ARGUMENT
Trois sentiments expliquent la naissance du messianisme : l'indignation, la foi, la pitié. — La réforme du christianisme implique trois actes correspondants : un désaveu, un retour au Messie, un programme.
I. . — La chrétienté contemporaine est solidaire de la chrétienté passée, — Les trois fractions de l'Eglise chrétienne devraient s'unir pour désavouer ce qui doit l'être. — Demain, il sera trop tard. — Laissons-nous accuser d'injustice. — L'antichristianisme des chrétiens est une forme de l'évangélisation. — En se détournant du christianisme, TOccident se tournera vers le Christ, si nous savons le diriger. — Au désaveu destructeur de la Libre-Pensée, opposons le désaveu constructeur du Messianisme.
IL — Le retour au Messie implique une certaine conception du christianisme. — Il n'est pas, avant tout, religion, ni révélation, mais rédemption. — Le christianisme, c'est Christ exerçant son activité libératrice. — C'est le Prince de la vie en marche, le Royaume de Dieu dans son devenir.
Le retour au Messie est un retour au Messianisme. — Définitions nécessaires. — Le titre de Messie n'a pas seulement une signification rétrospective. — La chrétienté attend toujours le Messie. — C'est un déplacement d'axe pour la pensée et la piété de l'Eglise. — Les éléments constituants du christianisme restent identiques, mais leur disposition change.
1° Passage du dogmatisme grec ou idéaliste au réalisme hébreu ou scripturaire. — Jésus n'est pas le Logos de Philon, il est le Messie d'Esaïe. — Rejeter l'idéalisme hellène, ce n'est pas renoncer au spiritualisme authentique. — Synthèse du spiritualisme et du réalisme.
2° Passage du dogmatisme individualiste au dynamisme solidariste. — Le Messianisme est, tout à la fois, source de paix intérieure et source d'activité extérieure, nouvelle naissance et nouvelle puissance. — Il remet en lumière la notion
solidariste du salut, et la notion dynamique du ciel.
A). — Elargissement du concept de l'individu. — Le chrétien ne veut, ni ne peut, se sauver seul. • — Son salut serait réel, sans être intégral. — L'établissement du Royaume de Dieu est nécessaire à la consommation de mon salut personnel.
B). — Pourquoi « le ciel » de l'humanité ne serait-il pas la planète humaine ? — Intuitions des prophètes. — Prédictions astronomiques. — Le « ciel » futur est en formation. — Le « ciel n actuel est transitoire. — Le ciel traditionnel.
III. — Le retour au Messie impliquait une réforme dogmatique, l'élaboration d'un programme implique une réforme éthique. — La morale s'est renouvelée autour de l'Eglise immobile. — Il faut que celle-ci élargisse le champ d'action du Christ.
— Hier, la morale se mouvait dans un cadre ecclésiastique ; demain, elle va se mouvoir dans un cadre économique. — Hier, c'était le collectivisme des opinions et l'individualisme propriétaire; demain, ce sera l'individualisme intellectuel et la socialisation des moyens physiques de l'existence.
— La conception solidaire de la propriété est le corollaire de la notion communiste du salut.
Le christianisme d'hier, malgré les prodiges de la charité, s'est glorifié de son désintéressement à l'égard du problème social. — L'esprit du Christ nous impose une autre attitude aujourd'hui. — Le socialisme et le cléricalisme ont un programme d'action ; où est le programme évangélique? — Le <( programme de prières ». — Le programme du messianisme.
QUELQUES TRAITS DU