‹ La fille du mauditChapitre 5 sur 117 · DOUGLAS, ROCHESTER, GRAMONT, MUSKERRY · texte numérisé non relu

DOUGLAS, ROCHESTER, GRAMONT, MUSKERRY

ROCHESTER, poussant les battants de la fenêtre.

Nos compliments, milord! ou monsieur, s’il vous plait de garder l’incognito.

DOUGLAS

Je vous avoue, milord, que je ne comprends pas...

ROCHESTER

Vous ne comprenez pas que Rochester, en voyant lord Douglas, comle de Selkirk, sous ces habits de simple bachelier, a deviné qu’il était sur la piste de quelque amour champêtre, et que, pour en avoir le cœur net, il s’est mis à l'affût avec ses nobles amis, le vicomte Muskerry et le chevalier de Gramont, et que ledit Douglas entrant par la porte, ledit Rochester s’est doucementglisséderrière la fenêtre, et qu’il a vu de là une pantomime charmante, ma loi! où le geste, sans le secours de la parole, faisait assez voir de quoi il s’agissait ; et qu’il n’a qu'un regret c’est d’avoir interrompu par un éclat de rire indiscret le tendre gazouillement de l’oiseau que vous teniez en cage, bel oiseleur... vous ne comprenez pas cela? c’est pourtant bien simplet

(Muskerry et Gramont rient de plus belle.)

DOUGLAS

Encore une fois, milord, de que! droit...

ROCHESTER, avec une indignation comique.

De quel droit!... Il ose le demander!... du droit qu’ontles hommes vertueux de confondre le vice, milord! de flétrir la trahison, de démasquer l’hypocrisie, de s’indigner du scandale... et de le provoquer au besoin I (Riant.) Mais à cette fenêtre, mon cher Douglas, j’ai l’air d’un prédicateur en chaire!... vous nous permettez d’entrer, n’est-ce pas?...

DOUGLAS

Au nom du ciel, milord!... (Rochester, Muskerry' et Gramont disparaissent.) Morbleu! l’honneur d’Anna à la discrétion d’un pareil éventé! (Rochester entre en .scène suivi de Gramont et de Muskerry.)

ROCHESTER

Vous êtes trop bien accueilli dans la maison pour ne pas avoir le droit d’y recevoir vos amis.

DOUGLAS

Cette maison est celle de M. Wilson, milord, et, puisqu’il faut vous le dire, je serais fort embarrassé moi-même d’y justifier ma présence!

ROCHESTER, riant.

Je le crois pardieu bien l pour ce que vous y fa i tes !

mais nous.. . nous, honnêtes buveurs d’eau de Tunbridge, passants inoffensifs, quel mal y a-t-il, je vous prie, à nous abriter un moment des brûlnnies ardeurs du soleil sous ce toit hospitalier?... De bonne foi, croyez-vous queM. Wilson n’aimera pas mieux vous trouver en tête-à-tête avec nous qu’avec... Au fait! avec qui? sa femme, sa fille, sa nièce?

DOUGLAS, avec colère.

Milord ! ... veuillez me suivre, i t je vous donnerai, je vous le jure, toutes les explications que vous pouvez désirer!

ROCHESTER

Oh! oh!... c’est mon sang qu’il vous faut? par une pareille Chaleur?... grand merci!... (il s’étend dans nn fauteuil.) Je vous offre celui de Muskerry, tenez I

MUSKERRY.

Hein ?

ROCnESTER.

Il a ri plus fort que moi !... et cela est d’autant plus impardonnable que, pour lui aussi, l’heure du berger va sonner! oui, Nell Gwin, la blonde Ne!I Gwin, la vertueuse ingénue du ihéâtre de Sa Majesté...

DOUGLAS

Je vous jure, milord, que vous me mettez au désespoir!

ROCHESTER, sb levant.

Quoi! sérieusement? mais vous ne savez donc pas où vous êtes? vous ignorez donc le premier mol de nos mœurs et de nos usages? vous arrivez donc des confins de la civilisation et des belles manières? du pays des Touariks, des nègres Mandingos, de Tombouctou? Eu ce cas, jeune étranger, on prévient les gens!

DOUGLAS

Eh! milord t c’est à vous de les prévenir que vous clés gris dès le matin!

ROCHESTER

A quoi bon les prévenir d'une chose qui est de notoriété publique? votre ignorance à ce sujet, monsieur, me prouve que vous arrivez en effet de Tombouctou!

DOUGLAS

O patience!

ROCHESTER

Vous avez peut-être entendu parler de l’Angleterre’ Eh bien, vous y êtes! jene vousparlopas de l’Angleterre mélancolique de Cromwell, monsieur, mais de la joyeuse Angle -

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