‹ La fin d'un christianisme: trois conférencesChapitre 10 sur 11 · I. — Notre attitude ecclésiastique · texte numérisé non relu

I. — Notre attitude ecclésiastique

Puisque certains adversaires des idées que je défends ont la douleur de croire que je « dénigre systématiquement » l'Eglise, on me permettra de reproduire, ici, les lignes que j'écrivais à un ami chrétien, en 1902. Pour l'encourager à rester dans l'église réformée, je m'exprimais ainsi : « C'est désespérer des institutions, que de les quitter lorsque nous cessons d'être en pleine communion avec elles ; c'est nous retirer de la pâte> au moment où nous pourrions devenir levain ; c'est décréter que nos églises resteront éternellement ce qu'elles sont, qu'il faut les abandonner. Oseriez-vous dire que vous êtes en pleine communion avec les ouvriers ivrognes et débauchés de votre groupe socialiste? Non, et c'est pour cela que vous restez avec eux. Usez du même raisonnement, quand il s'agit d'un groupe humain qui représente imparfaitement « le christianisme » (auquel vous restez attaché), mais qui dresse la bannière du Christ

évangélique. Se retirer, c'est la méthode individualiste et anarchique de Tolstoï ; rester, partout où nous le pouvons, c'est la méthode solidariste préconisée par Herron, le socialiste chrétien anfé ricain. Notre civilisation est trop complexe, l'enchevêtrement des idées est trop radical, pour qi^'on résolve les problèmes théoriques ou pratiques par le simplisme, par la claire et courte logique française, par des arguments à la Robinson Crusoé dans son île déserte.

« Et quand il s'agit d'une association comme l'Eglise évangélique, dernier refuge de la sainteté, de la prière, de l'humilité, de la foi au Roicrucifié, croyez-moi, il n'est pas indifférent de c se jeter du haut du temple » dans le... vide. C'est « tenter Dieu ». Nous devons, d'ailleurs» à nos enfants une atmosphère spirituelle ; nous leur devons -plus que nous n'avons reçu nous-mêmes, de nos aînés ; or, c'est leur donner moins, beaucoup moins, que de les soustraire aux influences morales et religieuses de l'Eglise, et je dirai même de. notre Eglise, qui représente, aujourd'hui, entre le collectivisme et le romanisme, le libre examen, la libre pensée.

« Vous savez à quel point je suis d'accord avec vous, sur le fond des choses. Voilà longtemps que j'ai déplacé mon centre de gravité ; il n'est plus dans le protestantisme, ni même dans le christianisme ; il est avec le Christ, en pleine humanité.

Je vous comprends, je sympathise avec vos luttes intérieures. Mais permettez-moi de vous dire que mes études particulières m'ont mis à même d'acquérir, soit par la fréquentation de l'étranger, soit par l'histoire de l'Eglise ou celle de la philosophie, une connaissance peut-être plus générale des lois psychologiques et sociales qui mènent les individus et les groupes* Et de plus, en ma qualité de pasteur, je conserve dans toutes mes paroles, en tous mes actes, une préoccupation pédagogique; un vrai pasteur a l'âme maternelle. Il ne lui suffit pas d'avoir raison, il veut être compris ; il ne lui suffit pas de démontrer, il veut être suivi ; il patiente, alors qu'il serait facile de brusquer, parce qu'il veut gagner, sauver des frères.

« Que si malgré tout, ceux-ci agissent à son égard comme les pharisiens à l'égard du Christ, alors sonne l'heure de la rupture. Rejeté, il peut s'écrier, si /'Esprit Vy -pousse (car, il n*est pas le Sauveur) : « Malheur à vous, hypocrites ! »

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