‹ La fille du Tintoret drame en cinq actes et six tableauxChapitre 18 sur 67 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

D’AREZZO, seul.

Allons, Pierre d’Arezzo, assez de rêveries et de langueurs... tu n'es pas assez riche encore pour perdre ainsi le temps! chaque seconde vaut un écu, chaque minute vaut un sequin... Au travail! au travail!., aligne des mots, noircis des pages, broie des pensées; et puisque l’or seul donne le plaisir, la puissance, le bonheur, eh bien!., fais suer de l’or à ton encrier!.. Allons, gagne ta vie, misérable!.. O petite perle noire suspendue au bout de cette plume, que vas-tu devenir en tombant gur le papier? de la haine ou de l’amour?.. De )a haine, je le veux !.. Malheur à mes cnnemisl guerre au monde entier!.. Il n’y a de fort ici-bas que celui qui se fait craindre... A l’œuvre, ma plume!., raille, calomnie, déchire, égorge!.. Tintoret, je tuerai ta gloire; Valerio, je tuerai ton avenir; Marietta, je tuerai ton honneur!.. Marietta! nom cher et maudit! pensée qui me torturel spectre qui m’obsède!.. Je ne peux pas travailler!.. C’est que je l’aime avec délire, avec frénésie! et cet amour insensé qui me dévore, je l’arrache en vain par lambeaux comme la robe de Nessus, je le retrouve sans cesse collé contre ma chair I.. Tremble donc, belle et vertueuse fille... On méprise d’Arezzo, on le hait, on l’insulte; mais on ne lui résiste jamais... et la brebis palpitera bientôt sous les griffes du loup!..

LA FILLE DD TINTORET

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