‹ La fin d'un mondeChapitre 17 sur 54 · LIVRE TROISIÈME LES MONOPOLES · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME LES MONOPOLES

Les grands et les petits fiefs. — Le règne des Rothschild. — Les emprunts d'États. — Le monopole et les objets de première nécessité. — La Graineterie française, — La ruine de Tagriculture. — Les adjudications publiques. — Les cafés. ~ Ce qui se passe à l'étranger. — L'accaparement du cuivre. — Un type d'industriel juif : Lazare Weiller. » L'interpellation de M. Laur.

— Les fournitures de l'armée. — Les cartouches en laiton. — Grands exemples laissés par l'ancienne monarchie. — Marillac et Secrétan. — La fin du petit commerce. — Les grands magasins. — Le droit de justice. — Gomment on se fait décorer.

— Les Hachette et la censure. — Histoire d'un monopole. — Les députés de la droite n'osent pas parler. — Ce qu'on vend dans les gares. — Le Zohar et la Première maîtresse, — Messire Luc et ce qu'en dirent Evinquabre, Epaminondas, Diogène Laertius et autres personnages notables. — M. Blount et son respect du droit des Français. — Les lettres (Végards.— Le bilan des monopoles. — Tentatives des petits commerçants pour s'organiser. — Pourquoi la presse ne peut parler. — Le testament de M"* Boucicaut. — Une statue ridicule.

La grande féodalité s*est constituée aux dépens des possesseurs de petits fiefs ; la grande féodalité industrielle et financière s'est constituée de même aux dépens de la petite bourgeoisie. Le mouvement de concentration s'opère depuis quelques années avec une si effrayante rapidité, il écrase si implacablement tous les petits, qu'il est permis d'espérer que le choc en retour n'est pas éloigné.

A la tête de cette féodalité, laissant bien loin en arrière les plus dévorants et les plus féroces, figurent les Rothschild.

« L'histoire de la famille Rothschild, a écrit Mommen, serait

plus intéressaDte à écrire que celle de bien des dynasties royales», elles Archives israélites se pâment en citant ce mot qu'elles trouvent très juste. Sans contester Texactitude de cette parole de Mommen, il faut reconnaître que cette histoire ne peut être écrite que lorsqu'on aura le dénouement. Il s'agit moins, d'ailleurs, d'une histoire à écrire que d'un procès à instruire, et, pour commencer le procès, il faudrait avoir toutes les pièces sous les yeux.

Histoire ou procès, c'est une page curieuse à remplir pour ceux qui viendront après nous. Jamais puissance ne fut plus formidable — et cette puissance ne tient à rien ; elle s'effondrera, comme par enchantement, le jour où quelques Français résolus pénétreront rue LafQtte et conduiront les princes d'Israël à Mazas; aujourd'hui elle s'impose souverainement h tous les chefs de peuple, elle est obéie par les ministres de tous les pays, et demain, semblable à ces fantasmagories qui disparaissent aux premières lueurs du matin, elle s'évanouira devant quelques êtres de réalité et de bon sens qui marcheront au-devant du fantôme et qui Tinterpelleront directement. Puissance bizarre, encore une fois, qui est effrayante et qui, au fond, ne repose sur aucune base, n'a point de corps, n'a d'existence apparente, comme les fantômes, que grâce à une certaine atmosphère d'idées troubles et fausses que la presse maçonnique et juive entretient depuis un siècle.

Le monde vit bien des régimes bizarres et des tyrannies pesantes, mais il ne vit jamais rien de semblable à cela : les peuples ruinés bénissant ceux qui les ruinent, ceux qui ont élevé leur prodigieuse fortune aux dépens de millions de travailleurs; les rois honorant les financiers qui ont dévoré la nation sur laquelle ces rois avaient mission de veiller.

En quelques années les Rothschild ont mis l'Autriche à sec. La Hongrie a vu, grâce à leur intervention, décupler sa dette en moins de douze ans. La dette hongroise était en 1873 de 221 millions; en 1885 elle était de 1,461 millions, aujourd'hui elle dépasse 1,600 millions. C'est en présence de ce résultat que M. Tisza, l'homme des Juifs, Tiiisulteur

de la France, propose d'accorder un tabouret à la cour au baron Albert de Rothschild et à sa femme la baronne Bettina. « en reconnaissance des mérites de M. de Rothschild pour le développement du crédit national de la Hongrie * ».

En Autriche-Hongrie, du moins, quelques députés protestent ; en France pas un député ni de la droite ni de la gauche n'ose rappeler à la tribune que c'est aux Rothschild et à leurs opérations usuraires que nous devons l'effroyable situation financière au milieu de laquelle nous nous débattons.

Je ne suis pas curieux, mais j'avoue que j'aimerais à causer, à cœur ouvert, avec les Rothschild et à leur demander comment ils croient qu'ils fmiront, puisque aussi bien tout finit sur la terre. Ils ont passé depuis quelques années par des alternatives diverses; ils ont tremblé un moment mais ils se sont rassurés par la iacilité qu'ils ont trouvée à obtenir la neutralité de quelques meneurs du parti ouvrier. — Pour rinstant, ils sont dans l'apothéose et s'occupent de transformer l'hôtel de la rue Laffite, ou mourut le baron James en « une Maison de souvenir » comme la maison de Francfort. Ce sera le Saint-Denis de la dynastie ; on y viendra en pèlerinage, mais il y a quelquefois des pèlerins qui sont affamés

C'est de la France, malgré tout, que les Rothschild ont le plus peur, quoique le parti anti-sémitique n'y soit pas encore aussi complètement organisé qu'en Allemagne et en Roumanie. Dès qu'ils n'auront plus la France, ils n'auront plus rien, ils auront perdu le levier, le champ d'action.

^ Tous les journaux avaient annoncé qu'à la suite de Toutrage adressé à la France en plein Parlement par le ministre hongrois, 31. Gustave de Rothschild, consul général d'Autriche-lIongrie à Paris, avait envoyé sa démission. C'était là un acte de simple décence lorsqu'on connaît l'accueil que lait la société française au baron et à la baronne Gustave. Le baron adressa une note très raide à l'agence ilavas pour annoncer qu'il n'avait jamais eu l'intention qu'on lui prêtait. Que voulez-vous ? Il savait qu'il n'avait pas à se gêner avec notre aristocratie et il se conduisait «o conséquence.

C'est par la France, en e£fet, qu'ils gouvernent le monde, c'est notre or drainé par eux qui leur permet d'obtenir des gouvernements où Ton sait encore ce que vaut le Juif, des honneurs pour eux, des faveurs pour leurs coreligionnaires , et la persécution plus ou moins ouverte contre TEglise, Les finances italiennes sont une improvisation des Rothschild.

Un jour le comte de Breda, voyageant dans le même compartiment de chemin de fer qu'un des Rothschild de Francfort, lui demanda pourquoi leur maison soutenait avec tant d'énergie le crédit de Tltalie, qui ne reposait absolument sur rien.

— Cest notre manière à nous de taper sur les curés, répondit le baron .

A force d'habileté les Rothschild sont parvenus à décider la France à fournir à un pays qui nous déteste, qui nous insulte lâchement, qui ne cache pas son intention de nous frapper par derrière dès que nous aurons la guerre avec l'Allemagne, les moyens de payer des armements énormes et d'avoir une flotte supérieure à la nôtre.

Grâce aux Rothschild la rente italienne a été placée presque exclusivement en France. L'Angleterre et l'Allemagne, qui prodiguent leur sympathie à l'Italie, n'ont pas la moindre confiance en elle au point de vue financier; il suffît, pour s'en assurer, d'examiner les sommes payées au mois de juillet dernier pour les coupons du 5 p. 100 italien •

Paris. . . . 57,190,000 francs.

Londres. . 3,500,000 —

Berlin . . . 77,000 (soixanle-dix-sept mille francs).

Et c'est à Berlin que cet odieux Polichinelle de Crispi vient demander le mot d'ordre contre nous!

En quelques années on a écoulé chez nous pour 3 milliards 450 mille francs de rente italienne ! Il se négocie plus de rente itahenne à Paris en un jour qu'il ne s'en négocie

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en une semaine sur toutes les autres places de l'Europe '.

Cet argent bénévolement fourni par nous à Tltalie sera, remarquez-le bien, absolument perdu pour nous en cas de guerre. Lltalie, qui est hors d*état de faire face à la dette énorme qu'elle a contractée pour jouer un rôle parmi les grandes puissances, fera banqueroute avec la plus aimable désinvolture.

C'est, d'ailleurs, une des grandes forces des Rothschild que le mépris souverain qu'ils ont pour nous. Pour avoir une croix de plus ou même obtenir une poignée de main d'un souverain quelconque, ils n'hésiteraient pas à lancer les emprunts les plus invraisemblables.

11 a fallu une loi spéciale pour autoriser la Compagnie de Panama à émettre des valeurs à lots, les Rothschild, de leur simple autorité privée, ont forcé les agents de change de Paris d'admettre à la cote les obligations à lots du Congo.

La Lanterne, peu suspecte d'anti-sémitisme, nous apprend que c'est le Lambert de Bruxelles qui, chargé de cette négociation par le roi des Belges, est venu à Paris tout exprès et que les agents de change, après avoir essayé de résister, ont été obligés de capituler devant la volonté formelle des barons de la rue LafHtte.

Dans la séance du 17 juillet 1888, M. Lucien de la Perrière interrogea le gouvernement à ce sujet et, sans oser nalu-

* Lire sur cette question une instructive brochure : Un danger national^ la rente italienne en Fî'ance (Laroze et Forcel èd-iteurs) qui analyse avec beaucoup de clarté la situation financière de rJlalie et montre combien notre confiance est absurde.

Le Monde dit très justement à ce sujet :

« Fût-il jamais un prêt plus antipatriotique et plus immoral? L'Italie met à la disposition de Bismarck la fortune et les forces que nous lui avons procurées. Est-il aussi un prêt plus gravement compromis par un trop naturel retour de la justice de Dieu ? Les faillites des commerçants et des particuliers s'accumulent chez nos voisins avec une rapidité vertigineuse ; les caisses d'épargne s'effondrent de toutes parts ; les communes et les municipalités font banqueroute les unes après les autres et ferment leurs guichets au nez des créanciers ; et le contre-coup de toutes ces chutes ébranle les institutions de crédit et le Trésor italien lui-même. »

rellement flétrir Rothschild, il dit des choses assez justes sur ce scandale.

Le pharmacien Peytral répondit qu*il y avait on engagement pris par an cabinet antérieur, mais il ne nomma pas le ministre qui avait pris cet engagement sans en avoir le droit et ne fit nulle mention de la somme qu'il avait reçue pour commettre cette illégalité; il n'expliqua pas, surtout, comment il avait osé prendre un pareil engagement sans consulter la Chambre.

M. de la Perrière insista, mais, voyant que la vérité allait peut-être se faire jour, les membres de la gauche, auxquels l'agent des Rothschild avait distribué, selon l'usage, la petite sportule qu'on donne sur chaque affaire, se mirent à faire du bruit et étouffèrent la discussion. Vous n'avez, du reste, qu'à consulter le compte rendu du Journal Officiel^ vous y constaterez les cris à : ce A un mois 1 » et les « interruptions à gauche. »

Le roi des Belges invitera Lambert et sa femme à diner et c'est les gogos français qui payeront.

11 me semble inutile d'entrer dans le mécanisme de toutes ces opérations financières, on en trouvera le détail dans le dernier livre de Chirac : V Agiotage sous la troisième République et, au fond, très peu de personnes s'intéressent à ces explications qui sont cependant si instructives. Les cervelles anémiées de notre temps sont incapables de l'efTort qu'il faudrait pour suivre ces chiffres. Le pli est pris : nous devons être dépouillés par les Juifs, cela doit être comme cela...

Le monopole odieux, le monopole qui finira par déchaîner sur les Juifs et les Judaïsants l'indignation publique, c'est le monopole exercé sur tout ce qui touche aux objets de première nécessité, à l'industrie, à l'existence même de l'homme. C'est sur un fait de ce genre qu'on pourrait un jour mettre les princes d'Israël en état d'arrestation ; une fois qu'ils seraient sous les verroux on aurait l'occasion d'étudier un peu leur comptabilité.

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Les Rothschild devaient fatalement entrer dans cette voie et Toaloir la conquête absolue, complète, totale. Ils y sont arrivés.

La Graineterie française^ qui se nomme ainsi par antiphrase puisqu'elle est tout entière entre les mains des Juifs allemands, a pris l'agriculture pour Jomaine et se livre là k l'agiotage le plus effréné. On se souvient du krach qui se produisit, grâce à elle, Tan dernier.

La liquidation du fameux syndicat, sur lequel un correspondant de la Gazette des Campagnes ' a donné de si édifiants renseignements, a semé de ruines nouvelles la place de Paris, déjà si éprouvée, inondé le marché de blé étranger et fait perdre ainsi à nos paysans français le maigre bénéfice qu'aurait pu leur assurer une année exceptionnellement favorable.

Le Monde • a bien mis en relief ce qu'a d'immoral cet agiotage éhonté sur les choses nécessaires à la vie.

* « Dans le courant du mois de mai, dit ce correspondant, on croyait les récoltes compromises en Europe par une température froide et aride. La Juiverie grainetière et UDancière s'entendit avec la banque de Nevada pour acheter tous les blés des entrepôts de Chicago, de New- York, de SainULouis et de San-Francisco. Si bien qu*au 15 juin, elle se trouvait propriétaire de 37 millions d'hectolitres de blé d'Amérique, achetés par elle de 10 fr. 80 à 13 fr. 85 rhectolitrc.

« Encouragée par ce résultat obtenu en Amérique, la bande Juive fît dans la même semaine une rafle semblable sur les stocks de Liverpool, de Londres, de Hambourg et de iierlin, s'èlevant en tout à 3,500,000 hectolitres environ.

« Des ordres précis furent envoyés à la bande juive de Paris qui agiota au cercle du Louvre ; en moins de huit jours les farines douze marques montèrent de 52 & 58 et même 60 francs le sac ! Le tour était joué.

« Les malheureux acheteurs à découvert passèrent sous les fourches caudines de la bande. Tous ont payé, dit-on, quoirjiie ruinés (sauf l'illustre Wilson qu'on n'osa pas exécuter; — les juifs ont leurs raisons pour cela, — tout en se promettant de le laire payer autrement). »

On sait si cette prophétie s'est réalisée.

A la (in de juin le temps devint beau, une baisse se produisit et finalement les 37 millions d'hectolitres de blé américain durent être liquidés h 10, 11 et même 9 francs l'hectolitre.

• Monde du 23 août 1887

Cette histoire édifiante, dit M. Louis Hervé, qui fournit un chapitre à ajouter au livre de M. Drumont, nous donne une idée du créait agricole, tel que le pratique la race sémite dans les deux mondes. Elle nous donne la clef des fluctuations invraisemblables et inexpliquées qu'ont subis les blés et les farines depuis quatre mois, et par une suite naturelle, des très bas cours actuels qui ne répondent pas à la situation de nos récoltes, mais qui résultent de la liquidation forcée du fameux stock de 37 millions d'hectolitres.

Donc cette situation nous prouve une fois de plus que la taxe de 5 francs sur les blés étrangers est absolument insuffisante pour modérer le mouvement des importations de blés étrangers, et pour contenir dans des limites raisonnables les manœuvres de Tagiota^e international dont la Juiverie forme l'état-major. Les linres-échangistes, si courroucés contre les prétendus marquis du pain cher, doivent savoir aujourd'hui dans quelle catégorie ils doivent les chercher; et, en tout cas, ils sont bien aveugles s'ils ne comprennent pas que le producteur est la première victime de ces tripotages cosmopolites. On doit bien penser que la spéculation juive essayera de prendre sa revanche de cet échec momentané. Aujourd'hui, il parait que c'est sur les houilles qu'elle étend ses griffes sémitiques ; il s'agit d'acheter ferme tous les stocks des grandes houillères d'Angleterre, de Belgique, de France et d'Allemagne, pour monopoliser la vente et faire la loi aux acheteurs.

Quoi qu'il en soit, on voit que si le socialisme d'en bas est un ennemi de la propriété et de l'ordre social, il a dans la Juiverie financière un complice dont la Graineterie soidisant française est loin d'avoir montré le dernier mot.

Le crédit agricole juif, on le voit, a la puissance de faire hausser ou baisser de 4 francs le prix du blé en huit jours, et d'enlever aux producteurs le maigre bénéfice qu'ils peuvent espérer du droit de 5 francs. C'est dire que si l'agriculture manque de capitaux pour produire, les capitaux ne manquent pas pour la rançonner. A l'heure présente, le blé à 23 hancs ne rémunérera pas le quart des producteurs français, malgré le droit de 5 francs. D'ailleurs, les importations âe farines, encouragées par le droit insuffisant de 8 francs, prendront un développement ruineux à la fois pour la meunerie et pour la culture si nos députés n'obtiennent pas le relèvement de la taxe actuelle. La crise agricole va donc continuer sur les blés pendant la prochaine campagne.

Les Francs-Maçons républicains qui dirigent en réalité le

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ministère de la guerre aident, moyennant une grasse rétribution, la Juiverie cosmopolite a ruiner notre agriculture de façon à ce qu^au moment d*un conflit avec rAliemagne ce soient les Juifs allemands qui tiennent tous les approvisionnements entre leurs mains '. Protestations de cultivateurs, vœux de conseils généraux, pétitions, tout est inutile; le ministre de la guerre, quel qu*il soit, sait que le jour où il ne servirait plus les intérêts de la Juiverie, il serait renversé le lendemain par les Francs-Maçons de la Chambre à la solde d'Israël.

Le Bulletin du Syndicat agricole d'IUe-et- Vilaine dit à ce sujet :

Le gouvernement semble prendre à tâche de ne rien négli' ger pour hâter la ruine de notre agriculture.

On la saigne à blanc pour extraire de ses veines des impôts fabuleux que bientôt elle ne pourra plus payer, et on lui enlève les moyens de se reconstituer.

La Société d'agriculture et d'industrie d*Ille-et-Vilaine a adressé au ministre une pétition en faveur de nos malheureux cultivateurs.

Le Conseil général d'Ille-et-Vilaine a unanimement émis un vœu dans le même sens.

Par une lettre du 20 août 4887, le ministre de Tagriculture a fait connaître le refus formel opposé à ces légitimes réclamations par le ministre de la guerre.

Le ministre prétend que cette mesure a été réclamée par les commissaires du budget de la Chambre des députés, tous républicains.

Ainsi, nos cultivateurs voient (qu'ils n'ont à attendre du gouvernement et de la majorité républicaine que des impôts nouveaux. Quant à faciliter, au moins pour nourrir notre armée, la vente de leurs produits, on s'y refuse absolument. G*est aux Juifs allemands et russes, aux spéculateurs de la Société de la Graineterie, que tous les bénéfices sont réservés. Par son monopole, elle abaissera, selon ses intérêts, les

* On sait que c'est le Juif Eugène Mayer assisté de Lockro}[ et de toute la Juiverie républicaine qui avait organisé un meeting au Cirque d'hiver pour protester contre le vole du droit de 5 francs qui devait soulager un peu nos malheureux paysans si le syndicat sur les blés n'avait pas été plus fort que la loi.

cours du marché, et nos cultivateurs seront réduits à céder à vil prix leurs denrées aux représentants de cette Société, qui les revendent à TEtat avec un gros bénéfice.

N'est-ce pas monstrueux? Quels motifs inavouables, quels honteux intérêts peuvent déterminer une pareille conduite 1

La Chambre finit cependant par s^émouvoir de cette situation. Le 29 octobre dernier, h la suite d'un remarquable discours de M. René Brice, 5o députés de la gauche, un peu moins pourris que les autres, s'unirent à la droite pour voter un ordre du jour qui rétablissait la gestion directe pour Tarmée, c'est-à-dire qui permettait aux petits cultivateurs français de prendre part à des adjudications partielles dans la région qu'ils habitaient.

Que croyez- vous qu'il arrivât? Au Sénat, Léon Say, Thomme des Rothschild, monte à la tribune, prononce quelques paroles pour signifier la volonté de son maître, et la solution est indéfiniment ajournée.

Les journaux indépendants d'Algérie : le Petit Colon, la nouvelle France, le Vranc parleur orandais, les journaux de province : VEclaireur de Rennes, le Propagateur picard * ont traité à fond cette question vitale sur laquelle la presse parisienne, aux gages dlsraël, a été muette comme une de ces carpes de Fontainebleau qui ont des anneaux d'or dans les ouïes.

Tout ceci est utile à noter et explique l'écho qu'a trouvé la France juive dans ce pays que la Juiverie cosmopolite dévore jusque dans ses racines. M. Franck ferait bien mieux de s'expliquer là-dessus dans les Débats que de répondre à tout par des balivernes sur la tolérance que ses coreligionnaires pratiquent si peu. Le philosophe sait pariaitement que Ton n'agiote pas impunément sur le pain et que cette colère des campagnes est un indice grave. Quand les Juifs s'cu-

* Voir aussi dans VEelair&ur de Rennes du 20 mars 1887, un article signé «Un groupe d'Agriculteurs » et intitulé : La Graine terie française^ société jvdve^ aUemande^ cosmopolite.

fuiront devant les ouvriers de Paris, qu*ils ont réduits à la misère, ce sont les paysans qui se chargeront de les empêcher de gagner la frontière et les rabattront sur nous à coup de fourche.

Ce que nous avons dit du syndicat sur les blés s'applique exactement d'ailleurs au syndicat sur les sucres; les agioteurs ont exercé partout leur action dévastatrice. Les Juifs et les Judaîsants, comme Lcbaudy, ont commencé par troubler le marché par leurs manœuvres, leurs accaparements, leurs coups de Bourse. Les fabricants et les raffineurs, incapables de lutter contre une coalition si formidable, ont été ruinés ou se sont rendus à merci en promettant de favoriser les intérêts des spéculateurs. Ceux qui se sont mis du côté des Juifs n ont pas eu, du reste, à se plaindre, car dans la séance de la Chambre du 15 janvier 1886 M. Sans Leroy déclarait que les rafûneurs de Paris avaient touché 40 millions de différence à leur profit, en une seule année. Grâce, en effet, à la vénalité des ministres, les lois ont été faites uniquement pour seconder les opérations des capitalistes agioteurs ^.

* Les colonies ont été absolument ruinées par le conlre-coup des opérations juives. Le salaire des ouvriers agricoles est tombé de 2,50 à 50 centimes et, même à ce prix, les travailleurs ne trouvent plus d'ouvrage et sont réduits à aller mourir de la fièvre jaune à Panama.

M. Yves Marcas a publié sur cette question, dans la Revue socialiste (février et mars 1887) deux articles pleins de chiffres et de documents curieux.

« Voici, dit-il, un fait récent qui donnera la note juste de la situation :

« Une grande plantation des Antilles valant 1,500,000 francs devait 800,000 francs à une banque sur hypothèques et 150,000 francs & un négociant français pour envoi de marchandises. Elle vient d'être adjugée aux enchères pour 60,000 francs.

« Si les exploitations tombaient entre les mains des gens du pays qui les exploiteraient à leur tour, l'intérêt général n'en souffrirait pas. Malheureusement, il n'en est point ainsi. Nous assistons, dans nos colonies comme dans la métropole, au dénouement fatal de toutes les questions industrielles et commerciales de notre époque. Nos colonies deviennent la propriété de grandes banques anonymes. La chose est presque faite aujourd'hui ; elle le sera tout à fait demain. »

62 LA FIN D*l]N MONDE

Tandis que les parasites s*enrichissent,les vrais travailleurs, ceux qui produisent, en sont réduits à la misère. Beaucoup de cultivateurs ont abandonné le lin, la laine, les blés, les œillettes pour se mettre à la culture intensive de la betterave, et ils n'en ont retiré aucun bénéfice. Un cultivateur, à moitié ruiné déjà, me traçait dans une lettre le lamentable tableau de la situation générsde dans la région qu'il habite.

Vendant sa laine à 12 sous qui revient à 24, sa viande à 50 centimes la livre nette, pour un prix de revient de 80 centimes, son blé (pour surtaxe insuffisante) à 21 francs sur un prix de revient de 27 les 100 kilogr., son lin à moitié, sa betterave à i2 p. 100 de sucre, c'est-à-dire à 1/4 de rendement en moins a Thectare à 18 francs les 100 kilogr au lieu de 20 francs pour la betterave ancienne, conséquence des baisses (le sucre est tombé à 35 francs) et des rejets faits par les Chambres ; ne pouvant plus faire d'œillettes, de colza et de chanvre, concurrencée par la soie de Chine, les vins d'Italie et d'Espagne pleins d'alcools insalubres allemands entrant ainsi en fraude par tolérance, il en résulte une perte pour le praticien de 20 a 30,000 francs par ferme.

C'est la ruine de la France, l'industrie ne trouve plus de débouchés, s'écroule sous l'influence de la concurrence, des tarifs de pénétration et des baisses, écrasée par ses frais généraux, par les protêts à vingt-quatre heures d'échéances, et les faillites où les syndics, par leurs formalités et leur force d'inertie, mangent le pas de porte et font disparaître les clients et les agents.

Quand un établissement tombe, le Juif rachète. Le Chrétien a fait la réclame, la clientèle, les études ; le Juif a tout cela pour rien. Une autorisation que le Chrétien aurait attendue plus d'un an peut-être est donnée au Juif en une simple visite, en passant, chez le ministre.

11 n'y a plus partout que des Dreyfus, des Lévy et des Lehman.

L'État voit ses impôts diminuer. Il ne nous dit pas tout; quand il est gêné il emprunte, et le Juif, sans s engager, prend les titres et les replace avec un bénéfice d'un septième.

L'Aisne a 1/5 de ses terres complètement abandonnées, l'arrondissement d'Arras 11,000 hectares. Rothschild achète sans cesse des terres pour la chasse en Seine-et-Marne, car le perdreau l'intéresse plus que l'homme. J'ai vu dans la Somme, à Talmas, vendre des terres pour 5 francs Thectare*

La crise monétaire commence dans les campagnes et les villes en retirent leurs fonds et leur crédit.

C'est la ruine à brève échéance et comme me le disait un de mes amis : c Un si beau pays I comme cela a été vite ) »

Jamais on n'a vu, à aucune époque de Thumanité, une bande de forbans cosmopolites montrer une telle audace, perturber avec un tel sans-gêne les conditions d'existence des peuples, introduire aussi effrontément dans les habitudes du commerce, le jeu, la fausse nouvelle, le mensonge, ruiner aussi brutalement des milliers d'hommes pour s'enrichir. C'est là le grand phénomène de cette fin de siècle»

Après le blé, le café. Les Rothschild et la Haute Banque s'occupent maintenant d'accaparer les cafés du monde entier et ils se livrent sur cette denrée à des spéculations effrénées. Ils viennent d'installer un marché à terme à Paris et le café qui faisait vivre honorablement des commerçants sérieux va devenir une valeur de jeu; les marchands de bonne foi seront ruinés, les courtiers assermentés et qui étaient assujettis à certains devoirs feront faillite, le petit commerce sera incessamment troublé.

M. Ariste Dody a cité, dans le Constitutionnel^ quelques chiffres qui indiquent les proportions scandaleuses que prennent ces opérations.

Pendant Tannée écoulée, dit notre confrère, la spéculation, entraînée par les facilités des marchés h terme avec caisses de liquidation, a opéré sur une seule provenance, le Santos, province du Brésil, qui produit un bon café, véritable richesse de ce beau pays.

La récolle à Santos a été d'environ 2,500,000 sacs, chiffre sur lequel il faut baser toutes les appréciations sérieuses.

La spéculation avec ces 2,500,000 sacs a fait des opérations qui ont dépassé pour l'année bien sûrement le chiffre fantastique de 70 millions de sacs, provoquant une hausse de plus de ^00 p. 100 sur les prix de janvier 1887.

On doit noter que la production totale du café dans le monde entier ne dépasse pas 12 millions de sacs et que la consommation peut s évaluer à 1 1 millions de sacs. — Comme

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on le voit par ces chiiTres, il a fallu une organisation sfavante pour provoquer un mouvement dépassant de 25 fois la production d'une seule qualité!...

Il en est de même dans tous les pays. '

A la date du 17 janvier dernier, le Post, de Strasbourg, flétrissait les tripotages auxquels se livraient les Rothschild sur les charbons.

Les masses populaires, disait ce journal, se groupent de plus en pl-us contre la maison Rothschild, menacée par un nouvel orage populaire. On sait que le baron Rothschild (celui du tabouret offert par M. Tisza) est le principal actionnaire du richissime chemin de fer du NOrd autrichien et le principal créancier du |>auvcrissime chemin de fer du Sud autrichien. En même temps, Rothschild est propriétaire des charbonnages d'Ostrau, eh compagnie des sieurs Guttmaiin frères. Tout à coup, on apprend que le chemin de fer du Nord a consenti à ces charbonnages une immense réduction des tarifs de transport, de sorte que le chemin de fer du Sud pourra maintenant 8*y fournir. La Diète de Styrie s'est déjà occupée de TalTaire et a vivement prolesté contre cette illégalité de permettre au chemin de fer du Nord de réduire ses tarifs au profit d'un particulier. Du reste, ce coup monté sera l'objet d'une discussion au Reichsrath autrichien.

L'interpellation eut lieu, en effet, au Reichsrath, mais le ministre ayant eu la patte graissée, comme Fallières pour l'interpellation des cuivres, répondit la même chose que Fallières, c'est-à-dire que tout allait bien...

Les journaux allemands, un peu moins serviles que les nôtres, revinrent cependant sur cette question.

La Gazette de Cologne écrivait à ce sujet :

Il est clair et constant que ce tripotage de charbonnage mis en scène au profit de la maison Rothschild porte, so\is tous les rapports, un préjudice aux charbonnages de la Styrie et de la Oirniole. La population dépendant de cette industrie en souffre, parce que ces charbonnages ont perdu, à la suite de ces tripotages, leur marché naturel. Si ces faits se renouvelaient, ils auraient pour conséquence l'omnipotence dos charbonnages de Moravie, c'est-à-dire de MM. de Rothschild et David Giittmann frères. Une feuille' viennoise a donné à entendre que l'on ne dépréciait les charbonnages sty riens

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que pour pouvoir les acquérir à un prix dérisoire et créer ensuite Q.u profit des Hothschild-Guttmaun, dans toute rétendue de la monarchie, une espèce de monopole des charbonnages.

C'est un fait incontestable, Tindustrio et la population autrichiennes ont été singulièrement exploitées, en ces derniers temps, par les maisons Rothschild et Guttmann, de connivence avec la compagnie du chemin de fer du Nord- Autrichien. Du reste, Topinion publique est moins émue du fait lui-même que de la toute-puissance de la maison Rothschild, qui, encore une fois, s'est affirmée dans cette question.

La Gazette de Francfort, organe démocratique, disait de son côté :

Le tout-puissant financier qui est déjà le mattre du chemin de fer du Nord-Autrichien, des charbonnages de Moravie et de tant d'autres choses en Autriche, a fait un maître coup financier. Ce coup-là dépasse tout ce qu'on a vu sous ce rapport, même en Amérique.

Après le blé et le café, le cuivre.

On n'a pas oublié la gigantesque opération de Taccaparement des cuivres. Un syndicat où figuraient la maison Rothschild, le Comptoir d'Escompte, la Banque de Paris, M. André Girod et M. Secrétan, se forma pour accaparer le cuivre dans le monde entier et déterminer une hausse de prix formidable.

Le résultat désiré fut vite atteint. Il suffit pour s'en convaincre de consulter au Bulletin officiel le prix des marchandises:

fir. e.

23 septembre 407 50

30 septembre 107 50

7 octobre 107 50

14 octobre 107 50

21 octobre 107 50

28 octobre H6 25

Dès le 4 novembre, la hausse prend des proportions consi dérables :

66 LA FIN D*UN MOrrDB

fr. e.

4 novembre 122 50

11 novembre 127 50

i 8 novembre 130 »

25 novembre . . • • • 4 50 »

2 décembre 177 50

9 décembre 185 »

16 décembre 205 »

23 décembre 214 25

Ainsi, du 21 octobre au 23 décembre, le prix do cuivre a doublé.

C'était la ruine pour tous les petits fabricants et une émotion qui se comprend se produisit partout'. Il semble qu'il n'y eut qu'à appliquer le fameux article 419 du Gode pénal, qui fut appliqué à TUnion générale. Que dit donc cet article?

Art. 419. — Tous ceux qui, par des faits faux ou calomnieux semés à dessein dans le public, par des sur-offres faites au prix que demandaient les vendeurs eux-mêmes, par réunion ou coalition entre les principaux détenteurs d'une même marchandise ou denrée, tendant à ne pas la vendrCj ou à ne la vendre qu'un certain prix, ou qui, par des voies ou des moyens frauduleux quelconques, auront opéré la hausse

* Le Socialiste a bien indiqué le trouble que de telles coalitions jettent dans le monde du travail et constaté en même temps que rimpunité était d'avance assurée & ce qu'il appelle c la haute pègre ».

c C'est la ruine, c'est la faillite pour nombre de petits fabricants ou industriels qui ne s'approvisionnent qu'au jour le jour et que ce scandaleux renchérissement de la matière première met dans l'impossibilité d'exécuter les commandes reçues, défaire honneur à leurs engagements.

c Mais, quoique la société moderne soit fîlle de la Révolution de 1789-93 qui pendait les accapareurs ; quoique, d'autre part, il existe, même dans le plus bourgeois des Codes, des articles prévoyant et punissant ce genre d'opérations, les millionnaires qui ont fait le coup peuvent dormir tranquilles. Le conseil municipal de Paris a eu beau inviter le gouvernement à user des pouvoirs qui lui sont conférés par la loi, ils ne seront pas inquiétés.

« Leur exploit d'aujourd'hui, comme ils ne craignent pas de le faire écrire, n'est d'ailleurs que « la répétition i)lus accentuée peut-être, plus soudaine, et plus étendue, d'exploits précédents presque analogues. • Rien de plus incontestable. »

oa la baisse du prix des denrées ou marchandises ou des papiers et effets publics au-dessus ou au-dessous des prix qu aurait déterminés la concurrence naturelle et libre du commerce, seront punis d*un emprisonnement d'un mois au moins, d'un an au plus, et d'une amende de 500 francs à 10,000 francs. Les coupables pourront de plus être mis, par Tarrêt ou le jugement, sous la surveillance de la haute police pendant deux ans au moins et cinq ans au plus.

Les lecteurs intelligents auxquels, je le dis sans fausse modestie, je me suis efforcé d'apprendre à lire les journaux, à bien saisir le mécanisme du mouvement contemporain, ont eu une excellente occasion d'appliquer la méthode d'analyse que je leur recommande toujours. Ils ont pu voir fonctionner, celte fois encore, le système de la corruption par la Presse, complément et doublure du système juif qui s'écroulerait presque immédiatement si la Presse, par ses conditions même d'existence, n'était pas obligée sans cesse de compter avec la puissance de l'argent. ,

(c On aggrave encore dans un but de honteuse spéculation la situation déplorable déjà des ouvriers, on organise une hausse factice sur le cuivre nécessaire à l'industrie I II est impossible que cela se passe ainsi, il faut interpeller le gouvernement et lui demander quel usage il compte faire de l'article 419. Demain nous espérons donner des détails plus complets et faire toute la lumière sur cette question. »

Ainsi fulminent les journaux

Le lecteur ouvre son journal, le lendemain, la bouche enfa. rinée, mais il s'aperçoit que le menu a été changé. Le financier accapareur est remplacé par le curé d'un village très lointain qui, affirme-t-on, aurait cité en chaire une parole séditieuse de saint Augustin qu'une vieille femme aurait répétée à une autre, laquelle l'aurait transmise à l'adjoint pour la redire au maire. « A quoi songent nos représentants ? » demandent les journaux républicains.

Les gens, un peu malins, comprennent que le M. Chut 1 dont j'ai parlé dans la France juive devant l'opinion, a monté de bonne heure en voiture et qu'il a fait sa tournée dans les

journaux en y réclamant, à Taide d'arguments sérieux, ce qu'on appelle « une bienveillante inattention* ».

Le Matin profite de Toccasion pour nous donner une jolie silhouette du Juif moderne et nous montre Lazare Weiller chez lui. Ce Juif est décoré à vingt-six ans, tandis, qu'après trente ans de services, de vieux soldats ont peine & obtenir la croix ; il « reçoit dans un superbe cabinet, tout tendu de vieilles tapisseries, tout orné de tableaux de maîtres et de bibelots rares dont le luxe somptueux et le cachet artistique étonneraient singulièrement, s*iis revenaient en ce monde, les vieux praticiens de la génération précédente >.

Notre homme a pour la musique les goûts crocodiliques d'Erlanger; c'est un trait de la race. « Dans un coin de l'appartement, trois postes téléphoniques permettent d'entendre à volonté, sans quitter sa chaise, sans poser son cigare, les représentations de l'Opéra, de TOpéra-Comique, ou môme de la Monnaie de Bruxelles. C'est le spectacle dans un fauteuil, rêvé jadis par la fantaisie de Musset. »

Ajoutez à ce concert les gémissements des ouvriers sans travail et des petits patrons ruinés par le coup sur le cuivre, arrivant (sans téléphone) dans cet intérieur luxueux, et vous aurez un homme parfaitement heureux. Selon le mot de Rothschild cité par Concourt, le Sémite peut goûter la joie ineffable de sentir « des milliers de Chrétiens sous ses pieds ». Aussi Lazare Weiller est-il heureux et il déclare que cette

* Les choses se passent de même en Autriche, car M. Chut ! a partout des collègues.

La Gazette de Francfort écrit à propos de Tafifaire des charbonnages.

• Pour finir, disons un mot sur le rôle de la presse viennoise dans cette affaire « symptomatique ». En plein Reichsrath un député a désigné, sans ambages et ouvertement, un agent viennois, connu pour être l'entremetteur de la presse dans toutes les aflTaires de concussion et de corruption, comme ayant joué un rôle dans cette affaire. Aussi n'y a-t-il eu en Autriche qu'un seul organe qui ait parlé de ce mattre coup. - La parole est d'argents Je silence est d'or. — Nulle part on ne comprend la valeur de ce proverbe aussi bien qu'en Autriche^ ce ]^ys où la pièce d'os têi souveraine, sans distmction de nationalité. »

» ■-.;■ «' ait ^'i. % \

opération est tout à fait patriotique. C'est un bon républicain, d'ailleurs; administrateur de la République française, il se présenta comme député dans les Gharentes, où il fut honteusement éconduit et accueilli partout par les cris : « A bas le Juif! »

Les Débats, le journal de tous les beaux cynismes, eurent seuls le courage d'être francs.

Savez-Yous comment, dans la feuille de Léon Say, M. Leroy- Beaulieu, membre de l'Académie des sciences morales et politiques (quelle morale et quelle politique !), appelle cette opétion ? Une heureuse razzia.,.

Et il ajoute : « Elle sera compensée par la ruine d'un très grand nombre de nigauds, »

Voilà les gens qui fulminent contre les Anarchistes, lorsque Tortelier ou Tennevin déclarent dans une réunion publique que l'homme a le droit de faire ce qui lui plaît et do s'emparer de ce qui est à sa convenance.

Celte razzia, que le journal des Débats flétrirait si elle était opérée par de pauvres diables qui meurent de faim, il la trouve admirable lorsqu'elle est exécutée par des milliardaires qui, en imaginant les plus invraisemblables fantaisies, en se livrant aux plus folles prodigalités, ne pourraient arriver à dépenser ce qu'ils possèdent...

Il convient, pourtant, de féliciter M. Laur de la question qu'il a adressée au ministre de la Justice à propos de cet accaparement des cuivres. Pas plus que M. de la Perrière, M. Laur n'a eu le courage de prononcer le nom de Rothschild, toute cette gauche stipendiée par les Juifs aurait protesté, mais il n'en a pas moins montré, avec une certaine énergie, ce qu'il y avait au fond de cette opération gigantesque. Cette pièce en collaboration, qui se terminera comme un drame pour tous les ouvriers et les petits industriels, a cinq actes comme tout bon drame :

i^ L'achat ferme du métal, opération qui se monte à 30 ou 40 miUions ;

2<» L'achat du métal à terme, environ 400 millions ;

30 L*achat éventuel de tout le stock des mines au-dessous de 60 livres ;

4<* La spéculation sur la valeur des mines, représentant un capital inférieur à 1 milliard ;

5<* Et enfin l'émission nouvelle d'actions à la faveur de la hausse du cuivre.

On arrive ainsi, dit M. Francis Laur, pour les capitaux, à mettre en mouvement dans cette colossale entreprise la somme de 1,440,000,000 francs, c'est-à-dire à peu près à 1 milliard et demi.

Rien n'est plus triste que de voir l'attitude de la droite dans cette circonstance. Quelle plus belle occasion pour elle de montrer de la sympathie à tous ces travailleurs français, qui sont victimes de la spéculation judaïque, à ces petits patrons qui ne peuvent exécuter leurs commandes, à ces ouvriers que les petits patrons sont obligés de renvoyer et qui reviennent tristes dire à la ménagère : « Il n'y a plus d'ouvrage l »

La droite interrompt à chaque instant l'orateur et afTecte de prendre le parti des accapareurs. Un député conservateur, Kergariou, dit ce mot qui serait un mot de scélérat si ce n'était pas un mot de bêta :

« Est-ce que nous sommes ici pour nous occuper des variations dans le prix des métaux ? »

Avec la supériorité d'un homme qui connaît la question dont il parle, Laur n'a pas de peine à démontrer que le prix des métaux est une question de défense nationale.

Le plus cros inconvénient, dit-il, celui que je veux surtout vous signaler, c'est celui qui résulte de cette spéculation pour notre défense nationale.

Il est incontestable que le marché international est encore intact dans quelques-unes de ses parties, notamment en Amérique ; mais le marché français est complètement accaparé, de deux manières : d'abord, parce que la Société des métaux possède ou a syndiqué environ huit ou neuf usines sur onze ou douze, et que par conséquent elle possède en ses mains l'outillage complet de la France, à une exception près.

LBS MONOPOLES 71

En second lieu, comme à la marine, à la guerre, on a encore le préiugé incroyable d*imposer, d'exiger, dans le cahier des charges, des marques spéciales, telles que Wallaroo, lac Supérieur, Electrolityques, etc., marques en dehors desquelles il n'y a point de salut ; comme nos savants polytechniciens n'ont pas voulu imposer purement et simplement des conditions d'allongement, de résistance, sans s'occuper si le métal venait du nord ou du sud, il s'ensuit que celui qui a accaparé soit les lac Supérieur, soit les Electrolityques, par exemple, est absolument maître de la marine, de la ffuerre et aes finances. Il fait la pluie et le beau temps dansles adjudications, c'est ce qui a lieu depuis un grand nombre d'années. Cest ce qui explique certaines for" tunes véritablement immenses faites uniquement sur les fournitures de VEtat.

La Société des métaux est une Société qui possède ainsi la clientèle à peu près exclusive de l'Etat ; bien peu de personnes peuvent arriver à se rendre adjudicataires, à moins que la Société veuille bien y consentir. En effet un concurrent étant obligé de se soumettre à une marque déterminée, — le lac Supérieur, je suppose — si la production est achetée tout entière par la Société des métaux, il est obligé de venir dire humblement : c Vendez-moi du lac Supérieur pour exécuter ma commande », et alors le prix qu'on le lui lait payer peut rendre tout bénéfice impossible.

L'accaparement des marques est donc une chose faite^ — et je dois le dire quoiqu'il m'en coûte — la défense nationale est tout entière entre les mains de la Société des métaux.

C'est ce que nous disions plus haut à propos de la Banque. La défense nationale est tout entière entre les mains d'un Juif de Francfort. En temps de guerre il faudra bien cependant qu'il trahisse un pays quelconque, qu'il serve l'Allemagne au profit de la France, ou la France au profit de rAllemagne...

Un peu plus loin l'orateur revient sur ce sujet et il serait dommage de ne point donner encore cette partie de son discours, car elle sera peut-être plus lue dans un livre que dans le Journal Officiel et elle indiquera bien aux Français patriotes ce qu'il y a à faire le jour même de la déclaration de guerre.

L*Etat, en effet, est le plus grand client du marché du cuivre en France, parce qu^il a besoin de ce métal pour le doublage des navires, pour la fabrication des cartouches, des culots d*obus, pour celle des Qionnaies, parce qu*il a également besoin ne ses alliages, maillechort, laiton et autres dérivés pour ses fabrications spéciales. C'est par millions et millions que se chiffrent ses commandes à des prix qui susciteront peut-être un jour bien des réclamations.

Eh bien, les sommes énormes qui sont dépensées par la Guerre et par la Marine chaque année seront évidemment majorées, doublées par suite de la hausse des cuivres, et on évalue à peu près à 9 ou 10 millions la perte qui va résulter pour l'Etat de cette spéculation.

Il Etat sera absolument obligé de passer sous les fourches caudines de la Société des métaux, qui lui fera la loi, puisqu'elle a en main presque tous les moyens de production et tout le métal. Il n y a qu'à espérer dans sa modération et sa sagesse. Il n'y a en France, en effet, qu'un seul industriel qui ne fasse pas partie du syndicat, et celui-là déclare, — cest un parfait honnête homme qui fait les plus grandes affaires en cuivre, ou qui les a faites — et celui-là déclare qu'il est absolument à la merci du syndicat, que dans les adjudications, si l'on veut le viser personnellement et prendre des fournitures avec du métal acheté au rabais, à 125 francs, par exemple, tandis qu'il est obligé de le payer au cours de 180 francs, il est dans l'impossibilité de lutter. Il espère aussi que le syndicat le laissera vivre.

Le marché italien, qui était un gros débouché pour lui, vient de se fermer. Il est donc cerné de toutes parts.

Les ouvriers intelligents et les écrivains socialistes voient cette situation très distinctement*. Kergariou n'y comprend rien. Ce n'est pas un méchant homme, mais le fonctionnement de la société présente lui échappe complètement comme à la plupart des conservateurs. Il ne figure pas parmi les parasites de Rothschild, du moins je n'ai pas rencontré son nom dans les comptes rendus de fêtes ; on ne prend même pas la peine de l'inviter et de le corrompre avec un cliaufroid de volaille ; il admire naïvement, de la rue, toutes les splendeurs des palais d'Israël; il s'indigne quand on

* Lire à ce sujet, dans la Revue socialiste du 15 février, un article très remarquable et très instructif de Benoit-AIaion.

discute rorigioe de cette fortune; il dit : c Mon Dieu, que ces gens-là sont bons de nous avoir pris 3 milliards * ! » Gomme épilogue à la question de M. Laur, constatons que Fallières a bien soin de déclarer que l'article 41 9 n'est pas aboli. La magistrature le garde précieusement, comme une arme, qui pourrait, à un certain moment, comme dans Taflaire de l'Union générale, servir à écraser les Goym.

Contre des monopoles aussi solidement armés il n'y a rien à faire. H faut que l'Etat capitule, qu'il accepte non seulement les prix qu'on lui demande, mais les fournitures avariées qu'on lui impose. En cas d'opposition la Juiverie fait donner un membre influent de la gauche qui menace le gouvernement de son vote et de celui de son groupe si l'on soulève des difficultés .

11 y a quelques années, M. lîubner, ancien notable commerçant, a très courageusement pris à partie Clemenceau à propos de ces gaspillages du ministère de la Guerre sur lesquels le chef de l'extrême-gauche, ami intime de M. Gevelot, avait complaisamment passé l'éponge dans la sous-commission du budget chargée d'examiner le budget de la guerre.

Aux accusations de M. Hubner, Clemenceau répondit dans une réunion publique que les cartouches en laiton dataient de 1870, — ce qui était faux — et, comme il possédait un journal, il finit par avoir l'air d'avoir raison.

Cette histoire des cartouches en laiton n'en est pas moins des plus instructives, elle montre à merveille à quel point

• A cette conduite de nos conservateurs qui prennent le parti de la Ploutocratie juive contre nos travailleurs français on est heureux d'opposer l'attitude de quelques députés du Reichsrath autrichien.

a Après l'affaire des charbonnages, le président du Reichsrath, raconte la Gazette de Francfort, lit venir M. Pattaï (député antisémite), pour le conjurer de ne plus prononcer le nom de Uotlischild au Reichsrath, attendu que toute attaque contre ce grand prêteur pourrait coûter des millions à l'Etat. M. Pattaï répondit

3ue la prudence la plus élémentaire commandait au contrai ro 'intimider ce grand exploiteur de la monarchie, au lieu de s'eT laisser intimider.»

noire pauvre France est pillée, trahie, livrée par la bande des financiers.

Nous avons là des documents très complets, ce qui est rare en ces questions où les coupables demandent toujours à ceux qui les accusent des preuves formelles qu'il est impossible de fournir, puisqu'elles sont entre les mains des complices, dans des commissions ou dans des ministères.

L* auteur de cette brochure, le Gaspillage du budget de la guerre^ est un négociant en métaux, Alsacien très patriote, républicain, il est même Franc-Maçon, mais il appartient à ce petit groupe de Francs-Maçons restés Français qui rougissent de voir la Maçonnerie se faire Tinstrument de Bismarck. Ceux qu'il attaque prétendront sans doute qu'une pensée de rivalité se mêle à ses préoccupations patriotiques. Ce qui est certain c'est qu'il était notable commerçant pour les métaux et les minerais et qu'U connaît les choses dont il parle.

Il ressort, jusqu'à l'évidence, des témoignages qu'il produit qu'en 1875 nous étions hors d'état de nous battre.

La cartouche en laiton qu'on avait adoptée se détériore rapidement, l'enveloppe s'oxyde et au bout d'un certain temps elle est incapable de servir. La portée du tir ne dépassait plus guère 200 mètres et la moyenne des ratés et des ruptures d'étui était de 15 p< iOO. La plupart des journaux militaires ont signalé ce fait ,

M. Thiers, qui, quoi qu'on en ait dit, apportait dans ce qui touchait à l'armée la compétence que tout être intelligent apporte à ce qu'il étudie avec amour, était complètement opposé à ces cartouches ; elles ne furent adoptées qu'après le 24 Mai, pendant le ministère du général de Barail.

Le ministère de la guerre savait cependant à quoi s'en tenir sur ce point, puisque dès 1868 on avait proposé ces cartouches et qu'elles avaient été refusées à la suite d'un rapport de M. Michel Roux, capitaine d'artillerie, constatant que jamais on ne pourrait constituer d'approvisionnement sérieux avec ces cartouches « parce que des actions chimiques puissantes agissaient pour détruire l'enveloppe ».

IBS MONOPOLES 75

Malgré tout, un syndicat formé par MM. Gevelot, Secrétan, Laveyssièro et Rothschild (toujours) imposa ces cartouches.

Il ne s'agit pas ici de rumeurs en Pair, d^allégations plus ou moins fondées. La meilleure preuve que ces cartouches ne pouvaient servir, c'est, qu'après avoir dépensé des millions pour leur fabrication, la France dut payer d'autres millions pour leur destruction. A la fin de Tannée 1882 la Chambre votait un crédit extraordinaire et annuel de 2,673,323 francs pour détruire au fur et à mesure l'énorme approvisionnement de ces cartouches avariées qui avaient coûté des centaines de millions.

On s'efforça de faire opérer cette destruction en quelque sorte en cachette, et on employa à ce travail, des femmes «t des enfants. Dans de pareilles conditions, d'effroyables explosions se produisirent, au Mont-Valérien, vers la fin de décembre 1882, à Sainte- Adresse, en février 1883, un peu plus tard à Besançon.

L'émotion produite dans le public, dit M. Hubner^ par <;es épouvantables catastrophes fut telle, que le ministère de la Guerre dut renoncer à ce mode de déchargement de nos cartouches avariées ; il fit donner un plus ^rand nombre -de cartouches pour les exercices de tir, et ht établir des hangars, où des soldats tirèrent des cartouches du matin -au soir, dans des caisses remplies de son. Plusieurs ont remarqué bien certainement ce singulier travail que le ministère de la Guerre n'eut même pas la prévoyance de ne •pas faire faire tout près de Nice, où se rendent constamment tant d'étrangers. Là, des soldats tirent constamment sur un rocher.

Les quantités de cartouches ainsi déchargées sont tellement considérables que l'on évalue à 400,000 kilo gr. le stock de vieilles douilles vides existant à l'arsenal de Vincennes. ^'il en existe autant dans chacune de nos divisions d'artillerie, il y aurait un stock formidable de douze millions de kilogr. de vieux laiton à vendre.

Je crois que rien ne peut être plus significatif pour démontrer le mauvais état de ces cartouches que le fait de leur ^destruction. Ce qui surpasse c'est que pas un député à la

Chambre, pas un seul, ne se soit levé pour dire : « M. de Rothschild a gagné de l'argent avec ces cartouches qui ne peuvent pas servir, qu'il se charge au moins d'en payer la destruction ! C'est une bagatelle pour lui et je pense qu'il trouvera tout simple de ne pas laisser retomber cela sur le dos de nos malheureox électeurs. »

Franchement, l'i&cormptible et austère Clemenceau aurait parfaitement pu tenir ce laagage ; il n'ouvrit pas la bouche à ce sujet. S'il eût, dès cette époque, signalé à la tribune les opérations auxquelles M. Secrétan était mêlé, il aurait peut-être empêché le récent accaparement des cuivres, qui a pesé si lourdement sur le travail i'ouvriers électeurs de M. Clemenceau.

La vérité est que tout le monde politique, poar une raison ou pour une autre, est absolument entre les mains de la Juiverie. M. Hubner a-t-il eu, en révélant tous ces faits, une arrière-pensée personnelle ? Je n'ai aucune raison de le supposer; il ne s'est pas confessé à moi et, en sa qualité de Franc-Maçon, je crains qu'il ne se confesse à personne. Ce qui est évident, c'est que c'est un spécialiste qui traite une question qu'il connaiit à fond eft que sa brochure, publiée en 1885 et à laquelle personne n''a répondu, est un véritable service rendu au pays, car eUe contient les renseignements les plus inouïs sur la façon dont nos miUards sont dévorés par un tas d'aigreûns.

Grâce à notre magistrature qui manque cyniquement à son devoir, en n'appliquant jamais ni l'article 419 sur les accaparements, ni l'article 412 sur les ententes dans les marchés, on met le Trésor au pillage par des coalitions et des manœuvres sans nom.

Le même industriel qui vendait couramment le meilleur laiton à l'industrie privée à 150 francs et même à 140 francs, facturait le laiton à cartouches à 225 francs, soit 50 pour 100 de plus.

Un concurrent parvint, à force d'influences, à faire une brèche au monopole des Rothschild et fut admis, non pas

à soumissionner puisqu'il, n'y avait pas d'adjudication publique, mais à obtenir une commande ; la société des métaux Layeyssièréy Secrétan, Eothschild, dut consentir à accepter le prix de 175 et même pins tard de 170 francs au lieu de 225 francs.

Ainsi donc» écrit encore M. Hubner, le' fait de Tintroduction de Thonorable laitonnier précité, à côté des anciens fournisseurs pnTÎiégiés, a pu faire diminuer le prix du laiton à. cartouches de 45 francs par iOO kilogr. soit de plus de 25 p. 100, sans que le cuivre brut ait baissé à cette époque.

L'écart entre le prix du laiton à cartouche 170 francs, et celui du laiton pour l'industrie, 135 francs, se trouvait ainsi réduit à 35 francs. Il n'aurait jamais dû être si grand si le général du Barail et ses successeurs avaient agi comme ils auraient du le faire, pour les intérêts du Trésor et ceux du pays.

En calculant les fournitures de laiton que dut acheter le ministère de la Guerre depuis 1873, on peut certainement évaluer à plits de cent millions de francs la somme qui aurait été épargnée par la mise en adjudication publique de ces fournitures de laiton ^

On devine ce qu'il y a de pots-de-vin derrière ces gains fabuleux, derrière cette incurie volontaire du ministère et des Chambres. Ou s'explique comment s'élèvent presque instantanément ces fortunes colossales, ces fortunes maudites qui sont fondées sur les ruines de la Patrie. Un de ceux dont parle M. Hubner, un de ces Mandrins qui, selon l'expression d'Aurélien Scholl, vivent sur les cartouches, était, il y a quelques années, forcé de prendre un arrangement avec ses créanciers ; il éblouit aujourd'hui Paris de son luxe et Albert Wolff le couvre de fleurs.

Personne, encore une fois, ne veut s'occuper publiquement de ces questions. « C'est infâme 1 dit à M. Hubner M. Casimir Périer. Tous ces gens-là mériteraient d'être

* Voir également dans la brochure de BI. Hubner de curieux détails sur l'accaparement du nickel par une usine fondée en Allemagne par M. de Rothschild en prévision de l'adoption de la monnaie de nickel.

fusillés 1 » Et il ne tente pas le moindre effort pour faire punir ces infamies...

Les financiers que la Cour des comptes pourrait gêner entrent, grâce à leur fortune, dans la famille même de ceux qui sont chargés de les contrôler. M. Secrétan a marié sa seconde fille au ûls .de M. Bethmont, premier président de la Cour des comptes. Si ces usages se généralisaient, la vérification des budgets de chaque ministère serait bien simplifiée, elle se ferait en famille, au coin du feu. Quand il manquerait une pièce de comptabilité, le fils dirait : f Voyons, beau-père, ne vous tourmentez pas! Donnez-nous une tasse de thé et parlons d*autre chose. »

Notez que M. Bethmont n*avait pas d'illusions sur les fournisseurs du ministère de la Guerre, car, à la date du 21 septembre 1885, il faisait insérer au Journal Officiel un rapport constatant le désordre de la comptabilité de ce ministère en 1882.

S'il y avait eu des malversations, on avouera que le plus élémentaire devoir des magistrats était d*en condamner les auteurs; ils trouveront sans doute plus simple de me condamner moi-même, pour avoir constaté avec quelle criminelle légèreté on gaspille cet argent que les contribuables ne parviennent à verser à l'État qu'en se saignant aux quatre veines.

Ce résultat, d'ailleurs, serait dans la logique du jour. C'est Erlanger qui vole, et c'est le colonel Noirtin qu'on punit. C'est Wilson qui vend la décoration et c'est le juge d'instruction que l'on blâme. Ce sont les fournisseurs militaires qui ont fourni des cartouches qui ne pouvaient pas servir et vous verrez que ce sera moi qu'on condamnera à la prison et à l'amende...

La commission d'enquête a été saisie de ces scandales ; mais, vraisemblablement, elle devra se borner à des gémissements platoniques. Certes, le général de Frescheville, chargé du rapport sur cette question, est non seulement un bon

-•t. Ci.-"-J'

patriote» mais un Français d*autrefois, très avisé et très lin; il distingue parfaitement le datiger que ces accaparements font courir au pays, mais que voulez-vous faire avec un gouvernement comme le nôtre : c II y a des arrêts de la Cour de cassation, qui déclarent ces entreprises, parfaitement légitimes », lui afQrment ses collègues, qui connaissent les te^Ltes.

La force des Juifs est de ne plus procéder comme autrefois, par des méfaits isolés; ils ont fondé un système où tout se tient, qui embrasse le pays tout entier, qui est muni de tous les organes nécessaires pour fonctionner, ils ont fortifié les points sur lesquels on pourrait les prendre, ils ont modifié sans bruit les lois qui les gênaient ou obtenu des arrêts qui paralysent Faction de ces lois, ils ont soumis la presse au capital, de façon à ce qu'elle soit dans l'impossibilité de parler.

Les opérations les plus odieuse?, sont combinées de manière à échapper à toute répression; elles sont à double détente et j'ai été étonné de la perspicacité avec laquelle le général de Frescheville, à Taide seulement de son bon sens et de sa droiture de soldat, eu avait saisi le mécanisme.

L'adjudication publique n'est pas même un obstacle. Les Juifs ou leurs affiliés accaparent un produit spécial du cuivre de telle origine, des étoffes de telle espèce, des éponges même d'une certaine provenance, car il parait qu'ils ont fait un coup très curieux sur les éponges. Tout à coup le ministre ou, parfois, sans que le ministre s'en rende compte, l'homme vendu à la Juiverie dans un ministère, fait une adjudication dans laquelle il demande, dans un délai très court, une immense quantité de ce cuivre, de ces étoffes, de ces éponges spéciales. L'accapareur est naturellement le seul qui puisse se présenter, et il réclame un prix aussi élevé qu'il le veut, mais, en fait, il n'empêche personne de se présenter. Vive la liberté l vous dira Leroy Beauheu...

L'indifférence sur ce point est générale. Il y a plus : beau*

80 LA PIN D*CIf MONDE

coup de conservateurs n'approuvent pas qu'on flétrisse les fortunes monstrueuses qui se sont édifiées de cette façon. Pour eux la richesse, quelque impure qu'en soit la source, est digne de respect; elle est une vertu, une noblesse, un dogme presque, qu'on ne peut attaquer.

Quelle douce gaité vous prend quand ces gens-là vous disent qu'ils sont monarchistes ! Ils ne se doutent même pas de ce qu'était la Monarchie, ils sont plus ignorants des traditions et des pnncipes de l'ancienne Monarchie que les révolutionnaires intelligences qui ont, au moins, lu l'histoire.

La Monarchie reposait sur Tîdée de justice à laquelle sont totalement étrangers les conservateurs qui considèrent comme un crime d'attaquer un homme qui a un hôtel, un château princier, des chasses giboyeuses. Si rancienne France a été grande, cependant, c'est qu'on y frappait impitoyablement tous les concussionnaires et tous les traîtres si haut qu'ils fussent placés, qu'ils portassent la couronne de duc ou qu'ils fussent maréchaux, c'est-à-dire cousins du roi.

< C'est un procès ridicule! s'écriait le maréchal de Marillac. Due s'agit dans mon affaire que de foin, de paille, de pierre et de chaux I » Richelieu pensait que les pierres ont leur utilité pour bâtir les forteresses; il estimait que pour faire la guerre il faut de la cavalerie et que, pour avoir de la cavalerie, il faut nourrir les chevaux et, grâce au cardinal-duc, le maréchal qui avait mis le foin des chevaux dans ses bottes eut la tête tranchée en Grève.

Clemenceau dirait au coupable en pareil cas : c Je mô tairai mais prenez quelques actions de la Justice! » et les conservateurs s'écrieraient : « On ne discute pas les comptes d'un homme assez riche pour donner des fêtes. »

Quant à Belhmont, s'il avait eu à juger Marillac, il lui aurait dit : « Monsieur, votre conduite est abominable, vous avez compromis la défense du pays pour augmenter votre fortune : c'est un véritable crime contre la Patrie; aussi vous ne vous étonnerez pas si j'ai l'honneur de vous deman-

der ponr mon fils la main de mademoiselle votre fille. »

M. Bnbner a pu écrire cette brochure parée qu*il a son affaire faite, comme on dit, nne maison de campagne où il vit tranquillement ; les indostriels qni commencent n^osent même pas souffler.

/La grande Maison de banque, la grande Usine appujée sur un gros syndicat juif, le grand Magasin projettent leur ombre à l'horizon comme le château-fort d'autrefois et les petites maisons, comme tes chaumières de jadis, ont peur du terrible voisinage. Les petits savent bien qu'ils seront mangés un jour, mais ils attendent ce jour dans une inquiétude poltronne, sans oser empêcher le bnrg de se construire pendant qu'il en serait encore temps peut-être.

C'est encore une des formes les plus curieuses du monopole que ces gramds magasins i

Autour de magasins immenses comme le Bon Marché tout meurt comme autour du mancenillier, tout s'éteint comme de petites lumières disparaissent dans l'orbe lumineux de quelque grand foyer.

Les grands magasins représentent la féodalité* industrielle à Paris/Quoique beaucoup de dessous restent cachés,

* M. de la Tour du Pin m'a manifesté souvent son chagrin de voir ce mot de féodalité qui a représenté des choses si hautes, si élevées, si pures, appliqué ainsi à des usurpations basses, à des tyrannies d'argent. Il est cependant difficile de trouver un autre terme pour désigner ces pouvoirs capitalistes qui, avec les beaux côtés en moins, équivalent aux fîefs d'autrefois.

Les écrivains socialistes sérieux reconnaissent, eux-mêmes, la diflérence que signale M. de la Tour du Pin, tout en déclarant également, qu'il est presque impossible d'employer une expression plus exacte.

« Ce n'est, dit M. Benoit-Malon, que faute d'une meilleure appellation que j'emploie celle-ci. Féodalité signifie privilège octroyé en retour de devoirs sociaux consentis ; la Ploutocratie judaïséene se reconnaît aucun devoir; elle n'a qu'un but; s'approprier la plus grande part possible du travail d'autrui et de l'accumulation sociale pour en user et abuser égoïstement. Là est sa grande indignité morale et le signe de sa déchéance prochaine au nom du salut public et des hauts intérêts de l'Humanité. »

le fief bourgeois et son fonctionnement sont pins faciles à observer là, par conséquent, que le fief industriel de province. Dans ce dernier, en effet, vous n'entrez guère qu'en invité qu'on promène, qu'on fait largement déjeuner quand il est de qualité et qui se retire, ravi, en se demandant vaguement si des patrons si accueillants ne sont pas des anges déguisés.

Les propriétaires de grands magasins, d'ailleurs, sont, eux aussi, des bienfaiteurs de l'espèce humaine et vous avez lu cent fois l'éloge de leurs vertus. Les premiers philanthropes se contentaient de faire des soupes à leurs ouvriers avec de vieux boutons de culotte ; le directeur de grand magasin régénère l'humanité par le cornet à piston ; il crée pour son personnel une fanfare et dés jeux divers.

A vrai dire, pour des gens qui ont tant de distractions, tous ces employés ne me paraissent guère joyeux. Jusqu'à midi l'aspect est lugubre, cela sent l'enrégimentation, la caserne sans l'exercice matinal et les sonneries de clairon. Avec leurs yeux tristes, les pauvres femmes vous racontent la souffrance sans cesse renouvelée de cette promiscuité avec l'homme, l'amertume du tribut qu'il faut payer, quand on est jolie, aux directeurs, aux sous-directeurs, aux intéressés, aux premiers et trop souvent aux premières, aux secondes parfois, dominées par de monstrueux caprices.

Macé, le témoin véridique et volontairement sec des mœurs de ce Paris sur lequel il a veillé si longtemps, nous a peint ce qui se passait dans ces bazars, les malades qui s'y donnent rendez-vous, les aberrants passionnels de toutes sortes, les frotteurs, les peloteurs, les destructeurs. Causez avec lui et il vous dira qu'il n'a fait qu'effleurer le sujet et qu'il s'est décidé à jeter au feu les pages les plus étranges de ce chapitre.

Quand on dit timidement aux conservateurs que ces établissements, à proportions anormales, sont en dehors des propriétés permises à des particuliers et que l'Etat devrait B'en emparer et les réorganiser, ils poussent de hauts cris.

LES MONOPOLBS 83

Or, la cloison est si mince entre ces établissements et des établissements publics que ces grandes maisons dont l*Etat prétend respecter les droits ne respectent pas les droits de TEtat. Ils obéissent à la logique de la constitution des fieHs et se déclarent indépendants.

Jadis le bon seigneur, après le repas, s'asseyait dans un fauteuil, et, assisté de son sénéchal, il jugeait ceux que lui amenait sa maréchaussée, il exerçait son droit de basse, moyenne et haute justice. Nos féodaux agissent de même. Ils n*aiment pas le code Napoléon, ce qui est excusable ; ils préfèrent la loi Burgonde, fondée sur la cùmposition^ la réparation du délit par une sonune plus ou moins forte.

Tout se passe arec Tappareil qui convient; on se réunit dans un local bien fermé par des portes d*acajou massil'. Les inspecteurs au service de rétablissement font leur rapport et le vol est établi sur leur seul témoignage.

A rintérieur, ce sont généralement d'anciens inspecteurs en retraite qui font le service. ^ '

Les vols établis par ces derniers, la personne prise en flagrant délit est déierée au conseU d'administration convoqué instantanément par une sonnerie électrique, bien connue du personnel.

Le conseil statue sur son sort, après Favoir fait préalablement fouiller. Si elle ne conteste pas, reconnaît le délit.

judiciaire.

Dans cette visite domiciliaire, les marchandises neuves sont seules reprises.

Selon son rang, sa position, sa fortune^ la femme incriminée verse une somme qui est, dit-on, entièrement consacrée aux pauvres, somme variant de 5 Irancs à 10,000 firancs.

De quel droit, je vous le demande, de simples particuliers

'Macé. Un joli monde.

ti

se permeltent-ils d*iDfliger des amendes de cinq francs à dix mille francs * ?

Qui contrôle l'emploi de ces sommes ?

S'il y avait une ombre d'organisation sociale, les directeurs, qui se seraient permis, une seule fois, une pareille usurpation de fonctions, coucheraient au Dépôt le lendemain et les Camescasse et les Gragnon, qui ont toléré si longtemps un semblable état de choses, seraient envoyés au bagne.

Cela n'étonne personne.

Il faut regarder ceux auxquels on laisse s'arroger le droit de rendre la justice sans l'ombre d'un mandat. Le fils du fondateur d'un de ces établissements gigantesques a été arrêté dix fois pour des actes inavouables. Un autre justicier a, dit-on, plus gagné que perdu à un incendie fameux. Un troisième, après avoir tiré sur sa femme, a tenté de se suicider. Il est vrai que d'autres prétendent qu'il n'a pas tiré sur sa femme, qu'il n'a pas tenté de se suicider, qu'il n'est pas fou du tout et qu'il est séquestré au mépris de toutes les lois. Ce sont des drames de donjons bourgeois qu'on n'éclaircit jamais.

Voilà ceux qui mettent une malheureuse femme qu'on traîne pantelante, affolée, devant eux, entre l'obligation de

* Les situations identiques se répètent fatalement dans leur forme. Ce qui se passe nous aide à bien comprendre comment s'est opéré le démembrement du pouvoir central par la léodalitè. Chacun prend ce qu'il peut dans le droit de tous et crie contre le peuple qui réclame une bribe.

Les directeurs des grands magasins rendent la justice de leur autorité privée.

La maison Hachette rétablit la commission de colportage légalement supprimée, et investit ses employés de la mission de décider quels sont les livres qui peuvent circuler sans danger.

VAUiance israélile bat monnaie.

- On vient, nous apprend Vlnlransigeanl du 17 août 1887, de recevoir à Vienne les premières pièces de monnaie frappées à l'aris par les communautés juives établies en Palestine et garanties par VAUiance israélile universelle.

ft Ces pièces sont en bronze. Leur valeur est celle d'une piastre, d'une demi-piastre, d'un quart de piastre. Au dos sont gravés des caractères hébraïques. Sur la face un chiiïre avec cette inscription : A. 1. U. {Alliance israélile universelle).

LES MOlfOPOlEft 85

payer une somme déterminée on la erainte d*an procôs scandaleux dans lequel elle est condamnée d'avance I

Un de ces féodaux Toudrait tendre un piège à la plus honnête femme du monde que rien ne lui serait plus facile, n a son commissaire de police à lui, comme le seigneur avait son sénéchal on son bailli à lui ; il a ses agents à lui, comme le seigneur avait ses exempts et ses gardes. Une sainte ne pourrait se défendre en correctionnelle contre une organisation aussi complète.

Je crois que les directeurs de grands magasins ne vont pas jusque-là; ils se contentent de prendre Targent et de former des dossiers.

Us classent, nous dit M. Macé, par numéro d'ordre, les promesses signées, le résultat de la perquisition faite, les sommes successivement versées et la correspondjance échangée.

Si la voleuse appartient au monde de la galanterie, on y annexe sa photographie.

Une cabotine en renom tient la première place dans les archives particulières d'un des principaux bazars parisiens.

Tous ces dossiers, avec chemises indicatrices, sont pour ces messieurs une marchandise pouvant avoir un jour sa valeur... Ge sont leurs petits papiers... politiques.

Ces dossiers servent à obtenir des places, des faveurs, des décorations. Après un vol ou un prétendu vol commis par la femme d'un consul étranger tout un magasin fut décoré. Un employé au rayon des flanelles, au Louvre, a dû à une circonstance analogue de réaliser l'ambition de toute sa vie et de devenir sous-préfet.

Naturellement, c'est la femme du peuple qui se laisse aller à dérober un joujou que son petit regarde avec amour qui paye pour tout le monde. Gomine il faut un exemple de temps en temps, on la livre au bras séculier et le substitut requiert contre elle avec une indomptable énergie.

C'est par une usurpation analogue, je Tai déjà démontré^

86 LA PIN d'un monde

que les Hachette se sont arrogé le droit de censure sur les écrivains.

La question est fort simple et les Hachette n*ont pas plus le droit de juger les écrits que les Boucicaut et les Uériot n'ont le droit de juger les humains.

M. de Janzé, si compétent en tout ce qui touche ces matières et auquel je suis heureux d*adresser mes publics remerciements pour avoir défendu la liberté de récrivain, a admirablement résumé le débat *.

Au mois d*ayril 1852, les Hachette présentèrent aux compagnies une note dans laquelle ils annonçaient Tintention de publier sous le nom de Bibliothèque des cJiemins de fer une collection d'ouvrages littéraires, historiques, scientifiques et artistiques.

Le 20 décembre de la même année, les Hachette écrivent à M. de Maupas, ministre de la police générale, pour le prier d'autoriser le traité par lequel les compagnies leur concédaient le droit d'établir dans des gares les dépôts des livres qu'ils comptaient publier dans la Bibliothèque des chemins de fer. Il n'est pas dit un mot de monopole dans cette lettre. Il tombe sous le sens, en effet, que si je publie, par exemple, sous ce titre général : Bibliothèque des jeunes gens, une série de volumes, que je crois, à tort ou à raison, pouvoir convenir &UX jeunes gens, je puis entreprendre une publication intéressante et qui réussira si elle est bien faite, mais qu'il serait insensé à moi de prétendre que les jeunes gens ne pourront jamais lire d'autres ouvrages que ceux qui figureront dans ma publication.

C'est l'histoire du bossu de la rue Quincampoix qui avait réalisé une petite fortune au moment du système de Law en ofi'rant son dos aux spéculateurs désireux d'écrire un ordre ; il touchait sur sa bosse, mais il n'a jamais prétendu avoir un monopole et toucher sur toutes les bosses.

M. de Maupas répond que la loi sur la librairie ne liu

* Le monopole Hachettef par M. de Janzé, ancien député»

permet pas de donner Tautorisation réclamée, des dépôts de livres faits dans les gares pouvant être considérés comme des succursales de rétablissement de commerce des Hachette ; mais qu*il est tout disposé à autoriser ces libraires à faire vendre dans les gares, par voie de colportage, les livres qu'ils éditeront.

Les Hachette font donc vendre leurs livres dans les gares par des bibliothécaires munis d'une autorisation dé colportage, mais, à côté des Hachette, des colporteurs également munis d'autorisation continuent à vendre les journaux, les publications et les livres des autres éditeurs.

M. Couche, ingénieur en chef et plus tard inspecteur général des mines, dont le témoignage est significatif, a prouvé clair comme le jour qu'il n'y avait pas trace d'un monopole quelconque dûment consenti.

Les bibliothèques dont la librairie Hachette est propriétaire, dit M. Couche, n'ont aucune existsnce légale. Il est évident que l'installation dans les gares d'une industrie qui constitue, en fait, un monopole absolu ne saurait être autorisée qu'après examen par 1 autorité compétente, et au point de vue spécial des chemins de fer... M. Hachette se prévaut, pour justifier son monopole, d'un traité passé avec les Gomparies ; ce traité, aue je me suis fait communiquer, n'a jamais été soumis à l'approbation du ministre, quoique plusieurs de ses clauses réclament évidemment l'homologation. La bibliothèque des chemins de fer est le résultat d'un subterfuge habilej mais qui n'aurait pas dû réussir. Comment procède M. Hachette ? 11 part de l'existence des bibliothèques de chemin de fer comme d'un fait parfaitement légal et régulier ; il se garde bien de rien demander en son nom. 11 fait demander par certains candidats des permis de colportage délivrés en leurs noms. Le droit c'est un permis de colportage accordé à un titulaire dénommé, mais ce qui est accordé en fait, c'est le droit pour M. Hachette d'étabhr dans les gares, à l'exclusion de tous autres, une succursale de sa librairie. Un monopole s'explique et se justifie quand il est londé sur un grand intérêt public; mais comment le justifier quand c'est une concession faite à un intérêt personnel et cela tacitement, par voie détournée.

Dans la discussion qui eut lieu à la Chambre en 1883 à la

suite d^ane pétition signée par un grand nombre d'écrivains S Rajnal ne répondit que par des pantalonnades, c La maison Hachette serait donc obligée, à votre avis, demandat-il, de mettre des traités de géométrie dans les gares si les auteurs en témoignaient le désir ? »

Ce serait toujours plus propre que beaucoup de livres qu'elle y met, mais c'est là un pur argument de Juif. Le Juif, quand on le presse un peu, s'en tire toujours par une calembredaine, un à-peu-près, un coq-à-Fâne comme ceux auxquels on se livre, après minuit, dans les brasseries littéraires de dernier ordre.

— Mon verre n'est pas grand, mais... je bois dans le verre du maréchal Regnault de Saint-Jean-d'Angely.

Raynal fut, cependant, obligé d'avouer que le traité n'étant pas homologué ne pouvait lier le gouvernement et que le droit que s'arrogeait la maison Hachette mettait à néant les décisions de la Chambre, qui avait supprimé la commission de colportage.

« Le droit du ministre reste entier, ajouta- t-il, de supprimer l'autorisation à tous les colporteurs de livres et de journaux, mais après le retrait de cette autorisation, il n'y aurait plus de vente de journaux et de livres et le public payerait ainsi les frais de la guerre. »

C'était là un impudent mensonge, comme le fait très bien remarquer un de nos excellents confrères, M. Ferrier, dans le journal la Voie ferrée •.

Les compagnies ont un grand intérêt à ce que cette vente qui leur assure une redevance considérable, ne cesse pas, et

* Cette pétition était signée de MM. Henri Rochefort, lluysmans, Catulle Mandés, Emile Bergerat, Paul Alexis, Barriard, Champsaur, Ernest d'Hervilly, Jules Guérin, de Uèrédia, Léon llennique. Pierre de Lano, Maurice Montégut, Guy de Maupassant, Barbey d'Aurevilly, Léon Chapron, Jean Richepin, Emile Blavet, Léo Taxil, Cavallé, Descbaumes, Dubrujeaud, Gros-Claude, Paul Ilervieu, Ernest Lebtant, Rémi Lucien, Octave Mirbeau, Albert Samanos, Henri Becque.

■ Voie ferrée du S décembre 1886.

elles n^auraient même aucune indemnité à payer à la maison Hachette, à raison de la rupture obligée d'un traité mm homologué, qui contient cette disposition : < MM. Hachette et O^ sont chargés d'obtenir à leurs risques et périls les autorisations du gouvernement qui pourront être nécessaires. »

Il est donc incontestable que le jour où un ministre des Travaux publics retirera aux agents de la maison Hachette Tautorisation de vente et de colportage et prescrira aux préfets de ne pas accorder de nouvelles autorisations aux agents (Tune même maison y il n'y aura plus de monopole de librairie dans toutes les gares de France. Dès lors plus de censure possible, et le réseau de nos chemins de fer rentre dans le droit commun; la loi qui édicté la liberté de vente et de col-

Î)ortage de tous les écrits cesse d'être une lettre morte dans e domaine des chemins de fer, sans que le public ait à payer les frais de la guerre.

J'ai voulu avoir le cœur net de cette question et j'ai prié Albert de Mun de porter le cas à la tribune.

Gomme ce gentilhomme était ferré sur les codes ! Quelle facilité chez ces hommes qui prétendent détruire la Révolution et son œuvre à tenir compte de tous les arrêtés, de tous les règlements qu'ont accumulés, pour complaire aux compagnies, les représentants successifs de régimes plus ou moins révolutionnaires l Quelle funeste tendance chez un Français de vieille race à prendre au sérieux des Juifs comme Raynal ou Millaud, des nègres comme cet Hérédia qui n'était pas Français en 1873 et qui tirait la langue quand on lui confia un ministère.

L'entretien, cependant, avait bien commencé.

Quel accueil j'ai reçu ! Voilà de ces choses qui consolent I

— Je sais, mon cher député, combien vous êtes dévoué quand il s'agit...

— Le combat !... je ne connais que cela... C'est ce que je disais encore dernièrement dans une réunion de province : c Nous sommes la Légion fulminante, prenons le Labarum, et en ayant ! »

— Mon' cher ami, je suis excessivement modeste et je se-

rais désolé que vous sortiez le Labarum pour moi. Je viens simplement vous demander de me faire un petit office d'amitié en posant une question au ministre des Travaux publics actuel, à cet aJQTreuz Sémite de Millaud.

— Aïe I

— Vous savez que la France juive peut être contestée au point de vue de 'certaines théories, mais qu'elle ne contient pas une ligne susceptible de choquer la pudeur de personne. Je viens donc vous prier de demander de quel droit, puisque la Chambre a aboli la commission de colportage, on interdit dans les gares un livre qui n'a rien d*immoral, tandis qu'on y permet des livres absolument corrupteurs.

— C'est très grave î II faut consulter tous les textes, voir tous les règlements, examiner tous les arrêtés. Que dit Cunin- Gridaine là-dessus? Il a dû se préoccuper de cette question.

— Mon cher ami. laissons Gunin- Gridaine tranquille. Je vous prie uniquement de faire pour un compagnon d'armes, pour un écrivain qui vous a toujours appuyé, ce qu'un député de Textrême-gauche ferait sans hésiter pour le plus infime de ses électeurs.

— Le traité est-il homologué ? Ne Test-il pas ? Devait-il Têtre? Je m'y perds...

— Le traité n'est pas homologué par l'excellente raison qu'il n y a pas de traité. C'est le pendant des piquets Régimbault sur les champs de course. Régimbault a plante un piquet, puis deux, puis vingt, et il avait fini par gagner 300,000 francs par an en prétendant que tout le monde devait lui payer tribut. Les Hachette se sont créé un petit fief sans rien dire à personne, et ils l'ont agrandi peu à peu^ ils ont transformé ensuite un droit tout fiscal, fort sujet à caution, en un droit de censure qui n'appartient qu'à l'Etat. Ce droit, qui n'existe pas, existerait-il en réalité que vous pouvez parfaitement interroger sur l'usage qui en est fait, demander au ministre quelles sont exactement les limites de ce droit, fouailler un peu les Hachette qui mettent des Priapées à la portée des plus jeunes lecteurs et qui reiusent

LBS MONOPOLES 91

l'entrée des gares à on livre irréprochable sous le rapport de la moralité.

— Je verrai... nous verrons... Il faudra que les groupes délibèrent là-dessus...

Bref, mon ami au Labarum ne bougea mie et essaya de passer le paquet à un tribun moins en vue.

Celui-ci se déroba, lui . aussi, et me glissa dans la main avec une dextérité surprenante.

— Je suis désolé, véritablement désolé, mais vous comprenez, il y a deux ans seulement qutf je suis à la Chambre, et je ne puis pas parler sans Tautorisation de mes chefs.

— Pas possible ! Pitt était depuis huit jours au Parlement quand il prononça un discours qui remua l'Europe.

— Je ne suis pas Pitt.

— Je m'en aperçois...

Je dois dire, du reste, qu'il déplora longuement son impuissance et se répandit sur les malheurs de la situation. Je crus comprendre qu'il se plaignait que les membres de la droite fussent trop nombreux à la Chambre pour faire une opposition utile.

— Au train dont vous allez, lui dis-je, c*est un mal dont les électeurs se chargeront de vous guérir la prochaine fois.

J'écris ceci sans nulle animosité. Mon ami au Labarum est un homme sans Ûel ; il sait bien que je l'aime quand même et je suis sûr qu'il me le rend. Il est évident seulement que nous n'avons pas lous deux la même notion du droit. Il est le descendant de ces grands seigneurs qui, sous la Terreur, s'allongeaient sur la planche en disant poliment : « Suis-je bien comme cela, monsieur le bourreau ? » Je tiens de ces paysans bretons qui, lorsqu'on est venu démolir leur clocher, se mettaient derrière une haie et tiraient jusqu'à ce qu'on les tuât...

Ce sont les plébéiens qui triomphent toujours. Les Bretons n'ont déposé les armes que lorsqu'on leur a rendu leur église et leurs prêtres ; les soldats de la Commune eux-mêmes ont fini par avoir la République — il est vrai que cela ne leur a

92 LA FIN D'UIC monde

pas beaucoup profité, mais ceci est une autre question.

A défaut d'un succès plus considérable, je finirai, si je ne suis pas tué, par forcer les Hachette h ne pas violer la loi contre un Français pour faire plaisir à des Juifs allemands comme les Rothschild. J'aurai la satisfaction d'acheter un de mes volumes dans une gare...

Tai annoncé, dès le premier jour, ce résultat âi Fouret, un des directeurs de la maison Hachette, qui est vraiment très gentil et très affable et qui a été mon camarade à la pension Hiolle! Je lui ai écrit : « Mon cher ami, non seulement vous faites une canaillene vis-à-vis de moi, mais vous faites encore une bêtise puisqu'il viendra un moment où vous serez obligés de capitula malgré vos millions. U se trouvera un journal où un député probe qui renouvellera contre vous la campagne énergique qu'avait commencée M. de Janzé et l'on vous enlèvera un jour très justement un droit qui ne vous appartient pas et dont vous faites avouez-le, le plus déplorable usage. »

Ce qui est intéressant, en effet, là-dedans au point de vue de rétude des mœurs contemporaines, c'est la façon dont les Hachette usent du pouvoir arbitraire qu'ils se sont arrogé.

Rien n'éclaire mieux l'immoralité profonde que la Bourgeoisie cache sous des attitudes d'une irréprochable correction. Cette famille, très décente dans sa vie, élevée au premier rang par un travail honorable et qui, riche et puissante comme elle l'est, ne devrait plus avoir d'autre but que tenir sa place avec indépendance et fierté, a toutes les complaisances pour l'ordure et ne met son veto que sur l'idée.

Dans le Zohar un frère est l'amant de sa sœur après des descriptions sur lesquelles il vaut mieux ne pas insister.

Dans Germinal la Mouquette montre, sous les flamboiements du soleil couchant... ce que vous savez, ce qui est écrit en trois lettres dans le volume. Dans Pot-Bouillej cette œuvre sans nom et sans similaire dans aucune littérature, heureusement pour la dignité humaine, les personnages

caqaent, flaquent, rotent, accoachent, s'aeconplenl sur des tables de cuisine. Les Hachette disent: «Cela est fort bien! » Dans les Bois de la République, dans V Agiotage sous la 3"*« République de Chirac, dans Nos Chemins de fer de M. Pendrié, dans la France juive, on discnte des questions économiques et sociales, les Hachette disent ; « Cela ne se peut ! »

On pénètre en imagination dans cet intérienr patriarcal. La mère Hachette, la reine mère, ainsi que la nomment les familiers, a rencontré des jeunes filles rouges comme des coqs après une lecture erotique, des jeunes gens déjà mordus par tous les spermatozoaires, — et cette dame, — digne, personnellement, de tous les respects, dit aux siens : « La vente est bonne I » Le caissier vient annoncer que le tant pour cent sera considérable, que le dernier livre est pins monté de ton encore que les précédents, et Ton se réjouit en famille, tandis que les lecteurs juvéniles se tordent en proie à tous les aiguillons de la chair, brûlés de tous les feux de la luxure et croyant avoir à leurs trousses les 30,000 diables que saint Macaire aperçut un jour à la porte d'une seule maison d'Antioche...

En réalité, cette famille austère vit de Messire Luc (équivoquez sus), dirait Rabelais.

Assurément je ne voudrais pas dire de mal de Messire Luc. Pour employer l'expression de Duclerc, l'inventeur des Galions de Vigo, c'est un instrument nécessaire. Au chapitre xLi du Moyen de parvenir, Epaminondas, Evinquabre, Nostradamus, Hippocrate et Diogène Laertius en dissertent longuement et prétendent que c'est par honneur qu'on le lait toujours asseoir le premier. Nostradamus voudrait qu'on en parlât comme on parie du nez. « Si cela était, » dit-il, « on parlerait comme on s'assied et si l'on escrivait de mesme vraiment on verrait de belles orthographes de femmes. » Licofron et Metrodorus semblent partager cet avis.

Je ne veux point insister davantage sur le cas de Zola que

ses anciens disciples rangent parmi les coprologiques. Si onc ne se vit homme aussi sale, il y eut des coprologiques avant lui et Montaigne a connu un gentilhomme afQigé de ce vice, c Chez lui, nous dit-il, vous voyiez en rang un ordre de bassins de sept ou huit jours ; c*était son étude, ses discours ; tout autre propos lui puait. » G*était évidemment un ancêtre de Zola.

On aurait cependant compris que les Hachette, représentants de la dignité des lettres françaises, se fussent refusés à faire circuler ce fleuve de purin à travers le monde. Ils n*ont songé qu'au bénéfice que cela leur rapporterait.

Les directeurs de grandes compagnies, tous chamarrés d'ordres divers et hauts sur cravate, ont agi de même.

Après avoir parlé de Noblemaire dans la France juive, je reçus une lettre anonyme où je reconnus, à des griffonnages délicats,

Un sexe aimable et fait pour plaire.

On m'affirmait que je m'étais trompé sur Noblemaire et que c'était « un noble caractère ». Il ne l'a guère prouvé, en tout cas, en laissant pénétrer toutes les pornographies dans ses gares et en proscrivant uniquement les livres dans lesquels on discutait Rothschild ; il ferait mieux d'inspecter un peu sa voie et d'éviter de causer par sa négligence des catastrophes comme celle de Velars.

Je ne parle pas de Mantion, qui lui, il le reconnaît d'ailleurs lui-même, n'a d'énergie que contre les fdibles. Je laisse de côté Mathias, un Juif de Leipzig naturalisé sur le tard, mais voici par exemple M. Blount.

Je veux être courtois envers lui, c'est un étranger. Il fait du bren, mais je m'étonne qu'il ne comprenne pas que la première charité à faire, ce serait de laisser l'écrivain jouir de ses droits dans son pays. « La liberté, a-t-on dit, est le droit d'aller et de venir librement ; » or, je ne m'aviserai pas de vouloir empêcher les Anglais de circuler sur leur territoire cl je ne découvre pas bien pourquoi M. Blount, directeur des

lignes de TOuest, m*empêche de circuler sur des lignes qui sont autant à moi qu'à lui. Un livre, en effet, n*est qu*une des formes, une des manifestations, une prolongation de l'homme et du citoyen; dès que vous arrêtez mon livre, c'est moi que vous arrêtez. Votre Hampden, qui brava la prison pour son' droit, n'aurait pas supporté cela, monsieur Blount; moi je ne le supporte pas non plus...

M. Blount eût pu parfaitement empêcher cet acte d'arbitraire, dire aux Hachette : « Respectez-vous vous-même, ou vendez tout, comme vous y êtes obligé par la loi, ce qui dégage votre responsabilité et la nôtre, ou ne proscrivez pas les livres honnêtes au proût des œuvres immondes. »

M. Blount eût dû tenir ce langage ; il a des filles charmantes, dit-on, qui se sont bien mariées et pour lesquelles M. Blount dis a même composé un Chant nuptial, car il est bon musicien. Avant d'être mariées, elles ont pu voyager toujours sous la garde de correctes institutrices, comme il sied à des Mes de millionnaires, mais il existe beaucoup de jeunes filles françaises qui ne sont point filles de millionnaires et qui voyagent toutes seules. Quand celles-là cherchent un volume à lire en route, elles trouvent des imitations de de Sade ou des impressions d'un séjour à Lesbos, sur lequel les Hachette prélèvent un honnête courtage. M. Blount estime-t-il qu'une censure ainsi comprise honore beaucoup les industriels qui l'exercent et les directeurs qui l'approuvent au mépris de toutes les lois ?

Il me serait impossible, par respect pour mes lecteurs, d'analyser en détail les romans qu'on met ainsi à la disposition de tous : la Première maitresse de Catulle Mendès par exemple. L'ancien directeur du yoltaire, M. Hepp, n'est assurément point suspect de pudibonderie, puisqu'il est luimême l'auteur d'un roman : VEpuisé, qui fit rougir le Matin; il se refusa cependant énergiquement à continuer la publication de la Première maîtresse en feuilleton.

C'est une Justine juive que ce livre, une Justine vêtue d'un style tout d'or et de soie par un lettré toujours

98' LA P!N d'un monde

difûcile dans le choix de ses épithètes, une Jastine ornée A comme une Hérodiade et dansant la danse obscène dans

un rythme lent ponr ne pas choquer entre elles les pierreries qui la couvrent et rompre l'harmonie des lignes.

li s*agit d'un couple hanté par des idées d'indicibles raffinements dans la débauche.

Précisément, nous dit Tauteur, parce que leur boulimie de volupté ne s'élevait pas iusau^ux rêves énormes des grands débauchés, parce qu'ils demeuraient, elle et lui, si effrayants qu'ils fussent, dans la vulgarité du possible, il était inévitable que le désir leur vint de les réaliser, ces abjectes chimères réalisables. £t il leur vint 1

Arrêtons-nous ici. A la suite d'un inceste, l'héroïne étrangle sa sœur qui est devenue la maîtresse de son amant...

Quant à VEpuiséf lorsqu'il parut à son tour en volume, il trouva toutes les bibliothèques des gares ouvertes devant lui et les collégiens purent se régaler à leur aise d'un tableau d'une première nuit de noces qui arracha en son temps des c Oh 1 » et des « Sapristi! » aux boulevardiers les moins faciles à émouvoir.

Voilà les gracieuses imaginations que de très notables bourgeois du xix® siècle, qui, individuellement, sont de forts honnêtes gens, mettent à la disposition de tous; voilà les productions sur lesquelles ils touchent une commission. Sur ce point ils ne peuvent alléguer l'irresponsabilité puisqu'ils prétendent avoir le droit de choisir ce qu'ils vendent et ■ que ce droit, ils l'affirment en refusant de vendre mon livre.

Voilà les œuvres que M. Rlount, Catholique démonstratif et mêlé à toutes les entreprises de charité, laisse exposer dans les gares qui dépendent de lui ^ Je ue m'élonne plus

' • Il convient de dire à la louange de nos voisins qu'en Allema*

' gne, les directeurs de Compagnies de chemin de fer ont un autre

respect d'eux-mêmes et un autre souci de la moralité publique.

« Depuis quelques jours, dit le Matin du 20 août, la police

LES MOVOPOLSS 97

maiotenaot que Fouret, toutes les fois que je Tai reocoatré, m'ait dit que la Société était bien malade. ••

Les loifi n*existent pas pour ceux qui sont afiflliéfl an système des monopoles; e*est une organisation, encore une fois, dont tous les membres se tiennent comme dans l'orga-' nisation féodale. Les monopoleurs se délivrent entre eux des saufs-conduits, des lettres de passe, comme les seigneurs d'autrefois.

Vous arrivez pour monter dans un train, et vons faite^r une légère grimace, car vous n'avez d'autre alternative que de vous glisser entre une grosse dame énorme qui sue déjà et un monsieur toussaillant qui réclame, avant le départ, qu'on ferme tous les carreaux ; tous les coins sont pris, il faut vous résigner. • . •

Le petit Juivaillon allemand, qui est sur le quai, a vu la situation comme vous, mais il ne se presse pas comme vous ; il va trouver le chef de gare et il sort lentement de son portefeuille un petit papier... Le chef de gare lit et s'incline... Quel est donc ce petit papier? C'est la lettre d'égards : elle est ainsi conçue :

Monsieur le chef de gare est prié d^ avoir pour il. X.. tous Us égards qui sont compatibles avec la régularité du service.

Signé : « Le DiaBCTSua. »

Rapportez-vous-en au Juif, il saura tirer du petit papier tout ce qu'on en peut exprimer : au besoin, si le trajet est long et qu'il tienne à voyager commodément, il laisse comprendre qu'il est le fruit d'une faute et que, s'il voulait, il

procède, par ordre supérieur, à des perquisitions dans les gares de chemins de fer pour la recherche de brochures obscènes.

Les administrateurs de chemin de fer retirent la concession aux libraires chez lesquels on trouve des livres obscènes, quelque petit que soit le nombre des exemplaires. •

pourrait peut-être appeler Blount, Noblemaire on Mention du doux nom de père.

On ajoute un wagon naturellement, on met dessus la plaque réservé et le conducteur du train, qui voit de c^elle déférence le voyageur est entouré, vient à chaque station lui demander s'il n*a pas besoin de descendre...

Usurpation, monopole, tyrannie, concurrence déloyale, écoulement en quelque sorte obligatoire de marchandises de camelotte, en conséquence discrédit universel du commerce français, — tel est le bilan des grands magasins.

Malheureusement cette question, qui est des plus aiguës pour le Paris actuel, est difficile à résoudre dans les conditions présentes.

Jusqu'ici les réunions tenues à ce sujet n'ont pu aboutir à rien. Au mois de février dernier une discussion assez approfondie eut lieu à la salle Rivoli-Saint-Antoine et des patrons, MM. Hilaire, Cornu, Hugonnet, prirent, non sans talent la défense du petit commerce.

Un des orateurs donna quelques chiffres intéressants à l'appui de ses plaintes.

Il y a à Paris, dit-il, 20 maisons qui font 1 milliard d'affaires par an. Elles occupent 10,000 employés. Or, à laplace de ces 20 maisons, on pourrait en avoir 20,000 faisant chacune 50,000 francs par an (soit un bénéfice de 12 à 15,000 francs par an). Chaque famille comptant une moyenne de 6 personnes, cela ferait 120,000 personnes; chaque maison employant en moyenne 4 personnci, cela ferait 160,000 employés; soit, en tout, 280,000 personnes qui meurent de faim au proQt de 20 maisons. En bien ! il faut que tous ces meurt-de-faim aillent au Palais-Bourbon réclamer la revision des lois*.

* Le 15 juin dernier, M. Duplan, conseiller du quartier du Mail, déposait au Conseil général de la Seine un projet de vœux dunt voici les conclusions :

Le Conseil général considérant :

Que le devoir de l'Etat est de répartir équitablement et proportionnellement les charges publiques ;

Que la législation qui régit l'impôt des patentes est en con»

. - . .-.-iH^i

Jules Guesde, qui prit la parole ensuite, conclut par ces paroles peu consolantes :

Je dis que vous n'obtiendrez rien du monde bourgeois, qui considère votre disparition comme un fait acquis et mdispensable : rien ne pourra sauver votre petit commerce. Cependant nous vous appuierons dans la campagne que vous allez entreprendre, espérant que, bientôt désillusionnés, vous reviendrez au bataillon des expropriés dans Tarmée des prolétaires.

Les commerçants avec lesquels j*aî eu le plaisir de causer reprochent avec amertume à la presse le silence obstiné qu'elle garde à ce propos; ils ont tort en ceci qu'ils ne comprennent pas que tout se tient dans le régime jui5 et capitaliste qui est en plein triomphe.

Sans doute ce régime n'est pas une Société régulière ; il ne s'est point préoccupé, comme l'admirable Société du Moyen Age, d'assurer les droits et les intérêts de chacun, mais il a dû logiquement, à mesure qu'il se fondait, veiller à se préserver lui-même, empêcher que les opprimés ne puissent se défendre — et c'est à ceci que répond l'organisation de la presse dont j'ai parlé à maintes reprises dans ce chapitre des monopoles.

Prenons un exemple si vous le voulez : à d'autres époques, après l'extraordinaire succès de la Franoe juive, il se serait

tradiction flagrante avec cette obligation, par suite des transformations commerciales, industrielles et financières qui se sont produites depuis les dernières réformes de la loi du 15 juillet 1880;

Que, contrairement à ce qu^ont voulu les législateurs, il résulte aujourd'hui que certaines classes élevées de contribuables, et notamment les grands magasins de nouveautés, se trouvent favorisés aux dépens des petits commerçants ;

Émet le. vœu : que cette loi soit modifiée dans le plus bref délai possible et dans un sens plus équitable et plus en harmonie avec les principes démocratiques du gouvernement républicain.

Sauf le Parti national, qui est un journal assez indépendant pour certaines questions, je ne vois pas que la presse se soit occupée de cette proposition.

LA FIN d'un UONDI. 8

certainement trouvé sept à huit Chrétiens riches à, 2 ou 300,000 livres de rente pour me dire : « Won frère, vous avez envie dé combattre pour une cause qui nous est chère; nous mettons chacun 50,000 francs pour fonder le journal absolument indépendant que vous rêvez. Si vous réussissez, vous nous rendrez notre argent, si vous ne réussissez pas, nous n'en serons pas pins pauvres. >

Pas un Chrétien riche n'aurait aujourd'hui une idée pareille et il aimerait cent fois mieux risquer ses 50,000 francs dans une escroquerie juive quelconque, un emprunt de Honduras ou une mine de Bingham, que de les confier à son frère, qui peut-être arriverait à fonder une publication à succès comme le Figaro, le PeUlJoumal ou la Revue des Deux-Mondes,

Supposez, maintenant, que je fonde un journal dans des conditions ordinaires, sans capital, ayant de la peine au début à joindre les deux bouts. J'ai des collaborateurs, des amis qui naturellement vivent de leur travail. L'administrateur vient me voir à la fin du mois.

— Cela ne va pas mal. Nous faisons à peu près nos frais, ce qui est joli pour un commencement. Malheureusement la fin du mois sera difficile. Vous avez démontré que deux financiers juifs étaient des voleurs et offert de fournir la preuve de ce que vous avanciez, ainsi que la loi vous y autorise, mais le tribunal s'est hâté de refuser votre preuve et de vous condamner à des dommages-intérêts formidables. La rédaction coûte cher. La femme de notre spirituel chroniqueur X... vient d'accoucher et notre ami a demandé au caissier de s'associer à sa joie en l'aidant à payer la sage-femme et ;i subventionner la nourrice. Quant à Z..., vous savez avec quel admirable dévouement il soutient une famille innombrable ; il a chez lui son vieux père, sa mère, sa belle-mère, sept cn.ants et deux neveux, tout ce monde dépend de sa copie et évidemment il est bien forcé, lui aussi, de solliciter de temps en temps la forte avance.

— Alors vous êtes embarrassé ?

— Nullement. Les grands magasins préparent leur saison

d*été... Il y a, paraît-il, des affaires de bas exceptionnelles et un solde de robes couleur du soleil à des conditions incroyables. Us nous donnent chacun trois fois la page entière au prix maximum et les réclames de seconde page ; c'est une aubaine d'une vingtaine de mille francs.

— Bravo ! Rien n'est plus légitime que Tannonce! Après tout, ceux qui ne voudront pas de ces bas sont libres de ne pas les prendre. Je n'assume aucune responsabilité en annonçant qu'on vend des bas. . . .

— Sans doute, mais...

— Mais?...

— Mais les directeurs comptent bien qu'une fois des rela- * lions cordiales établies entre le journal et eux, relations qui ne peuvent que s'améliorer encore, vous renoncerez à attaquer les grands magasins.

Que ferait en pareil cas le petit commerçant qui, sur le seuil de sa boutique déserte, se désole de voir la foule accourir vers les grands magasins et se plaint que nul ne le défende ? Il ferait ce que ferait le directeur d'un journal, il songerait à tous ses camarades vieux et jeunes qui vivent du journal, eux et les leurs, et il céderait...

A l'heure actuelle, on peut le dire, le meilleur moyen pour parler librement, c'est de ne pas avoir d'organe...

Ce n'est pas là un achat de la conscience proprement dit, c'est le fonctionnement d'un régime. Le léodal, lé seigneur suzerain dit à ceux qui avoisinent son castel : c Voulez- vous rester en paix avec moi, je ne demande pas mieux, seulement ne vous mêlez pas de ce que je fais. »

Il en est de même des mensualités financières qui sont, à cette époque de crise. Tunique ressource de beaucoup de journaux relativement honnêtes.

Le journal juif, merveilleusement informé toujours, attaque, fait une campagne, comme on dit, multiplie ses : «Est-il vrai? A demain les détails ! » Et la Société financière capitule. Mais, en dehors de cettei presse, beaucoup de journaux reçoivent

/Sk-,' ^.^

102 LA FIN d'un HONDB

d*établissements financiers, comme le Crédit foncier, des mensualités régulières qui constatent simplement les bons rapports du journal et de l'établissement, qui constituent une sorte d*état de paix réciproque.

Pour certains journaux le chiffre de ces allocations est énorme : il atteint pour le Panama, par exemple, de 4 à 500)000 francs pour une seule feuille. Je pense que M. de Lesseps agira comme Louis XIV, quand les comptes de Versailles liii furent remis, et qu*il brûlera les comptes de sa publicité ; s'il ne le fait pas, ces comptes seront certainement pour rhistoire sociale un des documents les plus intéressants de l'avenir*.

A côté de sommes fabuleuses on trouve les mensualités les plus minimes.

Un de mes amis, chargé du service de la publksité dans une grande administration financière, me racontait sa conversation avec Alphonse MiJlaud, celui qui eut jadis quelques différents avec la Justice à propos du Petit Journal,

Alphonse Millaud se présente pour toucher : mon ami feuillette son registre et demande le nom.

— Inutile, dit Millaud, cherchez : Semaines religieuses syndiquées,

Millaud disait à une Semaine religieuse quelconque : « Vous n'avez pas de bulletin financier, c'est une lacune, chargez-moi de la remplir, je vous payerai une petite somme, cinquante francs par mois, si vous voulez. » On acceptait. Millaud allait trouver les compagnies financières et leur disait : « Je représente les Semaines religieuses dont voici les

* Philippart, dit-on, a payé jadis cent mille francs pour Tinsertion dans les Débats d'une lettre d'une centaine de hgnes.

Nous avons vu pour la loterie des Arts décoratifs, une loterie de 14 millions sur lesquels 12 millions de billets avaient été placés, produire pour résultat défînitif et total cinq millions huit cent mille francs, sans qu'on ait jamais donné aucune justification de remploi des autres millions.

Dans TafTaire Erlanger, un des frères Berthier avoua au juge d'instruction avoir versé six millions & la presse pour l'empêcher de parler.

noms : c'eit ane excellente publicité parce que les curés sont naïfs. Donnez-moi tant par mois pour Tensemble et non seulement on ne vous attaquera jamais là, mai» je mettrai un mot favorable pour vous de temps en temps, en expliquant que vous confier de l'argent, c*est faire un placement de tout repos. »

Ce n*est rien, sans doute, mais n'est-ce pas encore là une manifestation curieuse de cette race étonnante 7

Je n'entre pas dans de plus longs détails; je me suis efforcé simplement de faire comprendre comment ce régime meurtrier qui fait tant de victimes, qui sème tant de désastres, qui soulève tant de haines, se défend par son principe même qui est la corruption, par le choix offert aux gens entre le sacrifice du pain quotidien et le silence.

Il serait injuste, d'ailleurs, tout en montrant le côté funeste du système, de ne pas reconnaître que l'élan spontané d'un être né foncièrement bon vient parfois rétablir un peu l'équilibre.

Les journaux socialistes n'ont pas été tendres pour M"^® Boucicaut et je ne puis m' associer à leurs dures paroles.

Le côté qui me frappe là-dedans, c'est l'anarchie profonde de cette Société où nulle organisation sérieuse ne fonctionne plus, ou nulle autorité sociale n'apparaît. Rien ne garantit la maison d'ordre secondaire que le gros capital jette par terre. Gomme un fleuve détourné de son cours, l'argent, qui aurait rétribué équitablement l'activité d'innombrables petits patrons, vient se verser sur un point unique; il arrive aux mains d'une personnalité tout à fait inférieure et c'est cette illettrée qui se trouve investie de la redoutable fonction de répartir la richesse.

Le testament d'une si magnifique générosité de U^^ Boncicaut semble une légende des temps barbares transportée dans le Paris de la rue du Bac. On dirait la fin de Thistoire d'une bergère qui aurait épousé un chef quelconque, grand ravageur des terres d'autrui et grand exterminateur de petits.

M<"° Boucîcaut n'était point bergère, mais blanchissense, lorsqu'elle épousa Boucicaut auquel elle apportait du linge chaque semaine, et, toute sa vie, elle resta confuse et comme efîaroochée de cette prodigieuse fortune qui vint à elle sans qu'elle la désirât. Les Premières, qni formaient le sérail du mari, s'amusaient bien à jouer quelques tours à la vieille dame; on n'i;;norait pas qu'elle savait à peine lire et on lui tendait le journal à l'envers, mais, au fond, chacun l'aimait parce qu'elle était bonne et la bonté lit presque grande cci le simple d'esprit. Quand elle se sentit près de partir pour le grand voyage, elle manda des hommes d'afl'aires pour compter tous ces millions qu'elle n'aurait pu compter elle-même et elle donna tout, très sensément, très pratiquement, sans viser à l'ostentation comme les Rothschild, qui tirent le canon lorsqu'ils envoyent la moindre obole aux journaux.

Peu s'en fallut, il est vrai, que la presse juive ne parvint à ridiculiser celte femme honnête et modeste. Ce misérable Meyer, que la plus élémentaire pudeur devrait obliger à ne plus se mettre en avant, osa parler au nom de la Presse et demander une statue 1

Deux personnes seules eurent le triste courage de faire campagne publiquement avec le directeur du Gaulois,

Mézières, de l'Académie française, s'il vous plaît, qu'on aurait cru incapable de se compromettre avec Meyer, repondit le premier à l'appel.

Après lui accourut Simon dit Lockroy, ce qui étonna moins, Simon-Meyer, Meyer-Lockroy, c'est le même type; c'est le même camelot juif toujours pressé de déballer dès qu'il se présente un emplacement vide où l'on puisse poser un tréteau; l'un opère dans le Conservatisme, l'autre dans la Révolution : tous deux se valent...

La Presse qui, d'ordinaire, obéit au doigt et à l'œil dès que le Gaulois propose de lancer quelque entreprise de puffisme, eut, cette fois, assez de tact pour envoyer promener les Meyer et les Simon.

LES MONOPOLES lOu

Imaginez-vous quelque chose de plus ridicule qu'une sta- ^r

tue à M°^« Boucîcaut, un monument de faste et d'apparat à ;^ cette femme dont le grand mérite fut d'être humble et aussi

de sentir vaguement, avec son cœur d'ouvrière, d'habitante -

du quartier, l'excessif de cette fortune échafaudée sur la ruine . .(•

de tant de petits commerçants du voisinage. •• -/^

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