ACTE iir, SCÈNE I
LA NIOBÉ
Oui, à mes pieds. . • .
VALERIO
Qu’est-ce que c’était, cette aumône?..
LA NIOBÉ
Aht merci! je me souviens... c’était une bourse...
VALERIO
Eh bien! cette bourse... où est-elle?..
LA NIOI1K.
Làl sur mon cœur, la voici !.. Vous voyez bien que ce n’est pas un rêve, vous voyez bien que je ne suis pas folle...
VALERIO
Et vous croyez que cette jeune tille...
LA NIOBÉ
Oh! je ne crois pas, je n’ose pas croire... Vous comprenez... j’ose à peine espérer: il m’a semblé reconnaître dans la jeune fille quelques-uns des traits de l'enfant, mais l’apparition a été si courte, et les larmes m'ont tellement aveuglée que je ne suis sûre .de rien... Ce que je sais, Valerio, c'est qu’à cette vue, mon cœur, mon sang, mon âme, tout a crié : c’est elle!.. Ce que je sais, c’est que ma fille n’est pas morte... sans cela, mon Dieu... est-ce que je serais encore vivante?
VALERIO
Demain, je me jetterai aux pieds du doge, et, s’il est content de mon travail, il ne me refusera passa protection, sa justice! Alors, Niobé, nous fouillerons ensemble le palais du Canal- Grande, et nous y chercherons cette jeune fille jusqu’à cc que nous l’ayons trouvée !
LA NIOBÉ
Bon Valerio!
VALERIO
Justice vous serait rendue depuis longtemps, si, au lieu d’ètre seule avec votre faiblesse et vos larmes, vous aviez eu pour Vous protéger, pour vous défendre, le père de votre enfant...
LA NIOBÉ
Son père, Valerio, son père... il s’appelle le Crime!.. Écoutez : 11 y a orgie splendide et furieuse au palais de Médicis! Enlevée par ses soldats, par scs bandits plutôt, une jeune praticienne avait été traînée dans une salle obscure d’ou elle écoutait avec terreur les chansons et les rires... Tout à coup, la porte s’ouvre, elle entend marcher près d’elle, et, à travers les ténèbres, deux bras hideux la saisissent, éperdue , briséçf mourante!..»
VALERIO
Le nom de ce misérable?... !
LA NIOBÉ
Je vous l’ai dit... il- s’appelle le Crime... je ne sais rien de
[ dus»., je n’ai pas même vu son visage, car autour de nous ’ombre était épaisse comme celle d’un tombeau !
Ht
VALEKlO.
Ainsi, aucun indice n’a pu vous le faire connailre?
LA NIOBÉ
Mon premier mouvement fut de saisir un stylet qu’il portait à sa ceinture, arme inutile, qu’en revenant à moi je retrouvai dans ma main crispée...
VALEKIO.
Et ce stylet...
LA NIOBÉ
Oh! je l’ai toujours.
VALERIO
Donnez... Le chiffre et les armes des Médicis!.. c’était le duc Jean, peut-être...
LA MOBÉ.
Je le crus comme vous; et, décidée à venger mon honneur par sa mort, je suivis l'infàme jusqu’à Borgo-Forte... Mais j’arrivai trop tard : la main de Dieu l’avait châtié avant la mienne!.. Néanmoins, j’ai gardé ce poignard ; il ne me quitte jamais, et, un jour ou l’autre, j’en frapperai le ravisseur ue ma fille...
VALERIO
Calmez-vous, pauvre femme... tâchez de maîtriser votre pensée, de repousser loin de vous les mauvais souvenirs, les émotions violentes...
LA MOBÉ.
Oh! ne craignez rien. Je ne suis plus folle, allez... et c’est vous qui m’avez guérie, vous et Mariclta, cet ange!... Du jour où j’ai trouvé vos mains pour serrer les miennes, vos cœurs pour me comprendre et me plaindre, ma folie s’est dissipée doucement!... Valerio ! Marietta! mes autres enfants! c’est au contact de votre jeunesse que ma blessure se ferme doucement, c’est au rayon de vos pures amours que mon cœur retrouve parfois la sérénité des temps heureux!
VALERIO
Ma bonne Niobé !
LA NIOBÉ
Vous ne pouvez pas vous voir tous les jours, mes beaux fiancés, le monde vous sépare encore , et c’est moi qui suis votre fidèle messagère!... Oh! quelle joie d’aller ainsi de l’un à l’autre, de parler sans cesse à Marietta du travail de Valerio, et à Valerio de l’amour de Marietta, de vous portera tous les deux le courage, l’espérance, les promesses de bonheur 1...
VALERIO
Aussi, nous vous bénissons !..
LA NIOBÉ
Et maintenant, adieu, mon ami !
VALERIO
Vous me quittez?..
LA MOBÉ.
A regret, mais il le faut, car je dispose en égoïste de votre