SCÈNE XV
PETERS; puis ANNA.
PETERS
Fort bien! Le regard de madame de Castelmaine dit assez clairement que je n’ai rien à attendre de ce côté-la!... Il s’agit de nous relever de l’autre. De deux choses l’une; ou miss Wilson sait la vérité, ou elle ne la sait pas; et, dans l’un comme dans l’autre cas, il suffira d’un mot pour nous mettre d’accord!... Tu tiens la fortune et les honneurs dans tes mains, Jacob Hall! C’est à toi de ne pas les laisser l’échapper !... C’est elle !... (Anna rentre en scène enveloppée d'une mante.) Pardon, miss Wilson!
ANNA
Vous, monsieur!
PETERS
Je vous supplie de m’accorder un moment d’entretien.
ANNA
Laissez-moi 1
PETERS
Repousserez-vons un malheureux qui implore une parole de pardon? Oui, mademoiselle, si par un indigne soupçon j’ai mérité votre colère je mérite peut-être par mou repentir que vous me pardonniez.
ANNA
Soit, monsieur! je VOUS pardonne. (Elle veut s’éloigner, Peters l’arrête.)
PETERS
Un mot encore, de grâce I... Je ne voudrais pas que miss Wilson attribuât à la haine ou à la vengeance un outrage que rien ne justifie sans doute, mais qui lui paraîtra moins coupable quand elle en connaîtra la cause. L’amour est aisément jaloux, mademoiselle, et la jalousie enlraine à toutes les violences.
ANNA
Vous êtes fou, monsieur?...
PETERS
Si c’est une folie de vous aimer, du moins m’est-elle commune avec de bien grands seigneurs.
ANNA
En vérité, de tous vos outrages celui-ci est le plus inattendu et le plus sanglant!... Vous m’aimez?... vousl... Qu’espérez- vous donc de moi 9
PETERS
Rien que ce que peut espérer un honnête homme, mademoiselle, et je ne comprends pas...
ANNA
Vous ne comprenez pas que je vous hais, que je vous méprise, que je devine vos infâmes calculs, et que je me couperais celte main plutôt que de la placer dans la vôtre...
PETERS
Vous êtes prompte, mademoiselle, et vous me parleriez peut-être avec moins de hauteur si vous aviez consulté votre père.
ANNA
Mon pèrel... et qu’y a-t-il de commun entre mon père et vous?
PETERS
Entre M. Wilson et Jacob Hall, rien!... (Baissant la voix.) Mais entre Hewlet et Peters c’est autre chose.
ANNA
Hewlet?... Peters?...
PETERS
Je vois que ces noms même vous sont inconnus, et je m’explique maintenant la fierté de votre langage... votre père a encouragé par son silencedes rêves de bonheur etde gloire qui ne pouvaient se réaliser. Un mol vous fera comprendre pourquoi j’ose prétendre à celte main que M. Wilson refuse à lord Douglas.
ANNA
Mon père a refusé?...
PETERS
Oui, mademoiselle; et lord Douglas m’offrait mille guinées de ce secret que je ne puis révéler qu’à vous, car la vie de votre père en dépend, aussi bien que la mienne.
ANNA
Sa viel