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LIVRE DEUXIÈME

Le rôle du Peuple dans la Révolution. — La Révolution aboutit efîectivement à l'oppression du Peuple par la Bourgeoisie. — Les protestations du premier moment. — Le martyrologe des ouvriers. — La Bourgeoisie s'installe. — Gomment l'Eglise comprenait la loi du travail. — Le Droit à la paresse, de M. Paul Lafargue. — L'exploitation industrielle. — La concurrence effrénée. — Les amours à bon marché. — Comment finit Mimi Pinson. — La Bourgeoisie, après avoir exploité le Peuple, est dépouillée à son tour par le Juif. — La disparition du petit bourgeois. — La décadence de la Bourgeoisie. — La jeunesse des écoles. — Vive Ferry et les tripoteurs I

Qui ne connaît la fable allemande? Un loup et un renard ont pris une poule et conviennent de ne la manger que le lendemain matin. Le loup s'endort, le renard mange la poule, barbouille le museau du loup des plumes et fait des ordures à côté de lui. Quand le loup s'éveille, le renard Paccable de reproches pour avoir mangé la poule.

— Comment I c'est moi qui ai mangé la poule ?

— Oserais-tu le nier ? tu as encore de ses plumes à ton museau et tes ordures te dénoncent suffisamment.

La scène s'est passée à peu près de la même façon pour l'histoire de la Révolution.

/La Bourgeoisie barbouilla le Peuple de la boue sanglante de la Terreur et lui affirma que c'était lui qui avait tout fait.

Ce n'était pas plus vrai que la légende de la terre donnée aux paysans par la Révolution. Les hommes, habillés en femmes de la Halle que Choderlos de Laclos, Tagent da

duc d'Orléans, lança sur Versailles en octobre, les porteurs de piques, les sectionnaires, les Sans-Culottes actifs qui iormaient l'année terroriste ne furent jamais plus de 2 à 3,000 en France et ils se recrutèrent beaucoup plus dans les rangs des déclassés et des mallaiteurs que dans les rangs du Peuple.

Le vrai peuple, sans se rendre bien compte de l'opération, sentit parfaitement qu'on lui jouait un tour et qu'on lui escamotait quelque chose.

Au moment où l'on abolissait définitivement les corporations, la classe laborieuse lit entendre une protestation formi» dable. Le 10 juin 1790 cinq mille cordonniers se réunissent aux Champs-Elysées ; les charpentiers se groupent autour de l'Archevêché. Les maçons, les couvreurs, les typographes se rassemblent sur d'autres points de la capitale.

Le maire, Bailly, qui lut si justement guillotiné pour avoir fait tirer sur le Peuple dès qu'il fut au pouvoir, après l'avoir excité à l'insurrection quand il n'était pas au pouvoir, répond comme on essaye de répendre aujourd'hui, par la Déclaration des droits de l'homme: « Gomme hommes vous avez tous les droits, surtout le droit de mourir de faim. »

» Tous les hommes, dit Bailly, sont égaux en droits, mais ils ne le seront jamais en facultés, en talent et en moyens. »

Puis le bon apôtre ajoute : « Une coalition d'ouvriers pour porterie salaire de leurs journées à des prix uniformes, forcer ceux du même état à se soumettre à leur fixation, serait contraire à leurs vrais intérêts ; elle serait de plus une violation à la loi, l'anéantissement de l'ordre public, une atteinte portée à l'intérêt général. »

C'est la même parade bourgeoise qui sert toujours et qu n'est pas encore usée après cent ans.

Les ouvriers ne se découragent pas. Des délégués nommés par toutes les corporations adressent une pétition à l'Assemblée nationale.

Le comité des patentes est chargé de l'examen. Il conclut au rejet. Chapelier, qui fut gnillotiné comme Bailly, vient

déclarer à la tribune que les réunions d'ouvriers sont inconstitutionnelles, puisqu'il n*y a plus de corporations dans TEtat — et qu'il n'y a plus que l'intérêt particulier de chaque individu et l'intérêt général.

L'Assemblée rend un décret conforme à cette motion.

Les artisans reviennent à la charge : quelques-uns de leurs mandataires se présentent le 29 juin à la barre de l'Assemblée, et le président Bamave, qui fut guillotiné, lui aussi, avec tant de justice, leur répond par ces consolantes paroles:

« L'Assemblée a par ses travaux des droits à votre confiance. Elle ne perdra pas de vue ce qui peut consolider une constitution qui a pour base les Droits de l'homme et pour but la félicité publique.

< L'Assemblée nationale prendra en considération l'objet de vos demandes, elle vous a écoutés avec intérêt, et vous invite, si vos intérêts le permettent, à assister à la séance. »

Aujourd'hui, nous avons marché. On n'inviterait pas des députations ouvrières à assister à la séance; les places dans les tribunes sont prises par les mondaines et les demi -mondaines qui viennent voir les jeunes législateurs faisant des effets de torse. Si le peuple manifestait l'intention d'apporter ses réclamations à la barre de l'Assemblée, un Gragnon voleur de dossiers, ou un Lozé quelconque se tiendrait en permanence, dès midi, devant les grilles du palais Bourbon et dirait à un moment donné à quelque officier de paix : < Chargez la foule et barrez le pont ! 9 Pendant ce temps, leç représentants de la gauche, qui léchaient la veille la botte éculée des prolétaires pour être députés, riraient de bon cœur à l'abri des artichauts de fer plantés par Madier de Montjau.

/ Loin de faire quelque chose pour les ouvriers, la Bourgeoisie leur enleva donc prestement le droit sacré dont ils étaient en possession depuis des siècles : le droit de se réunir pour discuter leurs intérêts, de s'entendre pour opposer la force collective à la force du capital ; elle mit ceux qui n'avaient rien à la merci de ceux qui avaient quelque chose./

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Un arrêté du comité de Salut public du deuxième jour de prairial an II, portait que les ouvriers et les journaliers qui se coaliseraient pour demander une augmentation de salaire seraient tradcits au Tribunal révolutionnaire.

Sous une forme adoucie, cette législation resta en vigueur et ce n'est que grâce à l'initiative de Napoléon III que le droit de coalition et de grève fut reconnu aux travailleurs.

Ceci explique que le Peuple, dans les villes comme dans les campagnes, ait été presque tout entier hostile à la Révolution *.

/ Ce ne fut que beaucoup plus tard, quand les vieux furent morts, que la Bourgeoisie, grâce à la presse et à la puissance de rimprimé, parvint à persuader au Peuple que la Révolution était son ouvrage. Le Peuple, alors, se crut obligé de continuer ce qu'il s'imaginait avoir fait et la Bourgeoisie n'eut qu'à lancer les faubourgs dans la rue dès qu'elle eut une ambition à satisfaire, une rancune à assouvir, une envie à réaliser, des portefeuilles ou des places à conquérir. C'est ainsi que, par un aveuglement singulier, les prolétaires travaillèrent à assurer de leurs propres mains à la Bourgeoisie, dans toute sa plénitude, le pouvoir politique dont la Bourgeoisie se hâta de se servir contre ceux qui le lui avaient donné.

Les masses populaires ne prirent part à la Révolution que parleur côté sacrificiel, elles se firent tuer sur tous les champs de bataille de l'Europe pour une œuvre qui n'était point la leur et dont elles ne tirèrent aucun avantage. . Quand ceux qui avaient échappé à tous les périls, promené le drapeau

* La guillotine, chacun le sait, tua plus d'hommes du peuple que de nobles. Sur 12,000 condamnés à mort, dont on a relevé la qualité et la profession, on en compte 7,545 appartenant au peuple, paysans, laboureurs, ouvriers, domestiques.

La Restauration, qui ne se rattacha par aucun point aux traditions de l'ancienne France, ne fit jamais rien, je Tai constaté déjà, pour honorer ces martyrs ; ce n'est que de nos jours qu'on a pensé à eux. Un vaillant journal, la. Corporation, a publié sous ce titre le Martyrologe des ouvriers une liste encore incomplète, mais qui est un premier hommage rendu à ces humbles victimes.

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français des bords du Nil aux bords du Niémen, de Vienne à Madrid, des Pyramides au Kremlin, revinrent écloppés et fourbus, la Bourgeoisie ne s'occupa pas d'eux. On acheta un nez d'argent à ceux qui avaient perdu le leur à la Bérézina ou ailleurs et on les envoya au Champ d'Asile....

La Bourgeoisie victorieuse organisa très habilement sa eonquête. Le caractère dominant de son établissement fut une sorte d'hypocrisie janséniste, protestante, franc-maçonnique, phraseuse et déclamatoire qu'on appela le libéralisme; on eût démêlé là-dessous, en y regardant de près, la rouerie, la verve malicieuse, le cupidité narquoise qui inspirent les personnages de Pathelin et du Roman du Renard.

Un des derniers actes de la Convention fut d'abolir la confiscation. € Ce débris des barbaries d'autrefois, > comme vous diront les Manuels rédigés par des fils d'acheteurs de biens nationaux, était en réalité une mesure d'une haute moralité. C'était elle qui contribuait à donnera la propriété son caractère de fonction sociale. Dès qu'un homme avait trabi ses devoirs, il était indigne d'exercer sa fonction de riche, il était dégradé déclaré déchu*. La Bourgeoisie tenait à bien marquer, au contraire, le caractère absolu, imprescriptible, indélébile que devait avoir la propriété dès qu'elle était passée entre ses mains. C'était sa façon à elle de clore la Révolution.

Claudite jam ripas, pueri, sat prata biberunt.

ce Fermez les barrières! Les prés de nobles, de religieux, d'anciens riches ont été sufûsamment arrosés, grâce à nous, du sang de leurs propriétaires; ils sont bien à nous; il n'y a plus à revenir sur la question. Nous avons solennellement brûlé, en haine du Fanatisme et de l'Aristocratie, les titres des anciens possesseurs ; les seuls vrais titres sont ceux

* Auguste Comte, dans son Système de politique positive, a bien discerné la signification qu'avait la conuscation au point de vue social.

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que nous avons, en vertu du nouveau Gode, chez les nouveaux notaires. »

C'est exactement, je le répète^ le plan que m*ont développé les Anarchistes avec lesquels j'ai causé. « Une fois que nous serons installés, nous, nos femmes et nos petits, dans les hôtels et les maisons des beaux quartiers et que nous aurons incendié tous les greffes, toutes les études, toutes les administrations publiques, bien malin sera celui qui pourra nous déloger. > Est-ce par politesse pour moi, mais beaucoup m'ont déclaré qu'ils n'en voulaient pas particulièrement aux églises et qu'ils ne mettraient le feu qu'aux registres de baptême qui peuvent servir à reconstituer des états civils.

Le fait est qu'on ne délogea pas les Anarchistes de 93. La Restauration leur donna l'investiture définitive des biens volés avec le milliard des Emigrés. En peu de temps, les propriétés, à l'abri désormais de toute revendication, gagnèrent 50 p. 100 de valeur. C'était la masse de ceux qui n'avaient rien, qui assuraient à ceux qui s'étaient nantis la paisible possession de leurs vols, et la Bourgeoisie, qui, seule, profitait de la mesure, trouvait encore moyen de passer pour libérale en protestant contre la loi dont elle bénéficiait. C'est là que se retrouvait la pointe de malice vulpine qui perce chez tous les personnages bourgeois des anciens fabliaux.

La Bourgeoisie avait, d'ailleurs, fait passer sur la collectivité toutes les charges dont étaient grevées autrefois les propriétés qu'elle avait acquises pour quelques chiffons de papier. Le traitement du clergé, l'assistance publique, l'instruction primaire, tous les services auxquels pourvoyaient jadis les propriétés vendues pendant la Révolution retombaient sur le plus grand nombre, et les acheteurs de biens nationaux avaient les domaines, tandis que TEtat prenait pour lui les obligations, c'est-à-dire les mettait sur le dos de tous les citoyens.

Mercier a très nettement exposé ce point à l'article Gaucherie de cette curieuse Néologie, où il traite pêle-mêle les

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questions de grammaire, d'histoire et d'économie politique.

L'Assemblée constituante, dit-iU a donné aux propriétaires 60 millions de dîmes qui appartenaient partie à la nation, partie à ia pauvreté, et elle a fini (afin ae venir au secours des hôpitaux) par demander 51.500,000 livres aux pauvres dont le travail, en dernière analvse, paye et solde tout. Une pareille décision était-elle fondée sur la nature, sur la justice, sur Thumanité ? Non, Cette insigne gaucherie vaut à elle seule toutes celles qui ont été commises depuis *.

De ce jour était constituée cette forme nouvelle de la propriété qu'on peut appeler le propriétariat, propriété impie, égoïste, jouisseuse, qui ne reconnaît pas de devoirs et qui, en revanche, est implacable quand il s'agit de faire valoir ses droits.

Après avoir constitué la propriété sur des bases tout à fait nouvelles, la Bourgeoisie organisa le travail à sa façon.

Le travail est la loi nécessaire de toute société humaine, la punition de Thomme déchu, mais, dans le châtiment même, Dieu reste miséricordieux; à côté du juge qui punit il y a le père qui frappe doucement. La loi divine n'est pas une loi d'airain.

La parole de Dieu, d'ailleurs, est formelle.

Dieu dit à l'homme :

« Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front. »

n ne dit pas à l'homme :

M Tu gagneras par ton travail non seulement le pain, mais

* M. Coquille a montré à merveille ce que c'était que la dîme. La dime n'était pas une portion du revenu du propriétaire, c'était une part du droit de propriété. Le sol qui la supportait n'était au propriétaire que pour les neuf dixièmes; il n'avait été acheté et transmis qu'à la condition qu'un dixième des reveuus en nature fût réservé à un autre propriétaire. Sieyès a demuiitré, dfc.:is une brochure célèbre, qu'en abolissant la dime, la hévolution française faisait à tous les propriétaires un cadeau équivalent au dixième de la valeur totale de leur propriété. 11 eût été du plus simple bon sens que l'État s'attribuât la propriété des dîmes plutôt que 'le les livrer sans compensation à ceux qui n'y avaient aucun droit.

les plaisirs, les débauches, le luxe, les. voitures, les équî pages de chasse des Schneider, des Halphen, des Menier.

Il dit à l'homme : « Tu sueras, » — ce qui, après tout, est supportable, mais il ne lui dit pas : « Tu vivras enfermé dans une atmosphère meurtrière, tu épuiseras les forces de ton corps, tu videras tes moelles et tu brûleras ton sang pour produire du sucre ou de la cotonnade. » /Notre bonne et sainte mère TEglise, chargée par Notre- Seigneur Jésus-Christ d'être une Providence visible sur la terre et d'organiser tout pour le mieux, avait encore, tant qu'elle l'avait pu, adouci dans la pratique l'exécution de la loi de Dieu. Suave conductrice des âmes en même temps que ménagère vigilante pour les choses temporelles, eÛe n'aurait jamais permis que le travail prit le caractère d'odieuse et barbare exploitation qu'il a aujourd'hui. Elle ne cherchait que des occasions de donner des vacances, des congés; elle avait d'abord ses 52 dimanches, puis les fêtes chômées, puis les pèlerinages ^ /On allait au tombeau de saint Germain, de saint Loup, de saint Hubert selon le pays; on buvait sur l'autel le vin de Saint-Remy, qui rend les

* « Sous Tancien régime, dit M. Paul Lafargue, les lois de l'Église garantissaient au travailleur 90 jours de repos (52 dimanches et 32 jours (ériés) pendant lesquels il était strictement défendu de travailler. C'était le grand crime du Catholicisme, la cause principale de l'irréligion de la Bourgeoisie industrielle et commerçante. Sous la Révolution, dès qu'elle fut maîtresse, elle abolit les jours lériés et remplaça la semaine de sept jours par celle de dix, afin que le peuple n'eût plus qu'un jour de repos sur dix. Elle affranchit les ouvriers du joug de l'Église pour mieux les soumettre au joug du travail.

« La haine contre les jours fériés n'apparaît que lorsque la moderne bourp:eoisie industrielle et commerçante prend corps, entre les xv« et xvi^ siècles. Henri lY demanda leur réduction au pape ; il refusa parce que « une des hérésies (^ui courent le jourd'hui est touchant les rétes » {Lettres du cardinal d^Ossat). Mais, en 1666, Péréfixe, archevêque de Paris, en supprima dix-sept dans son diocèse. Le Protestantisme, qui était la religion chrétienne, accommodée aux nouveaux besoins industriels et commerciaux de la Bourgeoisie, fut moins soucieux du repos populaire : il détrôna au ciel les saints pour abolir sur terre leurs fêtes. »

femmes fécondes et, comme c'est Fusage encore aujourd'hui en Auvergne, on dansait un peu à Tauberge ou dans la prairie après le pèlerinage. Le mari, en rentrant, s'esbattait honnêtement avec sa femme et lui faisait de beaux enfants.

L'Eglise disait : « Tous mes fils sont-ils sages ? sont-ils heureux ? » et pensait, non sans raison, que c'était l'essentiel et qu'il y aurait toujours assez de grègues pour couvrir les ptidenda du pauvre monde, assez de chaperons pour abriter les tètes, assez de marmites pour faire cuire la soupe.. . .

On n'avait pas encore inventé cette concurrence insensée qui pousse les gens à s'agiter comme s'ils avaient la danse de Saint-Guy. L'organisation d'alors avait simplement pour but de faire vivre chacun le mieux possible et chacun était tenu de prêter une aide fraternelle au voisin au lieu de le combattre et d'avilir ainsi la main-d'œuvre. /

Quiconque est meusnier, dit le Règlement des corporations^ soit mestres, soit vallès (ouvrier), il convient qu'il jure sur sains (sur les reliques des saints) qu'il gardera les bons us et les bones costumes ; et que se aucuns des voisins a mestier (besoin) de lui, soit de jour soit de nuit, que a son pooir (pouvoir) li aidera et se il n'i vient se seroit parjure.

Quand on avait besoin d'aide, on allait frapper à la porte à côté.

Tout maître, dit le 'Règlement des mégissiers, ayant au moins 3 ouvriers, est tenu d'en prêter 1 à son confrère « ayant besongne hastive et nécessaire, pour lui aider à parfaire y celle».

Il en était de même quand on n'avait pas de travail. Les tailleurs décident qu'un lieu spécial sera désigné où les maîtres sans ouvrage se trouveront pour en faire part à ceux qui en auront trop, afin qu'ils puissent tous être occupés et gagner leur vie.

Lorsqu'un maître brodeur avait soumissionné une fourniture importante, il était tenu de partager avec les autres maîtres, de leur donner à exécuter une partie de la commande au prix que lui-même avait accepté.

SS LA FIN d'un monde

' La Bourgeoisie changea tout cela ; ne se croyant liée par aucune obligation morale envers ceux dont elle utilisait les ■forces, elle imagina le travail sans repos, sans trêve, le travail qui ne laissait plus à Têtre humain une minute pour f^^ recueillir, pour prier, pour penser, et elle appella cela le Progrès, le Triomphe du xix* siècle, la Gloire de l'ère nouvelle. Du travail la société chrétienne avait ^ait un moyen de gagner le ciel sans trop souf[**ir sur la terre, la société bourgeoise en fit un moyen d'entrer de suite dans l'enfer *. ^

Chaque usinier voulut renchérir sur le concurrent et avoir plus de nègnis blancs que )ui. Le chel de TËtat venait de temps en temps visiter les plantations et on lui montrait les ipécimeus.

— Combien en avez- vous comme cela ?

— Trois mille, sire...

' Le socialisme allemand a bien accusé le caractère &pre et sec que la Bourue.oisie victorieuse donna aux rapports sociaux d'où elle (It disparaître toute poésie, toute cordialilë, toute tendresse.

c Partout où la Bourgeoisie a conquis le pouvoir, dit le Manifeste du parti communiste élaboré et publié par Karl Marx et Frédéric Knuels, elle a ioulé aux pieds les relations oodales, patriarcales et idyliiuues. Tous les liens multicuiores qui unissaient riiomnie 'odal à ses supérieurs naturels, elle les a brisés sans pitié pour ne laisser subsister entre l'homme et l'homme d'autre, lien que le froid intérêt, que le dur argent comvtant. tille a noyu l'exLHse religieuse, l'enthousiasme chevaleres(]ue, la sentimenalilé du petit bourgeois dans l'eau glacée du calcul égoïste. £lle a .«lit de la diguilé personnelle une simple valeur d'échange ; elle a substiliié aux nombreuses libertés ri chèrement conquises l'unique et ini{)itoyable liberté du commerce, hin un mot, à la place de l'exploitation voilée par des illusions religieuses et politiques elle a mis une exploitation directe, brutale et éliontée.

])a.ns Capital et Travail, Lassalle a également quelques lignes sur les rapports humains d'autreiois opposés aux relations du salarié d'aujourd'hui avec celui qui l'emploie et qui souvent n'est lui-même i^u'un agent, le représentant d'un maître en papier, d'une société anonyme. « Le rapport, dit-il, froid, impersonnel de l'entrepreneur avec un travailleur considéré comme chose, chose qui, comme toute autre marchandise^ se produit au marché d'après la loi de la production, voilA la physionomie absolument caractéristique et tout à lait inhumaine àt la période bourgeoise. »

— i^i VOUS les tenez à rattache toute Tannée ?

— Toute Tannée, Majesté.

— Voilà rétoile des braves...

Dès qu'on soufflait un peu, les statisticiens s*écriaient, effarés : € Où allons-nous ? L'Angleterre a fabriqué Tan dernier 375 millions de boutons de culottes et nous n'en avons produit que 374 millions t »

Quand un évéque, par hasard, se souvenant de la mission de l'Eglise, essayait d'insinuer timidement que la bête de somme elle-même ne doit pas être inhumainement surmenée, quelque Havin criminel, dans quelque Siècle servile, prenait en mains la cause des patrons et demandait, au nom de la Démocratie, si Ton n'était plus sous le règne des lumières et si on allait rétrograder aux temps maudits où l'homme avait le droit de se reposer. .

Avez-vous goûté cette joie de rencontrer écrit quelque part ce que vous aviez pensé et dît cent fois ? J'ai éprouvé ce sentiment en ouvrant le Droit à la paresse, une petite brochure de M. Paul Lafarpue qui est relativement peu connue, car la littérature de propagande socialiste, qui contient quelques volumes intéressants, n'est pas encore arrivée au grand public. Si elle n'était déparée par quelques blasphèmes inutiles qui sont sans doute des concessions de l'auteur à son parti, cette plaquette inspirée de quelques idées de Karl Marx serait bien près d'être un chef-d'œuvre d'irouhe, d'érudition pittoresque et de joyeux bon sens. C'est certainement bien supérieur à Paul-Louis Courier.

Nous l'avons tous connu, le partisan du progrès auquel semble s'adresser M. Lafargue. C'était un Jules Simon, un Say, un Passy quelconque, un membre de cette Académie des Sciences morales qui recèle certainement les plus effrontés malfaiteurs intellectuels , les plus méprisables sophistes que jamais la terre ait enfantés.

U entonne son antienne : « L'industrie, la reine de notre époque, les champs de bataille du travail, l'Angleterre, la

France luttant pacifiquement. » 11 ajoute généralement : « C'est la libre pensée qui a produit tout cela > ; et il murmure d'une voix tremblante de fausse indignation: • Voyez, au contraire, ce que le Catholicisme a fait de l'Espagne ! »

J'ai répondu cent fois à cet impudent à peu près ce que M. Laf argue lui répond :

f — Vieux farceur, ne déballez donc pas cette littérature d'Exposition universelle devant des gens intelligents. Regardez donc un Espagnol avant de parler : fier, l'œil hardi, bien portant, beau à voir, il vit d'une digne et noble vie, il prie, il rime des chansons pour sa belle, il les chante à la clarté des étoiles, il boit une tasse de chocolat ou de l'eau claire qui est autrement saine que votre vitriol, il rêve et il travaille juste ce qu'il faut pour obéir à la loi de Dieu. Regardez maintenant vos populations industrielles, regardez Manchester, regardez Liverpool, considérez ces êtres déprimés, déjetés, anémiques, lymphatiques, abrutis, qui ne se soutiennent qu'avec de l'alcool. Entrez donc dans ces taudis où le père, la mère, les frères, les sœurs vivent dans la plus honteuse promiscuité, se saoulent ensemble, s'accouplent ensemble, pêle-mêle, comme des bêtes. C'est cela que vous celé- , brez comme le dernier mot du Progrès. C'est du propre ! »

M. Lafargue a bien montré ces évidences et le tableau qu'il trace de la bonne vie d'autrefois est plein de couleur.

Pour que la concurrence de l'homme et de la machine prit libre carrière, écrit-il, les prolétaires ont aboli les sages lois qui limitaient le travail des antiques corporations ; ils ont supprimé les jours fériés. Parce que les producteurs d'alors ne travaillaient que cinq jours sur sept, croient-ils donc, ainsi que le racontent les économistes menteurs, qu'ils ne vivaient (jue d'air et d'eau fraîche? — Allons donc! — Ils avaient des loisirs pour goûter les joies de la terre, pour faire l'amour et rigoler ; pour banqueter joyeusement en l'honneur du çranddieu de la Fainéantise. La morose Angleterre, encagottee dans le protestantisme, se nommait alors la « joyeuse Angleterre » {Merry England). — Rabelais, Quevedo, Cervantes, les auteurs inconnus des romans picaresques, nous font venir l'eau à la bouche avec leurs peintures

(le ces monumentales ripailles dont on se régalait alors entre deux batailles et deux dévastations, et dans lesquelles tout « allait par escuelles >. — Jordaens et Fécole flamande les ont écrites sur leurs toiles réjouissantes. Sublimes estomacs gargantuesques, qu'êtes-vous devenus ? Sublimes cerveaux qui encercliez toute la pensée humaine, qu*étes-vous devenus? — Nous sommes bien dégénérés et bien rapetisses. La vache enragée, la pomme de terre, le vin fuchsine^ le schnaps

Ï»russien savamment combinés avec le travail forcé ont débiité nos corps et borné nos esprits. Et c'est alors que Thomme rétrécit son estomac et que la machine élargit sa productivité, c'est alors que les économistes nous prêchent m théorie malthusienne, la religion de Tabstinence et le dogme du travail. Mais il faudrait leur arracher la langue et la jeter aux chiens.

La Bourgeoisie détruisit ainsi plus de générations d'hommes que tous les conquérants d'autrefois. Les conquérants ne supprïmaient que les individus, la Bourgeoisie frappait les races en y déposant des germes de mort; en moins d'un siècle, car le grand essor industriel ne date que de 1830, elle a presque dévoré toutes les réserves que lui avaient laissées TAncien Régime.'La Monarchie, après mille ans, s'était résumée dans ces géants des guerres de la République et de l'Empire, dans ces hommes supérieurs à toutes les fatigues, trempés, musclés, robustes d'âme et de corps. Le règne de la Bourgeoisie se résume, après quatre-vingts ans, par les prisons et les hôpitaux pleins, les suicides innombrables, l'alcoolisme qui, des grandes villes, gagne les campagnes, Teffroyable dégénérescence physique et morale de tout un peuple.. . . '

n y eut, encore une fois, un beau moment pour la Bourgeoisie ; elle avait des histoires intéressantes et sentimentales pour toutes ses combinaisons et pour tous ses besoins. Elle n'entendait plus qu'on se mariât jeune comme autrefois et préférait que ses fils attendissent d'avoir, comme on dit, une position ; mais, pour que l'âge des passions ne coûtât rien à sa progéniture, elle inventa toute une littérature : la grisette,

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80 LA Fiir d'un monde

le Quartier latin, Musette, Mimi Pinson, qui n'avait qu'une robe...

Le jeune bourgeois trouvait une fillette qui ne lui coûtait rien, qui lui donnait les plus belles années de sa vie et qui raccommodait ses chaussettes, puis il lui disait adieu et allait s'établir avoué, notaire, magistrat. L'homme prenait des attitudes solennelles au prétoire de sa ville natale, respirait le frais, les soirs d'été, sur la terrasse, près de la petite rivière, ou, rhiver, se chauffait les tibias à de bons feux d'arbre en jouant le whist de famille. La fille descendait, roulait dans la boue, et, pour manger, sous la pluie, sous la neige, dans l'horreur des rues de Paris en décembre, venait murmurer de vagues appels au passant, qui, la voyant vieille et laide à la lueur d'un bec de gaz, se sauvait avec une injure.

Quelle mère bourgeoise s'avisa jamais de juger mauvaise cette façon d'agir, de penser que cette malheureuse abandonnée par son 111s était une femme comme elle? Le Peuple trouvait cela tout naturel, comme il trouvait bien de faire des révolutions pour que les bourgeois fussent ministres, il adorait l'étudiant qui débauchait la petite liugcre ou la lleuriste et chantait toutes les chansons Pleurardes faites là-dessus par les Nadaud et les Murger.

C'est dans cette classe de vieux bousingots, anciens corrupteurs de filles et traineurs d'estaminet, que Gambetta prit 8on personnel de serviteurs de la Démocratie. C'est parmi les répétiteurs de droit que l'Empire avait trouvé trop débraillés pour en faire des magistrats — les Constans, les Cazot, les Humbert — que la République choisit ses ministres. Lepère, qui cumulait les fonctions de vice-président de la Chambre et de teneur d'un claque-dents, fut le poète de la chose ; il composa, pour célébrer les souvenirs communs, une chanson dont il était fier. Gela s'appelait : Mon vieux quartier latin; il tenait à cette œuvre et il en revendiqua la paternité, en expliquant longuement dans les feuilles que cela lui était venu en buvant du vin blano, le matin, dans un cabaret borgne, après avoir vadrooillé toute la nuit.

lJ\:t.

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Cette classe de bourgeois : médecins, avocats, vétérinaires de province, piliers de cafés, de tripots et de loges maçonniques, fait encore le fonds de notre Parlement, au Sénat comme à la Chambre; ils semblent indestructibles et comme conservés par Talcool et la fumée des pipes ; ils n'ont pas une idée sociale et, quoique s'étant mêlés sur le tard aux affaires financières, ils s*y sont révélés plus coquins que leg jeunes. Les jeunes tirent le financier trop tôt, quand il commence à voler; les vieux la guettent chez le magistrat et, soit qu'ils se mettent avec l'adversaire, comme llumbert dsms rUnion générale, soit qu'ils se mettent avec l'accusé, comme Dauphin dans l'affaire Erlanger, ils font les bons coups, sans rien dire, presque dignement. . . .

Si Tancienne France avait été heureuse et glorieuse pendant de longs siècles, c'est qu'elle s'était soigneusement gardée contre le Juif. L'Espagne avait supprimé le Juif parle bûcher, la France, plus avisée et plus humaine, avait empêché le Juif de naître chez elle, grâce à l'inexorabilité de son système économique. La France bourgeoise ne sut ou ne put pas faire de mème^Le Juif s'abritait sous le même parapluie que la Bourgeoisie, les principes de 89, il se réclamait des théories dont la Bourgeoisie avait joué et il fallut le subir bon gré, mal gré. Ce fut pour lui, en réalité, que la Bourgeoisie travailla et surtout fit travailler les autres. Le renard attend que les poussins aient grandi pour les croquer, le Juif attendait que le magot fût formé et il l'enlevait d'un geste moelleux, dans un sourire.

Pour les Juifs, pas besoin d'outillage compliqué, leur profession s'exerce la canne à la main : des papiers à vignettes, un pot de colle pour placarder les affiches, et c'est tout. Avec un prospectus comme celui du Honduras, les Bischoffsheim, les Schreyer et les Dreyfus raflent 80 millions à l'Epargne iran-^ çaise. Il n'y a pas d'industrie qui soit aussi rémunératrice. Les industriels les plus malins auraient beau diminuer les salaires, augmenter le travail, réduire leurs ouvriers à l'état de fantômes, ils n'arriveraient jamais à produire assez de lils.

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de rails ou de pains de sucre pour gagner une pareille somme en un an.

/ La Bourgeoisie exploitant le Peuple et dépouillée à son four par le Juif, — tel est donc le résumé de Thistoire économique de ce siècle. Toute cette immense dépense d'activité, de force, d'intelligence même, cette production folle, ces existences humaines jetées dans la fournaise, ces feux allumés jour et nuit dans les usines, ces cheminées de hauts fourneaux ne se lassant jamais d'envoyer leur fumée sous le ciel, tout cela a abouti à donner des châteaux princiers et des chasses magnifiques à tous les va-nu-pieds sortis des Judengasse d'Allemagne./

La nécessité de prélever, avant toute chose, la part du parasitisme juif a mis les industriels français dans l'impossibilité de résister à la terrible concurrence que leur font depuis quelques années les nations étrangères, et particulièrement l'Allemagne.

Il faut, avant de rien gagner, suffire aux exigences de ce budget que les emprunts successifs, contractés pour l'avantage seul de la Juiverie cosmopolite, ont élevé peu à peu au chiffre énorme de 4 milliards. Ce budget monstrueux qui oblige le Français à payer le double de ce que payent les citoyens des autres nations * est comme un boulet que le pays traîne au pied, ce qui le paralyse absolument.

Les économistes bourgeois ont essayé de rendre le Peuple responsable de cette situation lamentable de notre indus-

* D'après un rapport de M. Krantz, sénateur (16 mars 1885), les Français, sans distinction d'âge et de sexe, payent 10^ francs d'impôts par an et par tête. M. Octave Noël porte ce chiffre à 110 francs par tête. Â ces impôts, il faut ajouter les droits d'entrée et les centimes additionnels qui, grâce au gaspillage républicain, ont pris dans certains départements des proportions considérables.

Les Américains payent par tête 59 francs; Les Anglais — — 57 —

Les Allemands — — 44 — Les Belges — — 40 —

Les Russes — ^ 36 ^

Les Espagnols — — 83 —

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trie et de soutenir que c'étaient les ouvriers qui, par leurs prétentions, rendaient la lutte impossible aux patrons.

Cette argumentation est insensée et jem*étonne que le docteur Rommel, dans son curieux livre : Au pays de la RevanchCt se soit fait l'écho de ces insanités. N'est-il pas naturel que le Peuple suive Texemple que lui a donné la Bourgeoisie, qui n'a jamais voulu avoir aucun lien d'affection avec ceux qu'elle exploitait? Pourrait-on citer, depuis cinquante ans, un industriel qui ait, de lui-même, augmenté spontanément les salaires, qui ait dit librement à ses ouvriers : « Le bénéfice que je réalise sur tel article me permet de vous payer plus cher la journée ou l'heure î >

S'il est vrai que les mdustriels aient toujours à redouter maintenant dans les affaires qu'ils entreprennent la haine de leurs propres ouvriers, ils ne peuvent s'en prendre qu'à euxmêmes.

On raille volontiers les ouvriers sur leurs exigences, leur amour du petit verre, leur besoin de faire le lundi et parfois le mardi, mais on oublie que, si la constitution physique des travailleurs n'est plus capable d'une énergie ininterrompue, c'est le régime bourgeois qui a créé cette constitution des fils en ussuit les pères jusqu'à la corde, en les faisant travailler sans merci et sans repos. Les ouvriers d'aujourd'hui ne font que réclamer l'arriéré d'un capital de force et de santé dont ils auraient hérité si, au beau temps de son omnipotence, la Bourgeoisie n'avait pas surmené ceux qui l'aidaient à gagner de l'argent.

Prenez une grève récente si vous voulez. Les premiers gars vendéens qui sont entrés dans les manufactures de Choiet étaient dans toute la force du tempérament et pouvaient sufGre avec très peu de nourriture à un pénible travail ; les fils ne sont plus en état de faire ce que faisaient leurs pères et réclament moins de travail et plus de nourriture.

Pour toutes ces causes la Bourgeoisie est en train de se désagréger et de se diviser en deux parties. La Bourgeoisie dorée est entrée dans le système juif ; elle

Là rnf d'un mondi. S

s'est faite spéculatrice à son tour et a réalisé desfortoDes qui, sans être comparables à celles dlsraêl, constituent des iiefs sérieux ; elle appartient, dès à présent, à cette aristocratie extravagante et bizarre,; à cette noblesse de carnayal qui comprend d'anciens violonistes, comme était le duc de Campo Selice, des princes authentiques qui sont devenus tapissiers et organisateurs de fêtes comme le prince de Sagan, des vieux ducs français, des aventuriers de tous les pays, des rastaquouères, des négriers, de vieilles rouleuses allemandes portant des couronnes et des tortils et d'innombrables financiers plus ou moins véreux qu'on appelle barons gros comme le bras.

' L'autre partie de la Bourgeoisie, la plus méritante, la plus française, celle qui travaillait elle-même, est en train de retourner au prolétariat/ Les Curiales des derniers temps de l'Empire romain aimaient mieux renoncer à leur titre de propriétaires que d'être rendus solidairement responsables des impôts du municipe. Les petits fabricants, écrasés de patentes, de droits, d'impositions de toutes sortes, hors d'état de lutter plus longtemps contre des capitaux coalisés, aiment mieux congédier leurs quatre ou cinq employés et sortir du patronat qui avait été jadis le but de leur ambition ; ils se mettent chez les autres. Comment feraient-ils autrement ? .

Toute la déclamation humanitaire qui a rempli ce siècle s'est traduite dans les faits par le retour aux mœurs des âges primitifs où le plus faible était impitoyablement foulé aux pieds par le plus fort.

« Maintenant, dit très bien M. Emile de Laveleye dans le Socialisme contemporain, que sont tombées ces barrières traditionnelles et coutumières qui protégeaient les faibles et les déshérités, laloi darwinienne de « la lutte pour la vie » règne sans entraves dans le monde économique. C'est le plus fort qui l'emporte, et le plus fort c'est le plus riche.

Nos commerçants n'ont point seulement à se défendre contre la concurrence que leur font les grands magasins ;

ils supportent la peiae des procédés sans scrupules de leurs rivaux juifs.

L'entrée des Juifs dans le commerce a déshonoré le commerce français, qui jouissait jadis d*un si beau renom dans le monde entier.

« Ce qui distingue le Juif, a dit Schopenhaûer, est Tabsence complète de ce sentiment qu'on est convenu d'appeler verecundia, * Ce peuple si corrompu est, par bien des points encore, un peuple primitif; il est étranger à toute idée d'installation fixe, à toule pensée du lendemain; il coupe Tarbre pour avoir les fruits; comme les nomades de passage, il brûle dix lieues de pays pour faire du feu dans sou campement d'un jour. La camelotte dont il a inondé le marché, les bijoux fourrés, les coarectious en pelure d'oignon, les chaussures à semelles de carton ont inspiré aux étrangers une invincible horreur pour tous les produits parisiens.

Sur ce terrain Tindustriel d'origine française ne peut suivre le Juif; sans être insensible à Tespoir d'un gain raisonnable, il a le respect de lui-mcinc, le souci de Thonneur, et il cède la place au Juif K

Quelques-uns s'obstinent à faire des choses exquises qui ne se vendent plus. J'ai visité quelques fabricants de fleurs Unes qui m'avaient félicité de mon hvre. Rien n'est plus triste

' Ce sont là encore comme des réminiscences lointaines des règlements sévères des corporations d'autrefois dont tous les membres étaient solidaires, où l'honneur de chacun était l'honneur de tous comme dans un régiment. La réclame éhontée d'aujourd'hui eût indigné nos pères. Les jurés en exercice veillaient avec soin à. ce que la marchandise fût « toujours trouvée loyale ». En 1760, des tailleurs firent courir des billets dans le public pour annoncer des vêtements <à des prix très médiocres, on examina ces vêtements, on les trouva mal faits, et on fit défense aux tailleurs de continuer.

Tout milieu industriel dans lequel le Juif pénètre est discrédité au bout de quelques années. Le fait se vérifie à quelques lieues de distance pour des industries similaires. La Chaux de Fouds^ célèbre autrefois dans le monde entier pour ses fabriques d'horlogerie, a été envahie par les Juifs : elle est en pleine décadence. Le Locle, au contraire, où les Juifs ne se sont pas encore installés, a conservé toute ea renommée.

que ces ateliers à la porte desquels frappe déjà la ruine. L'un de ces fabricants qui occupait vingt ouvrières n'en occupe plus que trois ; il me montrait, avec une satisfaction artistique, ces garnitures, ces écharpes de fleurs de pêcher, de pommier, ces volubilis, ces tubéreuses, ces liserons qui semblent tout humides encore de rosée. Quand la saison touche à la fin, les Juifs viennent proposer au petit patron de reprendre ces merveilles à vil prix, il les flanque à la porte et garde au fond d'un coffre ces fleurs qu'il aime comme un Hollandais aimait ses tulipes.

Dans cet atelier devenu trop vaste qui donne, comme tous les logements d'ouvrier du quartier, sur des cours sombres, maussades, parmi ces matrices, ces fers, ces godets qui traînaient sur les tables, la pensée revenait de ces soirées brillantes d'autrefois où nos élégantes se paraient devant l'étranger des créations de nos artisans, où Paris heureux, triomphant^ aimable était encore l'arbitre du goût en Europe...

C'est une loi inexorable : le flot Juif, grandissant sans cesse, tout Français tant qu'il n'aura pas repris son bon sens et reconnu où est l'ennemi, doit s'eflacer devant renvahisseur. Gommant le natif résisterait-il puisque la police, la magistrature, l'autorité sous toutes ses formes, l'influence dans toutes ses manifestations appartiennent au Juif allemand ?

Beaucoup de ces vaincus ont eu une consolation ; ils sont venus me trouver pour me raconter leurs affaires, et ils sont venus en si grand nombre, que j'ai dû me réfugier aux champs pour travailler un peu.

Je vois encore un brave entrepreneur de charpentes grisonnant mais solide quand même et carré des épaules, le type intermédiaire entre l'ouvrier et le bourgeois.

— J'ai tout perdu, me disait-il, pour être un jour maudit resté à mon chantier cinq minutes de trop.

Il avait fait sa petite affaire et il était prêt à se retirer lorsqu'un matin, un Juif vint le trouver, au nom d'une Société

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qui s*oecapait du commerce des bois. On Tenjôla, Use laissa tenter, on s'installa dans son chantier, on lui promit monts et merveilles, on renvoya en Transylvanie, il y conclut un traité très avantageux, il attrapa les fièvres, puis une congestion cérébrale, il revint et on lui dit : « Tout est à nous, flchez-nous le camp. »

n plaida. Il avait tellement le bon droit pour lui que H* Démange crut pouvoir lui annoncer d'avance que sa cause était gagnée. A Tinstant suprême, les Juifs mettent la dernière enchère, comme dans TaiTaire Erlanger, jettent quelques billets de mille francs dans la balance de Thémis, et le malheureux est débouté et condamné, par surcroit, à des dommages-intérêts.

— Que voulez-vous que je devienne î me disait-il ; à mon âge on ne recommence pas la vie. Si vous saviez quelle douleur pour moi. lorsque je repasse devant mon chantier, devant le pavillon où j*ai travaillé si longtemps, où je faisais la paye chaque samedi 1 Ces choses-là, voyez-vous, cela vous déchire la poitrme...

Il m'a interrogé sur la cour de Cassation. Je lui ai dit que pour ces cas il fallait un spécialiste ; il m*a demandé aussi, à propos de ses dommages-intérêts, si le pourvoi en Cassation était suspensif.

Je lui ai répondu, je me le rappelle, que suspensif en tout cas, le pourvoi Tétait pour moi et qu'on ne pouvait pas me saisir mon dernier livre, quoique le jugement Tordonnât.

— Ah 1 s*écria-t-il. Je vous promets qu'il y a toujours un exemplaire qu'ils ne saisiront pas ; c'est le mien : j'y tiens trop...

/C'est parmi ceux-là que la protestation contre le Sémitisme a rencontré le plus d'adhésions. Ils n'ont pas la passivité de ce pauvre peuple qui, discipliné à la souffrance, ploie les épaules pour qu'on lui mette plus facilement le fardeau sur le dos ; ils ont connu des jours meilleurs et ils s'en souviennent ; ils peuvent mieux apprécier que les prolétaires les ravages du Juif : ils ont vu le Juif à l'œuvre, en effet, ils

savent quelles manœuvres emploie ce combattant sans scrupules qni, sur le terrain commercial, comme ailleurs, fait toujours le coup de la main gauche... Ces vaincus de la Bourgeoisie seront bientôt à Tavant-garde de Farraée socialiste. .

Cette situation explique la prostration qui succède à l'activité exagérée et fiévreuse qui a signalé le milieu de ce siècle.

La haute Bourgeoisie gavée, repue, n'a plus même Tàpreté au gain d'autrefois, elle s'endort sur son lit de millions ; même pour des entreprises où pourrait se déployer une énergie légitime, elle est indifférente. Nos grands ports ressembleront bientôt à Lorient et àDunkerque qui, après avoir été si animés au xvii« siècle, sont maintenant presque déserts. Le Havre se plaint déjà de la diminution de son mouvement. MarseiUe voit, grâce au Saint-Gothard, une partie du transit lui échapper et passer à Gènes *.

En ruinant l'Union générale, ce vieux fourbe de Freycinet, qui a commis, de l'air le plus innocent du monde, les plus

* Le Saint-Gothard a créé, entre la mer du Nord et la Méditerranée, un courant formidable dont Gènes profite entièrement.

En 1881 — c'est-à-dire un an avant l'ouverture du Saint- Gothard — Gènes avait un mouvement de 1,264,000 tonnes. Ce port a obtenu depuis les tonnages suivants :

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