mon premier-né! »

De la fille nous avons dit la tendresse en détachant des agendas les notes qu'elle écrivait aux anniversaires.

Que fut-elle pour la mère de son mari ? Ne cherchez pas en Mme Williams Thayer le modèle des belles-mères. Protestante acharnée, elle se montra si dure, après l'abjuration de son fils Amédée, pour ses deux enfants qu'ils s'en allèrent du toit maternel. Ce fut la paix, mais non pas sans orage. Nous lisons en effet au 3 juin 1848 :

« Visite chez ma belle-mère qui se termine par une très vive explication sur la conversion d'Amédée, il y a dix ans.

Cette explication a eu lieu parce que j'ai dit à ma mère que si Amédée était exclu de la candidature du club de la garde nationale à cause de ses idées religieuses et de

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la souscription pour le Sonderbund (i), je regarderais cette exclusion comme un titre de gloire. La discussion a été très vive. J'ai dit à ma mère tous les griefs que j'ai pu avoir contre elle depuis dix ans. J'ai parlé de ma foi avec passion... Enfin j'ai été profondément émue, trop animée certainement dans la forme, ce qui est toujours un tort. Mais je ne regrette rien du fond de tout ce que j'ai dit. J'ai quitté ma mère après lui avoir demandé pardon de ma vivacité. Amédéem'a fort approuvé, ce qui a été pour moi un bonheur. »

Ce n'est pas à dire que Mme Williams Thayer méconnût les qualités de sa belle-fille, car, dans les premières années du mariage, quand les jeunes époux quittaient le château de Drancy près Paris, où ils avaient passé l'été, elle écrivait : a Je suis triste du départ d'IIortense qui met un terme au bonheur que j'éprouvais, entourée de mes enfants. Je serai trois mois séparée d'elle

i. Alliance formée en Suisse vi845) par sept cantons catholiques pour la défense des libertés sacrées. « Jamais cause ne fut plus sainte, disait Montulcmbert, et plus immaculée. La Suisse, c'est la Vendée de la liberté. »

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et de mon Amédée. Ce sera trois mois retranchés à ma félicité. Elle était si gaie, si charmante, qu'elle laissera un grand vide dans notre cercle de famille. Elle a été adorable pour Marie (i) et je l'en aime davantage. » Au surplus, peu à peu, tout s'apaisa, sauf la surnaturelle tristesse qu'éprouvait la bru catholique de savoir sa belle-mère si enfoncée dans l'erreur protestante. Maintes fois elle essaya de lui ouvrir les yeux, une fois surtout pendant la maladie qui devait l'emporter. Elle entre chez la malade, décidée à frapper le grand coup, à lui proposer la visite de M. Desgenettes, curé de Notre-Dames-des-Victoires, et le visage un peu troublé sans doute : « Tu as l'air d'une âme en peine, ma fille, lui dit la malade. — En effet, chère maman, mon âme est dans une grande peine... » Et elle décharge son cœur; en pure perte, hélas ! la malade refusa tout. Ceci se passait le 2 mars i85o. Mme Thayer écrit ce jour-là dans son carnet : « Amédée m'a tendrement remerciée de cel acte de fermeté et de dévouement. Notre devoir le

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