I.A FlIillBUtB
el^e j-ai enimidu dire à mamita qu'on pouvait tomber quand on ne* savait pas sus quel pied' le cheval galopait. J'aurais ëtë embarrassëe de le dire; aussi j'ai préféré tirer sur la bride, et Canope s*est arrêté tout court ; si court, que, ne m'attendant pas à tant d'obéissance, j'ai Mli passer par-dessus sa lête. De ce moment-là, j'ai compris tout de suite à qui j'avais . (Test conmie le bon piano de mamita, qui ne rend de sons si on l'attaque trop fort, et dont il faut se servir me du moelleux dans les mains. Pai feit retourner ce cher pitit animal sur lui-même. Je ne savais trop comment m'y prendre ; mais je crois qu'il devine ce qu'on veut. C'est un viai cheval d'enÊoit; je suis venue vers mamita, m'amusant à passer du pas au galop et du galop au pas, tout cela si aisément, qu'il me semblait n'avoir fait autre chose de ma vie.
Mamita était pâle. Bonne maman m'a grondée. J'ai demandé Simon cheval ou moi avions fait quelque sottise et ce qu'on avait à me reprocher, puisque j'avais vaincu ma peur et que je revenais saine et sauve.
— Vous avez entendu que votre mère vous rappelait, a dit bonne maman, et vous n'avez point obéi.
J'ai dit que je n'avais pas entendu.
— Eh bien, a repris la grand'mère, ^tce coeur aurait dû etteodre que le sÀen battait d'effroi et de souffrance.
Jîai embrassé mamita en lui demandant pardon. Elle a dit à André d'aller vite chercher son cheval, afin de m'accompagner, et m'a permis de faire le tour du parc avec lui. Je l'ai faîit trois fois ; j'étais comme ivre, comme folle. Dieu 1 quel plaisir de monter à cheval 1 J'avais bien raî«on d'y rêver toutes b miiiB. C'est le paradis des fées !
Bn revenant, André a dit à maman :
— Hînisment, madame, je crois que nous n'aurons rien à lui enseigner. Elle trouve d'elleHOdême tout ce qu'il faut faire, et n'ii peur de rien.
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Gomme j'étais fière de savoir déjà mener mon cheval 1 Tmrais voulu que mon père me viti et mon parrain surtout, qui disait autrefois que je ne serais jamais brave, parce que j'étais trop nerveuse.
Ce matin, mamita a monté à cheval avec moi et André. J'ai été un peu jalouse d'elle, parce que, vraiment, elle est plus tranquille que moi, tandis que j'ai encore des moments de peur affreuse, quand Ganope prend ses airs mutins. Mais il n'en est pas plus méchant pour cela et je m'y habituerai. Je me garde bien de dire que j'ai peur. Peut-être qu'elle est comme moi, mamita, et qu'elle ne s'en vante pas ; mais non, c'est une nature si calme I Elle n'avait jamais monté à cheval de sa vie, il y a deux ans. Les médecins le lui ordonnent, sa mère l'en prie, et voilà qu'elle a du courage, de l'aplomb et de la grâce tout de suite, par ordonnance. Je voudrais bien voir si j'ai bonne tournure à cheval. J'ai peur d'avoir Tair d'un fagot. Il faut que je me perfectionne avant que mon parrain arrive. Je me souviens que j'étais furieuse quand il se moquait de moi.
sa août... midi.
J'ai bien mal appris ma leçon d'harmonie aujourd'hui, et le père Schwartz s'est impatienté. C'est un brave homme, mais il est trop vieux ; ce n'est pas ma faute s'il m'ennuie. J'aimais bien mieux les leçons de mon parrain ; je le craignais davantage, mais je comprenais mieux. Il est pédant, ce vieux Allemand : le voilà qui prend de l'humeur parce que je monte ï cheval, et qui dit que cela me tournera la tête !
Il est certain que cela me grise un peu et que je saute des fosses toute la nuit, en rêve. Ah ! que j'ai envie de sauter un fossé comme André ! mais mamita ne veut pas, et, si elle le voulait, je ne sais pas si j'oserais. Mon Dieu, que c'est joli, que c'est beau, le mou/^ % le grand air ! Aller loin, biea
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ioinl... Le parc m'ennuie; mamita veut toujours rentrer, et voilà grand'mère qui trouve déjà qu'une heure par jour dans le manège du jardin, c'est beaucoup pour mon petit corps. Mais je me sens très-forte, moi ! Est-ce qu'elle se figure que j'ai soixante ans?
Quatre heuret.
La journée est mauvaise, décidément : mamita n'a pas voulu me laisser monter à cheval aujourd'hui. Elle prétend que cela me donne la fièvre et me rend irritable. Je crois, qu'en effet, j'ai été un peu mauvaise. Et puis la grand'mère est venue, par làhdessus, dire que le manège, de deux jours Tun, c'était assez ; que le cheval devait être un exercice, un délassement, mais non une passion, une rage. Je comprends bien cela chez mamita ; mais, pour moi, c'est autre chose, et me voilà un peu faneuse. Maman est triste 1... Allons, j'ai tort. Je vais l'embrasser, mais c'est bien ennuyeux de toujours céder. C'est bien la peine que mon père m'ait envoyé un si beau cheval pour que je ne m'en serve pas ! Je suis sûre que, s'il était là, il me donnerait raison. Que c'est triste, de ne pas être élevé par ses parents!
Gloq heures.
Maman m'a fait pleurer. Elle est si bonne, ma pauvre mamita 1 si douce, si tendre, si vraie 1 Ehl mon Dieul je l'aime plus que tout au monde. Pourquoi ai-je tant de peine à lui obéir?
SA n^tKVZM
LBTTBB 0B. ftliPHHn ▲ iJfIGjftB. ~ FRAGMSVTS
Manille, le S mai 1819.
Oui, ma bien-aimëe, c'est la dernière lettre. Je m'embarquerai le 28, et, s'il plaît aux deux de bénir ma traversée, je serai à tes pieds vers la mi-septembre. Ânicée , c'est la première fois que je te quitte depuis dix ans d'un bonheur a complet, qu'il est divin, et je jure bien que c'est la dernière. Tu l'as voulu, crueUe amie, généreuse créature ! Je ne poovaî» relhser cette mission sans manquer à mes devoirs, disais-ta. Après tant de travaux consciencieux et assidus, j'étais forcé de rendre à la science, ne fût-ce qu'une fois en ma vie, un service éclatant, de &ire à l'humanité un grand sacrifice. Eh bien, je l'ai fait, j'ai immolé deux années de ma vie I J'ai consenti à mourir tout vivant pendant deux années l le suis q}iittfiy n'estce pas? j'ai payé mon tribut^ j'ai ^porfeé ma pierre à l'édifioe; on ne me parlera jamais jdua d'idier dans un Ufiu où tune pourras pas me suivre I Non, tu ne sais pas ce que c'est qu0 de vivre sans toi. Gomment le saurais-tu? Il est impossible que quelqu'un au monde soit semblable à toi, pour que tu te fasses une idée de ce que tu es pour moi. mon amie, ma sainte, mon âme, mon avenir, ma vie, mon tout!... Je ne puis rien trouver qui soulage mon cœur en t'écrivant. Les mots soat
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nuls; il n'en existe pas pour exprimer mon amour^ ma passion... Oui, c'est une passion dévorante que cet amour si calme auprès de toi, si déchirant de loin I Tu remplis Tâme qui te possède d'une joie si complète, qu'à tes côtés on savoure l'infini; mais être séparé de toi par des continents, par des mers, par d'autres étoiles que celles qui ferment notre horizon, passer des jours, des mois, des années sans te voir, sans t'entendre, sans te presser sur mon cœur, c'est l'horreur de la tombe, moins le repos de la mort. Jamais, jamais je ne recommencerai cette épreuve. Je ne sais comment j'ai pu y résister. . . .
Que ta mère chérie te donne la force qui me manque ; que cet ange béni te verse une double tendresse; qu'elle essuie tes larmes en secret; qu'elle me conserve ces beaux yeux qui sont mon empirée, mon ciel sans limite, ma source sans fond. . . .
Folle, qui croit que je la trouverai vieillie 1 C'est moi qui sois vieux maintenant. Loin de toi, j'ai cent ans. Je n'ai ni cœur, ni volonté, ni force, ni repos. Ah 1 je n'étais pas né pour ce qu'on appelle les grandes choses, moil Je ne sais pourquoi j'ai aimé les sciences et les arts avant de te connaître. C'était le besoin de te rencontrer qui me faisait chercher mon idéal dans l'univers. Je t'ai trouvée, je n'ai plus cherché. Je n'ai plus travaillé que pour te mériter aux yeux du monde. Ce jour estil enfin venu, mon Dieu? Ah! pourquoi n'a-t-on pas laissé ces deux pauvres cœurs s'adorer et se fondre ensemble dans l'oubli de tout ce qui n'était pas eux! C'était donc un crime de notre part que de n'avoir besoin de rien et de personne?
Oui, certainement, les lettres delaMorenitasont charmantes, je dirais surprenantes pour son âge, si je n'avais assisté au rapide développement de cette étrange petite créature. Elle sait ex- <R^er, avec une âidlité rare, toutes ses jeunes lubies ; et ce qui ^ la lait ressembler à aucune des petites merveilles qu'on leocoatre de ten^s en temps dans les arts ou dans les sciences, ^*«Bfc ^'.eUe n'Aiû£Gîenceim.art, et (|u'elle, garde, dans l'ex-
pression, le naturel qu'à son âge on dédaigne et ferde presque toujours.
Mais ce n*est pas une raison pour la croire supérieure à toi, mon Anicée. Prends garde à ce besoin que tu éprouves de t'effacer devant ce que tu aimes. Si la pauvre enfant s'en aperçoit jamais, la vanité la prendra. Gomment veux-tu qu'on se croie plus que toi, et que la raison tienne contre une telle cause d'orgueil? Morena avait des défauts qui ne lui permettront jamais d'aller jusqu'à ta ceinture. Ahl j'ai peur de trouver ma filleule horriblement gâtée, chère amie. Heureusement, la bonne maman est là. Mais je n'aime pas l'engouement aveugle de ce père qui la traite en princesse des MiUe et une Nuits, et qui ne veut la voir qu'à travers le trou d'une serrure. Où donc l'a-t-il vue sans qu'elle s'en soit doutée? Tu me conteras cela. Mais je dis que, puisqu'il n'a pas d'enfants après quinze ans de mariage, et que sa femme n'est plus jalouse de lui, il ferait mieux de l'adopter sans l'éloigner de toi. Tu vois, je parle en vieux. C'est moi qui suis le raisonneur, le bonhomme Prévoyance. Je crains l'avenir pour cette enfant, qui s'habitue à croire qu'elle est fille d'un roi, et qui dédaignera tous les partis, pour arriver à découvrir que certains partis la dédaignent.
Je lui envoie, pour son anniversaire, un don tout de sentiment. J'ai grand'peur que, ce jour-là, enivrée par quelque nouvelle folie de ce cher duc, qui est un honmie d'imagination plus que de jugement, elle ne méprise un peu mon cadeau de parrain, pour se regarder au miroir, revêtue de quelque robe de brocart, coiffée de quelque escarboucle tirée de l'écrin des fées.
Vous ne me parlez pas de Rosario ; donc, vous n'avez pas encore découvert ce qu'il est devenu. Je confesse que je ne m'en tourmente plus guère. Nous l'avons pourvu d'un état en ne refusant aucun développement à son éducation musicale. H en a profité tant bien que mal. Ses défiaiuts se corrigeront peut-
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être forcement dans le contact du monde brillant qu'il recherche, monde indulgent à Tordinaire, mais hautain parfois, et qui, tout en applaudissant les seguidilUu du gitano, lui pèsera lourd sur la tête, s'il ne sait esquiver la rencontre des humiliatiens. J*ai dans l'idée qu'il s'est dérobé aux études du Gonseryatoire et aux sermons de Roque, pour aller briller dans quelque petite cour d'Allemagne, ou dans quelque pays à festival^ sous un nouveau nom de guerre. Il nous reviendra encore avec quelques dettes. Ce n'est rien, si l'honneur est sauf. Espéronsle. S'il a peu de sentiment de la vraie dignité morale, il a du moins peu de vices, et sa vanité immense le préserve des en« trainements qui abaissent sans retour.
Laisse le père Schwartz ennuyer Morenita et lui prouver que l'imagination et la facilité ne suffisent pas. Dis à cet excellent ami que je lui rapporte de la musique indoue, chinoise, japonaise , plein mon cerveau ; car je me fie plus à ma mémoire et à mon sentiment pour lui traduire tout cela, qu'à une version écrite, où, malgré moi, j'altérerais l'étrangeté du texte.
Roque m'a écrit de Paris une lettre de vingt pages. Bon Roque 1 il est parvenu à être un médecin de renom, lui qui méprisait tant la science des conjectures! C'est égal, si tu es malade, j'aime mieux que tu consultes le vieux médecin du village. Il procédera par la routine de Texpérience, au lieu que Roque, par la route des idées pures, m'effrayerait beaucoup encore dans la pratique. Il faudra que je tâche de mettre encore beaucoup d'eau dans son vin. J'espère qu'il viendra passer trois jours avec nous pour mon arrivée.
Ht notre ami -Glet est donc enfin accouché d'un joli poëme, <pii ne méritait pas tant dé façons? Je m'en doutais bien ; les lûontagnes accouchent toujours de la môme manière. N'importe, je serai aise de le revoir. Je l'aime depuis que tu m'as ^^ vn si grand mérite de mon premier duel. Dieu sait que
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mon mérite n'était pas grand, et que, pour ne pas être on (Pinno-bec, j'amrais, dans ce temps-là, cassé cent bras et reçu cent balles dans le corps, sans me plaindre et sans plaindr» personne. Qui croirait cela, il me voir? liais il fallait bien prendre cette inscription-là?
Quand je stnge que, dans trois mois, je serai à tes pieds!... c'est à devenir foui II ine fiuidra s^oumer une eemaine à Tisthme de Suez. Je t'écrioai des bords de la mer Rouge.
JOURNAL DE MORENITA
H npteoiliit. — BrMe.
13 €St donc enfin reveiMi, mon cber parrain! Mais il ert vieux I... Gomme j'ai été surprise de ie voir avec un viaig» bàlé, amaigri, des cheveux blancs sur les deux tempes! ùk ni!« intimidée, et j'ai retrouvé {dus de la peur (pie de la tasdresse que j'avais pour lui autreSûs.
U était arrivé à cinq heures du matin; je ne le savais pft» Mamita, en entrant dans ma chambre, ne m'en a rien dit. C'est une surprise qu'on me ménageait. Nous nous sommes mises à table; en voyant un couvert de plus, je me suisdoutéa de quelque chose ; mais le père Schwartz a dit d'un ton si se* rieux que M. det était arrivé et venait passer trois mois avee nous, <{ue je n'ai pu m'empécher deiaine la moue. J'ai «a GW
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enlioErevr, je .neais pas pourquoi. Aussi qiKSÏe joie quand mon parrain est^aitrël J'ai ëtë si émue, que je n'osais pas j'offibrasssr. Il en a été étonné; et puis, après les premi^^es teodresses, il s'est mis à m'examiner. J'étais bien mal à l'aise, et ses remarques n'étaient pas trop obligeantes.
— Tu n'as guère grandi, et je crois que tu es plus brune qu'à mon départ. Quelle petite sauterelle!
Aàl je vois bien que, décidément, je suis laide; mais il aurait pu se dispenser de me le ûése entendre si clairement. Akffs il &udra que je m'arrange pour avoir beaucoup d'esprit ; ttitr^nent, persanae œ piandjca garde à moi
M septembre.
Depuis quatre jours, j*ai pris mes leçons avec assiduité, j'ai étudié non piano avec ardeur. C'est que mon parrain m'a eneouragée. Il a été content de mon jeu ; mais il a trouvé que je Ae lisais pas la musique assez vite, et a dit qu'il ne me ferait invHiller que quand Schwartz serait tràs-cont^t de moL lue trouve instruite et avancée pour mon âge ; mais il fait ente&dne que, si j'en restais là, je ne serais qu'une petite sotte. AMons, je ^ois bien qu'il feut que je me donne beaucoup de peine pour kd plaûre, à ce bourru de parrain 1 Eh bien, on s'en èumera.
Comme il aime mes deux mamans! Je crms qu'il préfère aamita. Oui, c'est une adoration qu'il a pour elle. Ce sont des sains, des attentions... et, quand il croit que je ne le vois pas, il la regarde comme l'aigle épris de la beauté du soleil. Que je sois peu de chose, moi, entre ces deux êtres si parfaits et qui le comprennent si bi^ I Pourquoi ne sont-ils pas mariés eursemble? C'est singulier, celaJ car tous ceux qui les abordent
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sans les connaître leur parlent comme s'ils étaient mari et femme et n'hésitent pas à me croire leur fille.
Leur fille 1 Ah! je voudrais Tétrel mamita ne m'aimerait peut-être pas mieux, mais mon parrain ne serait pas si clairvoyant sur mes défauts, et, s'il s'imaginait que je lui ressemble, il me trouverait belle. Je ne sais pas pourquoi j'ai tant d'amou^ propre avec luil Quand grand'mère me réprimande, cela m'impatiente, voilà tout ; quand c'est mamita, cela m'afflige; quand c'est lui... cela me vexe et m'humilie.
Qu'est-ce que ça me fait, après tout, de ne pas être pour lui, comme pour mamita, une petite merveille? D n'est ni mon père ni mon futur mari, et voilà les deux seuls hommes à qui je sois forcée de plaire 1
iS septembre.
M. Roque et M. Glet sont arrivés ce matin. Quelle drôle de figure que M. Roque, avec ses lunettes d'or qui tombent sur son nez à chaque mouvement qu'il &it I Gomme il est brusque, gauche, anguleux, grand, maigre, avec des habits trop larges, et des pieds si longs, des souliers si baroques ! Je ne peux pas le regarder sans rire. Heureusement, il ne s'en aperçoit past Je crois que plus il est savant et spirituel, plus je le trome ridicule. Mon parrain est cependant plus savant que lui, à ce qu'on assure, et, quant à de l'esprit, lien a cent fois davantage, je m'en aperçois bien. Pourtant jamais personne ne trouvera M. Rivesanges plaisant ni bizarre. Je voudrais bien l'entendre jouer du piano. Je ne m'y connaissais pas autrefois. Il me semble qu'à présent cela me ferait grand plaisir. Il ne veut pas me faire plaisir apparemment; car il m'a refusé net hier, et puis il a ajouté en se tournant vers mamita :
— A moins, pourtant, que vous ne l'exigiez I
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— Non, lui a-tp-elle répondu, pas encore. Il firat, pour que cela vous plaise, que vous vous sentiez en train de rêver, et c'est trop tôt.
— Oui, oui, a-t-il repris : la rdverîe, c'est le bonheur qu'on savoure, et je ne suis pas encore assez remis de la joie de me trouver ici.
Xai écrit ces phrases pour ne pas les oublier. Je ne les comprends guère ; mais elles me font rêver aussi, moi. C'est donc on .bien grand bojiheur que l'amitié, puisque voilà un homme si heureux de la société de mamita!
Ah I je suis trop seule, moi I Je ne connais pas toutes ces douceurs de sentiment dont on parle autour de moi. Mamita est heureuse de ne jamais quitter sa mère ; M. Roque est heureux de revoir mon parrain. Schwartz est heureux de voir les autres si heureux. Il n'y a que moi qui me sente triste souvent et ennuyée au fond du cœur. Je les aime certainement autant qu'on peut aimer, ces bons parents adoptifs ; mais cela ne fait pas que je ne désire et ne rêve rien hors d'ici. Quoi? Je ne sais pas! quelque amitié qui me fosse trouver que je suis heureuse comme les autres, ou quelque distraction qui me fasse oublier que je ne le suis pas,
M. Clet, que *je continue à détester cordialemet, et qui, je crois, me le rend bien, a beaucoup parlé du monde, et des fêtes et des spectacles de Paris, toutes ces belles choses que j'entrevois à peine, du fond de notre chartreuse de la rue de Courcelles, et que mes mamans déclarent si puériles et si maussades! Quelle étrange idée ont les gens graves de vouloir dégoûter les autres de ce qui leur déplaît ! Mon parrain est de leur avis. Eh bien, pourquoi est-il un homme de si grand mérite? Pour qui s'esl-il donné la peine de savoir tant de choses ? Est-ce que ce serait pour mamita toute seule, comme il a l'air de le lui dire avec ses yeux, quand il reçoit son éloge ? Elle doit être bieo ûère au fond de son cœur, si cela est ainsi t
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Oui, oui, je comprends qu'avec une admiration m constante etsi flatteuse oxo^rks d'elle, elle ne désire pas celle des autres et fuie le monde pour se renfermer dans l'amitié. — Mais, moi, personne ne m'admire, et je trouve cela fort triste. Mon parrain a eu Tair de me dire aujourd'hui cpie j'étais vaine. Non, puisque je n'ai pas sujet de l'être. J'aurais besoin d'être tout pour quelqu'un ; je serais tout pour mamita, si elle n'avait pas sa mère, son frère, et mon parrain, qu'elle aime certainement encore plus que moi I
iS fepteinbre .
l'ai essayé aujourd'hui de ikn'e une étude diaprés nature de la figure de mon parrain, pendant qu'il lisait. J'étais forcée de le regarder, et, comme il ne me regardait pas, jamais je ne l'ai si bien vu. le ne sais plus s'3 est vieux, comme je me Tétais imaginé à son arrivée ; je croîs que c'est parce que je m'étais fait de lui une tout autre idée que je l'ai trouvé ainsi. Aujourd'hui, il m'a semblé jeune, ou tout au moins si beau, qu'il n'a pas besoin de jeunesse. Non, je me trompe encore, il n'est pss beau. Il a une physionomie si expressive, si distinguée, si agréable, qu'il n'a pas plus besoin de beauté que de fraîcheur. H a beaucoup gagné, d'ailleurs, depuis le peu de jours qu'il est ici. Son teint s'est éclairci, reposé : son regard a pris une expression plus douce. Un peu plus de toilette aussi a rajeuni sa toof* nure. Oui, il a tout à fait l'air d'un jeune homme quand il lit: et quelles dents de perles 1 Ses yeux sont alors comme ceoi d'un en&nt; mais, s'il devient sévère, s'il blâme mes idées, s'il raille mes fantaisies, il est vieux, bien vieux! Il me fait peor; mais je ne sais pourquoi je l'aime encore plus après qu'il m'a grondée.
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96 septembre.
Ptilsqa'il le veut, je monterai à cbeval moins souyent «t prendrai mcm plaisir avec pins de tranquiDilé. C'est vrai qne je suis nne natnre immodérée t Gomme il a deviné cela tont de suite I et mamita qui ne s'en doutait pas! Traiment, je crois qne, s'il ne me chérit pas comme elle, du moins il fait plus d'attention à moi. Il £aiut donc que je sois calme et patiente. Allons, f en aurai Tair, dusse- je en mourir!
tZ ieyteoil>r«
Il a enfin joué et improvisé ce soir. Oh! quel talent, quelle âme, quel charme! Voilà la seule de ses grandes facultés que je sois un peu capable de comprendre, moi ! Pour le reste j'admire sur parole. Mais la musique, c'est une chose que j[p sens, que je possède dans mon cœur, comme lui, quoi qu'il en dise, et quoique je ne la possède pas encore dans ma tête, comme Schwartz. Non, non, je ne l'ai pas seulement au bout des doigts, comme ils le prétendent, cet art divin ! Mon cher Stéphen l'a foit passer aujourd'hui dans tout mon âtre. J'étais émue, brisée, j'avais envie de pleurer, je tremblais. H n'a p ^ daigné voir cela, lui, mais manîta s'en est bien aperçue. Elle m'd embrassée en disant :
— £h bien, tu vois qu'il vaut mieux posséder un don comme celui-là,, qui £adt tant de bien aux autres, que d'être habile à sauter les fossés pour leur foire peur?
Elle a bien raison, mamita I Et puis elle sait que tout me sera possible si mon parrain s'en mêle un peu, et elle attire tcNÔOHrs SQA attention sur* au»; mais, ce n'eal pas &cil6 : on dirail qu'il ba ycnt nà'aa. aiGOvdai! 91'à aea. mamenU perdus.
tes LA FILLBULB
SS leptembre.
n m'a &it beaucoup de peine aujourd'hui. Il est tenu à quatre heures, comme tous les jours, et je me suis trouvée seule au salon lorsqu'il est entré. J'étudiais mon piano, je mu suis levée bien vite pour ne pas l'ennuyer. Il m'a dit de continuer et a pris le journal. Je l'ai supplié de ne pas m'entendre.
— Oh I parbleu ! sois tranquille, a-t-il répondu, je ne t'entends pasi
J'ai trouvé cela bien cruel, je le lui ai dit avec des larmes dans les yeux. Il m'a regardée alors d'un air si étonné, si froid, si sévère, que j'ai failli m'évanouir.
— Vous ne m'aimez 'pas du tout, me suis-je écriée.
— Allons, a-t-il répondu, je vois bien que tu es folle.
Et il a repris son chapeau, il est sorti sans me donner la moindre assiu*ance d'affection. Oh! il est étrange, mon parrain! il a les caprices d'un homme qui sent tout le monde audessous de lui. C'est un orgueilleux!... ou bien je lui déplais particulièrement. Il me trouve laide. C'est donc que je le suis. Si j*en étais sûre, je me tuerais!
lY
lOURNAL DE STÉPHBN. — FRAGMENTS
tt septembre.
Pour la première fois, aujourd'hui, j'ai goûté l'indicée charme de mes anciennes rêveries. Loin d'ellSf cela m'était iifr
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posBÎble. Je tournais à la tristesse, à la douleur, presque au désespoir. £t puis ces climats brûlants, ces aspects splendides de l'Inde ne sont pas faits pour ce genre de contemplation. La nature tropicale est trop vigoureuse pour l'homme; elle rënerve de chaleur ou elle l'accable de magnificences. Ces brises, chargées d'acres parfums, ne caressent pas, elles enivrent ; ce ciel étincelant ne souffre pas le regard de l'homme. Tant de vigueur semble faite pour les êtres où la matière donûne l'intelligence. L'éléphant et le tigre sont les rois de ces contrées. L'Indien est foible comme un roseau.
Depuis mon retour, je n'avais pas eu une matinée de loisir. Tant de travaux à mettre en ordre I tant d'idées à repasser au crible de la réflexion! tant d'apergus à soumettre à l'examen de la conscience 1 Oui, je suis sincère, j'aime la vérité, je suis son serviteur, je serais son chevalier au besoin. Produire de brillants travaux, tout le monde le peut, avec quelque savoir et de l'imagination. Mais donner à la science une forme attrayante, lui ouvrir un nouvel horizon sur un point quelconque, sans hasarder de téméraires assertions, voir plus loin que la méthode aride, sans voir foux pour se singulariser, c'est plus qu'un travail à laire, c'est un devoir à remplir. Ce devoir accompli fera enfin de moi, à trente-quatre ans, un homme qu'on jugera peut-être digne d'avouer son bonheur intime. Il Y a longtemps que j'eusse pu extorquer ce droit. Le bruit et le succès sont si souvent le prix de l'audace et du sophisme t mais ce n'est pas ainsi que je voulais mériter ma récompense.
Me voilà donc enfin dans ma chère vallée, sous mon ciel pâle, dans une atmosphère appropriée à mon organisation physique et morale 1
Je puis enfin me posséder, moi, et oublier ce monde de l'infini, où je m'épouvante d'être si petit, pour me sentir renaître et pour retrouver mon individualité, ma jeunesse, ma puissance relative dans le monde de mes affections et de mes
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gofttsi Arrière le journal du savant criblé de mots grecs, latl&l et arabesl Ne fût-ce que ponr quelques joors, je yeux repren<dre le journal de l^ëcolier amoureux.
H ihit depuis avant-hier, une chaleur exceptionnelle dans la saison de notre climat. On se croirait aux premiers jours dl'août. Après avoir fermé et scellé mes derniers cahiers, je me suis senti un besoin d^enfknt de courir seul dans la campagne, sans volonté, sans but, comme autrefois. Ce n'étsut pas encore l'heure d'aller rejoindre ma bien-aimée. J'avais un tiers de journée à dépenser en songeant à elle sans douleor, Bans inquiétude, sans impatience.
rai pris la rive gauche de ma petite rivière et je l'ai suivie en heri)orîsant. Il n'y a pas ici un pauvre brin d'herbe que je ne regarde avec plaisir comme un vieux ami. Au lieu de ces noms barbares que la science leur donne, je pourrais leshapfiser tous de quelque mot charmant qui serait un souvenir de ma vie intime.
Au bout d'une heure de marche, je suis revenu sur mes pas, ne voulant pas perdre de vue ce cher manoir de Brlole dont ]*ai été bien assez longtemps séparé par des horizons sans nombre. J'étais content de me voir assez près pour me dire que, si je voulais, d'un trait de course, en quelques minutes, je serais là. Mais j'avais la rivière à traverser et plus d'une heure de marche sans passerelle. Pour n'avoir pas cet obstacle qui gênait déjà la liberté de mon rêve, j'ai fait un paquet de mes habits et j'ai traversé à la nage le ruisseau, calme et profond à cet endroit-là. L'eau était encore si agréable, que j'y suis resté dix minutes; après quoi, à demi rhabillé sur l'autre rive, étendu sur le sable tiède que perçaient de vigoureuses touffes de brome, j'ai goûté un indescriptible bien-être, et j'ai dépensé là, complètement inerte, complètement heureux, les deux heures qui me restaient.
douceur infinie de Tair natal I placidité des eaux pares^
LA NLltm^ JTI
mw, cranpiusaBt aitoee du veRt dam les arbres, dtfbon^ iûr» mi^ealf^ des hosMâ» Miehës flrsr Fheiiie courte et brtfëe des prairies, jevx narfe des «UMtOBa-que la poale Teui ram^ «r au ni«ge, pays siac^'et koùy prose diarmante de la poéabnatiqiiel
leii^dlai»pas loin en moulin. J*eatendais le cri plaintif et doQx de la roue vermoului» q«i semble se plaindre du travail fifkuteT avec TesHi qd Tentralne. Les jeux des enfants et le diaot des ooqs envoyaient de tenaps en temps une fusée de pÊfHé dans l'air somnolent. Une fnildieur molle pénétrait dans toas mefr pores. L'arôme des plantes aquatiques planait sur moi sanS'Oherclier à m'écreser. Rien de violent, rien de sublime dans oeMe nature paMble. Là où j'étais couché, je n'avais rien à admirer : l'horizon était fermé pour moi, d*an côté par les buissons épais de la rive gauche, au bout d'un travers de ruisseau qui n'a pas vingt pieds de large ; de l'autre, par le terrain ^ui se relevait en talus inépi à deux mètres au-dessus de ma tôte. Par une écbancrure, j^apercevais seulement la time de qudques arbres et un pan de toit, dont les ardoises 8e confondaient avec la végétation bleuâtre des saules. C'était Briole, mon nid, mon asile, mon Êden, là to 1 près, pour a^isi dire sous ma main. ><■
Que pouvais-je désirer? Une forêt vierge? des précipices? UM vëgétaUon hérissée qui déchire les regards? les vents maritimes qui abrutissent? les dmes qui donnent le vertige? les eataraotes qui ébranlent les nerfs? Non, non 1 Je ne regrettais rien de tout cela, je ne voulais rien de mieux, rien de plus ^e cet horizon de pauvres herbes, ce ruisseau sablonneux, oe gloussement de la poule, oette apathie des bœufs qui venaient tremper leurs genoux cagneux dans la vase, à mes côtés, et qui, en se dérangeant fort peu pour moi, ne me dérangeaient pourtant nuUemmit.
De quoi l'homme pensant a-t-il besoin pour être heureux?
De spectacles, d*ëmotions, de surprises, de découvertes, d« conquêtes? Non, il a besoin d'être aimé d'abord, et puis de quelques instants de repos absolu après son travail.
Ce repos de Tâme et du corps n'est pas l'oubli de la vie. Ce n*est pas la végétation de la plante ni la digestion de l'animal; c'est quelque chose qui participe de ces mornes extases de la matière, mais qui n'empêche pas le principe divin de se sentir en possession de lui-même. L'amour rassasié chez les végétaux et chez les bêtes semble ne plus exister quand sa phase est épuisée. Chez l'homme, il s'éternise dans sa pensée^ et cette pensée n'admet pas que la mort même puisse l'anéantir, tant elle est puissante et profondément liée à son principe vital. Le souvenir du bonheur et son attente sont vivants jusque dans le sommeil.
Pendant deux heures de cette complète inaction, Je n'eus pas une seconde d'ennui, et il me semble pourtant qu'elles oot duré deux siècles. Je ne sais si je pensais, je ne songeais pas à penser ; j'ai pourtant très>bien vu et entendu toutes chose autour de moi. Les myriades d'ablettes argentées qui s'ébattaient au soleil dans les petits lacs creusés sur le saUe de la rive par le pi'^d des bœufs; la gourmandise capricieuse du che* vreau qui est venu goûter à toutes les plantes et qui a fini par s'accommoder d'une écorce à ronger; le sillage muet delaloo* tre le long des roseaux ; la chasse ardente de la fauvette qui a guetté et poursuivi la même mouche pendant un quart d'heora entier, au milieu de mille autres qu'elle dédaignait; le niveao de la rivière qui a baissé, à mesure que s'ouvraient les dévef soirs des moulins, et qui a laissé les mousses inondées de ses marges bâiller au soleil ; l'ombre des arbres qui était à mal pieds et qui, passant sur moi, a fui derrière ma tète«.. Où.esl le plaisir de contempler ou seulement de remarquer tout oelat Ce n'est ni un plaisir de savant , ni même un plaisir de poâte. Tous deux sont difficiles à satisfaire. H £siut à Tun du beau, k
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Tautre du rare. Ifa jouissance s'accommodait de ce qu'il y avait de moins insolite, de plus vulgaire dans le premier milieu venu, un coin d'herbe et de sable au revers d'un fôssë un réseau de ronces pour cadre et quelques ardoises pour lointain.
Anicée!... tu es dans tout, tu es tout pour moi. Au delà de ees lignes bleues qui encadrent le ciel autour de La 'demeure, il n'y a rien dans l'univers dont je me soucie sans toi, comme il n'y a rien que je ne puisse supporter à cause de toi. Là où tu vis ma vie se renferme, là où tu passes elle s*a Hache a tes pas... Trésor sans prix, inépuisable source d*orgueiI intérieur et de pieuse reconnaissance que la possession d'une âme sans tache, d^une clarté sans ombre, d'une tendresse sanj défaillance! Les soleils mêmes ont des obscurcissements, et, dans les abîmes de l'empyrée, on Voit Téternelle lumière subir, au sein des astres, de mystérieuses intermittences. L'amour et la douceur de cette femme n'en ont pas. Elle sera toujours jeune, puisqu'elle pourra mourir courbée sous le poids de l'âge sans avoir commis une faute, sans avoir connu une mauvaise pensée. Trouvez-moi donc une vierge de quinze ans qui puisse me garantir qu'elle fournira encore deux fois c^te carrière, sans pécher une seule fois contre le ciel et contre moi, pas même dans le secret de son imagination! Couronne ton front de cheveux blancs, ma sainte compagne ; moi, j'y ajouterai la couronne de lis et de jasmin des madones.
A trois heures, je suis rentré chez moi pour m'habillér. ttadgré la liberté de la campagne et de l'absence d'étiquette qu'a toujours pratiquée ma bonne mère, je ne veux jamais me présenter devant elle ou devant sa fille sans être d'une propreté scrupuleuse. L'abandon des soins de la personne est un manque de respect envers les femmes, et je veux respect:''^ *es deux femmes-là jusque dans les plus humbles détails de \ tt à tous les instants de ma vie.
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. Je ne regrette pas de ne point hiânter oMeie B H Boa t I» cM* teau. Tout y est ëlégaot, cemmode, agrMde à^voîr et mgé- DÎeusement adapté aux aises 'de cette ide tranquHk?. l^a mo»méme arrangé ee s^our arree un soin jaloax d'y -rarna bien-aimée ne manquer et ne souffrir de rien. Comme Toisiilon tisse et ouate son nid, nous autres, pauvres liumains, nous bâtissons nos demeures avec amour pour cette courte saison qui s'appelle la vie. Plusieurs y mettent de Forgueil. L'orgueil de la maison que j'ai préparée, c'est celle qui devât l'habiter.
Mais la possession des choses n'est pas ce que slmagîne le vulgaire. Toujours illusoire et précaire, elle est une jouissance à laquelle l'homme raisonnable ne peut attacher qu'un prix relatif. II ne peut aimer sa maison et son jardin qu'en transfo^ mant, dans sa pensée, ces objets matériefs en témoins de son bonheur passé ou présent. Si de tels objets deviennent chen, c'est parce que, de l'état de choses, ils passent à l'état de souvenirs.
Tairne donc Briole comme on aime un être abstrait. C'est l'auréole de suavité que respire mon amie, c'est la mienne par conséquent. Je possède cette chose ainsi idéalisée. Mais que je sois seul, que celle dont la présence l'éclairé me soit ravie, que feraîs-je de ce sanctuaire vide? Une relique qui, après moi, serait inévitablement profanée. Aht il fondait pouvoir anéantir tout ce qui a appartenu à un être adoré, comme on brûle ses habits plutôt que de les voir toucher par des mains étrangères 1
Je trouve notre vie si bien arrangée, que je souhaite n'y rien changer. Les unions qu'on appelle disproportionnées scus le rapport de la fortune seraient purifiées, même aux yeux jaloux, si Tamour et la religiou, et non les intérêts matériels, en formaient le seul lien.
Que le sentier est doux qui, de mon verger, conduit au jardin d'Ânicée I En prenant à travers les prés, je n'ai pas pour
dk flùmiM d% inôeL An bo«t ib la foM^ oii Ig plateau, s'abaisse assez brusquement, mes pas avaient creasë, avant la lEand voyage dont j'arrive» uoek sorte d'escalier sur la oonlëe ra|ûde. X'ai trouvé à mon retour la rainure comblée et mon dûBi chemÎB da gazon prolongé «i pente moeliouse jusque 8008 les preiuierS' cbéneo de la réserva.
•^ .^'ai &it en cet endroit une rencontre singnlièrenent amenée. Je passais vite, prenant plaisir à frôler les feoilios sèches qui commencent à joncher la terre, lorsque je me suis ?o conmie enveloppé d'un nuage bleu et parftimé. C'était une plaie de violettes effeuillées qui tombait d'en haut sur ma téta J'ai regardé au-dessus de moi; j'ai vu à vingt pieds au moina^ aor une longue branche qui forme comme un pont au-dessua du sentier, quelque chose qui d'abord m'a paru inexplicable* C7était un pan d'étoffe fiottantOy et puis un bras humain qui se croyait caché dans les feuilles et qui s'enlaçait à la branche pour retenir un corps, un être, que la branche même supportait et m'empêchait de voir. Du point où J'étais placé, j'ai re* connu pourtant bientôt ce petit bras mince, assez rond, très^ joli quoique très-brun, un vrai bras d'aimée, souple, fiûble et n)rt gracieux. Quand la main qui secouait le tablier plein de de violettes eut fini son aspersion, elle se hâta d'embrasser ^wi la branche, et le feuillage, un instant écarté, redevint immobile. La personne était redevenue invisible.
Je ne crus pas devoir remarquer cet hommage de ma filleole. L'adolescence de certaines organisations est bizarre, l'^imagination est malade d'une inquiétude qui s'ignore ellemême et qui se porte au hasard sur le premier objet venu. Anicéené comprend pas cette vague et pénible agitation qu'elle &'a jamais ressentie. Je ne veux pas la lui faire deviner. Elle >'*ni eflirayerait plus que de raison. Un fait naturel, si connu, ^ passager, l'engouement d'une fiHette pour son tuteur, ne
Aoit ni étonner ai tourmenter sérieusement. Le mieux est da
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n'y pas faire attention. Cette fantaisie de Tâme sera vite rem» placée par une autre.
Je feignis d'être distrait ; je baissai la tète, je passai outre» A quelque distance, je me glissai dans les buissons et j'observai Morenita, pour voir comment elle s'y prendrait pour descendre de si haut, prêt à lui porter secours au besoin.
Elle a été d'une agilité, d'une souplesse et d'une témérité extraordinaires dès son enfance ; elle grimpait comme un écureuil et nageait comme une mouette. Nous ne pensions pas devoir contrarier ses instincts ni gêner son développement physique. Avant mon voyage, Anicée se laissait encore persuader de' voir dans cette enfant un phénomène à étudier avec indulgence et tendresse, plus qu'un être à chérir passionnément. J'ai toujours senti couver en elle quelque chose de violent et de sauvage dont l'éducation adoucira la forme, mais qu^elIe ne vaincra jamais entièrement. Je vois bien qu'en mon absence, cette femme qui aime, comme la Providence, un peu en aveugle, a redoublé d'illusions en même temps que de sollicitude pour son bizarre trésor. Elle s'imagine acclimater k plante exotique dans son almosphère de pudeur et d'aménité. Dieu le veuille! mais je doute d'un tel miracle. La plante projettera ses épines acérées le jour où s'épanouira la floraison.
Si Anicée voyait maintenant sa prétendue miss Hartwefl courir ainsi dans les arbres comme un chat sauvage , elle en serait effrayée. Devant elle, l'enfant, dont le premier mouvement est impétueux, mais dont la réflexion est bonne, se contient assez. Mais voici déjà plusieurs fois que je la vois s'exercer en cachette à des choses excentriques dont le péril enivre sa curiosité ardente.
Elle resta quelque temps couchée sur sa branche, avec une grâce étudiée ou naturelle qui eût allumé certainement la verre descriptive de Clet. Clet passe ses soirées à lui faire d\^ vers q>irituels où il la compare à tous lee lutins, à tous les djinni
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de la poésie romantique orientalisée. Morenita, qui a beaucoup de goûl en littérature, et qui trouve le style ëchevelé de Clet plus* grotesque que flatteur, se fâche de ces dithyrambes. Clet la trouve sotte de n'en être pas charmée. Ils se querellent, et véritablement, en dépit de nous-mêmes, il nous oblige à re* connaître qu'il n'est pas de force contre cette langue de quatorze ans qui énumère ses travers avec une volubilité inouïe. Je n'ai pas i'iniagination opiacée de Clet. Je n'ai pas été ému du spectacle de cette liane vivante qui s'était enroulée autour de la branche ; j*ai là une filleule charmante et qui allumera des passions, cela n'est que trop certain ; mais, malgré moi, en la comparant à une liane, je songeais aussi aux serpents de rinde, qui n'ont pas plus de malice dans le caractère que les autres animaux, mais qui ont du venin dans le sang, et que le. Puissant n'aime guère à rencontrer.
Elle était incroyablement jolie pourtant dans sa pose adroite et nonchalante. Sa petite tète un peu conique, inondée de niagnifiques cheveux noirs, s'était penchée conmie pour dormir ou pour pleurer. Le rameau de chêne est fort et assez large pour lui faire un lit, mais il est si long et si feuillu à l'extré- Qùté, que le moindre vent l'ébranlé, et cette enfant ainsi bercée, insouciante du danger et comme accablée d'une mystérieuse tristesse, me rappelait complètement, pour la première fois, le type dont nous nous réjouissions de la voir s'écarter : c'était la vraie gitana, la créature paresseuse, hardie, fantasque, insoumise, inquiète, dangereuse aux autres, dangereuse à elle-même.
Elle se décida enfin à descendre; elle s'y prit si adroitement, que je n'eus aucun sentiment d'inquiétude pour elle. Bile disparut plusieurs fois dans le feuillage et reparut toujours debout, s'accrochant aux branches voisines et descendant, sans broncher, vers le tronc énorme du chêne, qui, brisé jadis par la foudre, présente une plate-forme moussue assez voisine
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du sol. MorenHa franchit cette distance en se hissant glisser comme une couleuvre sur la bruyère. Elle se releva, rattacin ses cheveux dénoués, débarrassa ses vêtements de la mwm qui s*y était attachée, et partit comme une flèche dans la direction du château.
Je m'épluchai à mon tour; je ne voulais pas qu'un secd pétale de ses violettes restât dans mes cheveux ni sur mes habits. Je la laissai prendre de l'avance et rentrai sans la rencontrer.
A dîner, elle m'a boudé. Je n'y ai pas pris garde. Le soir, elle a passé à une gaieté nerveuse assez bruyante. Elle a été plus taquine avec Clet ; elle Feût blessé tout à foit si je ne fusse intervenu. Je l'ai un peu grondée. Elle m'a. regardé avec des yeux ardents de colère ; puis, tout à coup, c'était une tendresse extatique. Anicée m'a presque grondé à son tour de ma sévérité. J'ai tourné le tout en plaisanterie. Morenita nous a dit bonsoir. Gomme de coutume, elle est venue me présenter son front. Il était humide et brûlant. Je me suis essuyé les lèvres en me plaignant de cette transpiration des enfants qui résiste à la fraîcheur du soir. Elle a été blessée et humiliée au dernier point. Il y avait presque de la haine dans le reproche de ses yeux noirs et hautains. Allons, j'espère que c'est le dernier accès de cette fièvre de croissance, et que le galop de Canope la consolera demain.
Pauvres enfants! tardifs ou précoces, bibles ou forts, il vous faut accomplir tous les développements de votre première existence à travers des soufirances particulières. Ces souffrances changent avec Fêtre qui se transforme; mais, de phase en phase, de fièvre en fièvre, ou de langueur en langueur, la vie n'est qu'un travail ascendant jusqu'à l'heure de maturité où commence le travail inverse de la dissolution do rétre.
Faisons l'âme forte, puisque le corps est d fitiMe, et il