‹ La fille mauditeChapitre 10 sur 25 · NOUVELLES EMOTIONS · texte numérisé non relu

NOUVELLES EMOTIONS

L'homme aux marionnettes reprit :

— Excusez-moi, madamo la cx)mtesse, je ne sais pas, vraiment, pourquoi je vous dis toutes ces choses ; j'abuse de vos instants.

— Non, je vous écoute, an contraire, avec beaucoup d'intérêt. Il faut consoler votre fils, Greluche ; il ne faut pas le laisser tomber dans le découragement.

— Oh! je ferai pour cela tout ce que je pourrai.

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— Si je me souviens bien de ce que vous m'avez dit autrefois, Greluche, il u'est pas certain que sa mère ait cessé de vivre. Dieu, voyant combien il l'aime, la lai rendra peut-être. Voilà ce qu'il faut lui faire espérer, mon bon Greluche.

— Malheureusement, il n'a plus l'espoir de la retrouver. 11 a voulu faire des recherches lui-même, et un matin, nous Fomracs partis pour Gray. 11 s'est informé à l'hôpital de cette ville, il n'a non appris. Alors il m'a laissé à Gray et il est parti seul, suivant cette roule sur laquelle; comme je vous le racontai, madame la comtesse, je l'ai trouvé dans la neige à côté de sa mère engourdie par le froid.

Le hasard l'a conduit dans un bourg de la Haute- Saône, à Sainl-lrun...

— Saint-Irun, répéta la comtesse en se rapprochant de Greluche.

— Oui, madame la comtesse. Là, un souvenir l'a frappé de nouveau, à la vue de deux gros chiens de pierre placés de chaque côté de la porte d'une auberge, comme deux gardiens fidèles. C'est de là que sa mère est partie un soir avec lui pour aller tomber à quelques lieues sur la roule de Gray.

A ce moment, Germain ouvrit la porte du salon.

— Monsieur le comte attend madame la comtesse, dit-il.

— Je me retire, madame la comtesse, dit Grelnche, Diais je vais vous remettre...

— Non, non, restez, dit vivement la comtesse, je tiens à savoir...

Et, se retournant vers Germain :

— Nous sortirons un peu plus lard, reprit-^'lle ; dites à M. le comte de ne pas s'impatienter.

Germain sortit en refern^nut U porto du salon.

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Grelache avait tiré de sa poche les papiers enfermés dans ane enveloppe. Il les tendit à M"* de Bussières.

— Qa*esUoe donc qae cela, Grcluche?

— Dei papiers que vous serez heureuse sans doute de poeeéder, madame la comtesse ; il y a un manuscrit, une aorte de poème en prose, puis deux lettres. Ces papiers ont été remis à mon fils adoptif, madame, et il m'a chargé de vous les apporter.

— Greluche, dois-je les lire devant vous? demanda la comtesse visiblement émue.

— Non, madame la comtesse, vous les lirez plus tard, seule.

— Greluche, savez-vous ce qu'ils contiennent ?

— Oui, madame la comtesse.

— Que doivent- ils m'apprendre?

— Peu de chose ; mais il vous parleront de ce fils que vous avez perdu, dont vous avez parlé un jour devant moi.

La comtesse devint blanche comme la neige, et, toute tremblante, s'appuya au marbre de la cheminée.

— Ainsi, dit-elle d'une voix hésitante, ces papiers...

— Appartenaient au fils de madame la comtesse de Bussières, celui qui portait le npm (VEdmond. Le manuscrit est écrit de sa main, et c'est pour cela que mon fils adoptif vous l'envoie...

— L'écriture de mon fils! s'écria la comtesse.

Et, d'une main fébrile, elle déchira l'enveloppe. Elle ouvrit le manuscrit et lot avidement quelques lignes ; mais, aussitôt, ses yeux se voilèrent de larmes, et elle pressa le précieux cahier sur ses lèvres.

— Mon Dieu, mon Dieu, murmura-t-elle, que vais-je apprendre? Quelle joie m'envoyez- vous ?

Elle releva sur Greluche ses yeux humides ; son front paraissait illuminé.

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— - Greluche, reprit-elle d'ano voix oppressée, les lèvres frémissantes, qui donc a remis ces papiers à votre fils?

— Uq homme qui en était le dépositaire.

— Et pourquoi cet homme les a-t-il livrés à votre fils plutôt qu'à un autre?

— Parce que... parce que... balbutia Greluche,il a cm, il a pensé qu'ils pouvaient l'aider à retrouver la famille de sa mère.

— Mais celle de son père, Greluche, celle de soo père!

— Edmond, madame la comtesse, ne cherche pas la famille de son père.

— Ah ! tout à l'heure je vous interrogerai à ce sujet, Greluche ; mais reprenez, je vous prie, le récit que vous me faisiez quand on est venu nous interrompre. L'enfant que vous avez élevé, votre fils, Greluche, arrive à Saint-Irun, pas> hasard ; à la vue de deux chiens de pierre, placés devant une porte d'auherge, il se souvient, U découvre que sa mère l'a amené à Saint-Irun dans son enfance, et que c'est en se rendant de cette commune à Gray, que la pauvre femme, saisie par le froid, est tombée dans la neige.

fT- Oui, madame la comtesse.

~ Alors il a cherché à obtenir des renseignements?

— Oui.

— Qu'a-t-il appris?

— Rien.

— Quoil il ignore encore le nom de sa mère?...

— Son nom de famille, madame la comtesse, qui ne sr trouve pas dans les papiers que je viens de vous remettre. Il sait seulement que sa mère se nommait Lacile.

— Ah t Lucile ! Lucile 1 s'écria M"** de Bossières, Elle appuya ses deux mains sur son cceur comme si

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elbeùi Toolo arrêter ses battements précipités, puis elle leva Ters le ciel son front irradié.

Grelocbe la regardait avec étonnement.

— Continuel, mon ami, continuez, lui dit-elle en s'ei- •rçaot de paraître calme, no me cachez rien, dites-mol

CQnuDeDi... votre fils a rencontré la personne qui lui a remis ees papiers que vous m'apportez.

— Madame la comtesse, c^est encore le hasard... -— Dites la Providence, Greluche.

— Bh bien, madame la comtesse, la Providence a placé anr le chemin d'Edmond un vieux mendiant du pays, qui se nomme Mardoche, et qui, parait- il, a connu sa mère et aussi son père. Mais, cet homme, pour des raiiODS qu'il a cru devoir cacher, a refusé de dire à Edmond le nom de famille de sa mère.

— C'est bien étrange 1

— D'autant plus étrange, madame la comtesse, que le vieux Mardoche a fait à Edmond d'autres révélations très-importantes.

Les deux mains de M** do Bussières se posèrent sur le bras de Greluche.

— Je vous écoute, dit-elle d'une voix étouffée.

— Un soir, le mendiant conduisit Edmond dans un cimetière.

— Alors, alors?

— Il le mit en présence d'une pierre portant une inscription terrible.

— Quelle est cette inscription, Greluche?

— Deux mots et une date, madame la comtesse ; ▼oici les deux mots : Mort assastiné, et la date : 24 juin Ig50.

Greluche sentit que les mains de M"* de Bussières se crispaient sur son bras.

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— Achevez, Greluche, achevez, dit-elle d'ane voix presque éteinte.

— Le vieux mendiant dit à Edmond : vous êtes sur la tombe de votre père!... Alors Edmond se souvint tout à coup qu'il était entré dans le cimetière de Frémicourt ; il se mit à genoux et il retrouva dans sa mémoire une prière que sa mère lui avait apprise.

— Qu'a dit ensuite le mendiant?

— Il avait amené Edmond dans le cimetière pour acquérir, probablement, la certitude qu'il était bien le fils de l'homme assassiné. N'ayant plus de doute à ce sujet, il lui apprit que son père se nommait Edmond comme lui, que comme lui encore il ne connaissait pas le nom de sa famille et qu'un misérable du pays l'avait assassiné pour le voler.

— Je sais cela, Greluche ; l'homme dont vous parlez se nomme Jean Renaud ; il a été condamné aux travaox forcés à perpétuité.

— Comment, madame la comtesse savait?...

— La triste fin de mon fils, oui, Greluche ; mais ce que j'ignorais, ce que vous venez de m'apprendre, c'est que ce pauvre orphelin, trouvé par vtms sur une route, est aussi mou fils, mon eufanl!... Ah! Dieu nous a pris en pitié, s'écria-t elle avec exaltation ; après nous avoir si cruellement éprouvés, quand notre vieillesse était sans espoir, il nous réservait une joie suprême!... Greluche, Greluche, pourquoi ne m'avez-vous pas amené mon petit nu?

Greluche baissa la tête.

— Vous ne me répondez pas, reprit la comtesse, est-il à Paris?

— Nous sommes revenus ce matin, après avoir fait no détour pour passer à Arfeuille. Nous avons su par le bon M. Bricard que madame la comtesse était à Paris.

LA PILLE MAUOITB M^

— Pourquoi D*eftt-U pas venu ici avec vous?

~ Madame la comtesse, je suis désolé d'être obligé de TOUS dire la yérité.

— Eh bien?

— Eh bien, madame la comtesse, Edmoud né se reconnaît aucun droit, et il m'a chargé de vous déclarer qu'il ne demande rien, qu'il ne veut rien.

— Ge n'est pas possible, celai s'écria-t-elle très-agitée ; mais il est notre Gls,entendez-vous, Greluche, notre Ois?

— Il est à peu près certain que sa mère nVtait pas mariée, madame la comtesse, qu'il est un enfant illégitime ; il n'y a donc aucun acte... Rien, absolument rien ne prouve qu'il soit votre petit-fiIs.

— Mais tout le prouve, au contraire, Greluche, tout ; est-ee que j'ai hésité à le reconnaître, moi? Ohl je comprends sa fierté, la délicatesse de ses sentiments et ses susceptibilités, qui sont celles d'un grand canactère, d'une àme noble. Mais, soyez tranquille, nous saurons vaincre ses scrupules. Ah ! la bonté de Dieu est infinie ; il nous a pris deux enfants, il nous en donne un autre I

Ne pouvant se contenir plus longtemps elle se prit à sangloter. En même temps la reconnaissance et la joie éclataient dans sou regard.

— J'ai versé bien des larmes dans ma vie, reprit-elle ; aujourd'hui, je pleure de joie, j'ai rarement éprouvé ce

. ravissement. Je ne vous demande pas de me dire ce qui s'est passé entre Edmond et le mendiant après la visite au cimetière, continua-1-elle, je le devine. Mardoehe était le dépositaire de ces papiers que vous venez de me remettre, et.que je lirai avec bonheur, avec ivresse...

J'aurais encore bien des questions à vous adresser sur le vieux mendiant et d'autres personnes, mais plus tard, plus tard. Pour l'instant, je ne veux penser qu'a Edmond, ne m'occuper que de notre fils.

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Elle agita le cordon d'une sonnette. Germain, qui se tenait dans ranlichambre, parut aussitôt.

— Priez M. le comte de venir ici immédiatement, Ini dit la comtesse.

Puis revenant vers Greluche, elle lui prit la main.

— Que de reconnaissance nous vous devons, dit^lle ; ah! nous no pourrons jamais nous acquitter envers vous... Mais vous resterez près de lui, vous ne serez pas séparés. D'ailleurs, vous avez été son père, il vous aime, autrement il serait ingrat , et il a du cœur, et il est bon... Mon Dieu, qu'il me tarde de le voir, de le serrer dans mes bras! Autrefois, quand vous veniez à Arfeuille, que vous me parliez de lui, une émotion extraordinaire s'emparait de moi ; il me semblait que quelque chose de délicieux pénétrait doucement dans mon cœur. Vous le rappelez-vous, Greluche, plusieurs fois je vous ai demandé de me l'amener?

— C'est vrai, madame la comtesse.

— Sans le connaître autrement que par oe que vous me disiez de lui, je l'aimais déjà, ce cher enfant. Ah! j'étais loin de me douter... C'est la Providence qui vous a envoyé à Arfeuille, Greluche. Comme dans tout ce qu'il fait, Dieu fait éclater sa sagesse et sa puissance 1 Ditesmoi, mon ami, il est grand, n'est-ce |)as, il est beau? Oh I il doit ressembler à son père !

— Je ne sais pas s'il ressemble à son père, madame la comtesse ; mais, tout à l'heure, en contemplalion devant ce portrait, je croyais le voir lui-même.

— Vous en êtes sûr, U ressemble au comte de Bussières?

— D'une façon merveilleuse, madame la comtesse.

— Et vous disiez que rien ne prouvait qu'il fût notre filtl s'écria-t-elle avec one joie indicible.

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La porta s*oavrU et le comte do Bussiéres entra dans le salon.

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