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éducation distinguée ; il en a fait un homme digne de nous.
Vous dire comment Jérôme Greluche a recaoilli l'enfant sur une route, il y a plus de treize ans, comme il a découvert qu'il était le fils d'Edmond et de Lucile, seiait trop long à vous raconter en ce moment. Toutes les preuves existent, monsieur le comte, le doute n'est ^mis possible.
— Je vous crois Je vous crois ! s'écria le comte éperdu.
— Savez-vous à qui ressemble cet enfant qui nous est rendu, le fils d'Edmond de Bussières? reprit la comtesse, à vous, monsieur le comte, à vous.
— En regardant monsieur le comte, je retiouve en- C()re mieux la ressemblance que sur le portrait, dit Greluche, les yeux fixés sur M. de Bussières.
Le comte était sous le coup d'une émotion bien natarelle, tous ses membres tremblaient. Soudain, il se redressa et sa physionomie prit une expression indéfinissable. Ses yeux semblaient jeter des étincelles.
— Un fils ! un fils! s*écria-t-il avec une sorte de délire; ah! en ce moment, seulement, je vois que Dieu peulme pardonner!
Puis, s'emparant des mains de la comtesse, il les omhrassa avec transport.
— Je ne croyais pas que mon cœur pût encore éprouver de la joie, dit-il.
La comtesse était radieuse.
— Dieu a vu votre repentir, répliqua-t elle, il a entendu nos sangloU, il a compté nos larmes et il u dit : t Ils ont assez soufi'ert. »
— Qu'il !»oit béni ! s'écria le comte. Puis se tournant vers Greluche :
— Votre fils adoptif sait-il qu'il est le petit-fils de la comtesse et du comte de Bussières? dcmanda-t-il.
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— Il le sait, répondit Qreluclie.
— Alors, pourquoi D*est-il pas avec vous?
— Monsieur le eomte...
La oamiesse prit vivement la parole.
— Je vais vous le dire : Edmond, — Luciie a donné à sou enfant le nom de son père, — Edmond sait aussi qu*il est né en dehors du mariage. Les preuve» écrites qu'il est notre Ûls, les seules qui existent, se trouvent dans eas papiers que Greluche vient de me remettre en son nom. Loin de vouloir s'en servir, il nous les abandonne. Il ne veut pas admettre, en cette circonstance, qu'il y ait des droits autres que ceux que donoent nos lois civiles; enfin, il croit être pour nous un étrnnger. Bien que pauvre, par un sentiment de délicatesse et de noble fierté, que vous apprécierez comme moi, il ne veut rien nous demander.
— 11 a raison, dit le comte ; il ne doit rien nous demander, en eflet ; c'est nous qui devons lui donner.
— Vous savez, maintenant, pourquoi il a refusé de venir ici.
— Eh bien, dit le comte, nous irons le chercher.
— C'est la proposition que j'allais vous faire.
— Partons, la voiture nous attend.
— Encore un mot, monsieur le comte.
— Dites.
— Puis-je vous demander ce que vous comptez faire pour l'orphelin?
— Ce qu'on fait pour un fils, répondit-il.
— 11 n'est pas encore le nôtre, monsieur le comte.
— Nous l'adopterons.
— Il lui faut un nom.
— 11 aura celui de Bussières où celui d'Arfeuille. Vous choisirez.
— Le vétre, monsieur le comte, le vôtre.
— Eh bien, il sera comte de Bassières.
La comtesse poussa ao cri de Joie et tendit la main à son mari en lui disant d'une voix pleine de lannes:
— Merci !
Ensuite, s'adressant à Greluche :
— Etes-vous content? lui demanda-t-elle.
Le pauvre Jérôme balbutia quelques paroles inintelligibles. Incapable de se maîtriser, de grosses larmes jaillirent alors de ses yeux.
Un long discours n'eût pas été aussi éloquent.
— Ne perdons pas une minute, reprit la comtesse ; j*ai h&te de voir ce cher enfant. Ah! comme je vais l'aimer!
Ils descendirent dans la cour. Le cocher attendait sur son siège. Le comte et la comtesse prirent place dans le coupé. Greluche grimpa à côté du cocher et la voiture partit.
Dix minutes après, elle s'arrêtait rue de la Montagne-. Sainte-Geneviève.
— Notre modeste logement est au deuxième, dit Greluche, permettez- moi de passer devant vous pour vous montrer le chemin.
— Nous vous suivons, dit le comte.
-> Mon Dieu, pensait Greluche, comme il va être étooué; que va-t ildire?
Il s'arrêta sur le palier pour attendre M. et M** de Bussières.
Comme la plupart îles logements d'ouvriers celui de Jérùme Greluche n'avait jamais connu le luxe d'une sonnette. Il frappa sur la porte trois petits coups. C'est ainsi qu'il H'annon<;ait d'habitude lorsqu'il revenait le soir, après avoir fermé le théAlru de Higolo.
Edmond vint ouvrir.
— Enfin, te... commen<;a-t-il.
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Les paroles expirèrent sar ses lèvres à la vue du comte et de la comtesse. Tout en saluant, il recula jus« qu'au fond de la chambre.
Greluche s*effa<;a pour laisser passer le comte et la eomtaaee, qui entrèrent les premiers.
Mmond ne comprenait pas encore ; son regard semblait interroger. Il fit un nouveau mouvement et son jeune et beau visage se trouva tout à coup en pleine lumière.
— Eh bien, monsieur le comte, le reconnaissez -vous? s'écria la comtesse.
— Il porte sur sa figure son acte de naissance, répondit M. de Bussières.
— - Ah! Greluche, Greluche, dit le jeune homme avec nn accent de reproche, tu m'as trahi I
— Vous l'entendez, madame la comtesse, vous Tenteodezl dit le pauvre Greluche d'un ton désolé.
Alors, M** de Bussières, le front rayonnant, s'avança vers le jeune homme et lui tendit ses bras ouverts en criant :
— Edmond, mon fils 1
11 restait immobile, hésitant, pâle, les yeux hagards, la poitrine oppressée.
Le comte lui prit la main en disant :
— Vous êtes notre fils ; à partir d'aujourd'hui vous vous appelez Edmond de Bussières.
Et le poussant doucement dans les bras de la comtesse , il ajouta d'une voix grave et solennelle :
— Vicomte de Bussières, embrassez votre mère ! Les bras de la comtesse se refermèrent sur loi. Ce fut une délicieuse étreinte.
— Mais c'est un rêve, disait Edmond, c'est un rêve!
— Non,murmura la voix de la comtesse, c'est le bonheur pour nous tous.
— Mais je ne suis tien, reprit le jeune homme éperdn, je ne suis rien !...
— Vous êtes notre fils, vous êtes aujourd'hui notre unique enfant.
— Votre fils, moi, moi I...
— Dans trois jours, dit le comte, le nom de Bussières que je vous donne vous appartiendra ; vous aurez le droit de le porter... A nous deux, mon fils, continua-t-il, nous tâcherons de faire oublier à la comtesse de Bussières, la mère de votre père, tout ce qu'elle a souffert depuis quarante ans. Vous allez devenir la joie et la consolation de deux vieillards.
— Edmond, reprit la comtesse, votre père adoptif ma raconté dans quel but vous avez quitté Paris il y a quelques jours pour vous rendre dans la Haute-Saône. Vous cherchiez la famille de votre mère, Dieu vous a fait découvrir celle de votre père. Ah ! nous le remercierons tous ensemble ! Quant à la famille de votre mèie, Edmonil, nous la connaissons; mais, grâce à Dieu, vous n*avez plus rien à lui demander maintenant. Vous désiriez un nom, le comte de Bussières vous le donne. Ce nom, vous ne seriez pas venu nous le demander; Greluche, que vous accusiez tout à l'heure de vous avoir trahi, m'a tout dit : vous vouliez rester pauvre, inconnu, abandonné, orphelin, sans famille : eh bien, ce nom, nous vous l'apportons. Vous ne vouliez pas venir à nous, c'est nous qui venons vous chercher.
— Me chercher?
— Oui, mon fils, dit le comte, nous vous emmenons à l'hôtel de Bussières.
— Et lui, lui? s'écria Edmond en s'élançant vers Greluche, qui, retiré à l'écart, pleurait silencieusement.
— Nous emmenons aussi l'excellent homme qui vous
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a élevé, répondit le oomte ; oelai qui yoos a servi de père esl auni de noire famille.
Vne heure s'était à peine écoalée, lorsque le coupé de M. de liusaières rentra «lâos la cour do l'hôtel.
Germain accourut.
A la vue d*Ëdmond il poussa un cri de surprise.
Puis il resta immobile, comme pétrifié, un bras tendu, une jambe en arrière, la bouche ouverte.
Le comte lui dit en souriant :
— Il me ressemble, n'est-ce pas, Germain ?
— (Ih ! monsieur le comte, il me semble vous voir tel que viius étiez autrefois, lorsque j'ai eu Thonneur d*en- Irer à votre service.
— Eh bien, Germain, reprit le comte, vous allez faire préparer immédiatement les appartements de votre jeune maître, M. le vicomte de Bussières.
La comtesse, tenant Edmond par la main, le fit entrer dans le grand salon et le plaça en face du portrait de BI. de Bussières.
— Croyez- vous, lui dit-elle, qu'une ressemblance aussi parfaite ne vaut pas un acte de naissance ?
— 0 ma m^re I ma mère ! s'écria Edmond en se jetant àson cou.
— Enfin, murmura la comtesse heureuse, enivrée, je vais donc pouvoir aimer !
Lrfî comte les surprit dans les bras Tun de l'autre. Il les contempla un instant avec attendrissement, les yeux voilés de larmes.
— Il m*a appelé sa mère ! lui cria la comtesse folle de joie.
Le comte s'approcha.
— Yalentine, dit-il, c'est vous surtout que votre fib doit aimer I
Edmond se tourna vers le comte et s'écria avec an magnifique élan de reconnaissance :
— Je vous aimerai tous les deux I
— Son cœur est sur ses lèvres, dit la comtesse. Le père et le fils s'embrassèrent avec eflusion.
Le soir même, le comte de liussières faisait porter, par un de ses domestiques, une lettre à son ami M. Nestor Dumoulin. C'était une invitation pressante à déjeuner pour le lendemain.