LA GAUCHE • OPPORTUNISTES ET RADICAUX
Monotonie forcée do ce chapitre. — Toas coquins. — Les Trop connus — Le Radical est plus criard que l'Opportuniste. — Clemenceau ou le Monsieur au rastaquouëre. — Le terrible Chocquafii. — Finisseurs d'heures de voiture et finisseurs de couriisanes. — Un duc en cire, — A l'Opéra. — Clemenceau et la Droite. — Un ami des Jacobins. — Plus fort que Wilsoo. — Clemenceau et Cornélius Herz. — Le Curriculum vitœ de Cornélius Il rz. — Une belle vie d'aventurier moderne. — Hers au ministère de la Guerre. — Un service commandé. — Le silence de la Presse républicaine. — Les privilèges d*un grand ofticior de la Légion d'honneur. — Un bailleur de fonils comme on n'en voil plus. — Le langage d'un homme libre. — Autre type de Radical: le vertueux Kloqiiet. — La Société foncière de Tunisie et Mustapha bnn Isuiaïl. — 300,000 francs de diamants snus les aisselles. — Le côié farce de toutes ces choses. — Floquet trompe Freycinet. — Fleurons ou le ministre indispensable. — Ce que dirait Juguriha à Paris. — Un cri du cœur de Thors.
Pour nous autres sociologues et psychologues, il n'y a pas grande moisson d'observations à faire dans ce chapitre. y Avec ses divisions apparentes, la gauche est au fond peu variée, elle forme un magma putride, une large mare fétide où pousse toute la tlore pestilentielle spéciale au Palais-Bourbon : la Corruption, le Vol, la Prévarication, la Trahison. Hérédia a ses Sociétés véreuses comme la République^ dont Rochefort a raconté l'histoire ; Rouvier a les siennes, comme la Compagnie auxiliaire des chemins de fer. Barbe a les Forges de hiver dan, Cazot est représenté au Sénat par la Compagnie
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d'Alais au BhônCf Donnot par sa banqueroute. On remplirait dix pages de cette énumération, et cela n'avancerait pas è grand'chose.
Personne, en effet, ne conteste que les hommes d*Etat républicains ne soient, pour la plupart, d*abominables drôles et de fieffés coquins. Le Peuple appelle ces misérables qui ont manqué à toutes leurs promesses, abusé cyniquement de la crédulité des électeurs : les Trop connuSy et il chante avec % Jules Jouy :
Quand, furieux, le Populaire Bondit, grondant sur les hauteurs, Pour escamoter sa colère, Surgit le troupeau des rhéteurs.
A ces fomeux que Ton renomme, Le peuple, aujourd'hui, ne croit plus ; Dans son ironie, il les nomme :
Les Trop connus i
Gomme un corbeau sur un cadavre, Révolte ! ils touillent dans ton ffanc ; ' En Septembre, ils sont Jules Favre ; En Juin, Albert ou Louis Blanc.
Lorsque les pauvres sans-culottes Pour eux tombent, sanglants et nus Us planent, dans leurs redingotes.
Les Trop connus I
Tous se valent, c Le Glémencisme, dit Rochefort, n*est autre chose que le Floquettisme, lequel est tout bonnement le Ferry sme. »
U faut regarder de très près pour relever quelques différences extérieures entre Radicaux et Opportunistes.
Les Radicaux sont plus criards que les Opportunistes. Il y a en eux beaucoup des allures des souteneurs qui encombrent la voie publique, chantant à pleine voix, insultant les passants inoffensifs. Remplacez les Ûlles en cheveux de la rue par des filles de théâtres subventionnés, et l'identité sera complète.
L'Opportuniste, amolli parles quelques années de bien-être
quMl a connaes sous le gouvernement occulte de Gambetta, n^ose plus lutter avec les Houquins de Montmartre et autres lieux, au verbe sonore, à l'épithète grasse, il rase le trottoir pour éviter les colloques. Que dirait-il d'ailleurs? Le Radical austère d'aujourd'hui a servi la plupart du temps de trottin à rOpportuniste, alors que celui-ci était déjà en belle posture ; il a été le camarade mal vêtu devant lequel on causait librement, devant lequel, même, on n*étaitpasfàché de faire son petit Morny.
Le Radical, souvent, s'était compromis dans la Commune, il revenait de Texil sans le sou, un peu désorienté sur le pavé de Paris. L' Opportuniste, généreux et bon, se chargeait de réintroduire ce déclassé dans la vie normale; c'est lui qu'on envoyait comme secrétaire aux commissions compromettantes, qu'on chargeait de porter les lettres, de toucher l'argent ; c'est lui qu'on expédiait aux journaux de province ; aussi il sait tout. L'Opportuniste chagrin essaie parfois de s'épancher dans le sein du Conservateur, mais le Conservateur a encore plus peur du vacarme que l'Opportuniste et personne n'osait souffler, lorsque, avant l'intervention de Boulanger qui fit taire un peu tous ces becs, Clemenceau, escorté de ses acolytes, se panadait sur la chaussée avec des airs qui disaient : « Où est-il celui qui veut que je le crève ? »
Il est bien fini, bien vidé, ce Clemenceau, et, cependant, je crois qu'il faut le peindre tout de même. U m'a intéressé parce qu'il était le commandité, l'homme lige de Cornélius Herz, et c'est ainsi que j'ai été amené à prendre quelques notes sur lui pour un croquis. Des socialistes, que j'ai rencontrés au Palais de Justice, m'ont tourmenté aussi à ce sujet; ils m'ont dit : « Vous avez troussé un Gambetta tout à fait réussi, i'aites-nous donc un Clemenceau 1 »
Ce qu'il y a de curieux, en effet, c'est qu'à une époque comme la nôtre, où l'outrage n'épargne même pas la cornette de la Sœur de Charité ou les cheveux blancs d'un vieux prêtre, le député de Montmartre ait pu s'arranger, grâce à ses atti-
tudes de matamore, pour attaquer tout le monde et n*étre insulté à iond par personne.
La vie sociale est pleine d'incroyables anomalies. A quoi tient parfois la réputation d'une femme dans le monde? A un rien. Certaines femmes, comme la Dame au rastaquouére dont je parlais dans la France juive, ont eu à maintes reprises les aventures les plus bruyantes ; elles s'aflichent avec leurs amants jeunes; elles doivent leur luxe, chacun le sait, à leurs amants vieux; elles peuvent tout faire... elles n*en seront diminuées en rien dans leur situation mondaine ; on les trouverait au lit avec un galant que personne ne s*en scandaliserait. D'autres, au contraire, ont payé de leur considération une amourette sans conséquence, un flirt parfois très innocent...
A quoi cela tient-il ? Questionnez à ce sujet les plus merveilleux psychologues qui soient, ces femmes intelligentes et unes, déjà revenues de toutes les illusions, qui savent tout, qui jugent le spectacle qui se passe sous leurs yeux avec une verve qui n'est pas encore aigrie ; elles vous répondront : « Ces choses-là ne s'expliquent pas. M"« de X... vit comme une fille; c'est à peine si elle a 10,000 livres de rente, elle en dépense 100,000 et elle n'a pas un sou de dettes; elle est désagréable au possible et elle est admirablement reçue partout, elle entre partout la télé haute. M™<> de Z... est une adorable petite femme; on dit qu'elle a chanté un duettino d'amour avec son cousin, l'officier de chasseurs, mais l'anecdote n'a jamais été tirée au clair et tout le monde chuchote quand elle arrive : elle le sait, elle en souffre — et voilà la vie. »
C'est un peu l'histoire de M. Clemenceau. U a succédé, au su de tout le monde, dans l'alcôve d'une cocotte célèbre, à une Altesse académicienne ; il passe sa vie dans les coulisses de l'Opéra ; il a mangé sa légitime et même écorné le bien d'un vieux père qui habite à Sainte-Hermine — comme il convient au père d'un républicain aussi immaculé que le chef de l'extrême-gauche. il en est aux expédients et sa cavalerie, puisque c'est ain^i qu'on appelle les billets difficiles à escomp-
ter, commence à courir. Il a par surcroît, le plus coûteux des vices : un journal qu*on s*obstine à ne pas lire et dans ce journal les Cornélius Herz et autres financiers ont versé des sommes énormes. Personne, cependant, n*a écrit un mot sur Clemenceau à propos des scandales derniers.
Dans Timmense clameur qui s'est élevée autour des faiseurs depuis quelque temps, le nom de Clemenceau, s'il a été prononcé par tout le monde, n'a été imprimé par personne.
Ce n'est pas à force d'hypocrisie que Clemenceau est arrivé à ce résultat.
Ce n'est pas un hypocrite à proprement parler. Il est fier d'avoir bu dans le même verre qu'une Altesse; il étale sa liaison avec cette vieille hétaïre qui servait de hors d'œuvre à la Montille avant l'entrée de Pranzini. Dans une maison du Bois de Boulogne, où la France juive , parait-il, compte une chaude admiratrice, Clemenceau a son fauteuil : le fauteuil de monsieur le duc; il a son sobriquet : monsieur le duc; et il se prête, avec une sorte de fatuité prud'hommesque, à cette plaisanterie peu démocratique.
Encore une fois, Clemenceau ne rend même pas à la Vertu rhommage de Thypocrisie. L'été dernier, ce représentant de l'austérité républicaine, ce mari d'une femme sans reproches, paradait dans une loge, à l'Hippodrome, avec Erlanger, les Berthier et des filles et il osait se montrer publiquement en compagnie de ce banquier allemand acquitté, grâce à lui autant probablement qu'avec l'aide de Dauphin, mais flétri quand même et tout chargé des malédictions de milliers de Français réduits au désespoir et à la ruine.
Ce n'est pas davantage un bon vivant, un méridional exubérant et se moquant du qu* en-dira-t-on comme Gambetta qui, sans s'être permis la dixième partie des tripotages de Gémenceau, quoi qu'il ne lût pas novice en ce métier, eut toute la Presse à ses chausses.
Ce serait un cynique plutôt, mais un cynique de l'espèce grave, un cynique à froid. Dans C3 faux Vendéen insultant toutes les croyances de son pays, il reste, comme chez Grévy,
S68 lA FIN d'uh mokdk
an côté pajsan, un côté madré, retors. Chez Grévy la rose était pateline et sournoise ; la foorberie chez Qémencean a les allures brutales, des gestes de casseur d'assiettes.
Cest par là qu'il a terrifié tous ses collègues à la Cliambre. n leur apparut comme Chocquard lui-même. Vous savez, Chocquard, le légendaire garde du corps, la terreur des estaminets et Tadmiration des dames de comptoir. « Jeune homme, prenez garde, tous avez failli me marcher sur le pied. — Je vous jure que je n'avais pas cette intention. — Très hîen, j'accepte vos excuses, mais ne recommencez plus. » Et la dame du comptoir frissonnait subjuguée.
Paysan notre gaiUard est resté, mais il est surtout provincial, malgré ses allures viveuses, comme tous les gens de son groupe. Il y a du Pourceaugnac chez tous ces avocats et ces carabins radicaux déserteurs de quelque honnête lit qui mangent le bien conjugal à courir après toutes les gueuses connues.
A la Liberté, du temps de Girardin, nous avions des amis qui étaient finisseurs d'heures de voitures.
Girardin, fort serré pour le traitement de ses rédacteurs, n'était prodigue que pour les voitures. La voiture était pour loi le symbole de l'activité dans le travail. « Prenez des Toitures ! » nous répétait-il sans cesse.
Nous prenions des voitures pour aller chercher un cigare et, sur le numéro du cocher, on nous remboursait le lendemain.
Les républicains ont toujours été ingénieux ; des camarades qui venaient du quartier latin pour savoir, dans les bureaux d'un journal bien informé, où en était l'Empire nous dirent : a C'est insensé ! Vous n'avez qu'une demi-heure et vous payez une heure. Laissez-nous Qnir l'heure pour retourner au quartier latin. » D'autres tirent de même et rindustrie des finisseurs d* heure de voiture fui créée...
Les Radicaux, eux, sont fmisseurs de courtisanes.
Celle à laquelle la protection de Clemenceau épargna Tennui
de venir témoigner en cour d^assises, au moment du procès Pranzini eut vraiment son heure de radieuse beauté. Elle avait, vers 1867, Téclat nacré, la blancheur transparente de la perle, elle éveillait moins le désir qu'une joie de lumière, une réverbération de clarté diaphane qui égayait le regard. « C'est une statue de bergère-déesse de Coysevox,» a dit d'elle Banville; c'était plutôt une statuette de Pradier, mais avec je ne sais quoi d'indépendant et de sauvage dans la grâce.
Pour l'instant, la fête des yeux est un peu passée et, pour finir celte voiture, il ne faudrait pas avoir besoin d'aller plus loin qu'aux Invalides. ..
Qu'importe ! Elle possède pour un gentleman provincial, comme est, au fond, Tami de Cornélius Herz, le grand charme de la femme qui a été en vedette, l'indéflnissable et bas attrait de la Sapho de Daudet. Si Manon Delorme, qui mourut centenaire, avait pu se prolonger jusqu'à nous, c'est elle que notre homme aurait aimée. Maîtresse d'Altesse I songez donc !
La belle, dit la Chronique, avait compris la force de ce sentiment et fait fabriquer un duc en cire d'une ressemblance telle qu'il aurait pu figurer au musée Grévin. Le chef des Radicaux, lorsqu'il entrait, apercevait le duc penché sur la carte de l'état-major, il s'en allait sur la pointe du pied et sa passion s'en trouvait accrue...
Par ce point ils se ressemblent tous. Jadis, à peine au sortir de la diligence, le provincial courait au Palais-Royal voir le café des Aveugles et l'Homme à la Poupée. Tous ces fiers tribuns courent maintenant au « Grand-Opéra » et se font ouvrir les coulisses pour y voir des actrices. Et les dialogues qu'on entend là ! La scène de M"® X... et de Tirard est restée épique.
— Mon cher, disait la dame, vous me couvrez de ridicule. Pourquoi ne vous habillez-vous pas comme M. Antonin ?
Accablé de remords, Tirard faisait les ronds avec sa canne sur le plancher...
— Voyons, ne m*agacez pas ; laissez votre canne ! Si vous continuez à venir ici avec un pantalon comme celui-là, je suis une femme déshonorée...
Les lettrés et les peintres de mœurs ne cherchent plus que dans un passé déjà vague TOpéra brillant et spirituel d'autrefois, le foyer de la danse de Balzac, le temps des Goralie et des Florine, le temps où le duc d'Hérouville envoyait à Antonia, pour le jour de TAn, un cornet de dragées d*épicier dans lequel se trouvait une inscription de 30,000 livres de rente. Pour les Radicaux seuls, ce mauvais lieu solennel et triste, qui ressemble à un sérail en déconfiture, est resté toujours « le séjour des Grâces ». Ils y courent et, chose bizarre, ils trouvent encore des grands seigneurs pour s*y promener en leur compagnie. Le prince d'Hennin, vous raconteront tous les habitués de TOpéra, ne rougit pas de se montrer avec Clemenceau...
Sans doute on est libre de n'avoir aucune croyance, mais le prince d'Hennin n'est pas sans compter parmi les siens quelque religieux qu'on a chassé, quelque prêtre qu'on veut proscrire. N'est-ce point honteux, dans de pareilles conditions, de vivre de pair à compagnon avec ce démagogue vicieux qui n'a point, comme les révolutionnaires plébéiens, l'excuse d'un amour sincère du peuple, avec ce persécuteur des pauvres et cet ami des financiers, qui garde à propos des Rothschild le plus respectueux des silences et qui ne se lasse pas de réclamer qu'on enlève leur pain aux malheureui vicaires à 900 francs I
Avec plus ou moins de tenue, d'ailleurs, selon leur caractère, tous les députés de la droite vivent sur ce pied d'abandon et d'amitié avec le commandité de Cornélius Herz. Non seulement ils sont à rot et à pot avec lui, mais ils sont très honorés de cette familiarité. Les couloirs de la Chambre sont le triomphe de CJiocquard; il fait belle jambe, il déploie des élégances de clown, il roule des yeux blancs, il hérisse sa moustache de guerrier japonais, puis il s'humanise ; il
a êpouvanlé, médusé, sidéré tous ces gens à rimagination desquels il apparaît comme un personnage terrible auquel il ne ferait pas bon de se frotter, t Vous savez qu'au pistolet il tire à un et qu'il trace un anneau parfait dans une pièce de 20 centimes qu'on lance en Tair. » Ainsi parlent, à voix basse, les anciens aux nouveaux et les nouveaux regardent Chocquard avec admiration...
Je me rappelle une conversation que j'eus avec un député de la droite à ce propos.
Dans la discussion de l'affaire Watrin, Clemenceau, debout dans Thémicycle, eut Timpudence d'interrompre l'orateur par une parole malsonnante.
— Comment se fait-il, demandai-je à mon député, qu'un de vous n'ait pas remis cet homme à sa place? Il vous était si facile de lui appliquer un va-et-vient sur les deux joues et de lui répondre : c Monsieur, quand un homme, portant l'écharpe de maire, a été assez lâche pour laisser assassiner deux généraux qu'une simple intervention aurait suffi à sauver, il devrait au moins avoir la pudeur de rester à son banc et de se taire quand il s'agit d'un événement analogue. »
— J'avoue, me répondit mon interlocuteur, que l'apostrophe était tentante et j'y ai pensé, mais cela aurait contrarié nos amis...
On n'a pas l'idée, en effet, des égards que prodigue la droite à un homme qui passe sa vie à insulter tout ce qui nous est cher.
Quel jour jette sur nos mœurs parlementaires cette vision d'un coin de la salle des Pas-Perdus, au moment de la crise présidentielle, crayonné à la hâte par le Petit Journal, que personne n'a démenti * !
M. Clemenceau a eu avec M. le duc de la Rochefoucauld- Bisaccia, président des droites, un entretien court, mais fort animé, qui s'est terminé par ces mots du chei de l'extrêmegauche :
* Petit Journal du 8 décembre 1887.
S72 LA FIN d'un monde
— La République deviendra si belle que tous renierez Tamour de la monarcbie.
— Eh bien ! nous verrons, a répondu, en souriant, le duc de la Rocht'foucauld en serrant cordialement la main de M. Clemenceau.
Le plus élémentaire respect de soi-même commandait au duc de la tiochefoucauld-Bisaccia, maintenant duc de Doudeauville, de répondre à Clemenceau : c Monsieur, je ne suis pas fait pour vous servir de plastron ; allez bouflonner avec vos drôlesses. Je n'ai pas le cœur à la joie, je suis patriote et fort attristé de voir toute votre boue républicaine salir ainsi mon pays. Je comprends parfaitement, il est vrai, qu'il n*en soit pas de même de vous puisqu'on 1871 vous trouviez que ce n'était pas assez d'avoir perdu l'Alsace-Lorraine et que vous vouliez encore donner la Corse à lltalie ^. »
Franchement est-il possible de se moquer davantage des naïfs qui, pour envoyer à la Chambre des hommes qui leur
* On lit dans le Journal officiel du 8 mars 1871 fpape 1", colonnes 4 et 5) : > M. le députe Clemenceau présente et appuie une pétition du club républicain posiliviste de l'aris demandant que la France restitue ta Corse à l'Italie. •
Ce vœu était peut-être un peu prématuré, mais il est en train de se réaliser et le traité conclu entre l'Allema^^ne et l'Italie donne, je crois, satisfaction sur ce point au cliel de Textrêmegauclie.
C'est dans la séance du 4 mars que Clemenceau présenta cette belle motion. Ce fut le début de notre homme dans la carrière parlementaire, il ne dépassait guère à ce moment la trentaine et je m'explique qu'on ait tant crie sous Ttimpire : c Place aux Jeunes t »
On ne se figure guère lord Chatam ou le comte de Bismarck monUnt pour la première lois à la tribune pour demander la restitution & la France du Canada ou de Ma}ence, mais nous avons toajours la chance d'avoir des hommes politiques qui ne ressemblent pas à ceux des autres nations.
Vous voyez d'ici, après un desastre, autour de la table verte d'un congrès, un de ces diplomates italiens à tète rusée et cauteleuse comme celle de Nigra : « Ze souis heureux de vous dire que les vœux de notre chère France sont d'accord avec ceux de rltalie ; tout le monde en France reconnaît que la Corse n'est point française et il y a dix-huit ans déjà qu'oun illoustre homme d'Etat, le signor Clemenceau, députe de l'aris, a déclare que la Corse « faisait géographiquement partie de l'Italie ».
promettent de défendre leur foi, s'exposent à tant d'avanies, à tant d'iriustices, à tant de persécutions de la part des autorités républicaines ?
Que des écrivains d'opinions très différentes devisent librement entre eux, dans le laisser-aller de la vie littéraire, cela est tout naturel. Mais, quand on s'appelle le duc de Larochefoucauld, qu'on est le président des droites, le représentant d'un principe, on a un peu de tenue, on ne se galvaude pas comme cela, on ne se laisse pas frapper sur le ventre par l'homme qui fut complice par poltronnerie de l'assassinat de Lecomte et de Clément Thomas.
Un sergent, la tunique flottante et les boutons défaits, s'attablera à la cantine et y plaisantera avec tout le monde. Cousez sur sa manche, comme sur l'uniforme du vieil Hornus les galons d'officier et faites-en un porte-drapeau, il redeviendra sérieux et ne se prêtera plus à certaines familiarités.
On ne peut exiger des chefs de la droite d'avoir Tàme généreuse d'un Montrose, le chef magnanime des Cavaliers qui fut décapité pour sa foi, de ce Montrose, c le plus noble de tous les Cavaliers, homme accompli, de cœur vaillant, splendide, ce qu'on peut appeler le Cavalier-Héros ». On peut leur demander, tout au moins, de se tenir les mains propres et de regarder à qui ils les tendent...
Encore M. de la Rochefoucauld-Doudeauville a-t-il eu au moins la dignité, au moment de l'élection d'un président à la place de Floquet, d'empêcher un député de la droite Âe voter pour Clemenceau.
Le Matin a raconté ce fait, qui est bien caractéristique encore* :
M. de la Rochette s'était, avant le scrutin, séparé de ses amis les royalistes et avait lait une chaude campagne en laveur du leader de l'extrême-gauche.
Jusqu'au moment où il allait déposer son vote dans l'urne,
« Matin du 5 avril 1888.
de la place Beauvau, dans laquelle Tinsaisissable Walder commit plus tard un crime qui reste encore entouré du plus impénétrable mystère. La principale fonction de Uerz était de laver le chien et de rincer les bocaux. Par la protection du D' Legrand du Saulle, Herz obtint d'entrer comme interne en pharmacie dans un établissement d'aliénés des environs de Lyon, mais il fut congédié pour son incapacité. Au moment de la guerre, Herz se mit dans les ambulances et, grâce au désarroi général, il est possible qu'il soit devenu aide-major et qu'il ait coupé quelques jambes. En tout cas, il ne fut pas question pour lui alors de la moindre décoration.
La paix faite, Cornélius Herz jugea que la décadence de la France n était pas encore assez complète pour qu*il p&t s*y produire avec avantage. U partit pour TAmérique et s'établit à San-Francisco. U loua là 20 dollars par mois le droit de se servir du bureau d'un docteur pendant une heure par jour.
11 se remuait, d'ailleurs, avec une énergie qui déjà aurait pu faire présager ses hautes destinées. Un Chinois avait mis San- Francisco sens dessus dessous en assassinant un petit enfant. Uerz alla trouver un docteur nommé Slout qui avait un journal de médecine; il lui ût rédiger sur le cas du Chinois une consultation qu'il publia sous son nom de Herz, et, pendant quelque temps, on ne parla que de Cornélius Uerz et du Chinois.
La fortune, cependant, tardait à venir, quoique un mouvement lièvreux se manifestât devant lamaison de notrehomme. On n'apercevait que voitures de maître, chevaux piaffant, cochers s'injurianl pour arriver plus vite... Malheureusement les habitants de San-Francisco en ont déjà vu de toutes les couleurs et Ton sut bientôt que c'était Herz qui louait toutes ces voitures peur venir parader dans la rue qu'il habitait.
A cette époque, une loi de l'État de Californie ayant interdit l'exercice de la médecine sans diplôme, le California ruws lelter pubUa simultanément dans une colonne le nom
des quachs (sans diplôme, traduction littérale : charlatans sans scriipules} et dans l'autre colonne les noms des diplômés. En tèle des quaclis figurait M. Cornélius Elerz, qui disparut pendant quelques semaines et revint avec un diplôme du Rush collège de Chicago. Alors le CalifoiTiia news letter le ût passer dans la liste des diplômés, mais avec la date de son diplôme.
Malgré des prodiges de puffisme, la médecine ne réussit pas àHerz; il dirigea alors, pendant quelque temps, le théâtre qui s'appelle le BaldwlrCs théâtre.
Dès que Cornélius Herz en eut pris la direction, le théâtre fut plein tous les soirs. Mais, hélas 1 cette fois encore la prospérité était factice. Herz, dans un séjour de deux années seulement, avait réussi à faire à San-Francisco 2 millions de dettes et les loges étaient uniquement remplies de créanciers auxquels le directeur donnait des places pour les apaiser un peu.
Notre Juif comprit qu'il était inutile de s^obstiner davantage, et il quitta San-Francisco.
Je dois dire, néanmoins, qu*on fit quelques efforts pour retenir Tingrat. Des habitants du pays, qu'on a cru longtemps être des créanciers, mais qui n'étaient évidemment que des admirateurs trop passionnés, firent arrêter Herz par des détectives au moment où il prenait le train, mais on le relâcha et il partit pour Chicago, puis pour New- York. A New-York il obtint une option moyennant 10,000 dollars pour le téléphone d'Edison, mais il ne paya pas cette option et elle lui fut retirée, au bout de quelques moiS; par dépêche té]é<?raphique, pour être donnée à M. Puskas, qui traita avec la Société des téléphones de Paris.
On pouvait déjà sentir, à travers l'Atlantique, l'odeur de corruption et de mort qui venait du côté de la France. L'œuvre juive était accomplie. Les vrais Français, les Français natifs étaient traités en outlaws dans leur patrie y la place était libre pour les aventuriers cosmopolites...
S78 LA FIN d'un monde
Herz descendit donc au Grand-Hôtel et flâna sur le boulevard pour flairer la direction qu'il devait prendre. Il était arrivé depuis quinze jours à peine lorsqu^un passant se jeta dans ses bras en s'écriant : c J*étais bien sûr de vous rencontrer ici ! »
C'était un nommé L..., un ancien matelot devenu brasseur, auquel Herz avait emprunté la petite fortune qu'il avait amassée et qui montait à quelques centaines de mille dollars; il s'était embarqué quelques jours après son débiteur et sa confiance en lui ne paraissait même pas ébranlée.
Herz, du reste, se conduisit fort bien. Il ne paya pas son créancier, ce qui eût été d'un homme ordinaire; il ne chercha pas à s'en débarrasser par de vilains procédés, ce qui eût été d'un criminel et ce qui n'est pas dans sa nature. Rien ne lui aurait été plus facile que d'employer ce dernier moyen, grâce à ses relations avec les hauts fonctionnaires qui se permettent tout en fait d'arbitraire et qui sont assez abjects pour dire à une femme, comme le Gragnon de M"' de Sombreuil : « Si vous n'êtes pas aimable avec mon ami le député, je vous fais jeter à la frontière, et si vous revenez, je vous mets en prison, aux applaudissements de toute la gauche. »
Herz, encore une fois, agit très bien ; il installa son créancier dans un hôtel du quartier Saint-Honoré et, pendant de longues années, répondit pour sa chambre et pour sa nourriture.
Que fit Herz une fois à Paris ? Il serait trop long de le dire et peut-être trop dangereux, car les députés républicains qui furent mêlés à ces affaires exciteraient encore les magistrats contre moi. D'où vint le premier argent, la première clef d'or qui servit à Herz à s'ouvrir les cœurs radicaux? car c'est à eux que La Fontaine semble avoir pensé lorsqu'il dit :
La clef des coffres-forts et des cœurs, c'est la même.
Comment cet aventurier, arrivé à Paris ^ans ressources, put-il subventionner des journaux soutenir des comités élec^
toraux. acheter des décorations, devenir, à force de services rendus, rinséparabie de Clemenceau et de Boulanger, avoir ses grandes et petites entrées chez M. de. Freycinet?
L'explication qu'ont donnée jadis quelques journaux semble plausible et il est possible que Cornélius Herz ait été le chef du service d'information, qui fonctionne à Paris pour le compte de l'Allemagne. Il n'avait pas, cependant, que cette corde à son arc. Magnétiseur de première force, il hypnotisait littéralement ceux sur lesquels il avait jeté son dévolu, et c'est ainsi qu'il enleva des sommes énormes à diverses per^ sonnes, à un entrepreneur de travaux publics, notamment, du nom de Dauderny, qui s'en alla mourir de chagrin à Panama.
On commença par faire décorer ce brave homme, puis on le circonvint par de brillantes promesses ; c'est à grand'peine s'il pouvait tracer ou dessiner plutôt les lettres qui formaient son nom et on parvint, grâce à cette ignorance, à lui faire signer pour 3 millions de billets.
Elerz avait réussi également à persuader au caissier d'une importante maison de banque américaine du quartier de rOpéra de lui confier les fonds qu'il avait en garde. Le chiiïre des détournements devint bientôt si considérable, — il était de 1,500,000 francs, je crois — que les banquiers devinèrent la vérité ; dans la crainte du scandale, ils ne voulurent pas exercer de poursuites et se contentèrent d'envoyer leur caissier en Australie et de faire souscrire à Herz des billets pour le montant de la somme.
Pendant toute la durée du ministère Boulanger, Cornélius Herz fut le maître absolu au ministère de la Guerre. Ce Bavarois était-il imposé au général par Clemenceau? Le fait est probable, et je le souhaite pour l'honneur du général auquel je ne suis pas hostile. Ce qui est certain, c'est que le ministre de la Guerre faisait pour cet aventurier ce qu'il n'aurait pas fait pour un officier français.
Notre aimable confrère Havard avait, lui aussi, essayé, à la fin d'octobre 1886, d'élucider l'affaire Cornélius Herz.
Le lendemain de l'apparition de l'article dans le Monde^
deux ofOciers se présentenl à la rédaction avec l*attitude qui convient dans les circonstances solennelles. L'un était le général Richard, directeur du génie au ministère de la Guerre, mort aujourd'hui, l'autre, M. le lieutenant-colonel Peigné, sous-chef de cabinet du ministre de la Guerre Boulanger.
Au cours de l'entrevue, ces deux messieurs firent cette déclaration étonnante : Nous ne sommes pas des amis de M. Cornélius Herz ; nous sommes envoyés par le ministre de la Guerre pour nous porter garants pour lui.
Si M. de Glaye, qui est un charmant garçon et que j'estime beaucoup d'ailleurs, avait eu un peu plus de présence d'esprit, au lieu d'insérer la note un peu plate qu*il a insérée, il aurait mis simplement en tête de son journal : « Du moment où deux officiers supérieurs, envoyés par le ministre de la Guerre, se portent garants de l'honorabilité de M. Gornéllus Herz, nous retirons ce que nous avons écrit. »
Que dites- vous de ce ministre de la Guerre qui commande deux officiers, non point pour aller défendre l'honneur d'un des chefs de l'armée, mais d'un Bavarois américanisé, d'un tripoteur d'affaires * ?
* La Lanterne a eu bien soin de soulif^ner la signification de cette démarche. H)lle écrit, à la date du 2 novembre 1886 :
« En autorisant, chose rare lorsqu'il s'agit d'un civil, même français, deux ofticiers supérieurs de son étal-major & servir de témoins au docteur Cornélius Herz, d'ailleurs grand officier de la Légion d'hunneur, le ministre ne se portait-il pas garant pour ainsi dire de son honorabilité? »
Le ministre de la guerre n'avait pas autorisé seulement ces deux olficiers supérieurs, il les avait envoyés en service commandé.
La meilleure preuve que ces officiers ne connaissaient pas Herz, c'est que leur note rectificative affirme des Taits complètement inexacts.
« M. le docteur Herz s'est engagé dans l'armée française, en 1870, comme médecin, et il a fait toute la campagne avec l'armée de la Loire.
• 11 a été proposé pour le grade de chevalier de la Légion d'honneur et il a été décoré à la suite de cette campagne. »
Cornélius Herz n'était pas le moins du monde médecin en 1870 ; il était tout au plus aide-major; il est complètement faux qu'il ait été décoré & la suite de celte campagne, il a été nommé chevalier de la Légion d'honneur le 31 août 1879.
Quelle lueur cela ne jette-t-il pas sur ce qui devait se passer dans un ministère, ou Cornélius Herz avait Tétat-major du ministre à sa disposition pour aller intimider les journaux ?
Jamais la Presse républicaine n*a touché un mot de cette question, qui offre un certain intérêt.
Il ne s'agit pas, ici, de ce petit ruban qui, sur la poitrine d'un serrurier, indigne tant la vertu de M. Rochefort et de M. Maret, il s^agit de la plaque de grand officier, c'est-àdire d'une des plus glorieuses distinctions que la France puisse distribuer.
Nansouty, l'intrépide général de cavalerie qui fut le héros d'Eylau, était grand officierseulement du H juillet 1807. Montbrun, un autre général à la fabuleuse bravoure, était grand officier du 30 juin 1811. Lasalle, l'héroïque Lasalle, frappé d'une balle à Wagram et qui revit devant nous, dans l'admirable portrait de Gros, avec sa pelisse, son pantalon de cuir et sa sabretache, l'éclair aux yeux, prêt à monter k cheval pour charger, était tout simplement commandeur ; il avait été nommé à la date du 25 prairial an XII.
Nos plus grands savants : Jobert de Lamballe, Velpeau, sont morts, après toute une vie consacrée à soulager les souffrances de l'humanité, sans avoir dépassé le grade de commandeur. Pas un de nos médecins éminents n'est grand officier de la Légion d'honneur.
En dehors de la question honorifique, cette haute dignité confère des privilèges qui ont leur importance pour un homme comme Cornélius Herz.
D'après la jurisprudence actuelle, un grand officier de la Légion d'honneur ne doit compte de ses actes, fussent-ils des délits, qu'au procureur général; il échappe, quoi qu'il fasse, à toute poursuite d'une partie civile *. Or, le procureur
• Voir à ce sujet la brochure de M* Robinet de Cléry : Des droits et des obligations du Parquet, agent du gouvernement.
général étant le célèbre Bouchez, vous devinez aisément que Cornélius Herz aurait pu commettre les faits les plus graves (ians sa carrière aventureuse sans que le procureur général prit l'initiative d'intervenir.
C'est amusant, tout de même, après les tirades sur l'Egalité et sur ^ de voir que le privilégié en France est un Juif allemand qui a donné de l'argent à Clemenceau pour mener la vie joyeuse.
Remarquez que rien ne serait plus facile aux amis de Clemenceau, aux Millerand, aux Pelletan et aux Ranc que de me couvrir de confusion ; ils ont leurs entrées dans tous les ministères et ils n'auraient qu'à mettre sous les yeux du public les titres de ce grand officier de quarante-deux ans :
Chevalier. Tel fait, tels services, tel livre, telle découverte. Oflicier. — — — —
Commandeur. — — — —
Grand oflicier. — — — —
Les Millerand, les Pelletan et les Ranc se garderont bien de publier ce document qui honorerait leur ami; ils savent, mieux que moi que la plaque de grand officier de M. Cornélius Herz a été payée en écus sonnants*.
* Voilà pour Salis une occasion de se distinguer. Vous savez : Salis, l'homme de Tllérault qui fit tant d'embarras, avec son ami Jamais, à prupus d'un discours dans lequel M. Numa Gilly, un député ouvrier, qu'on dit véritablement très hunnéte, avait affirmé cette évidence connue de tous que la Chambre était pleine de VV lisons et que la commission du budget en contenait plus de viugt.
c fut la gaieté de la fin des vacances que ce Salis. Dans les ceCcles suspects où la tricherie est à l'ordre du jour, il arrive, parrfois, qu un monsieur se convulsionne tout à coup sans qu'on sactie pourquoi ; il se met à pousser des cris aigus : « Que personne ne surte! Qu'on fouille tout le monde! <* Salis joua ce rôle et la commission du budget désolée ne savait comment le faire taire : • Calmez-vous, lui disait-on, on finira par vous prendre au mot! Vous allez attirer l'attention sur nous! — Non, répondit Salis, je ne me calmerai pas! Je veux des noms^ des noms, des noms! »
Salis n'a qu à prendre une voiture de compte à demi avec son compère Jamais et à se présenter dans les ministères pour y relever les titres de M. Cornélius Herz au grade de grand officier
Nous avons de ceci le témoignage le pins irrécusable dans la déclaration, tout à fait cavalière et même un peu hautaine, publiée par M. Clemenceau dans son journal /a Justice à la date du 3 novembre 1886 :
M. Herz n'est pas commanditaire de la Justice. H a été actionnaire du 26 février 1883 au 15 avril 1885.
M. Clemenceau lui a cédé le 26 février 1883 la moitié de ses actions libérées en paiement des sommes versées par lui du 31 mars 1881 au 16 juin 1883.
Le 15 avril 1885, M. Clemenceau a racheté les actions de M. Herz.
M. Clf^menceau n'a jamais recommandé M. Herz à aucun ministre, ni à personne pour aucune affaire, ni pour aucune faveur.
Il les fait bonnes, n*est-ce pas, le puritain ? Il parait que c'est comme cela qu'il les faut pour le peuple souverain. Voyez-vous ce brasseur d'affaires qui franchit TAtlantique exprès pour prendre la moitié des actions d'une feuille qui n'a jamais tiré à plus de 2 ou 3,000, qui n'a jamais distribué aucun dividende * et auquel M. Clemenceau dit : « Monsieur, je consens à accepter vos 500,000 francs, mais à
de la Lésion d'honneur... Quand un électeur de THérault ou du Gard demande simplement Tordre du Poireau, il argue de quelques services. 11 doit exister quelque chose de ce genre & propos de chacune des promotions de M. Cornélius Herz, un rapport quelconque. Si Salis met les preuves de services rendus à la France sous les yeux des lecteurs, tous les malintentionnés seront confondus en ma personne.
* C'est le bon Samaritain lui-même que ce Juif. Prévenu d'avance quMl n'avait à compter sur aucune faveur et sur aucune recommandation^ il ne pouvait davantage espérer retirer un bénéfice quelconque de l'argent placé dans le journal. A la date du 26 novembre 1H81, les actionnaires de leiJustice^ jugeant l'anair désastreuse, avaient, d'un accord unanime, abandonné tous les titres à M. Clemenceau à la charge par lui d'éteindre le passil de la Société. Le 15 janvier 1887, les nouveaux actionnaires prirent une. résolution analoi^ue à l'égard de M. Georges Œénrenceau. Avec la simplicité des âmes vraiment généreuses, Cornélius Herz avait donc quitté l'Amérique uniquement pour contribuer de sa bourse à la propagation de la littérature de Camille Pelletan. On ne voi« "<'i^ "iclionnaire comme celui-ia : s'il fait des petits^ j'en retiens un...
une condition, c'est que vous ne demanderez jamais ni une recommandation ni une faveur. »
Cinq ans après, cet homme, commanditaire d*un agitateur qui lait et défait les ministères, se réveille grand officier de la Légion d^hooneur !
M. Clemenceau, notez-le bien, est absolument étranger à tout cela. Sans doute, il goûte une joie pure en voyant ces succès rapides. « C'est mon actionnaire, dit-il modestement, mais, ajoute l'Incorruptible, je ne Tai jamais recommandé, je n'ai jamais prononcé son nom pour aucune faveur *. »
' L'élément de gaieté intense de ces choses, c'est que tous ces politiciens républicains, qui se livrent à une guerre acharnée, qui s'accablent entre eux des plus grossières injures, sont tous tellement entrelacés dans les mêmes alTaires malpropres, qu'ils sont obligés de s'arrêter au moment de porter les accusations lormelles. C'est l'histoire de Pitou : « Mon capitaine, j'ai fait un prisonnier : — Ëh bien ! amène-le ! — C'est qu'il ne veut pas me lâcher. »
Les Gadettistes du Parti ouvrier affirment bien que, pendant le ministère du général Boulanger, il y a eu des tripotages sur les lournitures militaires, sur les vareuses des territoriaux, sur les sommiers élastiques, mais ils ne disent rien de plus. 11 serait facile, en eflet, au général Boulanger de répondre : « J'ai été obligé, pour avoir l'appui de Clemenceau et de son groupe, de subir toutes les conditions de Cornélius Uerz, qui représentait Clemenceau et qui, en réalité, m'avait prisa Tunis pour faire de moi un ministre de la Guerre. Un ministre de la Guerre qui ne satisferait pas les appétis de la gauche ne durerait pas huit
Îours ; c'est précisément pour cela que je tais appel à tous les )ons Français pour jeter le régime parlementaire à l'égout. »
La Prease, le journal de Laguerre, fait bien allusion à ces faits et rappelle comment Clemenceau a dû capituler devant la campagne entreprise par le Matin,
« M. Pelletan, s'écrie la Presse, manque de mémoire ; — qu'il se souvienne donc que le général Boulanger n'a jamais fait aucune allai re financière et que tous les amis de la Justice ne peuvent pas en dire autant. •
Clemenceau, qui esta Luchon, prend alors ses airs de Tranche; montagne et demande à Laguerre, qui est à Lisieux, de s'expliquer formellement en lui faisant observer que, lorsqu'il émargeait au budget de la Justice, il ne s'occupait pas de savoir d'où venait l'argent. Laguerre, qui sent que l'aftaire va se. gâter, répond qu'il n'a rien voulu dire du tout et met le paquet sur le dos du secrétaire de la rédaction.
Quant À Reinach, il serait enchanté de profiter de l'occasion pour traîner Clemenceau dons la boue et pour déshonorer le
Jugez un peu où en serait Cornélius Herz si Qémenceau ravait recommandé !
0 Rochet'ort, prince de Tlronie, duc de llnsolcnce, quel chef-d'œuvre vous auriez écrit si ce pauvre Wilson, accusé d'avoir donné une petite croix à un actionnaire de la Petite France, s'était défendu de cette façon *■ I
On trouvera peut-être que je me suis un peu étendu sur cet épisode, mais le procès Deprez — Cornélius Herz — Rothschild ' m'a beaucoup agacé et considérablement dérangé. Puis, que voulez-vous ? Cela m'amuse de caresser un peu réchine d'un républicain qui pose pour la Vertu; cela u me fait gai », comme on dit dans le midi...
Puisque de ton propre aveu, ô citoyen QémQnceau, il n'y a pas de Dieu, il n'y a pas de droit et que l'insurrection est le plus saint des devoirs toutes les fois qu'on croit avoir à se plaindre de quelque chose, avoue que je serais bien naîi de me retenir à ton endroit, et même à ton envers, et de brider la fantaisie qui m'a hanté de te traiter comme tu
général, mais il se trouve quMl est Passocié de Cornélius Herz. Vous voyez la situation d'ici...
Au fond, le plus intéressant là dedans, c'est toujours le Juif. Ce Cornélius Herz, notez-le, est absolument ignorant et son instruction ne dépasse guère celle d'un élève de l'école primaire. Songez maintenant à tout ce qu'il a remué, dérange, agité ; il a touché à tout dans son mouvement fébrile et les personnalité» les plus diverses ont été mêlées à sa vie. Des généraux, des savants, des Hnanciers, des sénateurs, des députés, Clemenceau et Boulanger, Freycinet, le monsieur grave qu'on a si longtemps regarde comme la probité même, et Léonide Leblanc, Wilson, Hébrard, Dalioz, tous ces êtres à effigie différente, à sentiments contraires, ont été des panrins entre ses mains; il a mis dedans Rothschild et arrache des millions à des entrepreneurs de luitissc et à des fabric.ants de biscuits qui auraient refusé 10 francs à un homme qui aurait eu faim ; il a trouvé de Jeunes savants qui ont travaillé pour lui des années entières sans toucher un sou d'appointements.
• Le frère de Clemenceau était un des affidés de Marcel Deprez et du docteur Cornélius Herz. Dans la seule pièce, dont la partie adverse nous ait donné communication au moment de mon procès, il figure sur l'état du personnel pour 500 francs par mois.
traites les Catholiques et même les Opportunistes, quand tu n'as pas peur de Boulanger ? Pourquoi ma molécule cosmique ne prendrait-elle pas quelques libertés vis-à-vis de la tienne ?
Je serais blâmable comme Chrétien, et repris par mon confesseur, si j'obéissais vis-à-vis de toi à un sentiment de haine personnelle, mais je n*ai aucune haine pour toi ; j'entends simplement te montrer ce que c*est qu*un homme' libre.
Il est écrit en effet dans TEvangile :
c Si vous pratiquez mes paroles, vous connaîtrez la Vérité et cette Vérité vous rendra libre. »
Saint Athanase a développé cette pensée dans un noble et ûer langage :
Il faut parler franchemenU parce que nous n'avons pas reçu un esprit de servitude ^ui engendre la crainte : c'est à la liberté que l'esprit de Dieu nous a appelé.
Tu ne connais pas saint Athanase et la clique qui t'admire n*admire peut-être pas, comme il faudrait, cet homme véritablement admirable. Saint Athanase brava les Empereurs tout-puissants, et, plutôt que de plier le genou, alla vivre de racines au fond des déserts de la Thébaïde. De là il gouvernait son diocèse à la grande fureur de Julien TApostat qui écrivait :
Il a épousé la fille d'un Juif fameux, à Vienne, Maurice Szeps, qui fut rédacteur du Neue Wiener Tayeblattj où l'on insultait la France depuis le I" Janvier jusqu'à la Saint-Sylvestre.
Le Waterland du 25 janvier i887 a publié sur ce monsieur d'édifiants renseignements. Quand il fut forcé de quitter le I^eue Wiener Tayeblatt, il emporta les bandes d'adresses de journal et le manuscrit en cours de publication. Il Tut déféré, pour ce fait, à la justice et condamné pour délit contre la propriété littéraire à une amende de 300 florins ou éventuellement à vingt jours de prison.
Naturellement Clemenceau a fait décorer de la Légion d'honneur ce Juii plein de délicatesse. Si les Radicaux étaient un peu honnêtes, ils avoueraient que la croix était encore mieux placée sur la poitrine du serrurier de l'hôtel de l'avenue d'fena que sur celle de ce youtre étranger et que Clemenceau ne vaut même pas Wilson, qui, du moins, ne travaillait pas pour l'exportation et ne décorait que l'indigène.
« J'apprends qu*Athanase, avec son audace ordinaire, s*est mis en possession de ce qu*il appelle le trône épiseopal. Le scélérat 1 il ose sous mon règne conférer le baptême ! Lui, un petit homme de rien, il se fait gloire de braver la mort. »
Athanase, tu le vois, n'allait pas chez les ûllés de joie de Byzance ou d'Antioche, mais aussi « ce petit homme de rien o, qui fut grand en tout, grand jusqu'à la sainteté, n'avait pas de coupables connivences avec les Granet de répoque ; il voulait qu'on donnât les récompenses, les colliers d'honneur où les médaillons, les phalerae aux soldats qui défendaient l'Empire et non aux Cornélius Herz du moment...
Tous les mêmes, les Trop connus !
Tous s'entendent entre eux comme larrons en foire, comme grecs en tripot, comme souteneurs en rue...
Tous font semblant de se disputer entre eux et gardent sur leurs méfaits réciproques le plus diplomatique des silences.
Si vous voulez avoir l'idée du silence que le Radical, ordinairement si tapageur, sait organiser autour des siens, examinez TafTaire de la Société foncière de Tunisie et des biens de Mustapha.
C'est encore un épisode ravissant des mœurs juives. Tout est là dedans. Malheureusement, pour analyser à fond l'opération, il faudrait la plume de Balzac qui connaissait toutes les finesses de la procédure, qui se plaisait à décrire, dans leurs complexités et leurs enchevêtrements, les combinaisons des hommes de proie de son temps bien intérieurs, d'ailleurs, en rouerie aux hommes de proie d'aujourd'hui.
Le commencement de l'histoire est dans la France juive, mais beaucoup de mes lecteurs seront heureux d'en savoir la fin.
Vous voyez la situation. Mustapha ben Ismail, l'ancien favori du Bey de Tunis, arrive à Paris; il a besoin d'argent; la Compagnie transatlantique lui avance d'abord
tOOjOOO francs sur ses bijoux, puis elle lui prête 1 million sur lequel on lui donne une grande quantité de crocodiles empaillés. On lui compte, par exemple, 600,000 francs trois hôtels de la rue de la Faisanderie qui appartiennent au beaupère d'un Juif administrateur de la Compagnie et qui plus tard ont été revendus 42,000, 45,000 et 50,000 francs. #
La Compagnie transatlantique poursuit le recouvrement de ses créances sur Mustapha et, au moment où T'ex-premier ministre est aux abois, un groupe de financiers offre à celui que Ton poursuit un moyen de se tirer d'affaire en entrant dans une Société qui se forme : la Société foncière de Tunisie ; il abandonne à celle-ci les biens qu'il possède dans la Régence et sur les 8,000 actions de la Société on lui en remet 6,000.
Il est entendu que les actions de Mustapha ne pourront jamais rapporter plus de 25 pour 100, tandis que les autres actions ne sont soumises à aucune réduction de rapport.
Ceci vous représente, tout simplement, une de ces scènes de vaudeville où Brasseur qui venait de paraître en sapeur réapparaissait tout à coup en nourrice. Le groupe de financiers qui, après avoir commencé à prêter à Mustapha, le poursuivait à outrance et le groupe qui fondait la Société foncière de Tunisie était un seul et même groupe.
C'est alors que se présente une difficulté. Les biens que Mustapha cédait à la Société foncière de Tunisie avaient une valeur énorme, une valeur de 30 millions à l'heure présente et de 80 millions dans l'avenir, mais ces biens ne lui appartenaient pas. Ces biens sont des biens habbous, c'est-à-dire inaliénables, des biens domaniaux du gouvernement beylical ou des dotations faites à des mosquées ou à des collèges comme le collège Sadiki.
On n'ignore pas le rôle que Mustapha jouait à Tunis et, à ce sujet, un diplomate, qui occupa jadis les plus hautes fonctions de la Régence, me racontait un détail bien oriental. Quand le télégraphe fut installé au Bardo, la première dépèche qui fut expédiée du palais était celle-ci : « Prière de
LE MONDE P^OLITIQUq 289
renvoyer la culotte que le Bey a laissée sur le lit d'Ismail. »
Dans de telles conditions les donations faites par Saddock à son favori n'avaient aucune importance. Toute peine, sans doute, mérite salaire mais le salaire ici était excessif...
Admettrez-vous jamais qu'un souverain, dans un moment d'ivresse, donne à son compagnon de débauche les immeubles du Collège de France ou les établissements et les rentes léguées à l'Assistance publique ?
Dans bien des cas même la confiance dû Bey avait été absolument surprise. On sait comment les choses se passaient là-bas.
Tous les lundis, le Bey tenait une sorte d'audience dans laquelle il prononçait sur toutes les affaires qui lui étaient soumises. Le Bey ne signait jamais rien; quand il approuvait la décision' qui lui était proposée par son premier ministre, Mustapha ben Ismail, il faisait un signe de tcte. Le garde des sceaux tirait alors d'un coffret le sceau beylical et Mustapha l'apposait sur la pièce. Mustapha avait des actes de donation tout préparés; il proposait, par exemple, on Bey d'infliger une amende à quelque Tunisien coupable d'un méfait quelconque, le Bey faisait un signe d'assentiment, Mustapha prenait le sceau et l'imprimait, non sur la sentence, mais sur l'acte de donation.
Si la France n*était pas gouvernée en ce moment par la crapule de tous les pays, jamais cette question n'aurait même était soulevée. Le gouvernement français aurait fait ce que fait le gouvernement anglais pour les rajahs ou les personnages importants de l'Inde qu'il éloigne de leur pays, il aurait alloué une pension convenable à Mustapha et lui aurait enjoint de se tenir tranquille.
Quoi qu'il en soit, on plaida et c'est ici qu'apparaît Floquet. Si un Opportuniste avait joué le rôle que joua Floquet dans cette affaire, tous les Maret, les Rochelort et les Mayer auraient tombé dessus avec entrain, mais, pour eux, je l'ai dit, les infamies radicales sentent toujours bon.
U est évident, cependant, que Floquet, débarquant à Tunis comme représentant de Mustapha, arrivait là, non comme un avocat ordinaire, comme aurait été un Bétolaud ou un Lente, mais comme vice-président de la Chambre, comme homme politique influent : il faisait simplement ce que faisait Grévy allant plaider pour Dreyfus, ce que faisait Wilson quand il recommandait les gens : il faisait trafic et- marchandise de sa situation officielle, il s'en servait pour peser sur le Bey, sur Tautorité française et sur les juges. 11 savait parfaitement qu'on l'envoyait là pour cela.
Malgré tout, les prétentions deTancien favori du Bey étaient tellement immorales, tellement contraires à tout droit, qu'un projet de transaction, proposé par M. Sautter de Beauregard, avait déjà constaté que Mustapha avait abusé de son influence et qu'il y avait eu captation.
Les tribunaux n'osèrent pas donner raison à Floquet et à son intéressant client. Une première fois le collège Sadiki avait obtenu du tribunal local, la Charea, un jugement condcLmnant Mustapha à restituer. L'administration, au lieu d'exécuter le jugement, demanda, pour gagner du temps, Vexequatur au tribunal français. Floquet prétendit que le jugement était nul, mais le tribunal français rendit un arrêt par lequel il déclarait que le premier jugement avait été compétemment rendu, puis il renvoya la cause et les parties à une audience ultérieure.
Floquet changea alors son fusil d'épaules ; au lieu de suivre le procès, il revint en France, alla trouver Freycinet, mentit effrontément et lui dit : « J'ai déjà gagné mon procès contre le collège Sadiki (ce qui était faux); ainsi, en appuyant un projet de transaction, vous n'appuierez qu'une cause juste. »
Quelque temps après, Freycinet, après s'être informé, faisait venir Floquet dans son cabinet et lui disait : u Gomment, monsieur Floquet, avez-vous pu me tromper à ce point et me faire donner les offices de mou ministère à une bande delilous?»
Freycinet, qui est aujourd'hui ministre sous Floquet, lèverait sans doute la main, et même le pied, qu'il n'a jamais tenu ce propos, mais le propos a parfaitement été tenu ; il a été raconté à quelqu'un par un des Juifs mômes mêlés à l'affaire et qui disait : » Comprenez-vous ce Freycinet qui nous a traités de filous ? »
Freycinet luttait donc avec sa conscience comme Ménard- Dorian lorsqu'il s'agit de livrer à l'Angleterre le secret des obus qui bombarderont nos ports; il a toujours lutté, c'est une justice à lui rendre, et il aurait certainement capitulé, ainsi que cela lui est toujours arrivé du reste, lorsqu'il fut renversé et remplacé par Flourens.
Ce Flourens, après avoir été le plat courtisan de l'Empire, se fit l'exécuteur servile des basses œuvres de la République contre nos prêtres. Il privait de traitement nos pauvres desservants sans l'ombre d'un motif. Un ecclésiastique de beau coup d'esprit qui mettait sur sa carte : « Curé de X..., sans traitement •, me racontait un entretien épique qu'il eut avec lui. Il avait réussi à forcer la porte du directeur des Cultes et à se faire apporter son dossier pour voir enfin ce qu'on lui reprochait. On trouva dsuis le dossier cette unique note : < A voulu fonder une école libre à X... Homme très danj^ereux. »
La théorie de Flourens, on le sait, celle qu'il appliqua à M. des Uotours, c'est que, même après un concours, un Français catholique est aussi incapable d'occuper une place d'attaché au ministère des Affaires étrangères qu'un catholique d'être roi d'Angleterre.
Ces sentiments vous expliquent que les journaux conservateurs se soient pâmés sur l'habileté et le patriotisme de Flourens, quand il arriva au ministère des Affaires étrangères, et qu'ils aient déclaré unanimement qu'on avait enfin trouvé le ministre indispensable.
Tous les ministres des Affaires étrangères ont été déclarés indispensables depuis le duc Decazes, auquel on n'osait pas toucher sous prétexte qu'il maintenait, à lui tout seul, la
LA FUI d'un UONDK. 19
JÎ'
paix en Europe, jusqu'à Freycinet dont le départ du quai d'Orsey devait ameuer immédiatement une conÛagratiou générale.
Ceci se comprend, du reste, aisément : les ministres des Atlaires étrangères ont des fonds secrets assez importants à leur disposition et, au lieu d'employer cet argent à savoir ce qui se passe à l'étranger, ils l'emploient à payer la Presse qui, selon l'importance de la somme, compare le ministre eu exercice à Richelieu, à Talleyrand, à Gavour ou à Mettërnich. Quand le prédécesseur a tout mangé pour se faire traiter de Richelieu, le successeur doit se contenter de se faire appeler Olivarès...
Revenons à la Tunisie. Flourens, dès qu'il fut ministre, prit vigoureusement en mains les intérêts de la Société foncière de Tunisie. Cambou qui, d'après les renseignements complémentaires qui m'ont été donnés, paraît avoir joué dans cette affaire un rôle plus honnête que je ne l'avais cru, avait été remplacé par Massicault qui se prêta à tout ce qu'on voulut.
Une transaction signée à la résidence le 7 mars 1887 donna raison à Mustapha, cest-à-dire à la Société foncière de Tuninie; moyennant 900,000 francs remis au Bey et 175,000 francs d'indemnité au collège Sadiki, la Société entrait en possession des biens énormes dont Saddock était censé avoir fait cadeau à Mustapha. La Société avait dépensé en tout, tant pour payer les dettes de Mustapha que pour la transaction avec le Bey, 1,769,880 francs, et, à ce prix, elle acquérait des propriétés qui vaudront dans quelques années 80 millions.
C'est pour obtenir ce résultat que tant de malheureux fils de paysans avaient été tués, étaient morts de la lièvre, avaient succombé aux insolations ou aux tortures de la soif, pendant les marches en colonnes.
Voilà comment se constitue cette propriété juive pour laquelle certains conservateurs n'ont que du respect.
Il Tant ajouter, qu'en dépouillant le gouvernement au profit d'une société où ligurent presque exclusivement des Jui&,
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des Thors, des Lèvy, des Bloch et surtout des Juifs italiens, les VoIieiTa et les Cesaua, Flourens trahissait absolument la France. Les Juifs italiens, en effet, font une guerre impitoyable à la France en Tunisie. Le vice-consul italien, un Juif du nom de Jona, est à la tête de toutes les machinations ourdies contre nous. A l'inauguration du collège italien fondé par des Juifs, pas un Français ne fut invité *.
Qu'importe ! Les Juifs sont sûrs, quand même, de trouver à Paris des Flourens et des Floquet pour appuyer leurs prétentions les plus insensées, leurs usurpations les plus scandaleuses, leur prise de possession, sans aucun droit, d'un domaine immense qui appartenait à la France.
. Ce qu'il faudrait montrer c'est le dessous de ces trafics, le détail de ces opérations, les tours de prestidigitation qui s'accomplissent avec une apparence légale.
Une fois la transaction signée, Mustapha, possesseur de six mille actions de la Société foncière de Tunisie, se trouvait dans une situation brillante. C'est alors que les Juiis lui dirent : t Mon ami, vous nous devez beaucoup d'argent, rendez-nous vos six mille actions et nous vous tiendrons quitte. » Ou lui reprit donc toutes ses actions, sauf trois cents dont il déclara avoir disposé. Ou lui reprit jusqu'aux crocodiles empaillés qu'on lui avait donnés; on lui reprit les hôtels de la rue de la Faisanderie; on lui fit payer tous les frais; on lui enleva les bijoux sur lesquels on lui avait avaucé de
* Il convient cependant de reconnaître que, parmi les Juifs de Tunisie, que le gouvernement couvre d*une protection toute spéciale, beaucoup veulent notre bien. Un des Israélites influents de Tunis, hiliaon Scemana, s'était, dès le commencement de l'occupation, attaché à notre fortune et il s'y était tellement attaché qu'il nous vola, comme receveur général des finances, 2,713,715 piastres 3 centimes. Avouez qu'il aurait pu au moins nous laisser les 3 centimes...
J'ai vu dans VOf/iciel Tunisien du 29 mars 1888 qu'on avait révoqué ce Juif, mais je n'ai pas vu qu'on lui avait donné place dans une de ces maisons centrales qui, parait-il, sont réservéeii aux pauvres diables qui volent quelques maravédis.
Targent; on lui enleva même la collection d'armes précieuses qu'il avait laissée à Tunis *.
En bonne conscience, le Floquet de Mustapha n'est-il pas encore plus sale que le Grévy des guanos? Rochefort qui a tant gabé sur Roustan et TElias Mussali aurait eu une jolie occasion de se farcer, comme dit Froissart, ou de se rîgoa- 1er, ainsi que le faisait le Gargantua de maître Rabelais, lorsque Ponocrate Tavait suffisamment institué aux bonnes lettres. Il s'en garda bien, ainsi que ses amis radicaux : « Floquet vertueux, noble chef de la démocratie française, Clemenceau vertueux, Cornélius Herz aussi. »
Le côté le plus amusant là dedans, c'est le côté mamamouchi, le côté parade et grosse comédie de toutes ces négociations où Ton emploie, pour dénouer les situations embrouillées, les mêmes moyens que dans les Fourberies de Scapin ou le Légataire de Regnard. On transporte le pauvre Mustapha de notaire en notaire et on lui fait signer des actes dont il ne saisit pas un traître mot.
D'après la procurationre reçue par M® Dupuy, notaire, le 12juiUet 1883, Mustapha ne comprend pas le français ; « Devant nous a comparu Mustapha ben Ismail, général de division, ancien premier ministre du Bey de Tunis, Tunisien de naissance, ne comprenant pas la langue française, assisté de Probel Duport, interprète assermenté près de la Cour de Cassation pour l'interprétation des langues arabes. >
* Ce serait dommage d'oublier le trait final.
Mustapha, qui s'attendait toujours à ce qu'on donnât du mauvais café à son maître, avait constamment un ctieval tout sellé pour s'enfuir dans la province de Constantine et ce qu'il appelait <( une poire pour la soif » : deux plaques de diamants attachées au bras.
— Montrez donc cela aux dames t lui dit un jour à Paris, quelqu'un qui connaissait le secret, et l'on put apercevoir deux plaques étincelantes retenues par un élastique crasseux... va La cachette était connue et, quand Mustapha déclara qu'il n'avait plus rien, les Juifs lui dirent : « £t vos bras? » « Lapoirt pour la soif » alla à l'hôtel DrouoU ^
Ts-^
Dans les statuts de la Société foncière de Tunisie reçus par M« Baudier, notaire, le 24 mars 1885, les notaires déclarent que devant eux : « A comparu Mustapha ben Ismail etc., Tunisien de naissance mais naturalisé français et comprenant bien la langue française qu'il parle difficilement, toutefois d'une façon suffisante pour être compris des notaires soussignés. »
Je crois même, sans pouvoir rien affirmer sur ce point, que la procuration donnant pleins pouvoirs à la Société foncière de Tunisie et signée le 19 juin 1886 chez M® Dupuy, notaire, constate que Mustapha ne comprend pas le français et qu'il est assisté de Volterra.
Ce qui est certain c'est que Mustapha n'a qu'une faible notion de notre langue ; il dit : « Bonjour, monsieur et comment va la santé ? » et c'est à peu près tout. Le plus joli c'est que les interprètes eux-mêmes, à part M. Probel Du port, ne savent pas plus l'arabe qu'un célèbre professeur au collège de France, qui mourut, comblé d'honneurs, ne savait le mogol qu'il enseigna toute sa vie. Lorsque Mustapha rencontre quelqu'un dans la rue, il emmène son interlocuteur chez les marchands de tapis ou de dattes qui sont derrière rOpéra. Quant aux interprètes, ils courent les hôtels et se mettent à la recherche d'un Pranzini quelconque.
Que doit-il se passer dans la cervelle de ce Numide qui va ainsi de société financière en société financière et de notaire en notaire, qui monte des escaliers solennels, pour se voir en face de personnages cravatés de blanc et sévères d'allures et qui, partout, retrouve la même farce dissimulée sous la complication des formules, sous le langage prétentieux et baroque des termes de droit. Tout n'a pas, d'ailleurs, manqué à cet Antinous tunisien ; avant de mourir il a voulu regarder l'Amour en face et il aime une blanchisseuse de Boulogne...
N'est-ce pas que ce petit coin de fin de monde est piquant à contempler? Que le monde change peu ! Comme ce Paris en putréfaction où toutes les races viennent mêler leurs convoitises et leurs vices, ressemble à la Bome que vit Jugurtha lorsque, attendant son tour d'audience dans Fatrium de
quelque sénateur influent, il se demandait : c A quel taux celui-là va-t-il se tarifer. » « Oh ! ville vénale, s*écriait-t-il, s'il se trouvait quelqu'un assez riche pour t'acheter ! »
Les Juifs sont plus riches que Jugurtha, et les républicains d'aujourd'hui sont moins chers que ceux d'autrefois. Avec une année de ses revenus, Rothschild pourrait acheter bientôt Paris tout entier, avec ses sénateurs, ses députés, ses magistrats; on lui donnerait, par-dessus le marché, les histrions, les mimes et les scribes, en un mot tout ce que Louis Veuillot appelle quelque part « la précieuse troupe des .esclaves publics ».
Avec le résultat seul d'opérations comme celles quelaJuiverie fit, par deux fois, en Tunisie : l'une avec l'emprunt tunisien, l'autre avec les biens de Mustapha, on achèterait les consciences les plus haut cotées dans une ville où tout est à vendre.
Les Juifs, parfois, ont de ces exclamations où se trahit leur étonnement devant la richesse de la proie qui leur est dévolue. Après Alaric, après Genséric, il y avait encore quelques lames d'or à enlever aux temples de Rome. Après avoir enrichi tous les Juifs d'Allemagne, de Pologne, dltalie, de Hambourg, de Francfort, de Vienne, de Wilna, la France a encore quelques débris de sa fortune d'autrefois et les Juifs qui, seuls, savent tout ce qu'ils nous ont pris, s'émerveillent à la pensée qu'il reste encore quelque chose à prendre.
Un jour, Thors, un des Sémites de la Société foncière de Tunisie, se trouvait avec un de mes amis.
— Que cette France est riche ! dit Thors tout à coup.
— Oui certainement... répondit mon ami, sans bien comprendre.
— Oh ! s'écria Thors, dans un transport d'enthousiasme, dans un accès de lyrisme, vous ne savez pas, non, vous ne savez pas ce que la France est riche !
Il semblait, me disait mon ami, que ce Juif eût eu comme la vision du trésor fabuleux devant lequel Ali Baba s'arrêta ébloui, de la caverne pleine, jusqu'au faite, de lingots d'or, de pierreries et de diamants...
LA DROITE ET LE PARTI CONSERVATEUR
La grève des rois. — La prière d'Henri V au matin d'Azincourt. — Qno rcpréscnliTail le règne du comte de Paris? — Toujours le socialisme budgétaire. — Les situations acquises. — Cléricalisme et Frauc-Maconnerie. — La diplomatie de Poubelle. — Le chiffre des retraites iriplé. — 900,000 fonctionnaires. — Tout le monde veut toucher. — Les réductions faciles à opérer. — L'entourage du comte de Paris. — L'ivraie et le bon grain. — Les princes font leur malheur eux-mêmes par leur manque de sincérité. — Le duc d'Aumale. — Les ambitions d'un prince du sang. — Un double mariage. — Des amis trop zélés. — La bataille de Rocroy. — Cornély ou le dynastique exaspéré. — Le général Boulanger. — La popularité du général. — Ce qu'espèrent les paysans. — Royauté et Empire. — Trente Empereurs à la fois. — L'effacement du parti conservateur. — La médiocrité intellectuelle des membres de la Droite. — L'influence de la louange journalistique. — L'artificiel substitué à la réalité humaine. — Les images de la rue Saint-Su Ipice et les vrais saints. — Rien ne s'accomplit sans le sacrifice. — La volonté de mourir. — Le besoin que les hommes oui de l'héroïsme. — On fabrique des héros de papier. — Gharette. — Psychologie de l'insurgé. — Insurgés rouges et insurgés blancs. — Barbes. — Le l:à mai 1839. — Conseils À la nouvelle génération catholique. — Nécessité de ne pas se griser de mots et de savoir ce qu'on peut. — Ne nous laissons pas appeler martyrs ! — La Droite garde le silence sur tout. — La caravane parlementaire et les Juifs d'Algérie. — Un fief sémitique. — fierthelot et les Kabyles. — Le perpétuel recommencement de l'histoire. — La désagrégation du parti conservateur. — Désillusion des naïfs. — Ce qu'est devenu le journalisme conservateur. — Les Catholiques désarmés devant les attaques de la Presse juive. — L'affaire de Cl-
tcaux et la Lanterne, — Pourquoi D'exhume-t-on pas Rappaport?
— Le drame de la rue de Rirbcliea. — Les accusateurs de Cltcaux. — La République eicrémentielle. — « La séance des anus » à la Chambre. — René LafTon. — Les mœurs unWersitaires. — Un Lycée de province sous la troisième Hépublique, — La moralité des membres de la Gauche. — Deux radicaux pris au hasard. — Goor^'us Laguerre. — Le pacte social et la façon dont les Francs-Maçons le comprennent. — Autre défenseur de la moralité publique. — M. X..., continuateur du marquis de Sade.
— L'Histoire d'un Hermaphrodite. — Toujours la politesse des conserv:i tours. — La tare du cerveau de certains Catholiques. — Puri tiens notre imag^ination du spectacle de toutes les saletés républicaines en allant contempler la Nature et admirer l'œuvre de Dieu.
Quelques lecteurs auront trouvé déjà que ce livre manquait d^enthoiisiasme pour la Droite. G^est que ce livre est, avant tout, une étude impartiale et loyale et non une œuvre de parti.
Sur quelle classe de la nation, d^liIIeurs, espère-t-on sérieusement agir avec ces déclamations monarchiques qu'on sont être creuses et vaines, an inanity and iheatrality ? Commoiit espère-l-on trouver des sujets puisqu'il est visible qu'il n'y a plus de roi ?
Depuis la mort du pauvre petit Prince impérial, nul n*a voulu résîolument régner, nul n'a tenu le langage d'un roi. Le prince Napoléon pense comme Naquet, et le comte de Paris parle comme Baudrillart...
On a dit après la disparition du comte de Ghambord : « Voilà le comte de Paris délivré, vous allez voir maintenant! ■ Et on n'a rien vu du tout, par Texcellente raison qu'on ne pouvait rien voir.
Les Légitimistes se sont ralliés sans arrière-pensée, ou du moins se sont résignés de bonne grâce, et ce ne sont pas les souvenirs d*Ëgalilé et de 1830 qui ont gêné Philippe VII. Lui aussi, en sougoant aux crimes de sa race, pourrait répéter, au moment de reconquérir la France, l'aimable prière que Shakespeare, au IV^ acte dllenri F, met dans la bouche du Lancaslre usurpateur, au matin d'Azincourt :
0 Seigneur ! ne te souviens pas aujourd'hui — oh ! pas aujourd nui — de la faute que ut mon père en usurpant la couronne. J*ai fait enterrer de nouveau le corps de Richard, et j]ai versé sur lui plus de larmes de contrition que la violence n'en fit sortir de gouttes de sang. J'entretiens toute l'année 500 pauvres qui, deux fois par jour, lèvent vers le ciel leurs vieilles mains pour implorer le pardon du sang versé, et j'ai bâti deux chapelles où des prêtres solennels et graves chantent perpétuellement pour l'àme de Kichard. Je ferai davantage, quoique tout ce c|ue je puisse faire ne soit d'aucune valeur, puisque ma pénitence vient encore s'ajouter à tout cela pour implorer le pardon.
Pourquoi donc le comte de Pai'is ne fait-il rien que d'envoyer de temps en temps, quand on le tourmente trop, des instructions aux monarchistes ou des lettres aux maires, qui excitent les transports de Meyer ? C'est, qu'au fond, cet homme intelligent et honnête se rend parfaitement compte de la gravité de la situation et de l'inutilité de ses efforts.
Par une anomalie singulière, le pseudo-représentant du principe monarchique sera bientôt le seul, avec quelques Juifs, à bénir la Uévolutiou de 89, que tout le monde, pour une raison ou pour une autre, exècre, maudit et voue aux Dieux infernaux. Le roi de France sera le dernier desQuatrevingt-neuvistes.
Dans ces conditions, que signifierait le règne de l'ami des Rothschild ?
Le triomphe des Juifs ?
Et dans toutes les classes de la société se dessine un mouvement de prottistalion formidable contre les monstrueuses exactions d'Israël, mouvement que dissimule à peine le silence des journaux vendus à la Synagogue.
Ce règne signilierait quoi encore?
Le maintien du socialisme budgétaire, la continuation de ce que nous voyons : la France mangée, ruinée, épuisée par une armée de fonctionnaires qui vivent dans la fainéantise et la gêne aux dépens de ceux qui travaillent.
Un passage du manifeste, que le comte de Paris a, sans nul doute, cru très habile, est formel sur ce point:
Les modestes serviteurs de l'Etat qui ont gagné leur situation par leur travail ne seront pas menacés parce qu'ils la tiendront de la Képublique;si, d'une part, toutes les victimes de la persécution républicaine sont assurées de recevoir l'ample réparation qui leur est due, d'autre part, les exploiteurs et les indignes qui avilissent leurs fonctions auront seuls à redouter l'avènement d'un pouvoir honnête et juste.
Regardez cette phrase en face et demandez-vous ce que cela veut dire. Voilà un substitut qui a donné sa démission au moment des décrets, il est évident qu'il peut compter sur une réparation, qu'il a droit à une compensation. Quant an substitut nommé à sa place et qui occupe depuis 1880, il vous dira qu'il n'a pas exploité, cet homme, qu'il n'a pas avili sa fonction ; il a requis pour la République comme il requerrait pour Philippe VU ; il a cité Tarticle 399 ou l'article 400 et je ne sais combien ; il est prêt à le citer encore; il le citera toujours...
Prenez Clément lui-même. Fouquier-Tinville disait : « Je suis la hacjie, punit-on la hache? » Clément peut dire : c Je suis le casse-tête, punit-on le casso-tête ? Pinard m'a ordonné de faire donner des coups de casse-tête modérément, j'en ai lait donner. Floquet m'a dit d'en faire donner ijnmodérémont, j'en ai fait donner. Comme homme, je puis mépriser profondément ce Paillasse de Floquet, qui, après avoir flatté bassement la Commune et alïiché les idées les plus révolutionnaires pour arriver au pouvoir, lance des gendarmes sur ses anciens amis, mais comme fonctionnaire chargé d'organiser la distribution des coups de casse-tête, je n'ai qu'à obéir. »
On ne se ligure pas un gouvernement qui personnifierait l'Ordre refusant une retraite à un homme qui, pendant trente ans, a partagé impartialement des coups de casse-tête entre les représentants de toutes les opinions.
11 faut ajouter qu'il n'y a que les fonctionnaires républicains et francs-maçons qui puissent compter, à un certain moment, sur la protection cléricale en prenant ce mot cléri-
cal dans le vilain sens, dans le sens de recommandation et d'intrigue.
Nous autres pauvres diables qui défendons l'Eglise tant que nous pouvons, nous n'avons, en réalité, d'autre influence que celle de nos idées. On nous vient quelquefois trouver en nous disant : « Vous devez connaître celui-ci, celui-là ; vous devriez me recommander, » et nous répondons : « Je ne connais personne. Tous mes amis dans le clergé ressemblent à ce vieux prêtre de campagne que vous avez rencontré sortant d'ici ; il n'a pas voulu quitter Paris sans me voir, et il m'a embrassé comme du pain pour l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ces misérables lui ont tout pris, excepté sa soutane, qu'ils ont trouvée en trop mauvais état, et j'ai comblé tous ses vœux, en lui donnant un exemplaire de IdL France juive y — ce qui m'est d'autant plus facile que c'est aux dépens de Marpon et Flammarion et qu'ils ont assez gagné pour contribuer à cette bonne action. »
Les fonctionnaires républicains et francs-maçons sont tout autres; ils ont tous la fourbciie latine comme les juges ; ils ressemblent tous, plus pu moins, à ce Munatius Plancus, ancien valet d'Antoine, rallié plus tard à Auguste et que l'historien appelle : « Traître par tempérament », morbo proditor,,.
La plupart des fonctionnaires qui ont expulsé les religieux avaient commencé par mendier la protection des Jésuites. Soyez sûrs que les trois quarts de ceux qui étalent le plus bruyamment leur zèle pour la République ont déjà fait dire au comte de Paris que s'ils restaient en place, c'était pour mieux servir le Prince, quand l'instant serait venu de faire connaître leurs véritables sentiments. C'est l'histoire de Saisset-Schneider, qui, préfet de Bordeaux au 16 Mai, envoyait chaque jour deux rapports : l'un à Fourtou, l'autre à Gambetta.
D'autres sont à cheval sur le tableau, comme on dit, je crois, au baccarat. Tel est Poubelle qu'Henri Rochefort appelle Bellepuce. Nul n'est plus infâme. A l'exemple de
SOS LA FIN d'un monde
Flourens il a déclaré, en plein Conseil municipal, que, même après un concours, un Français dont les sentiments étaient chrétiens ne pouvait occuper un emploi dans l'administration et le Conseil municipal fut assez vil pour applaudir!
Un jeune homme, qui s'était fait inscrire comme membre au Cercle catholique du Luxembourg, s'était présenté pour entrer dans les bureaux de la Préfecture de la Seine; on lui déclara que, s'il restait membre du Cercle, D devait renoncer à l'espoir d'entrer à la Ville.
C'est le plus ignoble espionnage organisé et personne mieux que moi ne sait combien ces mœurs publiques sont différentes de celles de l'Empire. J'ai passé, en effet, une partie de mon enfance à T Hôtel de Ville ; entre deux classes du lycée Charlemagne je revenais manger un morceau et faire mes devoirs dans le bureau de mon père, qui n'a jamais caché à personne ses sentiments républicains. J'ai lu les principales pièces des Châtiments et la Badinyuette sur du papier à en-têle : Préfecture delà Seine, 1'® division, 2« division, 3® section. Quel contraste entre la tolérance d'un Haussmaun et le goujatisme persécuteur d'un Poubelle et de ses pareils !
Si Poubelle se prête docilement à toutes les ignominies répubUcaines, M™« Poubelle n'est pas ainsi. Tous les journaux ont raconté, à l'époque, qu'à Marseille elle avait protesté contre les expulsions et déchiré de ses blanches mains des aiïiches anti-cléricales.
Vous vovez le mouvement d'ici : si la roue tourne, Poubelle dira à sa femme : « Prends ton chapelet et toutes tes médailles et cours chez les Pères plaider ma cause et expliquer que je n'ai agi que pour le bien*. »
On n'imagine pas ce que les Pères, qui sont la bonté même,
* C'est un peu le cas de M. d'Ormesson, le nouvel introducteur des Ambassadeurs. Tandis que M. d'Ormesson, alors préfet des itasses-I'yrenées, procédait à la première exécution des décrets, M"' d'Ormesson, nous apprend ÏQFeUt Caporal cite par VUniver»
ont déjà reçu de demandes de républicains se recommandant d'avance à eux.
Le plus clair de ceci, c'est que le comte de Paris, si, par extraordinaire, il devenait roi, ne licencierait pas l'armée des fonctionnaires qui dévore la France ; il mettrait, tout au plus, quelques personnes à la retraite, ce qui créerait une nouvelle classe de retraités. On a eu d'abord les retraités de l'Empire, puis les retraités de la République modérée dite conservatrice, nous aurions maintenant les retraités de la République rouge.
En 1871 on servait des retraites civiles à 45,000 employés et ce service coûtait 30 millions par an.
En 1886 le nombre des retraités civils s'élevait à 80,000 et la dépense atteignait 59 millions en chiffres ronds (exactement 58,762,000 francs).
Quant aux traitements, ils ont monté de 307 milllions à 460 millions par année , soit un accroissement annuel de 53 millions.
Le pays avait autrefois 500,000 employés à nourrir ; il en a aujourd'hui 900, "00. Avec la volonté du comte de Paris de ne toucher à aucun droit acquis et l'obligation dans laquelle il serait de satisfaire au désir de toucher, désir assez naturel après tout, de ceux qui ont combattu la République dans l'espoir d'être dédommagés, nous aurions non plus 900,000,
du 11 septembre 1888, était agenouillée dans réalise Saint-Martin pour protester contre Pacte odieux de son mari.
On voit d'ici le déjeuner : — Âs-tu bien prié, ma chérie? — Et toi, cher ami, expulsas-tu bien?
Ce qu'il y a de plus étrange là dedans, c'est que ce d'Ormesson, qui descend des d'A^uesseau, est un des derniers représentants de la famille de saint François de Paule.
11 faut ajouter que M. d'Ormesson, qui est un fort habile homme, trouva le moyen, sans se brouiller avec la Républi(]ue, de ne pas participer à la seconde exécution des décrets. M'importe, c'est une singulière époque que celle où l'on voit des hommes qui ont eu des saints dans leur famille se mêler à des crocheteurs pour pénétrer, sans mandat, dans des domiciles privés et en chasser des religieux.
mais 1,200,000 fonctionnaires. Ces 1,200.000 prcbendiers feraient ce que font les 900,000 qui existent déjà; ils nous ruineraient sans s'enrichir eux-mêmes; ils seraient tous pauvres, tous pères besogneux de fils envieux et déclassés dont la France est obligée de payer l'éducation et qui ne sortent du collège que pour travailler à une révolution qui les aide à satisfaire leurs appétits.
Le comte de Paris ne serait pas plus en état que la République de faire face à cette situation anormale ^ 11 se heurterait, comme elle, à la fatalité économique ; il n'arrivera pas, en effet, avec une corne d'abondance sous le bras et il n'aura pas de mot magique pour remplir les tiroirs vidés par les Républicains.
Les conditions économiques ne changeront pas parce que Philippe VII sera sur le trône. Les Américains, par exemple, ont commencé par acheter toutes leurs locomotives chez nous; aujourd'hui ils fabriquent une locomotive en vingt-quatre heures et ce n'est certes pas pour les beaux yeux du comte de Paris qu'ils recommenceront i\ s'adresser à nous.
Il en est ainsi de tout, des étoffes, de l'horlogerie, et le comte de Paris le sait mieux que personne, car il est beaucoup plus fort en statistique que moi. Il n'a qu'à prendre un volume dans sa bibliothèque pour y voir les progrès qu'a faits l'Allemagne rien que pour les tissus notamment qui constituent une différence de 89 millions par an en faveur de l'Allemagne depuis 1809.
• Au mois d'août 1888, le gouvernement annonçait triomphalement, dans une note officielle, qu'il était parvenu à réaliser une réduction de 6.500,000 francs su4* l'ensemble de tous les ministères pour le prochain bud^^et.
Cette joie fut de courte durée. Le ministre des Finances n'avait pas su faire une addition et la réduction était de 4 millions. Quelque temps après, on apprenait qu'il n'y avait plus de réduction. Ceux qui abandonnaient unesomine dans le bnd^etordinaire demandaient à la reprendre sur le budf?et extraordinaire. Tout cela, voyez-vous, c'est toujours du Guifj;nol. La vérité est qu'il n'y a pas en France un homme qui ne veuille toucher quand il n'a pas touché et qui ne tienne à continuer à toucher quand il a touché une fois.
Dans ces conditions la seule raison d'être d'un prince serait, au lieu de jouer à Thomme moderne, d'en revenir aux traditions de l'ancienne monarchie. Dans ces temps-là on servait l'Etat et on ne se servait pas de lui. Quand on avait rempli quelque fastueuse ambassade comme celle du duc de Saint-Simon en Espagne, on mourait entouré d'huissiers qui inventoriaient jusqu'à vos manuscrits.
Une telle abnégation serait peut-être plus rare aujourd'hui; mais, en dehors de cette Bohème politicienne qui est la même dans tous les partis, on trouverait encore dans les réservée de la France d'excellents citoyens qui seraient heureux d'offrir pour rien leurs services au pays et que l'on décorerait en échange.
Il y a, à Paris, deux ou trois cents négociants qui se sont retirés des affaires en pleine force de l'âge, qui ont l'habitude de gérer de grandes administrations avec ordre et intelligence et qui consentiraient à remplir gratuitement les fonctions de directeur de l'Assistance publique.
Prenez Germain Bapst, que je vous cite parce que je le connais ; c'est un jeune homme riche, actif, il s'occupe de l'art français avec passion par tradition de famille ; il a voyagé dans tous les pays du monde. Est-ce que vous croyez qu'il ne ferait pas un directeur des Beaux-Arts supérieur à ce Larroumet, qui était professeur à Stanislas et qui a abandonné les cléricaux quand ils ont été hors d'état de lui être utiles pour flagorner bassement Simon dit Locicroy ? En quoi les Beaux-Arts éprouvent-ils le besoin d'être dirigés par ce Larroumet ? Qu'est-ce que ce Larroumet peut savoir des Beaux-Arts ?
Ouvrez un concours très difficile pour les fonctions d'inspecteur des Beaux-Arts : vous aurez cinquante jeunes gens très instruits, qui ne font rien et qui seront enchantés d'exercer ces fonctions à titre purement honorifique, pour occuper intelligemment leur temps. En admettant l'impossible, en supposant que le concours ne donne pas de résultats, pensezvous que l'obélisque tomberait parce que les Beaux-Arts ne
seraient plus inspectés 7 Ils s'inspecteraient eux-mêmes, voilà tout.
Le grand malheur, c'est l'obstination que mettent des centaines de milliers de parasites à vouloir vivre aux dépens d'un pays qui n'est plus assez riche pour les nourrir. La France est semblable à une mère que de grands ûls, des ûls de quarante à cinquante ans, s*obstineraient toujours h téter. La pauvre mère ne peut plus y suffire : il n'y a pas mauvaise volonté de sa part ; elle ne peut plus, elle n'a plus de lait...
Voilà ce que les Princes devraient dire et ce que M. Francis Magnard aurait dû mettre dans le manifeste, spirituel d'ailleurs, qu'il a prêté au comte de Paris.
Pourquoi les Princes ne parlent-ils pas ainsi? C'est parce qu'ils ont derrière eux un état-major qui ne veut pas croire que le buffet est vide et qu'ils ne pourront pas se mettre à table à leur tour.
Sans doute la tablée du comte de Paris sera mieux com posée que la tablée actuelle et l'on y mangera plus proprenumiy mais au tond tous les politiciens se ressemblent.
Le duc Decazes, dont l'Orléanisme veut faire un grand homme, était mêlé à tous les tripotages financiers. C'est lui qui, le premier, a prostitué la Légion d'honneur, en faisant accorder à Hirscli la plaque de grand officier. Pour être nommé député à Puget-le-Tliénicrs, il avait recherché l'appui (lu parti séparatiste; il avait conclu une alliance cynique avec lui et n'avait pas hésité une minute à sacrifier tous les intérêts de la France au point de vue commercial dans le projet de traité de commerce avec l'Italie*. Les députés char-
* Consulter le livre véritablement prophétique de M. Brachet-; Vital if qu'où voit et V Italie qu'on ne voit pas,
« Aprî's un simulacre de discussion, ecni .Ni.nrarhet, le ministère rran«;ais sipna le traité de commerce franco-italien dont les conditions avaient été déclarées inacceptaltios six mois auparavant par les nc^ociateurs fran^Mis. Ln rotnur, le duc Decazes ubienait l'appui du parti italien pour sa propre candidature dans le cuinto de .Nice.
« ik's que le cabinet de Rome fut en possession du traité, il
gés de l'enquête ont trouvé les dépêches les plus incroyables sur cette candidature, et ils ne les ont pas toutes publiées.
Que de gens, dans Tentourage du comte de Paris, qui wilsonneraient, comme de simples républicains, s'ils étaient à même de le l'aire ! Ils se servent déjà du nom de leur maître avant même qu'il ne soit roi.
Paris apprit avec stupéfaction, il y a deux ans, le prochain mariage d'une jeune fille de l'aristocratie avec un grand négociant de Paris, un de ceux qui, selon l'expression des rabatteurs de Wilson, t ne sont pas décorables même pour 100,000 francs ».
Tout était décidé et les journaux avaient annoncé l'hyménée lorsque le père fit demander une audience immédiate au comte de Paris. Le jour venu, il entre chez le prétendant avec la mine sombre et désolée du comte de Nangis dans Marion de l'Onne : il ne manquait que les hallebardiers.
— Monseigneur, vous connaissez le dévouement de notre famille à la iMonarchie, mais, permettez-moi de vous le dire avec une respectueuse franchise, j'aurais mieux aimé que vous me demandiez autre chose...
— Voyons, expliquoz-vous, lui dit le comte de Paris.
— Oui, monseigneur, c'est un rude sacrifice que celui que vous exigez de nous.
— Encore une fois, je ne vous comprends pas...
— La fortune, la vie, ce n'est rien, mais, ici, c'est l'honneur même.
— Je vous ordonne de parler nettement.
— Enfin ce mariage !...
— Quel mariage ?
— Le mariage de ma fille... Vous m'avez fait dire que vous souhaitiez cette union pour réconcilier l'aristocratie avec le grand commerce parisien.
s'empressa de le faire ratifier par le Parlement, afin de nous couper ultérieurement la retraite. Ce fut, en etîet, à grand'peine que la Chambre de 1878 repoussa la convention, gr&ce à l'énergie du rapporteur M. Uerlet. •
— Moi ! Je ne vous ai rien fait dire du tout...
Le quiproquo finit par s'expliquer. Le grand négociant avait envoyé à un des familiers du comte de Paris la facture de sa femme acquittée et le familier n'avait rien trouvé de mieux, pour reconnaître ce bon procédé, que de faire intervenir le nom du comte de Paris auprès du père de la jeune fille pour décider ce ni an âge.
L'union se serait faite sans un clerc de notaire qui sauva la situation, comme dans FranciUon, et qui, en apportant le projet de contrat à la famille de la jeune llUe, agit en honnête homme et éclaira ces braves gens.
Le comte de Paris a la notion de toutes ces évidences. S*il pouvait parler librement, en fumant un cigare avec un homme de bon sens comme moi, je suis sur qu'il me dirait que j'ai raison; mais il est obligé de continuer quand même la tradition épistolaire du comte de Chambord. 11 promet, de temps en temps, de monter ;\ cheval à des gens qui n'ont pas la moindre envie d'y monter derrière lui et qui, généralement, n'ont pas même de cheval. Je puis lui offrir, quant à moi, de rallier le camp avec fîob, encore faut-U que Bob soit bien dispose et. Dieu sait, qu'il ne l'est pas tous les jours !
On ne peut imaginer à quel point les Princes se rendent malheureux en persistant à afficher des sentiments qui ne sont point les leurs, à jouer des rôles pour lesquels ils ne sont pas faits.
Le duc d'Aumale est un saisissant exemple à citer sous ce rapport.
« C'est un grand malheur de n'être point né dans sa patrie», disait Théophile Gautier qui, devant les vulgarités et les prosaïsmes de Paris, rêvait incessamment de l'Inde aux végétations étranges, de palais de marbre dont les marches plongeaient dans le Gange, de forêts de bambous pleines de rugissements de tigres...
C'est un grand malheur, pourrait-on dire aussi, de n'être pas né pour sa position. Le duc d'Aumale est ainsi : il n'était
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nnllement né pour être prince et il s'était fait de Texistence un concept qui n'avait rien de princier.
Pour le duc d'Aumale il n*y a dans la vie que deux belles situations pour un homme : général de division et académicien. Quand on a quelques gouttes du sang de Louis XIV dans les veines, on pourrait avoir une ambilion plus haute; il est juste aussi de dire qu'on pourrait avoir des désin plus bas.
Au fond rhomme se ressent toujours de ce qui Ta le plus vivement frappé à l'heure des sensations juvéniles, quand les sutures du cerveau ne sont pas encore faites, qu^and, selon l'expression de Daudet, « on n'est pas encore achevé d'imprimer». A cette époque de la vie, le duc d'Aumale vit de près Cuvillier Fleury qui fut son précepteur et Bugeaud qui fut son général et il se dit : « J'estimerai que ma destinée est remplie si jamais je réunis en moi ces deux hommes. »
Il est comme cela et tout ce qu'on pourrait dire h ce sujet ne servirait à rien. Toute la politique monarchiste contemporaine a roulé sur l'idée fixe qu'avait l'héritier des Condé de conserver ces deux uniformes, sur l'illusion qu'on les lui laisserait s'il se faisait tout petit garçon, sur l'espoir, qu'en ne donnant un sou à personne pour conspirer, il arriverait à mourir à Chantilly et que Renan prononcerait sur sa tombe un discours sentimental et lubrique qui ferait rougir M. Bocher et pleurer Léonide Leblanc...
Pour arriver à ce but le duc d'Aumale déploya une diplomatie sans égale.
Le grand art d'un prince de nos jours, l'art vital, pourraiton dire, est de concilier son idée fixe qui est de rester tranquille avec le désir, plus apparent, d'ailleurs, que réel, que manifestent les fidèles de voir leur prince s'agiter.
La plupart des dévouements, sans doute, s'arrêtent en route dèsqu*(.n:ieles subventionne plus, mais il y a des dévouements qui suivent toujours comme certains chiens qui s'attachent à vos pas avec une désespérante obstination et dont on ne sait comment se débarrasser. Pour ceux-là il faut découvrir
une formule qui contente momentanément les pins ardents et qui les fasse patienter un peu.
Le comte de Ghambord fut poursuivi toute sa vie par des gens qui voulaient absolument se faire tuer à ses côtés, et, comme ce prince, au cœur magnanime et bon, n'avait pas la moindre envie de se faire tuer, ni de faire tuer personne pour un peuple qui guillotinait un monarque paternel et vertueux comme Louis XVI et qui divinisait Marat avant d'encenser Barras, il inventa la question du drapeau. Le Prince Napoléon, plus cynique et qui riait aux éclats quand Raoul Du val l'appelait « le Prince Je m'en f... », s'est contenté de déclarer qu'il était républicain. Le duc d'Aumale avait inventé l^e portrait. Pour se débarrasser de ceux qui, sans le connaître, venaient Timportunor de projets d'action, il avait un portrait du Taciturne, et, comme au fond, les partisans les plus fougueux de l'action ne demandent qu'à être découragés, les visiteurs de Chantilly se dispersaient dans Paris en disant : « Le Prince attend son heure ! En nous montrant le portrait du Taciturne il a eu un geste qui en dit long. »
Cet égoïste de qualité supérieure s'était ainsi préparé, avec une incontestable habileté, une tombe bien capitonnée ; ce vieux garçon, ce jouisseur délicat, n'avait rien oublié de ce qui pouvait embellir ses derniers jours ; il avait fait avec l'Académie un mariage officiel et un mariage morganatique avec Babet.
Le pauvre prince avait compté sans les serviteurs obstinés de l'idée monarchique; ils agacèrent tellement le public avec la bataille de Rocroy, qu'on finit par enlever son grade au duc d'Aumale et enfm par l'expulser.
Le prince ne se découragea pas, il fît agir les Lambert de Bruxelles près de Carnot ; il lança les membres de l'institut sur Floquet et crut qu'il allait toucher au but et ^oir levée sa punition.
Hélas ! l'infortuné ignorait ce que sont de^ amis dévonés. Il lui arriva la même mésaventure qu'à ce député trop aimé qui ne pouvait faire un pas dans sa ville natale, se diriger
même vers l'endroit le plus retiré, sans qu'immédiatement toutes les musiques et tous les orphéons n'attaquassent un air de bravoure.
« La bataille de Rocroy ! Coudé jetant son bâton de commandement dans les lignes ennemies I Les Princes de la Maison de France l »
Finalement le duc dut rester à Bruxelles avec Babet...
C'est notre excellent ami Cornely qui a la spécialité de ces plaisanteries funestes. C'est incontestablement un des hommes de ce temps qui se seront le plus fait rire euxmêmes, mais son comique est d'une essence particulière : c'est la gaieté lyonnaise, toujours un peu narquoise, comme celle de Gnafron, le Guignol de Lyon qui représente une vis comica spéciale, une sorte d'humour né dans les brouillards de la Saône comme l%umour anglais dans les brouillards de la Tami.-e. Cornely doit détester les Princes, mais il assouvit sa haine sur eux d'une façon originale, en les caressant vigoureusement à rebrousse-poil, avec un air convaincu qui ne permet pas de se fâcher et qui semble le fait d'un dynastisme exaspéré.
Je ne puis croire, en effet, que Cornely soit sincère lorsqu'il couvre le duc d'Aumale de lauriers à propos de la démarche des membres de l'Institut.
C'est ce que j'écrivais à un membre du parti conservateur qui m'engageait à ne plus dire la vérité, à rentrer dans le mensonge général : c A quoi servent des articles comme ceux du Gaulois ? Croyez-vous sérieusement pouvoir tromper l'opinion ? Des proscrits du 2 Décembre, sans ressources, sajis métier, sans moyens de gagner .leur vie, ont supporté les rigueurs de l'exil de la plus nome et de la plus fière façon ; ils ont refusé l'amnistie que leur offrait Bonaparte, Monsieur Bonaparte, comme on disait chez Victor Hugo. Voilà un exilé, soixante fois millionnaire, auquel le séjour à l'étranger n'enlève rien de ses aises et c'est celui-là, c'est ce Prince du sang qui s'avilit au point de faire mendier sa grâce à un Floquet ! Et c'est, à cette occasion, que vous osez parler
de la Maison de France et des gloires de la vieille Monarohie ; c'est à propos de ce sybarite que gêne une feuille de rose que vous venez demander aux petits et aux humbles de se sacrifier et de se dévouer ! »
Qui espère-t-on tromper encore une fois? La foule voit tout cela aussi distinctement que nous le voyons nous-mêmes, elle le sent comme nous, et cola démontre rinutilité de toutes les impostures écrites.
De tous les prétendants, le seul qui ait quelques chances, c'est Boulanger.
Beaucoup de mes amis m'ont tourmenté pour que j'aille voir le général, mais j'ai craint d'avoir l'air de venir demander une place et l'entourage, d'ailleurs, n'est pas attirant. J'ai eu force notes sur lui et des notes bien diverses, mais à quoi bon discuter d'avance un homme qui semble visiblement marqué par la Destinée pour faire beaucoup de bien ou beaucoup de mai ? U a le choix : il dépend de lui d'être très grand ou très misérable, il est son maître, comme on dit, et je trouve que ce sont nos bons prêtres du Morbihan qui ont pris le sage parti en disant force messes pour que Dieu l'éclairé.
Quel plus magnifique rôle à jouer que le sien l Pour être grand il n'est point nécessaire qu'il ait du génie ; il lui sufiirait simplement de se faire un ferme propos à lui-même, de se dire : « Je ne serai pas une canaille ! Les traîtres qui nous gouvernent ont mis dans tous les emplois des Juifs allemands ou des Naturalisés pour noAis livrer au moment de la guerre, — je ne m'entourerai que de Français dont je ferai vérifier avec soin l'origine. Les scélérats qui sont au pouvoir ont compris que devant l'Europe, à peu près tout entière coalisée contre nous, notre seule chance de salut serait l'union ; ils ont organisé par tous les moyens, parleurs lois, parleurs journaux, la guerre civile dans ce pays; ils se sont efforcés de diviser les Français entre eux sous prétexte qu'il y a des gens qui vont à la messe et d'autres qui n'y vont pas —
je m'efforcerai de rétablir la concorde ; je ne persécuterai personne, je laisserai chacun libre. »
Ceci, le général Boulanger l'a dit un peu dans sa proclamation aux électeurs de la Charente^ il a flétri les députés qui refusent de fortiiier nos ports et qui gaspillent nos milliards pour nous mettre hors d'état de résister à Teunemi.
La Chambre, qui n'a rien fait, a dit le général, et qui n'a même pas su mettre en état de défense nos ports les mieux situés pour résister à une attaque, gaspille des centaines de miJlions en entreprises inutiles et suspectes. Nos ressources, dont pas un denier ne devrait être dépensé sans une absolue nécessité, sont arbitrairement englouties dans le gouffre des fonds secrets ou criminellement gâchées dans un but électoral.
Tout est mensonge dans le budget comme dans les promesses faites aux travailleurs. Ceux qui ont mission de défendre et de faire aimer la République semblent avoir pris à tâche de la compromettre en faisant d^elle la propriété d'une faction au détrnnent de tant de Français qui ont le droit d'en réclamer leur part.
Le général a déclaré, non moins nettement, qu'il ne persécuterait jamais personne. Il a répondu à une dépêche interrogative qu'on lui adressait à ce sujet :
La Rochelle, le 11 août 1888.
Je réponds sans difficulté à votre télégramme. Je ne ferai jamais, quoi qu'il arrive, de persécution religieuse; car, si j'en faisais, j'agirais contre ma conscience et mes intérêts.
Général Boulanger.
C'est peu sans doute, mais il ne faut pas oublier que toutes les Loges sont à la solde de l'Allemagne, que les meneurs du parti républicain poussent à la persécution pour obéir à un mot d'ordre de Berlin et que les républicains honnêtes, dupes de ces meneurs, ne s'aperçoivent pas que c'est Bismarck seul qui a intérêt 5, diviser la France par la guerre religieuse.
Au moment où paraissait cette déclaration dans la Croix, un oliicier m'écrivait textueli«m^ut : « Je ne crains pour le
général qu'un accident préparé par nos criminels politiciens. Si on ne le tue pas, il tera sauter tous les robins par-dessus le bord. Nous regarderons les nageurs dans le sillage. »
Le jour même, par une coïncidence singulière, un malheureux, probablement excité par des agents allemands, tirait quatre coups <ie revolver sur le général sur la place de Saint- Jean-d'Angely !
La veille, les tribunaux avaient condamné à deux ou trois mois de prison de pauvres diables de grévistes coupables d'avoir renversé un tombereau de sable ; l'homme qui avait lait feu sur un général français était immédiatement mis en liberté...
Que le général, encore une fois, se dise : c Je serai un hon« nête homme au pouvoir! » Qu'il se cramponne à cette idée, et tout ira bien pour lui... Il est plus populaire qu'il ne se Timagine encore; il résume, il incarne en lui l'universel dégoût pour ces Parlementaires odieux à tous. On a annoncé qu'il jetterait la Chambre à la porte et cela suffit pour que les paysans, regardant déjà cette belle action comme accomplie, Tescomptenl d'avance, sachent gré au général de l'intention seule comme si la besogne était déjà terminée.
J'ai vu (les centaines de paysans en contemplation devant une image représentant le Coup de balai. Le général, en grand uniforme, couvert de ses décorations, est au premier plan; il a mis l'épée à la main et, d'un geste superbe, il chasse du Palais-Bourbon les députés qui s'enfuient en donnant les signes de la plus vive frayeur. On reconnaît les personnages les plus importants de la majorité : les uns cachent précipitamment «les papiers qui doivent être des rapports adressés aux puissances étrangères sur les expériences faites dans nos arsenaux ; d'autres, surpris au moment où ils comptaient avec leurs complices, où ils revidaient (c'est ainsi qu'on appelle à l'Hôtel des Ventes le partage des bénéfices), enfouissent anxieusement leurs portefeuilles dans les poches de leurs vêtements. Ferry, naturellement, a détalé le premier, comme au moment de Lang-Son, mais la peur, ainsi qu'il
arrive, a paralysé ses pieds, iln*a pu commander à ses jambes d'avancer ; il a roulé sur le devant de la scène et Ton devine que tous les fuyards, emportés par une irrésistible panique, ▼ont passer sur le corps du Tonkinois.
La viir, la campagne Ont soupe de vous, Bourgogne et Champagne Normandi', Poitou, Paris, la Province Demandent prompt'ment Que Ton vous évince Tous du Parlement.
Ainsi s'exprime la complainte qui traduit les vœux de la nation. Il est évident que la France demande qu'on les évince tous ; malheureusement les coquins se trouvent bien et n'ont pas envie de se laisser évincer...
Sans doute, il est triste pour une nation comme la France d'en être arrivée à ne plus espérer de salut que dans uu homme qui, jusqu'ici, n'a accompli aucun exploit extraordinaire. Mais, quand un peuple a une espérance de ce genre, vous ne la lui ôterez jamais, car cette espérance, il ne l'a conçue qu'après avoir beaucoup souffert, après avoir acquis la conviction que le remède n'était que là. C'est la manifestation d'un état d'esprit. On souhaite, non pas seulement ce que Mercier a nommé le généralisme, mais Vimpérialat ; on appelle un impérator, un maître, un chef.
Toutes les nations, à un moment donné de leur évolution, ont passé par cette phase. C'est une erreur de se figurer qu'un pays a le choix entre la Uoyauté et l'Empire : il est en Royauté ou il est en Empire, comme on est, selon le cours de l'année, en été ou en automne, comme on est, selon le cours de la vie, dans l'âge mûr ou dans la vieillesse.
Une Royauté qui n'est plus munie des organes essentiels à son fonctionnement, qui ne repose plus sur les lois d'une hérédité ininterrompue, qui n'a plus ni aristocratie, ni hiérarchie de classes, ni vie municipale, est un Empire, et la
meilleure preuve, c'est que les d'Orléans n^arguent pas d'un droit supérieur ; ils demandent Tinvestiture au peuple, an nombre. « L'héritier de Hugues Gapet, dit très justement M. Jules Delafosse, ne prétend plus qu'à Théritage de César. »
Au fond, ce qu'on reproche le plus au général Boulanger, c'est de n'avoir pas marché sur l'Elysée le jour de la manifestation de la gare de Lyon et d'être un peu long à tirer le sabre.
c Croyez-moi, mon général, tirez-le du fourreau le plus tôt possible ce fameux sabre après lequel tout le monde aspire.
c Pour abattre la Republique actuelle, il vous faudra franchir un ruisseau comme César. Ce ruisseau, il est vrai, n'est pas le Rubicon qui roulait ses eaux claires vers l'Adriatique, c'est un ruisseau de boue, quelque chose comme le cloaca maxima dont les miasmes pestilentiels chatouillent agréablement les nerfs olfactifs des hommes au pouvoir. Une fois le ruisseau franchi, vous serez le maître.
« Dans la pleine décadence où nous somme^ les Empereurs poussent vite ; à Rome, il y en eut jusqu'à 30 à la fois, parmi lesquels beaucoup ne vous valaient pas. Il y eut Posthume, Ingenuus, Victorinus, Laelianus, Regalianus, Mémor, Antoninus, Cecrops et beaucoup d'autres ; il y eut Marins, un ouvrier forgeron qui, dit VHistoire auguste, ne régna que trois jours ; il refusa de donner la main à un compaf^'non d'atelier et celui-ci le tua avec une épée qu'ils avaient forgée ensemble. Il y eut même une impératrice, Victorine, que les soldats appelaient Mater castrorum,
« Tous ces élus de la place publique ou du camp ont eu des bustes, des images comme vous en avez, des statues comme vous en aurez ; l'empereur Marins lui-même, ce qui me fait accepter la version qui prétend qu'il régna cinq mois de septembre 267 à janvier 208, revit pour nous dans ure pierre gravée du cabinet de France qui nous montre, coiffée de la traditionnelle couronne de laurier, la plus étonnante tête de pochard ahuri qu'il soit possible d'imaginer.
c On a donné à tous ces Césars des louanges moins passa-
LE MONDE POLITIOUB 317
gères qne celle qu*on vous donne dans Vlntransigeant ou dans la Presse, puisqu'elles vivent encore dans la pierre et que les érudits qui les déchiffrent arrivent aux honneurs de rinstitut. On les a appelés Père de la Patrie, Restaurateur du monde, Gloria sœculi, Salus provinciarum; on leur a accordé les 70 salutations impériales qu'on répétait, vous le savez, cent ou cinquante fois, comme on récite les litanies...
c Si vous osez et, surtout, si vous gagnez contre TAllemagne la première bataille qui sera décisive, mais qu'il ne noui serait pas impossible de gagner si nous n'étions pas trahis, — ce qui dépend de vous — vous aurez tout cela, mon général. On jurera par Boulanger comme on jurait à Rome sur le Génie de l'Empereur vivant ; on vous représentera en Triptolème comme Claude ou en Hercule comme Caracalla le Germanique...»
Comment cette droite, en qui se personnifient tant de choses respectables, tant de braves gens, tant de croyances, tant d'intérêts essentiels, en est-elle tombée à avoir besoin de Boulanger pour remuer le pays, comment en est-elle réduite à se mettre à la remorque de Boulanger, à n'espérer qu'en Boulanger ?
Les hommes de la droite sont arrivés 210 au Parlement avec 3,500,000 voix ; la puissance formidable dont l'administration dispose en France avait réussi à grand'peine à assurer 500,000 voix de différence aux Républicains logés dans toutes les places, multipliant de tous les moyens d'influence. Ces 210 députés ont commencé d'abord par se laisser décimer et ceux qui sont restés au nombre de 180 puis t*e 175 ont moins fait que les Cinq de l'Empire.
Ceci, un membre de la droite, mais un esprit sincère et loyal, l'a reconnu lui-même *.
* Cornely a, lui aussi, eu le mérite d*avouer la lamentable déception qu'ont causée les députés de la droite à ceux qui les avaient nommés.
« £n 1885, écrit-il, pour ne pas remonter au déluge, le suffrage
kV*:*
Les Cinq, sous l'Empire a écrit M. Jules Delafosse dans le Matin, nous ont appris ce que peuvent la résolution dans les desseins et la continuité dans Taction. Ils luttaient dans les conditions les plus défavorables contre un gouvernement auQuel ils avaient juré fidélité. Le çouvernenienl impérial était puissant et populaire ; Topposition sans crédit et sans cause. Et pourtant les Cinq combattirent avec une ténacité tellement implacable que leurs revendications inutiles firent brècbe dans les défenses de l'Empire, et qu^aux élections de 1809 plus de 3 millions de voix leur faisaient cortège. Nous avons, nous, pour cible aujourd'hui un ré{;ime mallaîflant, misérable, déconsidéré, chargé des exécrations de tous les honnêtes gens, honni parles siens eux-mêmes, et, au lieu d'achever sa ruine, qui serait la délivrance pour tous, nous
universel s'est livré & une manifestation opposante formidable. Il a envoyé à la Gtiambre 210 antirépublicains. Cette phalange a été décimée par les invalidations et réduite à 170 députés.
Que devaient faire ces députés ?
De ro[)p')sitiun.
En ont-ils fait?
Non!
Faisaient-ils de l'opposition lorsqu'ils votaient les budgets, 80US prétexte qu'il fallait bien que les fonctionnaires fussent payés, que les services fussent assurés ?
Faisaient-ils de l'opposition, lorsqu'ils s*amusaient à soutenir le ministère Uouvier et lorsqu'ils nous clouaient le bec, à nous autres, irréconciliables, en nous disant que nous n'avions pas le droit de faire la leçon à des députés, que les députés savaient des choses que nous ne savions pas, qu'ils avaient, pour agir, des raisons que nous ignorions.
On eût dit, à les entendre, tous, que Rouvier négociait avec les uns le retour du comte de Paris, et avec les autres le retour du prince Victor.
Il ne ni'^sociait rien du tout.
Ils n'ont rien obtenu. Ils n'ont sauvé ni un Frère ni une Sœur, et ils se sont laisses museler inutilement.
Faisaient-ils de l'opposition lorsqu'à la chute de M. Grévy ils s'amusaient à voter pour le général Saussier, Tun des rares généraux de l'armée française qui passent pour républicains?
C'était là un vote républicain, c'est-à-dire un vote qui, émis par eux, n'avait ni rime ni raison, ni queue ni tête.
Non ! non ! Nous devons à tout le monde cette Justice de déclarer que si les républicains ont été incapables dans le gouvernement, les conservateurs ont été incapables dans Topposition.
Depuis 1885, il n'y a au qu'un homme qui a su faire réellement de roppof ition ; et cet homme, c'est Je générai JSoulanger» •
V'^Jli-:"^
LE MONDB POLITIQUE 319
nous employons à lui assurer la vie ! Les Cinq, en pareille situation, feraient une trouée si large, qu'aux élections prochaines le suffrage universel y passerait tout entier. Nous sommes 175 qui, au lieu de marcher et de frapper ensemble, nous émictlons au point de devenir une sorte de mortier ministériel avec lequel on répare les brèches faites au gouvernement de la Republique par la République elle-même. Si c'est là tout le parti que nous savons tirer du présent, quel lendemain nous est réservé ?
Les députés de la droite n'ont su ni se rallier franchement à la République comme le leur demandait Raoul Duval, ni faire de l'opposition.
Un simple journaliste de province auquel, avec leur égoïsme habituel, les conservateurs s'étaient efforcés de fermer la porte du Parlement, M. Thiébaud, a fait plus que ces 180 députés, il a inspiré au général Boulanger l'idée du rôle qu'il y avait à jouer, il a vu les uns et les autres, il a remué toute la France, lui, le pauvre et l'obscur. Alors les membres de la droite se sont mis humblement derrière Boulanger, ils lui ont dépêché des ambassadeurs pour le sonder, pour savoir s'ils figureraient sur ces listes.
Que cela, à le regarder de près, est navrant et pileux 1 Celle partie de notre livre est, assurément, la plus difficile à traiter, il nous faut l'essayer cependant.
En réalité, ce sont des gens médiocres que ces hommes de la droite. J'ai constaté déjà la pauvreté de ce qu'ils ont dit en ces quatre années remplies par tant d'événements faits pour inspirer Téloquence humaine. Pas un éclair, pas une de ees paroles enfiammées qui mettent le feu à tout, pas un de ces cris qui remuent une nation, pas un de ces outrages qui arrachent un hurlement de colère à un ministre prévaricateur, pas une évocation de la Patrie française d'autrefois devant cette France d'aujourd'hui, pillée, trahie, livrée aux Juifs. A part quelques discours de de Mun qui sont vraiment d'un beau souffle, tout a été pure rhétorique, verbiage, plaidoirie; ils ont parlé tous comme parlent les avocats à la barre ; ils
ont dît le contraire de ce que venait de dire celui qui avait oratoré avec eux, et puis voilà tout... *.
La vérité, c'est que ces politiciens ne croient pas à ce qu'ils défendent. Ils n'ont point le Verbe parce qu'ils n'ont pas la Pensée; il ne faut point leur demander cette inspection des choses face à face et cœur à cœur qui seule est la caractéristique de toute bonne pensée en tout temps; ils sont, comme dit Carlyle, « dans les insincères hypothèses, les plausibîlités, les ouï-dire ». Ils estiment que la religion vaut mieux que l'irréligion, mais leur âme n'est point pleine de l'idée de Dieu.
Dans ces conditions on ne fait rien qui vaille et on ne touche personne, même lorsqu'on s'exprime en termes bien choisis. Le grand homme n'est pas un homme comblé de dons extraordinaires, c'est un homme ordinaire qui veut résolument accomplir tout ce que Dieu attend de lui; il sait qu'il y aune volonté divine, une idée de Dieu sur le monde et il s'efforce ingénument et simplement de correspondre à cette idée. L'être qui a cette conception est fort ; tous les Mackau de la Chambre ont beau le happer dans les couloirs et lui dire : « Prenez bien garde ! » Et patati et patata... Il passe en répondant civilement : a Bonjour, Mackau ! Faites votre petite cuisine à votre aise... Moi, je vais remplir ma mission... >
'Gornely avait suggéré aux hommes de la droite un moyen de se relever un peu et de clore par un acte viril cette législature qui a trompé tant d'espérances.
Le meilleur procédé, disait-il, pour obtenir cette dissolution que réclame tout le pays c'est de l'imposer. Que la droite démissionne tout entière!
11 eût ete même à désirer que les députés de la droite donnent à cet acte ce caractère de grandeur qui saisit les âmes. J'aurais aimé voir les représentants traverser Paris en corps, revêtus de leurs insignes, arriver ensemble au Palais Bourbon et faire lire par l'un deux une déclaration, non pas ampoulée, mais énergique et simple : « Cette Chambre est pourrie, elle n'est bonne qu'à voler et à trahir la Patrie, nous nous retirons. »
A la surtie, les députés de la droite auraient été acclamés et les députés républicains accueillis p&r les cris : « Â la chienlit! » Ils auraient sie^^^é deux ou trois jours, mais la pression de l'opinion publique aurait été trop forte et ils auraient été obligés de disparaître.
n convient de revenir sur ce point que nous avons déjà indiqué. Cette absence de toute action effective s'explique beaucoup par l'atmosphère spéciale créé par le journalisme.
Autrefois il fallait mériter la gloire, aujourd'hui il suffît de la payer. D est entendu d'avance que tout journal subventionné par un groupe de députés de département proclamera que ces députés sont tous énergiques, intrépides, héroïques. La presse conservatrice de Paris brode là-dessus et les gens s'endorment volontiers dans cette vapeur d'encens.
Ce sont les rois qui ont commencé, quand le journalisme n'existait pas encore, à vivre ou plutôt à mourir dans cette vapeur artificielle ; aujourd'hui, ce sont les royalistes.
Le fait remonte loin du reste. A partir de Louis XIV, que le comte de Chambord appelait « le premier des Napoléons », l'apothéose impériale, la pompe latine se substitue aux rapports cordiaux et, parfois même, empreints d'une familiarité un peu vive que les Aryens germains avaient gardé dans leurs rapports avec leurs souverains, comme un souvenir de la libre vie dans les forêts d'autrefois.
Le roi jadis était un camarade pour ses compagnons d'armes. Qui ne connaît l'histoire de Grillon et de d'Aubigné couchés au pied du lit dans la chambre d'Henri IV et conversant sur leur maître.
— A-t-on jamais vu un roi aussi vilainement ladre que le nôtre ?
— Assurément non.
Le roi intervient alors et dit à d'Aubigné :
— Vous reprendrez votre conversation demain, mais, Ventre-Saint-Gris, je tombe de fatigue, laissez-moi dormir.
On ne se figure pas un entretien semblable dans la chambre du comte de Chambord.
C'est précisément ce côté humain qui faisait la force des rois d'autrefois et qui intéresse encore à eux, car le peuple n'aime rien tant que de trouver un homme semblable aux autres hommes dans un souverain qui a été grand.
C'est toujours charmant ce Diable à quatre qui mène la yie de partisan depuis Tâge de seize ans, qui a vécu an milieu des batailles et qui, dès que le canon commence à gronder, descend précipitamment de cheval ; il se met derrière un arbre, défait son haut-de-chausses à la hâte, et bientôt il remonte à cheval, et, comme à Fontaine-Française, d^à roi, il accomplit des actes de folle témérité, il s'élance avec 200 compagnons au milieu de toute Tarmée espagnole.
On voit bien cet homme : il éprouve une impression physique, il la surmonte parce qu'il est Français et il se conduit Taillamment.
Imaginez Taccueil que vous aurait fait le comte de Vanssay, le comte de Blacas, ou le marquis de la Ferté si vous leur eussiez dit vers 1872 :
— Je crois qu'au dernier moment le roi mouillera peutêtre un peu sa culotte, mais je suis sûr qu'il marchera.
— Comment pouvez-vous proférer une parole semblable 1 Notre roy avoir peur ! Quel blasphème !
Et, en fait, leur roy n'a jamais eu peur; il n'a jamais bougé; il n'a jamais pris le contact du danger...
Il est resté pour ses fidèles ce qu'il fut : une espèce de personnage, non pas surnaturel, mais extra-humain comme les images de Saints sans yeux, sans formes et sans signification que Ton vend rue Saint-Sulpice.
Pour nous évidemment les Saints sont tout dilTérents. Ce sont des trahisseurs de leur maître comme saint Pierre, des passionnés de plaisir comme saint Augustin, d'impétueux et irascibles capitaines comme Loyola, qui, déjà converti et en route pour aller s'enfermer dans un couvent, eut tant de peine à s'empêcher de pourfendre un Maure qui avait mal parlé de l'Immaculée Conception de la très sainte Vierge. Ils ont surmonté leur nature mauvaise, pusillanime ou violente et c'est précisément cette victoire remportée sur euxmêmes qui fait leur grandeur à nos yeux.
Les chefs du parti conservateur ne voient pas comme cela : ils ne 5e doutent pas de Teflort qu'il faut accomplir pour
agir, de la grandeur qu'il y a dans un homme comme Louis Napoléon arrivant deux fois, en pleine tranquillité, abordant les troupes, s'exposant aux balles et disant à Strasbourg et à Boulogne : « Je suis le neveu du grand Empereur et je viens occuper le trône de France. » Ils n'ont jamais réfléchi à la résolution qu'il iaut à un Barbes, à un Blanqui, à un général Eudes même, attaquant brusquement un gouvernement et disant : « Je ne vous reconnais pas et je vais TOUS chasser. »
C'est à peine si, aujourd'hui, les conservateurs commencent à se douter que les Morny, les Persigny, les Maupas étaient d'autres hommes que les Broglie et les Fourtou.
Les conservateurs n'aiment pas ces analyses parce qu'il en appert que rien ne s'obtient que par le Sacrifice. Retournez la situation dans tous les sens, regardez à droite, regardez à gauche, il est évident que le seul homme qui puisse exercer une action quelconque est l'homme qui dit : t Mon sacrifice est fait. Je suis prêt à tout; j'ai regardé en face l'hypothèse suprême : la Mort ; je l'accepte d'avance. »
Quand je parle de sacrifice, mes lecteurs devinent qu'une pensée me hante : la pensée de la Victime Sainte qui mourut pour le salut du genre humain, de l'Homme- Dieu dont chaque jour le sacrifice de l'autel nous rappelle la volontaire immolation.
A ceci je ne m'arrêterai pas. Ce sont des méditations faites pour le sanctuaire et qui seraient déplacées dans ce livre trop humain. C'est à peine, si le front prosterné dans la poussière, le Vendredi Saint, lorsqu'on est bien uni par la prière à Celui qui a voulu endurer pour nous l'horrible supplice de la Croix, on peut sonder le mystère d'Amour que contient l'agonie du Golgotha.
Le protestant Carlyle lui-même a eu ce sentiment de respect: « Le pluis grand de tous les héros, dit-il, c'en est Un — Un que nous ne nommerons pas ici. Qu'un silence sacré médite cette matière sacrée. »
Il est donc bien entendu que ce que je viens de penser
tout haut devant mes lecteurs n'a aucun rapport avec ce qne^" je vais dire. C'est un ordre d'idées tout différent...
Dans Tordre humain on n'agit que par .a vol j«atéy à la condition que cette volonté aille jusqu'à vouloir ir.ourir, ce qui naturellement lui donne l'avantage sur la volonté des autres, qui veulent vivre.
Tout homme qui est décidé â mourir peut agir sur les éwènements. Derrière tous les événements il y a un homme qui a été décidé à mourir.
Sans doute, beaucoup de causes ont fait que l'Italie, puissance de troisième ordre il y a quelques années, soit plus influente maintenant dans les conseils de l'Europe que la France et puisse prodiguer les humiliations au pays qui l'a affranchie. Mais, parmi toutes ces causes, il y en a une qui n'est pas la moins importante de toutes. Il s'est trouvé un homme qui s'est entretenu un jour avec lui-même : il avait des bank-notes plein son portefeuille, il était de noble race, jeune encore, éloquent, aimé des femmes ; un matin, à Londres, il s'est posé cette interrogation à lui-môme : « Voyons, es-tu résolu à mourir ? » Il s'est répondu : « Oui. » Il a pris alors un cab et il est allé examiner la guillotine du Musée Tussaud pour savoir comment on mourait quand on mourait guillotiné, et là-dessus il est parti pour Paris. Cet homme s'appelait Félice Orsini...
Ce que pèse dans la balance du Destin une vie volontairement donnée pour une idée, nul ne le saurait exprimer. Les individualités capables de s'arracher violemment du cœur l'amour de vivre deviennent rares. L'enfant brave le péril parce qu'il ne sait pas ; le vieillard prend d'infinies précautions pour se conserver ; à mesure que l'être a jeté de plus profondes racines dans l'humanité, il tient davantage à elle. Les peuples jeunes, ainsi que nous le constations dans un des premiers chapitres de ce livre, produisent des martyrs, des héros, des êtres sacrificiels ; les peuples vieux en produisent peu.
C'est, qu'au fond, la détermination est dure à prendre et la
lutte très dramatique. L'homme a ud objectif superbe, glorieux : défendre ses croyances, combattre pour ses convictions mais il a aussi un subjectif terrible, un subjectif de plomb qui le cloue au sol et l'empêche d'avancer. Comme le prisonnier du baron des Adrets, il s'avance sur le bord de la tour, il interroge l'espace du regard et il se rejette en arrière en murmurant : « Sapristi, quel saut ! »
La peur do mourir, voyez-vous, entrave singulièrement les mouvements humains. C'est la baguette d'arrêt du revolver : le revolver est tout chargé, il ne demande qu'à partir, mais la baguette d'arrêt empêche tout.
L'homme se tient alors des discours à lui-même et, certes, il y aurait une curieuse page de psychologie à écrire sur tout ce qu'un homme peut se raconter pour ne pas agir, pour doubler par une logique son instinct de conservation. Les médecins ont donné une cause puérile à la mort du comte de Chambord; la vraie cause, je la distingue très bien; je devine comment l'estomac a fini par être usé par les trépidations intérieures, par la répercussion de l'éternel combat qui se livrait en haut dans ce cerveau ne pouvant arriver à donner un ordre au corps, à décider la bête à maicher.
Et, cependant, si la vie est précieuse, c'est une belle chose que l'héroïsme, la gloire des vaillants qui meurent pour leur cause, le coup de main hardi, et c'est bien dur de se dire : a Fini, tout cela I »
Les contemporains qui ne veulent pas dire : « C'est fini I » organisent autour d'un homme une espèce de légende, de fiction journalistique qui donne satisfaction à l'héroïsme velléitaire qui est encore, sinon dans les âmes, du moins dans les imaginations : ils créent une personnalité comme celle de Charette, un chef qui doit tout renverser, tout avaler, tout oser, et qui ne bouge pas...
Je me hâte de dire, qu'au jugement de tous ceux qui l'ont vu au feu, Charette est un des plus braves officiers qui soient et que je n'ai nullement l'intention d'attaquer un homme
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digne de tout respect. Le côté que je veux peindre en loi, c'est le côté du faux insurgé, du révolté pacifique qui, depuis seize ans, est toujours sur le point de partir et qui ne part jamais.
C'est là, en efTet, une figure bien moderne, bien parisienne, diraient les journaux boulôvardiers, et tout le monde s'emploie, comme dans un innocent complot, à ne point la laisser dans l'ombre.
Pour Charetle le rôle d'insurgé est une sorte de situation comme pour Anatole de la Forge le rôle d'arbitre de Thonneur. On lui ferait volontiers un service de première dans les théâtres, et le gouvernement lui assurerait facilement une place dans les cérémonies comme à un homme qui tient un emploi spécial, qui est le chef incontesté des insurgés vendéens. On est habitué à voir sur lui, à dates à peu près ûxes, des articles qui varient peu. Il marie ses filles et l'on déploie à celte occasion la bannière de Patay; il joue chez lui, en famille, « la jolie saynète de Verconsin n : A la porte; il réunit ses zouav» s à la Basse-Motte, ou bien il les promène, à travjips les méandres de la Seine, sur un bateau à vapour : le Touriste; ainsi que fit Marie Colombier pour fêter le succès de la Plus belle femme de Paris. La presse annonce la saynète, le banquet, la promenade avec un petit air de clairon — le clairon de la Penissière.
Tout le monde est content. Les zouaves pontificaux sont heureux d'avoir une allure un peu héroïque avec un chef qui est un liomme très brave et, en même temps, ils savent gré à ce chef de ne pas forcer la note. Ils bedonnent tou« plus ou moins; ils se sont, grâce aux recommandations du clergé, mariés presque tous assez avantageusement; ils feraient leur devoir à l'occasion, mais ils auraient éprouve une surprise assez désagréable, si, après le déjeuner du Touriste, Charetle leur avait dit doucement comme Napoléon 111 à ses amis, le l®*" décembre, à onze heures : « C'est pour demain ! »
Ce mot, il est probable, qu'à moins de circonstances impos-
sibles à prévoir, Gharette ue le prononcera jamais. Ajoutons qu'il lui faudrait maintenant une énergie surhumaine pour le dire ; il a conquis, sans avoir rien risqué, une gloire que les plus téméraires oseurs n*ont pas eu de leur vivant. Il aurait mené vingt ans la vie du Gabacilla, conspiré comme Fiesque, supporté dix fois la torture sans rien avouer comme Carmagnola, entrepris des expéditions de folle audace comme Garibaldi, passé trente-cinq ans dans les prisons après avoir été condamné cinq fois à mort comme Blanqui, attendu, le sourire aux lèvres, Theure de son exécution comme Barbes qu'on ne parlerait pas de lui en termes plus enthousiastes. 11 jouit de ces honneurs modestement et il mourra nonagénaire dans lattitude menaçante d'un homme qui est sur le point de s'insurger, en disant comme Delobelle : « Je ne renonce pas ! »
Derrière le cercueil de cet homme paisible on entendra quelques zouaves pontificaux, très âgés, murmurer entre leurs dents Fappel farouche aux gars du Bocage :
Monsieur de Gharette a dit à ceux de chez nous :
Levez-vous !
La chasse est ouverte contre les loups.
Monsieur de Gharette a dit à ceux d'Ancenis :
Mes amis.
Le roy va ramener les fleurs de lys.
J! serait puéril de prétendre que, si Gharette n'a pas agi, c'est qu'il n'était pas assuré du succès. G'est un raisonnement de notaire ou d'homme d'affaires, ce n'est pas un raisonnement d'insurgé. Le propre de l'insurgé, au contraire, est de se lancer dans Tinconnu, de forcer violemment la main à la Destinée et, par le seul fait de sa volonté, par l'extraordinaire puissance que lui donne le sacrifice qu'il fait d'avance de sa vie, de contraindre la Destinée à accoucher. Il est à la merci évidemment du hasard , mais il peut aussi être servi étrangement par ce hasard ; il a des chances de renver*
ser des gens pris à Timproviste et qui ne sont pas sur le même plan d*idées que lui ; il se heurte à des résistances imprévues, mais, très souvent aussi, il rencontre des défaillances incroyables, des affaissements inouïs, des facilités à passer sur lesquelles il n'aurait pas osé compter ; une porte de bronze derrière laquelle il devait y avoir des hommes prêts à se faire tuer jusqu'au dernier se trouve être une porte de carton et, quand on Ta enfoncée en pressant dessus, on aperçoit un vieux concierge débonnaire qui vous dit : «c Donnez-vous donc la peine d'entrer. »
L'insurgé, au fond, ne sait jamais ce qui arrivera à la suite de ce qu'il fait, mais ce qu'il sait, c'est qu'il arrivera quelque chose, n a produit de l'action et cette action crée des mou- Tcments, des courants, opère des déplacements de situations et des troubles d'êtres qui seraient restés à l'état latent sans cette secousse.
Imaginez Charette ayant fait une belle tentative, dans un moment favorable bien entendu, pendant une des crises que nous avons traversées. Il échoue. On le condamne à mort, mais on n'ose probablement pas le fusiller. La peine de mort est abolie en matière politique et toute la France se soulèverait d'indignation à la pensée qu'on va mener au polygone de Vincennes le soldat de Patay, tandis que tous les traîtres qui ont fait décimer nos troupes au Tonkin se partagent tranquillement le fruit de leur infamie.
On n'aurait pas fusillé Charette et il serait sorti de prison nommé par 25 départements ; il aurait personnifié ce que représente le général Boulanger : la protestation d'un homme au cœur français contre l'ignoble gouvernement que nous subissons.
En admettant qu'il eût été fusillé, le Charette, tombé ainsi sous les balles, aurait laissé dans Thistoire une autre 'figure que celle du Charette qui joue du Yerconsin à la Bisuse-Motte. Les mœurs, si amollies aujourdliui, seraient devenues plus &pres ; des kmes se seraient réveillées, des yengenis auraient sur^; le gouvernement, ainsi traqué, aurait étéoUigé de se
rendre plus odieux encore qu'il ne Test par des mesures qui n'auraient fait qu'irriter les esprits et, un beau jour, il se serait écroulé subitement devant un coup de main moins bien préparé que ne l'aurait été celui de Charette.
Il est bien entendu que personne n'est oblip^é de s'insurger. Que les conceptions de la vie sont différentes et combien sont haïssables les gens fanatiques et intolérants qui ne veulent pas laisser chacun organiser son existence h sa façon t J'ai des amis qui vivent à Paris, comme on doit vivre au Japon, dans le petit jardin aux feuillages sombres où Ton attache le soir des lanternes de couleur, « près de l'étang bleu où sont les cormorans ». Rien ne les agite, rien ne les trouble ; ils laissent aller le monde comme il l'entend et je vous assure qu'avec eux je ne me dispute jamais.
11 en est tout autrement lorsqu'un homme passe pour incarner en lui Tinsurgé blanc. J'ai le droit de létudier, de l'apprécier à ma façon et de le comparer aux insurgés rouges.
La comparaison, il faut l'avouer, n'est guère avantageuse pour les Blancs d'aujourd'hui.
Simple soldat ou sergent dans le parti conservateur, nous avons été tous plus ou moins injustes pour certains hommes, alors que nous écrivions au jour le jour, sans avoir le temps de penser. Lorsque le loisir nous vient et que nous pouvons méditer une heure ou deux avant d'écrire une ligne, l'optique change et nous nous rendons bien compte de la pression que quelques Républicains énergiques ont exercée sur les événements.
Prenez Bai'bès le 12 mai 1839 au matin. Il est jeune, très riche lui aussi, très aimable, très aimé, et la vie doit lui sembler agréable. C'est un dimanche: la moitié de Paris est allé à la revue qui se passe au Champ-de-Mars et cependant Barbes, en descendant dans la rue, rencontre encore pas mal de Parisiens retardataires. C'est le monde de Paul de Kock, de bons bourgeois qui se dirigent vers les guinguettes de arec des paniers de provision sous le bras et
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la progéniture qui suit le père et la mère. Barbés se dit peut-être : « Ce sont ces gens-là qui ont raison et qui sont des sages. »
Peut-être Barbes, en regardant passer un étudiant et sa frisette, pense-t-il à une maltresse qui l'attend lui aussi. Il songe peut-être aux pièces qull pourrait aller voir ce sbir-là.
A rOpéra-Gomique, on donne la première représentation d'un petit acte : le Panier fleuri, d'un compositeur encore inconnu qui s'appelle Ambroise Thomas, et qui est joué par Chollet et M»«» Prévost.
Au théâtre de la Renaissance, W^^ Anna Thillon chantait, f:ar extraordinaire : Y Eau Merveilleuse, et M. Frederick Lemaltre jouait, pour une de ses dernières représentations, VAlchimiste de M. Alexandre Dumas, tandis qu'au Gymnase on avait la Belle-sœur où, nous dit le Constitutionnel, «c M™« Dorval est si parfaite, et un Ange au sixième étage par la piquante Nathalie ».
La semaine, d'ailleurs, était pleine d'attractions. A l'Académie royale de musique c'était Mario dans le Comte Ory; aux Français, M*>^ Rachel qui continuait ses débuts dans Eryphile d'Iphigénie en Aullde. C'était, aux Français encore, le père d'un des amis de la France juive, Simon, de son nom de guerre Lockroy, qui, certes, ne devait pas plus amuser le public dans Jlf *• de Belle-Isle, dont la vingtième représentation était annoncée pour le 18, que le fils ne nous a amusés dans le rôle de grand maître de l'Université!...
Barbes, qui avait l'àme d'un artiste, dut avoir une minute d'attention pour toutes ces séductions de Paris ; il vit, devant la porte du Palais de Justice, quelques hommes de garde et un officier qui se promenait de long en large, et il est probable qu'il eut la sensation qu'on éprouve devant une muraille énorme qu'on est résolu à escalader.
Que de choses, en effet, derrière cet officier : tous les soldats et tous les officiers de son régiment et tous les soldats et tous les officiers de tous les régiments de Frange, et tous les magistrats, tous les préfets, tous les conunisaaires de
police, tous les gendarmes, tous les gardes champêtres, et la Chambre des députés et la Chambre des pairs !...
L'heure s'avançait cependant. L'attaque était indiquée pour 3 heures et demie, et le rendez-vous donné pour 3 heures au n^ 33 de la rue Quincampoix, chez une dame Roux, au domicile de laquelle étaient déposées des cartouches et des armes. Tout le monde était exact, Barbes disait : « En avant !» et à 3 heures et demie une vive fusillade était dirigée sur le poste du Palais de Justice.
A 7 heures tout était fini.
Repoussé du Palais de Justice et de la Préfecture de Police, Barbés avait réussi à s'emparer de l'Hôtel de Ville, il en avait été délogé, et, après une lutte acharnée dans les petites rues Transnonain, Greneta et Simon- Lefranc, il avait été blessé à la tète et fait prisonnier. Quelques mois après, cet homme qui aurait pu voir la première du Panier fleuri à l'Opéra-Comique, écrivait ses dernières pensées dans le cachot des condamnés à mort, en attendant son exécution...
Barbes fut sauvé, moins par les vers de Victor Hugo, que par la jeunesse des écoles, qui, à cette époque, réservait ses admirations pour d'autres que les Ferry et les Wilson; il n'en resta pas moins neuf ans en prison, dans la dure prison du Mont-Saint-Michel.
Neuf ans de prison, vous savez, c'est long ! Si Charette avait dit aux navigateurs du Touriste : c Barbés a fini par avoir la République, vous aurez aussi la Monarchie, mais il vous faudra rester neuf ans en prison, » que de zouaves pontificaux auraient demandé à faire escale de suite et à descendre au viaduc d'Auteuil 1
La vérité, cependant, et il n'est pas inutile de le répéter, c'est qu'on ne réussit qu'en consentant à se sacrifier. Sans doute Barbes a échoué le 12 mai 1839, mais les insurrections successives qui ont troublé le règne de Louis-Philippe ont formé peu à peu des hommes accoutumés à la guerre de rue. Au 24 fé- Trier, ces hommes étaient là attendant, regardant... Quand le
fameux coup de pistolet fut tiré et qu'une émotion soudaine secoua la foule, ils virent, avec leur expérience des émeutes, que < ça y était •, comme on dit, et ils poussèrent juste à IHnstant favorable.
11 se produit, à un moment donné, dans ces batailles-là, comme dans les autres, une espèce de tournoiement ; la Victoire, tirée à droite et à gauche, trébuche et semble ne plus «avoir de quel côté aller. On" ne peut pas créer ces mouvements-là à volonté, mais, lorsqu'ils se manifestent et que des hommes bien organisés sont prêts à en profiter, TafTaire est dans le sac. C'est d'ailleurs là qu'est toute la supériorité des Blanquistes, qui, moins nombreux que les autres révolaiionnaires, se tiennent les coudes et dans une circonstance favorable peuvent intervenir utilement.
C'est à l'intention des jeunes gens de la nouvelle génération qui m'ont écrit des lettres si pleines de tristesse, d'anxiété, de précoce découragement que je me suis étendu sur ce point.
Je n'ai pas qualité pour prescrire à personne une règle de vie, mais, après avoir pensé et médité, j'ai le droit d'indiquer à de plus jeunes que moi une méthode intellectuelle qui me semble propre à former un être viril.
Je dirai donc à ceux qui se trouveront peut-être en position de sauver leur pays, comme auraient pu le faire les hommes de TAssemblée de 1871, s'ils n'avaient pas été si lamentablement inférieurs à leur tâche :
« Allez entendre de temps en temps un bon prédicateur pour vous fortifier dans la Doctrine, mais évitez avec soin l'éloquence de la chaire laïque, les prosopopées redondantes, les serments de mourir, l'appareil de ces phrases toutes faites qui ressemblent au matériel de Belloir, qui sert pour toutes les fêtes, aux écussons de carton, aux tentures d'Andrinople, qu'on transporte dans des voitures spéciales. Songez à Timmense ridicule dont s'est couvert le parti monarchique avec cet immense déballage de phrases de rhétorique qui a
commencé à la (in de 1871 : • Dieu le veut I Nous reprendrons le glaive des anciens chevaliers, nous combattrons avec répée flamboyante, nous tomberons s'il le faut comme les Macchabées. » Tout cela pour arriver à subir patiemment les actes les plus odieux, sans qu'il se soit trouvé un mâle pour flanquer cinq coups de revolver dans la tète d'un préfët ou d'un commissaire de police qui entrait dans les domiciles privés sans mandat.
€ Appliquez à vos projets d'intervention dans les choses publiques l'admirable méthode de méditation des Exercices de saint Ignace. Figurez-vous, en esprit, dans une situation quelconque, comme saint Ignace, par exemple, nous recommande de nous transporter à la veille du Jugement dernier et demandez-vous ce que vous éprouveriez. Déterminez h i en à l'avance votre puissance de volonté. Ne vous remplissez pas le cerveau à vide avec des histoires de Chrétiens dans le Cirque que vous racontent des gens obèses, qui se croiraient perdus si leur côtelette n'était pas cuite à point et qui ne souriraient pas du tout s'ils étaient dans une arène au milieu de lions affamés. Comprenez bien l'admirable passage de€arlyle sur la Crainte et le Courage, la valeur est la seule chose qui ait de la valeur, qui vaille, valour is still value, mais ne mettez pas cela sur le mode trop lyrique, ne vous mentez pas à vous-même et ne vous imaginez pas que vous n'aurez jamais peur comme les d'Audiffret-Pasquier, les estradiers. les faiseurs de discours anniversaires qui jettent le gant à la République à 9 heures trois quarts, après avoir dit au cocher d'être exact avec le coupé à 10 heures moins cinq.
« Exagérez, majorez, au contraire, la peur que vous ressentiriez en face d'un danger réel; dites-vous qu'un flux de ventre ou un gros rhume enlèvent beaucoup de leurs moyens aux êtres les mieux trempés. Remémorez-vous à vousmême tous les motifs, si légitimes souvent, qui vous ômpécheraient d'agir. Mais, le jour où vous aurez bien déterminé vis-à-vis de vous-même ce que vous vous croyez capable de faire, le point précis où vous jugez pouvoir aller, ne cherchez
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pas des prétextes à ne pas agir dans les conseils décourageants des vieux politiciens conservateurs ; persuadez-vous bien que ce sont eux qui nous ont amenés où nous en somïhes, non point parce qu'ils n*ont pas été héroïques, — cela n'est pas donné à tout le monde — mais parce qu'ils n*ont pas fait le minimum d'efforts qu'ils pouvaient faire sans se hausser à des proportions surhumaines, parce qu'ils ont été constamment dominés par leur amour du bien-être, par leur continuelle préoccupation de ne point déranger la commode installation de leur vie.
€ Par-dessus tout, envoyez promener ceux qui, comme péroraison à un discours grandiloquent, vous compareront à des martyrs.
c U existe rue du Bac une maison où les apôtres qu'enflamme Tamour de Dieu se préparent au martyre ; il y a là un pieux musée d*où Ton sort comme écrasé d'admiration pour le courage des serviteurs de Jésus-Christ ; on voit là tous les instruments de supplice qu'a pu inventer la férocité humaine et qui n'ont jamais effrayé l'héroïsme des missionnaires. Nadar, mon aimable voisin de l'Ermitage de Sénart et qui est un mécréant fieffé, me racontait, avec des larmes dans les yeux, une cérémonie d'adieu dont il avait été témoin : un père et une mère assistant à la messe de départ dite pour leur fils. Le fils était désigné pour un poste d'où aucun prêtre n'était revenu vivant, où le missionnaire qui avait précédé eelui qui allait s'embarquer avait été déchiqueté par le bourreau, haché en menus morceaux avec un canif; les parents le savaient et un enthousiasme céleste se peignait sur leur visage à la pensée du sacrifice qu'accomplissait leur enfant.
c J'ai eu un cousin, Gambier-Drumont, dont M^'' Perraud a écrit la vie glorieuse et brève, et qui, en quittant l'École normale, renonça à tout ce qui s'offrait à lui dans l'espoir d'obtenir la mort du martyr; brisé par les fatigues de l'apostolat, il expira au fond d'une jonque, sur un fleuve de Chine, en ne regrettant que de ne pas avoir pu souffrir davantage pour le Sauveur.
« Votre cas n'est pas du tout le même que celui de ces hommes directement appelés par Dieu ; ne vous laissez jamais comparer à eux I G*est une idée saugrenue, en effet, que de comparer à des martyrs des catholiques qui sont chez eux, qui souvent sont riches, qui ont la liberté de la presse, la liberté de réunion, la liberté de Taffichage. Vous êtes chez vous, encore une fois, et une bande judéo-maçonnique outrage ce que vous respectez; outragez la bande, insultez ces hommes partout où vous les rencontrerez, coudoyez-les insolemment dans les salons et dans les cercles, divulguez les hontes de leur vie, publiez la liste des commerçants juifs, soulevez-vous, défendez- vous i En admettant que vous receviez quelques horions en combattant, vous ne serez pas des martyrs pour cela, vous serez de vaillants soldats, de braves Français qui ont lutté pour leur indépendance, tandis qu*en subissajit le joug ignominieux que vous subissez, vous êtes desmuûesetdes lâches. »
Veuillot aurait haussé les épaules si on lui avait dit qu'il était un martyr. Il tenait à être ce qu'il était : un vrai Français, réclamant ses droits sur la terre natale, riant de son rire immortel au nez de ceux qui racontaient des sornettes au peuple, jouant des coudes pour que les étrangers n'usurpassent pas la place des fils de la France, imprimant à des adversaires insolents ces corrections dont les Galvaudin, les Galapias et les Poivreau ont porté si longtemps les marques vengeresses...
Par malheur, il n'y a plus que les plébéiens à l'heure ac* tuelle qui aient cette carrure et cette vaillance. C'est le débat entre les gens de pied et les gens de cheval qui continue, mais en sens inverse. Jadis — et parfois même pour le malheur de nos armes — les gentilshommes, au moment du combat,troublaient Tordre de la bataille pour être les premiers à charger. Av^jourd'hui les fringants gentilshommes sont, pour la plupart, accointés avec tous les Mardochée et tous les Lévy de la création et laissent au petit monde le soin de défendre le Christ, l'Eglise et la France...
« Ne m'offusquez pas, je veux pfijraistre î » s'écriait François l" à Marignan, en écartant tout le inonde devant lui. Depuis le comte d'Artois qui jouait au whist avec M°^ dePolastron, pendant que les Chouans se faisaient tuer pour lui, jusqu'au comte de Paris qui tire avec persévérance des pousses «n Ecosse, on n'aperçoit plus chez les Princes cet impérieux désir de paraître.
Une nouvelle génération aura-t-elle moins de pusillanimité? Osera-t-elle porter à la tribune des questions que nul parmi nos députés n'ose aborder franchement? U faut l'espérer. Quant à nos représentants d'aujourd'hui, ils scot décidés à ne parler de rien...
Des membres de la droite font partie de cette inénarrable caravane d'Algérie donl la noie exacte ne nous a jamais été présentée. On espère qu'ils vont profiter de ce voyage pour s'instruire et qu'ils dénonceront les effroyables exactions commises par les Juifs dans cette colonie pour laquelle la France a versé des flots de sang, à seule fin d'y constituer un fief sémitique.
C'est le phénomène contraire qui se produit. Il y a quelques années, on s'occupait ei^rore un peu de l'Algérie àla Chambre, •depuis que nos députés uni été étudier l'Algérie à nos dépens, personne n'a ouvert la bouche à ce sujet dans la discussion du budget: personne n'a parlé des menaçantes insurrections i[ui se préparent partout sur cette terre où indigènes^t colons se débattent en vain sous les griffes du Juif.
Les hommes de la droite avaient là une excellente occasion de se rattacher aux traditions de la vieille Monarchie, aux traditions de cette France d'autrefois qui a conquis des nations entières sur les rives les plus lointaines, moins parla force que par l'honnêteté, l'esprit d'équité, la générosité de ses représentants. Pas un député n'a eu l'énergie de traiter cette question à fond, de demander, soit qu'on abroge le décret Grémieux, soit qu'on accorde la naturalisation aux Arabes, ainsi que Raoul Duval avait l'intention de le proposer*
LE MONDE POLITIi^UB J187
Pauvres Arabes i Je ne sais «rieB .d'impressionnant comme de causer avec quelques-uns de ces malheureux qui sont venus à Paris avec Tidée qu'on allait leur rendre justice. Pour l'Oriental l'idée d'autorité etTidée de justice sont inséparables ; un homme très puissant pour eux est un homme qui peut rendre souverainement justice ; ils se figurent qu'on voit un minisire ou un président de la République comme on voyait jadis face à face un pacha entouré de ses Arnautes,
vizir de nos (terriers sans nombre,
Ombre du padischah qui de Dieu même est l'ombre.
Ils arrivent à Paris et, dans es ministères^ ils ne trouvent à parler qu'aux garçons de bureau qui les écoutent en mangeant leur saucisson sur un morceau de papier; ils se présentent à l'Elysée, car ils ont vu dans un journal, au moment de l'élection présidentielle, que Carnot était honnête ; ils ignorent qu'il ne vaut pas mieux que les autres, puisque, huit jours après son élection, il n'a pas rougi lui, le petitfils du patriote Carnot, d'appeler à la Cour des Comptes le Franc-Maçon Noirot, flétri par un tribunal pour avoir joué un rôle honteux au moment de l'invasion prussienne.
Quelques-uns viennent me voir parce qu'ils ont lu la France juive. Ils croient que je puis décider un député à intervenir en leur faveur et je ne sais comment leur expliquer que des Chrétiens soient assez débiles pour ne pas oser attaquer publiquement à la tribune ces Juifs qui couvrent nos prêtres d'outrages et qui écrivent sur la sainte Vierge des infamies que la plume se refuse à transcrire.
Un de ces Arabes me donnait de visu et de auditu des détails inouis suii le fameux voyage des ministres ea Agérie.
Quand Berthelot entreprit son excursion en Eabyli) 7 ou 800 Kabyles entourèrent tout à coup sa voiture et L'un i'tux lui montra un morceau de pain fait avec de Ir paille JH lui disant :
— Voilà le pain que nous mangeons !
338 LA FIN a'UN MONDE
Savez-Yous ce que répondit Berthelot ?
— Nous en avons mangé d*aussi mauvais à Paris lorsque nous étions assiégés par les Prussiens.
— Monsieur le ministre, répondit le Kabyle qui parlait parfaitement le français, j'ignorais que vous fussiez des Prussiens...
L'Excellence républicaine eut un moment de bonté et s'efforça de rattraper sa parole imbécile.
Les Kabyles, alors, firent entrer le ministre, presque de force, dans leurs pauvres demeures et lui montrèrent les quatre coins qui ont chacun leur destination dans une maison kabyle : la planche à pain recouverte de poussière, les sacs d'orge pendant lamentables et flasques, les jarres à huiU desséchées, l'emplacement pour le mouton vide : c II n'y a plus rien, lui dirent-ils, les maisons, les moissons, les x»ijoux sont aux mains de vos protégés, les Juifs. L'impôt de capitation était autrefois de 12 francs par tête, il est maintenant de 100 francs. »
Le tableau est saisissant, n'est-ce pas ? Vous voyez d'ici Berthelot. « Tout savant, a écrit Victor Hugo, est un peu cadavre. » Cet homme est un savant, mais un savant d'une espèce particulière ; il se complaît, comme Renan, aux folichonneries funéraires; il goûte, comme l'auteur de VAbbesse de Jouarre, une jouissance monstrueuse et sénile à mêler l'image de la Volupté à l'idée de la Mort ; c'est lui qui, dans le discours qu'il prononça, comme ministre de l'Instruction publique, sur le cercueil des victimes de TOpéra-Comique, s'amusa à entre-bàiller de ses mains ridées de vieillard le tutu des danseuses et à évoquer les Amours rieurs devant ces chairs carbonisées et ces cadavres noircis...
Gomme Renan, c'est un suiveur de Fortune. Ce fut la princesse Mathilde qui, à un moment où il était complètement inconnu, obtint de l'Empereur qu'on créât tout exprès pour Berthelot une chaire de chimie organique au Collège de France ; après la chute de l'Eîmpire il n'a jamais remis les pieds chez la princesse. Devenu ministre à force de bassesse,
LE MONDB POLITIQUE 339
il représente le Progrès, la Givilisatton, led Principes de 89. (Allez, la musique 1) Et les Kabyles lui montrent ce qu'a fait cette Civilisation pour eux ; elle les a livrés aux Juifs ; elle a apporté la ruine et la famine à des peuples qui jadis vivaient libres et heureux.
Devant ce spectacle, cette leçon de choses donnée par des affamés, le cuistre aux discours faunesques n'éprouve nulle honte ; il ne sent rien remuer dans sa conscience. Il va, le cœur tranquille, rejoindre ses collègues qui font la noce avec nos écus à l'heure où des argousins allemands saisissent sur notre territoire un fonctionnaire français, Schœneblé, cramponné en vain au poteau qui porte nos couleurs nationales.
Le dernier Arabe que j'ai vu était le plus émouvant de tous. Indigné des exactions commises par l'administration de l'Algérie, il avait refusé les propositions qu'on lui faisait pour se taire et il s'était embarqué brusquement, sans argent. A Marseille il avait télégraphié à des coreligionnaires qui lui avaient envoyé quelques subsides et il avait poussé jusqu'à Paris. Là, il était tombé malade, puis, une fois guéri, il avait commencé, à travers la boue et la neige de Paris, à pérégriner de ministère en ministère avec des documents que personne, bien entendu, ne voulait lire.
C'est le perpétuel recommencement de l'histoire dont nous parlions à propos de Mustapha : une vision d'un modernisme presque carnavalesque, ce fils du désert bien drapé dans son pittoresque costume, tirant tout à coup de son burnous un numéro de V Intransigeant et vous parlant de l'interpellation de Paul de Cassagnac sur le général Boulanger — et, en même temps, un ressouvenir de ces délégués de peuples conquis qui jadis se transportaient à Rome pour porter plainte contre un proconsul prévaricateur.
Sur ce point, d'ailleurs, il faut constater que nous sommes en arrière de la Rome impériale. Verres, en effet, est un proconsul républicain; il n'est possible qu'avec un Sénat dont Ici membres, comme ceux de nos Assemblées, gardent le
silence à la condition qu'on leur fasse une part dans les exactions commises. Même sous les plus mauvais emperears, au contraire, les provinces furent admirablement administrées.
€ y en appelle à César, » disait le Grec ou Tibère, et il accourait à Rome comme TArabe accourt à Paris. Il se trouvait parfois que TEmpereur était de bonne bumeur, que la plume de paon Tavait convenablement chatouillé et qn*U était un peu débarrassé des lamproies ou des huîtres du lac Lucrin qui lui pesaient depuis la veille. Du haut de son tribunal il écoutait le plaignant et il lui faisait rendre jncrtice. Claude, qui n'avait pas beaucoup d'agrément dans son intérieur avec Messaline, aimait à venir siéger ainsi et rendait dei arrêts pleins de sagesse.
Aujourd'hui l'opprimé ne peut trouver un homme quelconque à qui parler ; il ne sort pas d'une filière de paperasses et de règlements. Du haut en bas de Téchelle il est convenu que tout est parfait, tous les abus s'arc-boutent, toutes les iniquités se solidarisent. On regarde comme une sorte d'attentat, d'excentricité, de folie, l'acte de celui qui se plaint. Une démarche de ce genre éveille toujours un mouvement de pitié jusqu'au jour où un énorme bloc de boue coagulée se détache subitement écrasant un Président de République, son gendre, deux généraux, couvrant de souillures un procureur général, éclaboussant les robes de magistrats...
On comprend l'espèce de désagrégation qui s'est opérée dans le parti conservateur. Ce qu'il faut plaindre, ce sont les êtres de candeur et de dévouement qui ont pris les appels à la croisade au sérieux, les vieilles gens qui ont vu s'écrouler tous leurs rêves, qui ont compris qu'ils avaient sacrifié leur existence inutilement. Les chefs, eux, n'ont rien perdu ; ils ont conservé leur situation mondaine ; ce sont les modestes, les magistrats démissionnaires, les curés sanslraitement, les journalistes sans journaux qui oiït poilé tcrtftk poids de la défaite.
Tout a craqué ou plutôt tout a uni comme une mauvaise farce. On a éteint le gaz subitement pendant que des spectateurs convaincus attendaient, Louche bée, le lever du rideau, et les naïfs des petites places ont dû chercher leur chemin à tâtons. Ceux qui avaient un chez-eux sont rentrés dedan? clopin-clopant et personne n*a songé aux minus habentes qui ne savaient où aller.
Le comte de Chambord n'a pas eu une pensée pour les écrivains qui depuis quarante ans défendaient sa cause dans d'obscurs journaux de province ^ La comtesse de Chambord^ Madame, comme on l'appelait solermellement, n*a pas même laissé aux œuvres françaises ce que le peuple appellerait « un soupir de son cœur >». Cette princesse, qu'on nous représentait avec Tauréole, attentive aux misères des Français, a été moins généreuse que M»® Boucicault. J'ai lu ' dans le Matin qu'un gros banquier juif allait louer la chasse du château de Gkambord; si ce n'est déjà fait, cela se fera...
On me citait un vieux légitimiste qui comptait quarantehuit ans de journalisme et qui avait longtemps rédigé une des feuilles monarchistes les plus lues de province. Il en était réduit â ramasser des faits divers et à s'occuper des chiens écrasés dans un petit journal avec lequel il avait rompu jadis des lances pour le roy. 11 parait qu'on écrasait très peu de chiens dans cette ville, car le digne homme n'était pas heureux....
Tout s'est transformé, d'ailleurs, depuis quelques aimées. La terre de France a produit longtemps du bon monde et
* Après avoir bouclé sa valise, le pauvre petit Prince impérial, qui n'avait rien, passa sa dernière nuit & Gnilhurstà rédiger un testament pour préserver de la ntisère ceux de ses proches qu'il savait sans fortune. Le comte de Chambord, qu'on nous peignait comme toujours prêt à quelque acte décisif, n'a pas eu la tendre et virile prévoyance de cet enfant de vingt ans; il ne s'est pas recueilli une fois dans les dernières années de sa vie devant la pensée d'une catastrophe possible; il ne s'est pas dit: « Je veux que mon testament soit digne d'un roi de France et que tous ceux qui m'ont aimé et servi y trouvent leur nom. »
c'étaient de belles âmes que les vieux légitimistes de proyince, chimériques, illusionnaires, mais le cœur sur la main, la main & la poche, vivant sans faste pour aider à la propagande sans intérêt personnel. L*orléaniste riche est plus coriace, il sait compter et, quand il subventionne un journal, il faut chauffer ferme la candidature. L'orléaniste qui n*a pas de candidature à soutenir ne s*abonne même pas, il vient voir de temps en temps le journal en épreuves dans le cabinet du rédacteur en chef, et il lui dit : « Mon cher, vous allez très bien, je vous lis au cercle. — Diable, dit le journaliste, si tout le monde me lisait au cercle, comme il n'y a que trois cercles dans la ville, je n'aurais plus qu'à tirer à 3 exemplaires. »
Au lieu d'Utiliser le dévouement déjeunes gens qui, en province, s'indignent de leur inaction, qui ne demanderaient qu'à faire une guerre implacable à la République, les monarchistes emploient des gens comme Meyerqui, avant d'écrire une ligne, est obligé de lécher tout le monde à la ronde, d'entasser les < distingués, les sympathiques, les éminenis confrères i pour qu'on ne lui jette pas à la face une injure trop facile.
Au fond les chefs des groupes conservateurs ne voient qu'eux : la satisfaction de leur vanité, la célébration de leurs vertus, la description de leur maison. C'est un très estimable homme, encore une fois, que le duc de La Rochefoucauld Doudeauville, mais une tête d'oiseau, une de ces figures comme on en expose aux vitrines de coiffeurs. Il faut qu'il lise sans cesse dans le Gaulois le récit de tout ce qu'il fait et de tout ce qu'il ne fait pas... Il a restauré Bonnétable ; il y a soixante chevaux dans les écuries, le château contient cinquante chambres de maîtres destinées aux invités ; ces chambres ne laissent rien à désirer au point de vue du confortable; on trouve dans chacune un lavabo et un savon...
On entend d'ici le duc interrogeant Meyer :
— C'est très bien ce que vous dites de moi, mais qu'est-ce que vous dites de la duchesse ?
" La duchesse ! je dis simplement que c^est une sainte...
— C'est bien cela... c'est tout à fait cela.
Beaucoup de députés conservateurs sont des hommes de yaleur. Très peu ont l'esprit vaste et généralisateur, mais quelques-uns sont très forts sur certains points, sur certaines questions. Us sont les premiers à constater Tindigence intellectuelle de ceux qu'ils ont choisis pour chefs ; ils s'efflrayent de cette situation, en apercevant les éclairs sinistres qui sillonnent partout Thorizon, mais ils n*osent pas prendre d'initiative et, surtout, ils restent fidèles au plus indéracinable de leurs principes : celui de ne s'imposer aucun sacrifice pour leur cause...
L'absence de toute organisation, le désir dominant chez tous de ne pas se mettre en avant, de ne pas être compro* mis, livrent naturellement les Catholiques à la merci du premier forban auquel il convient de les attaquer. Un Juif n'a qu'à frapper dans ses mains et les Catholiques fuient éperdus, comme une volée de moineaux surpris sur un cerisier dans un jardin.
Sans doute des journaux comme VUnivers, qui sont toujours solides au poste, remettent peu à peu le calme dans les esprits et ramènent assez rapidement les fuyards, mais l'effet produit est déplorable ; à la moindre alerte, vous ne rencontrez que des Catholiques décomposés poussant des gémissesepients, s'écriant : u Ah 1 mon Dieu ! est-il possible ? » /Ceci n'arriverait pas si les Catholiques avaient, en dehors des journaux religieux tenus à une réserve qui se comprend, une presse jeune, une presse d'avant-garde qui, dès que les' Juifs commenceraient à organiser une campagne contre les Frères ou les Sœurs de charité, tomberait avec entrain sur la fripouille judéo-républicaine, raconterait les hontes intérieures des députés de la gauche, les mœurs de ces princesses de la Juiverie s'accouplant à des marchands de chevaux, mariant leurs filles avec leurs amant». Le journal, en effet, a une liberté d'allures que le livre n'a pas ; il n'aurait,
pour être effroyable, qu'à noter les conversations que l'on tient dans les couloirs du Palais-Bourbon ou les propos qui circulent au grand air, du Rond-point des Champs-Elysées au Pavillon chinois.
Les Catholiques ne songent pas même à répondre. Il suffit, pour épouvanter tous ces gens, qui représentent la France en ce qu'elle a de meilleur, d'un sale Juif de Cologne méprisé de tous, déshonoré, ignoble, qui monte une affaire de Giieaux comme il lancerait une opération véreuse. Cet ami de Clemenceau qui, je crois, lui servit même de témoin dans une parodie de duel, a été convaincu de chantage en pleine Chambre, flétri par un tribunal, du temps où il y avaiit des juges, pour avoir menti sciemment en recommandant une entreprise qu'il savait être une filouterie; il a envoyé à une cousine de Berlin des vers injurieux pour la France ; on les a reproduits ; il a donné sa parole d'honneur qu'il n'avait pas écrit ces vers ; on lui a jeté la pièce autographe à la face.
C'est, en un mot, le patron des maîtres chanteurs qu'a célébré Jouy.
Maîtres chanteurs, guidés sur les chemins^ Par la lueur de ma louche Lanterne, Puisez sans peur, puisez à pleines mains , Chtz les gogos que mon journal corjsteme. Gros financiers f chantez en chœur !
Dans la France juive, j'ai esquissé, à grands traits, cette vie où la boue se mêle au sang et je ne m'explique pas que toutes les fois que ce youtre tudesque se permet d'insulter un prêtre rançais tous les journaux conservateurs ne s'entendent pas pour demander, enfm, au parquet l'inhumation de Rappaport.
Il est incroyable qu'aucune autopsie n'ait été faite et que ce malheureux Rappaport ait été emmené au cimetière clandestinement, accompagné seulement d'un rabbin.
Mayer, il est vrai, a allirmé constamment dans la Lanterne que Rappaport voulait vendre sa fille et qu'il l'avait assassi-
née parce qu'elle refusait de se laisser vendre, mais il faut remarquer que le directeur de la Lanterne avait beau jeu pour parler puisque Rappaport était mort.
Quand il ornait encore la terre de sa présence, Rappaport, qui fréquentait tous les cercles et toutes les maisons de jeu de Paris, racontait, au contraire, à tout venant, que c'était M™' Rappaport qui voulait exploiter sa fîlle et, quand on s'étonnait de le voir arriver avec cette enfant dans des endroits où les jeunes personnes ne vont généralement pas, il expliquait qu'il l'emmenait avec lui de peur qu'on ne l'enlevât en son absence.
Les tribunaux semblent avoir été de oet avis, puisque, contrairement à l'usage qui veut que la jeune fîlle reste avec la mère, ils avaient enlevé la garde de M"® Rappaport à sa mère qui vivait dans le désordre, pour la confier à son père qui, .sans être une fleur de vertu, semblait présenter plus de .garanties morales.
11 est évident que le père ne s'est pas suicide, comme on l'a dit, qu'il a été assassiné. Le dernier cri que poussa la jeune ûile quand elle apparut écbevelée à une fenêtre donnant sur la cour, dans la maison de la rue de Richelreu, fut : « Au secours! On assassine mon père! » Ce cri semble prouver que son père ne l'avait pas assassinée ; elle-même a dû être prise à bras-le-corps par derrière, arrachée de force de la fenêtre et frappée par un malfaiteur qu'il serait aisé de retrouver : Hic fecil cui prodest.
En tous cas les Radicaux, qui ont un si vif souci de la morale publique, devraient bien se joindre à moi pour demander qu'on exhume Rappaport et sa fille, qu'on fasse venir des témoins et qu'on recommence sérieusement l'enquête qui a été si prestement bâclée jadis.
C'est l'homme mêlé à ces ignominies qui brise en quelques jours l'œuvre de saints religieux. Le comité boulangiste lui avait remis 113,000 francs pour payer ses articles en faveur du général ; il trouva que ce n'était pas assez ; avec le sansgêne qui le caractérise, il met le général en solde, comme un
objet défraîchi, et le repasse à Arthur Meyer, qui s*écrie immédiatement : c Faisons la trouée 1 » et qui déclare, au nom du parti monarchiste, que Boulanger était le seul espoir de la France.
Pour la rentrée au bercail d'Eugène Mayer les Radicaux Youiurent naturellement tuer le veau gras et on lui demanda ce qu'il désirait : c Ma vente va baisser, répondit le youtre, laissez-moi organiser un scandale clérical. »
Tout le personnel de la Sûreté fut à la disposition du directeur de la Lanterne et vous devinez comment les choses durent se passer. Vous connaissez les hommes qui ont le maniement des fonds secrets. L*un est un Hébreu sordide, inventeur du petit papier trouvé en wagon, et qui, d'après les républicains eux-mêmes, organise des expéditions de casseurs de portes en Angleterre, fait assommer par des bravi les écrivains qui le gênent; l'autre est un voleur de lettres... Vous imaginez les scrupules que peuvent éprouver de pareils gens.
Quant aux internés de la colonie pénitentiaire de Giteaux, vous n'ignorez pas ce que c'était : un ramassis de précoces malfaiteurs envoyés là, soit après un jugement, soit en vertu de la volonté paternelle, salis de bonne heure, pour la plupart, par toutes les débauches, initiés dès T&ge le plus tendre à tous les vices, échantillons de toutes les perversités, écume de toutes les corruptions de grande ville. Vous jugez s'il était facile de trouver, parmi les plus gangrenés, des garnements tout heureux de nuire à leurs maîtres, mentant même pour le plaisir de mentir, enchantés d'avoir l'occasion de dire des saletés.
Le fleuve de boue emporta tout. Après Giteaux ce fut Briguais. Briguais était une colonie pénitentiaire qui faisait l'admiration de tous ceux qui la visitaient, « un palais pénitentiaire », dit l'inspecteur général Nivelle, qui avait vingt fois rendu hommage aux merveilles accomplies là par les religieux de Saint-Joseph.
Gelui-là, du moins, eut le courage de ne pas rougir
d'avoir dit la vérité et il écrivit au ministre de Tintérieur :
On vous dira peut-être, monsieur le ministre, qu'en vous citant Bridais et Glteaux comme des colonies modèles, je suis un clérical endurci.
Ce rapport peut être fait ; nous comptons en France tant de gens qui acclament bien haut la République et qui ne sont que des défroqués ; tant de gens faibles, peureux, petits, qui craignent de se compromettre en disant ce qu'ils pensent, que je n'ai pas lieu de m'étonner d'une insinuation qui, en définitive, est un signe de la platitude qui s'infiltre dans l'esprit français.
Quant à moi, je saisis le bien où je le trouve, car le bien est rare, bien rare. J'applaudis au bien, sans lui demander quelle est sa provenance.
J'ai toujours considéré comme la première prérogative d'un citoyen français celle de dire ce qu'il pense.
En usant largement avec vous, monsieur le ministre, de cette belle prérogative de l'homme libre, je fais doublement mon devoir. Vous venez de m'honorer de votre confiance, et je vous en remercie en vous disant la vérité, sans crainte de vous voir lui donner une interprétation qui lui soit défavorable.
Je défie d'ailleurs les insinuations perfides des minces et plates personnalités qui oseraient s'attaquer à moi ; car un souffle de vérité les aurait vite dépouillées des oripeaux qui les couvrent pour les laisser apparaître telles qu'elles sont, ignorantes tout d'abord, et surtout incapables de servir la République.
Veuillez agréer.
Signé : Tinspecteur général en mission spéciale,
Nivelle.
N'importe ! Floquet a peur et il ordonne de supprimer la colonie.
Le samedi 14 juillet, il expédiait la dépêche suivante, de Paris, au préfet du Rhône :
c J'ai la main forcée par la commission de la Chambre, qui demande la suppression de la colonie de Briguais. Donnez-moi votre avis. »
La^ préfecture du Rhône répondit à Floquet par une
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lettre élogiease pour la colonie, contre laquelle on ne pouvait élever aucun grief.
La lettre partait le lundi matin, 16 juillet, et lundi, dans la soirée, Floquet télégraphiait au préfet de licencier quaod même.
L'œuvre à laquelle le P. Bancillon avait consacré sa vie était détruite : les enfants de Briguais étaient transportés dans une prison de Lyon; ceux de Gteaux s'enfuyaient, couraient les routes. «
Peu à peu, cependant, en se bouchant les narines, on se mit à regarder dans les ordures de la Lanterne et on se reconnut un peu au milieu des excréments juifs. Le Nouvelliste de Lyon fît, je n'ose dire une brillante campagne, car, à propos de ces choses infectes, le mot ne serait pas juste, mais une œuvre de salubrité publique à laquelle se joignirent quelques journaux parisiens.
On apprit qu'un des accusateurs des Frères de Citeaux était le neveu d'un député du Khdne dont le témoignage méritait créance à coup sur.
Cet individu, nous apprend VObservateur français^ &gé de vingt-cinq ans, fut traduit à l'âge de quinze ans devant la Cour d'assises pour vol. Acquitté comme ayant agi sans discernement, l'autorité judiciaire décida de le placer dans mie maison de correction jusqu'à sa vingtième année. U entrait donc à Qteaux le 31 décembre 1878. .
A la colonie, il lut impossible de l'employer dans les ateliers, qu'il transformait en cabinet d'aisances.
En 1883, répoque de sa libération, on ne put le rendre à sa famille dont on ne put découvrir le domicile ; on unit par apprendre l'adresse de sa mère inscrite sur le registre de la police des mœurs.
Afin de le soustraire aux amis de sa mère, on le garda à Citeaux jusqu'en mai 1886.
Les prétendus actes de brutalité se bornaient à mie correction méritée infligée ài ce chenapan par un surveillauf : un Jour que, malgré les observations de ses camarades, il persistait à satisfaire ses besoins dans Tateber, on lui mit le museau dans sa lîente.
Tout le monde, d'ailleurs, se mit à visiter les latrines. Les juge de paix de Nuits, ville d* ailleurs indiquée pour un pareil travail, interrogea les enfants et voici comment un des gamins interrogés rendait compte à son père de rmterrogatoire :
Il 7 a à peu près huit jours, je fus mandé devant le juge de paix.
G était pour un auxiliaire de Giteaux qui n'aurait jamais dû être soupçonné.
Après plusieurs questions sur les antécédents de ce brave homme, et après que je lui eus dit que je ne savais rien, il dit au greffier :
— Ecrivez : « Il ne sache pas » (en se promenant dans la chambre). Il ne sache pas... ce n'est pas bien français: il ne sache pas...
Enfin, après cinq minutes, voyant que toutes ses recherches étaient inutiles, je lui dis : « Il ne sait pas ! »
— Ah ! ouiy c'est cela; greffier, écrivez : il ne sait pas.
L'enfant poursuit :
Je dois vous dire que je suis à l'infirmerie depuis quelque temps pour un abcès. J'étais allé aux cabinets (il j en a deux), un surveillant qui était dans celui d'à côté sort deux ou trois minutes avant moi. Je sors après. Le juge de paix^ qui se promenait de long en large dans le carri=dor, m'appelle et me dit :
— Quel est cet homme (}ui vient de sortir des cabinets? Ne l'ayant pas vu, je lui réponds que je n'en sais rien.
— Mais vous devez bien le savoir ?
— Comment le savoir ?
— Mais il était bien avec vous dans les cabinets ?
— Non, monsieur ; d'ailleurs, si voua voulez bien vous approcher, vous verrez qu'il y a deux cabinets.
11 s'approche, regarde, et ait: C'est bien. Le soir même, je fus encore mandé devant lui. D'abord, il me demande comment est fait le vestiaire ; jelui réponds, et il me demande encore :
— Quand vous changez d'habits, de pantalon, est-ce que vous changez devant la Sœur ?
— Non, monsieur, il y a une banquette et on se met derrière.
— Est-ce que la Sœur ne regarde pas pour voir ce que vous laites ?
— Non, monsieur. Comment pourrait-elle regarder, puis-
que je vous dis qu'il y a une banquette et qu'on se met derrière ; d'ailleurs, si vous vouiez voir, je vous mènerai au vestiaire, et vous verrez ce que vous voulez savoir.
— Oh ! non, ce n'est pas la peine, je me Ûffure bien comme c'est... maintenant. N avez- vous jamais été au dortoir des Sœurs?
— J'ai été dans un dortoir qui était gardé par les Sœurs, lorsque j'étais à l'asile.
— Mais est-ce que vous n'avez jamais vu coucher les Sœurs dans leur dortoir ?
— Oh ! non, monsieur, personne ne va voir où couchent les Sœurs.
— C'est bien, vous pouvez vous retirer.
J'ai trouvé ces choses si révoltantes, ajoute l'enfant, que j'ai voulu te les écrire, etc., etc.
Ton fils, J. P...
c Nous avons cru utile, dit VObservateur français, qui cite cette lettre, de ne rien changer à ce document, malgré certains détails révoltants. Mais il était nécessaire que l'opinion publique pût apprécier les actes des auxiliaires de M. le garde des sceaux Ferrouillat. »
Voilà un sentiment que je comprends. Ce n'est pas récréatif, croyez-le bien, d'écrire ce chapitre et, bien souvent, on laisse tomber la plume de dégoût et on va à la fenêtre regarder un peu de verdure, un bout d'horizon et de ciel bleu, mais il est indispensable que ce chapitre soit écrit quand même. Cette note sale doit figurer dans un livre d'histoire contemporaine : je dois peindre cette République telle qu'elle est : excrémentielle. J'ai montré le roi du jour, Messire Luc, maître des librairies et chassant des gares les ouvrages honnêtes; je dois le montrer prenant possession de la tribune française en triomphateur, en attendant qu'il entre en vainqueur à FAcadémie.
Pleraque, dit Tacite, eorum qux retuli quxque référant parva forsitan et levia memoratu videri^ non nescius sum ; sed nemo Annales nostros cum scriptura eorum contenderit qui veteres populi romani res compostiere.
« Je n'ignore pas que la plupart des faits que j'ai racontés ou que je raconterai encore paraîtront bien petits, bien indignes de mémoire, mais personne ne s'aviserait de comparer les livres qui retracent l'histoire d'aujourd'hui avec ceux qui retracent les exploits du peuple romain d'autrefois. >»
Nous sommes ainsi : nous aimerions mieux raconter quelque noble épisode de nos belles annales d'antan et ne pas avoir à montrer la page maculée de matière fécale que les Radicaux ont ajoutée à tant de pages glorieuses, mais, si cette page manquait, notre peinture du monde politique ne serait pas complète.
Que voulez-vous ? c'est la loi, parait-il ; les nations suivent la même évolution que les êtres et l'enfance sénile d'un peuple se souille comme la première enfance de l'homme.
Ces ordures, en effet, ne sont point demeurées enfouies dans les colonnes d'un immonde journal juif; la gauche radicale, afin de déshonorer un peu plus la France^ a tenu à porter ce vase au Parlement et nous avons eu ce qu'un diplomate étranger, qui me demandait des renseignements à ce sujet, appelait : « La séance des anus. »
Le 12 juillet 1888, la Montagne paraissait être agitée. On se demandait s'il allait jaillir de ces sommets, comme aux jours tragiques de 93, quelque insolente réponse aux provocations de l'Europe, quelque motion demandant une mesure suprême pour le salut de la Patrie.
De cette Montagne un député descendit. C'était l'homme que nous a montré un courageux journal : la Bourgogne : des yeux de chat sournois et gris, une voix éteinte et qu'on croirait sortir du tombeau, une espèce de ceinture de flanelle autour du cou, poitrinaire au dernier degré, à moitié crevé physiquement, absolument pourri moralement. Préfet à Auxerre, il passait sa vie à traîner le boulevard à Paris ; député, il s'appuie sur un état-major de gens flétris, divorcés et plus ou moins banqueroutiers.
C'était ce législateur qui s'était chargé de réclamer c au
LA wa d'un monde. 22
nom de la morale publique » la suppression de toutes les congrégations à l'occasion des prétendus scandales de Giteaux.
N'oubliez pas qu'on demandait à la Chambre d'attenter aux droits de 60,000 citoyens français à propos de faits dont on ne connaissait pas encore le premier mot, sur lesquels on n'avait que Tafflrmation d'un Juif de Cologne conyaincu publiquement de chantage.
Le seul point qui paraissait à peu près démontré, c'est qu'un ancien condamné pour vol, correspondant de Mayer et neveu d'un député, avait fait ses besoins dans un coin de l'atelier où il travaillait et qu'on l'avait corrigé à cause de ce sans-géne. JUmagine qu'on ne doit ]3as être bien bégueule dans la maison de Mayer ; cependant, si (quelqu'un posait calotte dans un angle de ce salon hébraïque, je crois qu'on trouverait qu'il va uapeu loin...
MB' Freppel fat très bien dans cette discussion, il réfuta le René LafTon haut la main, en lui prouvant par les statistiques que la criminalité était beaucoup plus considérable chez les instituteurs laïques que chez les congréganistes ^
* Voici du reste les chiffres :
Aitnéea. Laïques. Coogrég.
1881 '''■-' .-.*'» «JM^- 6
Sur 73,906 laïques, 268 condamnés forment ont ^ropattàon de 33 sur 10,000 ea treize anft.
Sur 49,745 congréganistes, 72 condamnés forment une propor-
M. Paul dû Gassagnac fut très applaudi en criant à Sabatier qui se pourléchait et s'étendait complaisamment sur ces ignominies : c Dépêchez-Yous donc ; il faut enfin sortir de toutes ces saletés-là ! »
M. Dugué de la Fauconnerie, qui, ce jour-là, était du bon côté, s*écria avec beaucoup de raison : « Quand on pense que le pays nous paye 25 francs par jour pour a^oir de pareilles séances, vraiment le pays n'en a pas pour son argents »
Il manqua à cette séaace un gaillard, un ancien militaire mêlant la plaisanterie de caserne à ces pornographies parlementaires et montant à la tribune pour dire gravement : a Cette question est des plus importantes efTectivement et je comprends qu'elle ait retenu l'attention de la Chambre si longtemps, il faut à tout prix arriver à la vérité. Je demande que M. René Lafign et les signataires de sa proposition aiUent mettre leur nez aux endroits suspects aiîn que nous puissions nous prononcer en connaissance de cause. »
tion de 13 sur 10,000 en treize ans. — Environ 1 par an sur 10,000. Je prends, dit Mr Freppel, le chifTre des professeurs et instituteurs soit laïques soit congréganistes, tel qu'il est fourni p)ar les rapports du ministère de rinstruclion publique publiés au Journal officiel des 15 septembre et 19 décembre 1879.
* Pour voir distinctement la situation actuelle, il faut regarder la contre -partie. Tous les journaux nous ont donné l'emploi du temps de TEmpereur Guillaume le- jour même où la Chambre française discutait « Tinterpellation des anus ».
« A quatre heures et demie du matin, l'Empereur sortait du palais de Potsdam en petite tenue et, suivi de son aide de camp de service, il alla au galop à la caserne des hussards de la garde, ût sonner l'alarme et ordonna q[ue le régiment tout entier, en ' tenue de campagne, eût à se diriger vers le champ de Bornfeldl. Un escadron était déjà parti pour l'exercice ; ordre fut donné de le rappeler.
« Pendant ce temps-là, l'Empereur allait, toujours au galop, à la caserne des chasseurs de la garde, à celle des gardes du corps, du bataillon d'inlanterie d'instruction, et enlin au poste du ch&teau. Partout il donna l'ordre de se mettre en marche. Puis il continua sa route, alla réveiller le 1" régiment de la garde et fit une scène formidable au corps de garde de la porte de Brandebourg parce qu'il n'y avait pas de tambour !
«1(6 colonel fut mis aux arrêts. Quand il eut, toujours au ga-
C'est comme cela qu'il faut traiter ces gens-là. Autrement ils profitent de votre bonne éducation, du respect que vous avez pour les autres et pour vous-même pour déshonorer tout ce qui est honnête...
Que de jolies contre-interpellations à faire t Pourquoi ne pas demander la suppression des lycées de filles où le seul exercice que Ton travaille à fond est le saut de Leucade immortalisé par Sapho ?
Que d'éléments pour un discours piquant dans cet article du Clairon du Lot qui n*a jamais été démenti et qui nous initie aux mœurs de l'Ecole supérieure de filles du Saint- Géré (Lot) !
i^ Est-il vrai ••• •
^ Est-il vrai que les gendarmes ont été obligés» pendant plusieurs nuits, de monter la garde aux abords de FEcole supérieure de filles ? Etait-ce pour arrêter, comme en Algérie, une invasion de criauets qui menaçaient de dévorer ces tendres rejetons de l'éducation laïque et obligatoire ?
30 Est-il vrai que, certain soir, les jeunes pensionnaires ont aUumé, dans le jardin de la susdite école, un immense feu de joie, autour duquel elles ont dansé une sarabande
lop, et devant les rares passants qui ne comprenaient rien à la
pendant qu'il s'impatientait, les scènes les plus étonnantes se déroulaient dans la ville : les officiers qui n'avaient pas de service n'étaient pas chez eux ; il y en avait beaucoup à Berlin, et Ton ue savait pas comment organiser les colonnes de marche. Enfin, vers 7 heures, les troupes se mirent tant bien que mal en mouvement et, deux heures et demie après le premier signal de marche, la garnison était réunie.
«Pendant ce temps-là on avait, par téléphone, donné ordre à la garnison de Spandau de se mettre en marche, et, jusqu'à 7 heures et demie du soir, les deux garnisons manœuvrèrent sous les ordres de Guillaume, qui est resté quatorze heures à cheval! »
Avouez que c'est plus propre, et plus rassurant surtout pour une nation, que de discuter à perte de vue sur ce qui a pu se passer dans des cabinets d'aisance !
effrénée en chantant cette ronde de circonstance, où Faménité du fond n*a d'égale qae Félégance de la forme :
Oh ! oh ! oh !
Gesb...gresses De sous-maîtresses F....tons-les à Teau.
Oh! ohl oht...l
^ Est-il vrai que les mères de quelques adjointes, effrayées par ces menaces féroces et estimant que les jours de leurs filles couraient de sérieux dangers, sont venues — 6 héroïsme de l'amour maternel ! — leur faire un rempart de leur corps, prêtes à mourir, s'il le fallait, avec leur chère progéniture f
S*' Est-il vrai que M. le juge de paix s*est vu contraint, par deux fois, de se transporter d'office dans les locaux scolaires pour essayer de calmer ces jeunes et bouillants esprits ? At-il été plus heureux que les inspecteurs dont nous parlions l'autre jour, et ne s'est-il pas^ comme eux, retiré bredouille s
6*^ Est-il vrai que ces demoiselles passent leurs récréation?
* Une lettre adressée au Clairon du Lot et reproduite par VUmv^« à la date du 27 juillet 1888 nous donne également un criTquis assez gai des jeunes étudiantes républicaines ep voyage.
cQuelques mois auparavant, des aspirantesà la bourse de cette École se rendirent à Gahors pour subir leur examen. H nous revient, des stations du chemin de fer qu'elles traversèrent, un écho des plus fidèles de Téducation un peu trop libre dont ces bambines voulurent nous édifier.
« Au départ, chacune d'elles avait eu soin de se munir d'une blague bourrée de tabac ; leur but bien naturel était de charmer leurs loisirs en roulant artistement des cigarettes qu'elles fumaient sans sourciller; on le voyait, elles n'étaient pas à leur coup d'essai et on eût dit que la cigarette entrait pour quelque chose dans le programme de leur examen.
«A Gahors, elles se rendirent au café; la chambre d'un hôtel ' est bien froide, et qu'y faire d'ailleurs à moins d'y sommeiller? Au café, les heures sont moins longues et les distractions plus variées. La blague eut tous les honneurs de la soirée ; la fumée moniait épaisse au plaiond ; on eût dit un estaminet où un régiment de troupiers eût eu libre entrée, et, sans un monsieur quelque peu haut placé, les boulevards eussent eu aussi les honneurs de la cigarette.
cOn assure, peut-être à tort, qu'à la station de Vers, les jeunes étourdies ne voulurent pas rester en arrière d'une noce qui chantait à tue-tête. Leurs voix féminines se faisaient entendre, et les chansons légères rompirent la monotonie du voyage.
« Voilà votre œuvre, républicains ! • ^
3S6 LA Fin D*Ulf MOVDB
à simDlesr des mariages plus ou moins... civils, où quelqiifismies d*entre elles figurent revêtues de travestissements masculins ?
7» Est-il vrai que ces cérémonies carnavalesques sont accompagnées d'épouvantables charivans, que les voisins n'ont pu faire cesser qu'en recourant ans Dons ofiGces de M. Rougié, noire valeureux et sympathique sergent de ville ?
8® Est-il vrai que pendant leurs promenades
^ Dans les prés fleuris
Qu'^irrose la fiave,
CM pudiques jeunes filles esquissent, sous TœH bienveillant de M^** la directrice, les cabrioles les plus risouées — montrant ainsi aux passants stupéfaits leur valeur d équilibrîstes ?
IK' Est-il vrai que, depuis trois semaines, les cours de l'Ecole supérieure sont suspendus et remplacés par de sauvaces symphonies, chantées en cœur par les élèves et composées de cris d'animaux, d'injures i^obles adressées aux sousmaltresses, de grotesques publications de mariage, etc., etc.
i(^ Est-il vrai qu'à la suite de ces manifestations et de bagarres qui les avalent naturellement complétées, il est arrivé plusieurs fois aux adjointes de quitter leur classe coiffées en saules-pleureurs et privées de cet élégant appendice qui s'étale, comme un furoncle colossal, sur rarrière-train de nos dames ?
11* Est-il vrai que les parents, à la vue de pareils désordres, commencent à retirer leurs enfants d'une école où elles ap-
Srenaient... tant de choses? Vingt élèves et plus seraient éjà parties, à cette heure, pour ne plus revenir; est-ce vrai ?
On se demande véritablement dans quel ordre d'idées restent confinés les députés de la droite lorsqu'on les voit ne pas exercer de représailles contre les injures sans nom que la gauche prodigue à des religieux.
Nos députés n'auraient qu'à ouvrir un petit journal qui mériterait d'être plus connu : la Bé forme unwrrsUaire; ils y trouveraient cinquante faits authentiques, tous plus odieux, plus grotesques les uns que les autres qui leur permettraient d'éclairer d'une instructive lumière ce qui se passe dans les collèges et les lycées de l'Etat.
Je vis, comme on sait, asser retiré, mais je n'en ai pas moins reçu les confidences les plus étonnantes là-deasos. Je
me rappelle deux jeunes gens charmants, aimant TUniversite, travaillant courageusement pour l'agrégation et m'iniliant àlaTie intime d'un lycéo de province. De tout ce qu'ils ont vu va sortir un beau livre qui s'imprime en ce moment : Un Lycée de province sous la troisième république — une œuvre vivante, humaine qui ne dira pas tout, mais qui peo^mettra de tout deviner.
U j a un drame poignant dans le spectacle de ces jeunes gens, sinon chastes, du moins purs des souillures de la .débauche, qui croient à leur mission >d'éducat&urs, qui espéraient dans la jeunesse pour relever la France et qui sont obligés d'entendre de leur chambre, sans intervenir, les soènes qui se passent dains le dortoir des grands.
Défense de punir sous quelque prétexte que ce soit! Le proviseur est un type particulier ; son existence est empoisonnée par la crainte perpétuelle de voir ses derniers élèves disparaître et aller rejoindre les autres dans les établissements libres. Pour retarder la catastrophe, il subit tout, il se prête à tout ; il fait des excuses aux élèves qui ont composé des chansons ordurières contre lui.; pour éviter taux plus indociles et aux plus cancres d'être en retenue, il leur délivre des exemptions dans le genre de celle-ci, qui est textuelle : a Exemption à Télève X... pour n'avoir pas eu la fièvre scarlatine. »
A ce proviseur joignez des professeurs comme celui qu'on ramassait ivre dans la rue ou comme le professeur de rhétorique qui lisait le Demi-Monde à ses élèves et leur racontait sa nuit de noce, et vous aurez l'idée d'un milieu baroque et boueux absolument étonnant. Vous m'accusez d'exagération? Vous ne me croyez pas plus que vous ne m'auriez cru si, avant l'affaire WUson, je -vous avais montré l'intérieur de l'Elysée tel qu'il était? Qu'importe I Je sais ce que je dis et même ce que je ne dis pas * .
' D'innombrables scandales analogues ont été révélés par la Réforme vmversitaire, sans que les ministres de Tlnstruciion
Ce qu*il faudrait faire, ce serait de prendre, un à un, les membres de la gauche qni ont voté Turgence de la proposition René Laffon et de passer au crible les vertus de ces gens si difficiles pour les autres.
Cette étude aUongerait démesjarément les proportions de ce Tolume, je me contenterai de choisir un ou deu^t spécimens, au hasard.
Georges Laguerre vaut la peine de quelques coups de pinceau.
Vous connaissez le personnage : un être osseux, dégingandé, une Ûgure en lame de couteau, toute plaquée de taches inquiétantes.
G*est le type de Tavocat firanc-maçon et coureur de guille-
publique, les Berthelot et les Goblet s'en soient jamais inquiétés.
Les Républicains qui se sont occupés de Giteaux auraient mieux fait de s'enquérir de ce qui se passe dans les asiles de sourds-muets.
« Nous avons narré, dit le Salut public au mois d'août 1888, les malpropres exploits du citoyen Mettenet, ofûcier d'Académie, Ré-
gublicainde première marque, Franc-Maçon et directeur de l'étalissement très laïque de sourds-muets de Navenne, près YesouL
c Le citoyen Mettenet, qui, malgré son âge, a conquis unecèlébritè pornographique, vient de passer en cour d'assises pour attentat à la pudeur.
c Nous ne voulons pas nous appesantir plus qu'il ne faut sur les détails de cette vilaine affaire, qui ont scandalisé les jurés euxmêmes de la Haute-Saône.
« Disons seulement que le citoyen Mettenet était accusé d'avoir, à Navenne, dans le courant d'août et septembre 1887, en tout cas depuis moins de dix ans, commis un ou plusieurs attentats k la pudeur consommés ou tentés sans violence sur la personne d'une petite fille, &gée de moins de treize ans, avec la circonstance aggravante qu'A cette époque il était directeur de l'établissement où était placée cette enfant. Il avait donc à répondre du crime prévu par les articles 381, 333 du Gode pénal.
c Les antécédents de ce satyre républicain sont pitoyables.
« Les témoins, un instituteur, une institutrice et la victime ellemême, viennent raconter les abominations commises par Mettenet.
« Ge dernier, reconnu coupable, est condamné à un an de prison, après lequel, sans doute, il pourra recommencer le cours de sei exploits, ou bien fabriquer de petits scandales antireligieux qu'il se fera payer très cher par la Lanterne ou mieux figurer an rang d'honneur dans les conciliabules des FF.% trois points. »
dou, du bazochien en goguette qui marche constamment dans la vie un dossier sous un bras, une catin sous l'autre.
Jeune encore il a trahi déjà . à peu près autant de partis que les vieux débris de tous les gouvernements qui, dans les fauteuils de la Chambre des Pairs ou du Sénat, se rappelaient entre eux, avec de grosses plaisanteries, qu'ils avaient servi quinze régimes. Celui que les télégrammes de Boulanger désignent sous le nom Je « Tenfant de chœur » édifia d*abord les membres de la conférence de Saint- Vincent de Paul incapables de deviner la profonde hypocrisie du personnage ; il fit chapelle, communia, jei^na. Plus tard il se convertit au Thiérisme et étonna par sa servilité le vieillard qu^il devait traiter « d'égorgeur de Paris >».
C'est Reinach qui, en quelques lignes réussies d'ailleurs, s'est chargé de nous montrer ce côté de l'intraitable radical.
Egorgeur de Paris, M. Thiers! s'écrie Reinach dans la Aépublique française ! Voyons, Laguerre, avez-vous oublié que le 3 septembre 1878, au bout-de-l'an de M. Thiers, à Notre- Dame, vous étiez l'un « des commissaires de bonne volonté à qui M™® Thiers — je cite textuellement le compte rendu de la République française — à qui M™« Thiers avait confié le soin de recevoir en son nom et de placer suivant leur rang les innombrables amis de son mari » ? Et la République ajoutait : « Nous croyons devoir donner ici les noms de ces jeunes gens ; ce sont : MM. Ed. Teisserenc de Bort, Linol, Violet, Salomon Reinach, Liévin, Eychenne, Sarchi, Richtemberger, Lagueire, Grandjean... »
Et puis, Laguerre, avez-vous oublié, le 3 août 1879, l'inauguration de la statue du libérateur du territoire, à Nancy ? Vous y étiez encore, ce jour-là (j'y étais aussi) ; mais vous n'y étiez pas en simple et modeste admirateur du grand patriote, mais comme délégué, disiez-vous, de lajeunesse française des Ecoles. — Et encore votre première conférence à Montmartre, l'avez-vous oubliée ? cette conférence où, sous la présidence de Clemenceau, vous fîtes un si bel éloge de Thiers que la salle devint houleuse et que Clemenceau, qui n'était déjà point démagogue à moitié, eut toutes les peines du monde à vous repêcher ? Voyons, Laguerre, vous qui flétrissez avec tant d'éloquence « les égorgeurs de Paris », comment avez-vous perdu ces souvenirs î
iS60 LA FIN d'un monde
On sait de quelles venimeuses calomnies le drôle, an moment de la persécution, a poursuivi cette Eglise dont ilayait Dikendié la protection, alors qu'il la croyait influente et puissante.
Il n'y a rien là de ces blasphèmes de Touvrier qu'on sent trompé, égaré, mais de bonne foi, et qu'on plaint plus qu'on ne l'accuse. L'outrage aux consciences chrétiennes est id un tremplin électoral.
Pour conquérir Tappui des Loges, qui se défiaient on peu de lui, Laguerre ne recule devant aucun moyen. C'est loi qui organise, avec Constans, cette honteuse exhibition qui eut lieu dans un restaurant du Bois de Boulogne le 27 juin 188S et dans laquelle on déshonora jusqu'à Tenfance. De pauvres bambins, loués pour la circonstance, Oguraient dans ces Saturnales recouverts de voiles de mousseline blanche portant en lettres jaunes (le jaune est la couleur juive] des inscriptions différentes. Sur l'un on lisait le mot : Fanatisme^ sur l'autre : Ignorance, sur un troisième : Misère, Quand on avait suffisamment insulté l'Eglise dans les discours, on enlevait les voiles.
C'est Laguerre, encore, qui, associé aux Juifs de laiLanteme, lança contre Tabbé Roussel ces ignobles accusations qni ne reposaient sur rien, traîna dans la boue ce malheureux prêtre coupable seulement d'avoir été trop confiant et trop généreux envers une créature indigne de pitié.
On n'a pas oublié ces placards criés à travers Paris, ces immondes gravures devant lesquelles s'arrêtaient des fillettes de cinq ans, ce débordement véritablement extraordinaire de mensonges et de calomnies.
Dans le public, quelques personnes, même sans être foncièrement hostiles à TEglise, disaient : « Tout cela est bien excessif, mais que voulez-vous, le prêtre a été imprudent et un mari irréprochable comme Laguerre, un père de famille qui a le culte de son foyer, l'amour de ses enfants, le respect de sa femme, a le droit d'être sévère. »
L'ttounement fut donc grand lorsqu'on apprit que cet
LE fflOIfDE POLITIQUE 361
homme, si rigoureux pour autrui, était un simple polisson, un potisson de Tespèce la plus abjecte et la plus basfse.
Epoux, comme Clemenceau, d'une femme irréprochable, père de deux rayissantes petites filiea, cet homme aTait tout planté là pour aller Tirre avec une ribaude.
La mère de cette comédienne pen ferouche avait eu queK ques années auparavant une quinzaine de jours de célébrité. Elle faisait la place pour une amie à laquelle le comte de Vicl-Castel avait laissé ses Mémoires et c'est, accompagnée du fantôme de Viel-Castel, qu'elle se présentait en tous lieux, disant aux hommes en vue : « Tenez: j'ai Topinion de la Postérité sur vous dans mon cabas et je ne doute point que vous ne vous imposiez quelques légers sacrifices pour que cette opinion ne vous soit pas défavorable. »
Un des grands écrivains de ce temps fut ainsi sollicité et se contenta de répondre : « Tai beaucoup écrit et les hommes, sans doute, porteront sur mes œuvres des jugements divers, mais la Postérité, soyez-en certaine, ne regardera pas dans votre cabas de mère d'actrice. »
La désertion de la maison familiale pour cet intérieur interlope se produisit dans des conditions particulièrement viles. J'ai eu là-dessus les détails les plus précis et les plus circonstanciés : il y a là dedans un roman parisien* tout fait.
Laguerre avait épousé sa cousine. La mère de nota*e député était une femme d'un haut mérite et d'un caractère trèsferme ; dès qu'elle sut qu'il était question de ce mariage, elle vint trouver M^*« Marthe Laguerre et lui dit : c Mon enfant, je vous ai vue naître, je vous estime autant que je vous aime ; une mère n'a pas le droit de dire du mal de son fHs, mais, croyez-moi, je connais Georges, il vous rendra affreusement malheureuse, ne l'épousez pas ! »
A la place de Laguerre, un homme d'une moralité très ordinaire se serait dit : « Ma foi ! ma mère a raison, j'ainj.© le plaisir, je ne veux point gâcher une existence, no so^ geons plus à ce mariage. »
Pour des motifs d'ordre plus élevé, beaucoup d^entre nous, artistes, écrivains, ont chassé comme un rêve un projet caressé une heure. Ils avaient eu de Tesprit un jour où ils étaient bien disposés, ils avaient été éloquents, une jeune fille les avait écoutés, ravie. « Le bonheur serait là 1 » avait pensé Tartiste ou l'écrivain ; puis il avait réfléchi : La lutte me tente, j'emplirai cette existence féminine de trouble ; ne dérangeons personne ; je me contenterai, ainsi que dans le sonnet d'Arvers, de saluer de loin, alors que celle qui aurait pu être ma compagne.
Passera mère heureuse au bras d*un autre époux.
Vous ne connaissez pas les Francs-Maçons ; il faut qu'ils salissent, qu'ils souillent, qu'ils bavent. Laguerre se piqua au jeu, se fil aimer de la jeune fille, Tepousa, et, quand il en eut deux enfants, l'abandonna pour la cabotine...
Rien ne manqua à l'odieux de cette séparation. Laguerre enleva, pour la transporter chez sa maltresse, jusqu'à l'argenterie qui avait été donnée en cadeau de noces aux nouveaux mariés...
Ceci dépasse les proportions d'un portrait individuel, c*est la peinture d'un type de la vie moderne. Ce cynisme complet, ce mépris de la femme, ce sans-gène à s'affranchir de tout ce qui engage un homme sont propres aux politiciens bourgeois.
J'ai vu des intérieurs de jeunes ouvriers socialistes, le niveau est infiniment plus relevé. « Un Tel rend sa femme malheureuse, > cette accusation, quand elle est justifiée, suffit à faire exclure de certains groupes socialistes.
Je me souviens d'un intérieur de ce genre. C'était très touchant : en revenant de l'atelier, le jeune ouvrier passait une partie de ses nuits à s'instruire, à lire les maîtres, à écrire. La femme, une belle brune, à la taille élancée et svelte, travaillait près de lui, et, pêle-mêle, on apercevait des livres à cùie du mannequin et des robes en train. Ils avaient, tous
les deux, été enchantés de la France juive; ils ont voulu, à toute force, que je partage leur modeste repas, et, ma foi, j'ai rarement vu diner plus cordial et plus gai.
Je suis tout à fait à Taise avec des Français et des Françaises comme ceux-là. On n*insulte pas mes opinions, je n'insulte pas celles d'autrui. Mon hôte m'a envoyé des notes" sur le monde ouvrier que j'utiliserai dans un prochain volume, toujours si Dieu me prête vie : Deo volente, comme ne manquait jamais d'ajouter Victor Hugo. J'ai demandé à un vieux révolutionnaire, qui aime beaucoup ce jeune homme, s'il ne serait pas possible d'offrir quelque rétribution pour ces notes; il m'a répondu : a Gardez-vous-en bien, vous causeriez une peine réelle à mon ami. «Tout ce que j'ai osé faire, c'est d'adresser quelques belles fleurs à la gracieuse femme qui m'avait si gentiment accueilli.
C'est égal ! je n'&i pu m'empêcher, au moment du café, de dire à mon hôte : « Vous êtes des gens de cœur; vous avez des idées qui sont plus ou moins contestables, mais que vous défendez très bien, comment, diable, allez-vous choisir pour députés des rebuts de la Bourgeoisie, des avocats ambitieux et corrompus, comme Ferry autrefois, comme Laguerre aujourd'hui, qui se servent de vous comme marche-pieds et qui vous fusilleront gaiement quand l'occasion s'en présentera ? »
— Les manœuvres de la Maçonnerie, la toute-puissance de la Presse aux ordres de la Juiverie...
Voilà toute la réponse que j'ai réussi à obtenir.
Retournons à notre Laguerre. Quand le procès en divorce dut se plaider, il y eut une certaine joie chez quelques-uns. Les journalistes conservateurs qui ont un peu de tempérament se dirent : « Voilà un monsieur qui, depuis dix ans, traîne dans la boue tout ce que nous respectons, nous allons enfin montrer ce qu'il est. » Us songèrent au cri des chels de la Vendée au moment de l'attaque : c Hardi, les gars égayez-vous l »
Or, il advint ceci, c'est que pas un journal conservateur ne souffla mol de Taflaire Lagucrre ! Lâche comme tous ses pareils, cet homme, si insolent envers les pauvres prêtres, fit les plus humiliantes démarches pour qu'on ne parlât pas de son procès ; il se Iraina aux pieds de M. Paul de Cassagnac qui, trop bon, pria le chroniqueur judiciaire de VAutorité de garder le silence ; il fatigua de ses supplications les rédacteurs chargés des comptes rendus judiciaires; avec les uns il implorait, avec d'autres il osait presque menacer. « Si quelqu'un parle de mon procès, je le tuerai I » s'écriait-il.
— Tu le tueras ?
Je t'écoute
{.' Univers j imperturbable, marche toujours quand personne lie houge. 11 annonça l'affaire et cita une des jolies pièces qui figurait au dossier, un billet doux de M^^® X... conviant sou bel ami à souper et lui disant : a Surtout, amène Granet! 11 esl si amusant I »
Amusant, Granet pouvait l'être, si c'était le jour où il avait cru roussir l'afTairo des téléphones avec Cornélius ilerz ou le jour encore où il avait renouvelé pour six ans, de son autorité privée, sans avoir recours à aucune adjudication, un marché conclu avec tfne Société de fournitures militaires pour les effets d'habillement nécessaires à tous les facteurs et agents des postes et télégraphes de la France entière: 40.000 ou 50,000 hommes à vêtir et à entretenir*.
Lu boninic, qui a renouvelé un marché comme celui-là le
* I-'aprî-s le traité oonoîu en ISSl le marché pouvait avoir une tlin'i'o i!«' six ou ilouze ans. Six mois avant la lin de la premii*!V pcîpioiio lie six années, r'esl-à-dire en .juin 18X7. le ministre avait le droit «le résilier le marcliê juair le 31 ciècembre 18S7; ii f) >uv;iii, il ileNait en tout cas, avant «le renouveler à Ut mueUe, s-i.iri'rm-.r s'il ne trouverait pas îles eonditions plu» Tavorabies.
Voir aans le Muin du 2 Juillet 1^87 la lettre d'un iburaisseur militaire à ce sujet.
Le uren.'ral de Freschevi'de m'avait dit que la commissioD d'eiLinô!.' devait s'occuper de Celte question, mais je crois que Cl- la est tombe dans l'eau.
LIi: UOKDB POLITIQUE 365
matin, dans des conditions sur lesquelles Salis me permettra de ne pas insister, peut apporter, dans un isouper d'aotrices, la gaieté qu'on aimait à Rome :
Dans ces joyeux festins d'où s'exilait la gène, Où l'austère Scnèque, en louant Diogcne, Buvait le Falernc dans l'or.
Le lendemain du jour où il avait été question du procès Laguerre dans l'Univers, un rédacteur du journal recevait une lettre qui commençait ainsi :
« Mon cher ami, je vous en supplie, pas un mot sur l'affaire Laguerre àdiVisï Univers. »
De qui était signée cette letti-e ?
— Du comte Albert de Alun !...
Ceci vous permet de vous rendre compte à merveille de la situation et vous explique que nous soyons vaincus d'avance.
Le Franc-Maçon insulte nos prêtres, combat à coup sûr ; il frappe les autres et il est sûr de n'être jamais frappé luimême; il est au-dessus du pacte social.
Le pacte social, en échange de certaines garanties, impose certains devoirs ; Thoaime lié parce pacte s'abstient de tout ce qui pourrait blesser, contrister, scandaliser son prochain et, par une juste réciprocité, le prochain s'abstient également de tout ce qui pourrait blesser, contrister, scandaliser celui qui s'est gêné pour lui.
Le fait se reproduit chaque jour. Avant de raconter une mésaventure conjugale, nous regardons autour de nous s'il n'y a pas dans l'auditoire quelque mari léceminiînt trompé dont ce récit pourrait raviver les amertumes. Avant de prononcer une simple phrase : « Avoir de l'esprit comme un bossu, » nous examinons si ce mot de bossu ne rappellerait pas douloureusement son infirmité à quelque voisin. Quand je dîne en ville, et qu'il y a douze ou quinze personnes k table,
j'ai toujours soin de demander très bas à la maltresse de la maison : c Avez-vous des Sémites ici 7 » Alors même qu'elle connaît depuis longtemps tous ses invités, la dame pousse le scrupule jusqu'à s'assurer encore, par un rapide coup d'œil, que personne ne pourrait être indirectement chagriné chez elle et ce n'est que lorsqu'elle est sûre de son fait qu'elle me dit : « D n'y en a pas, vous pouvez aller 1 »
C'est le pacte sociaJ. encore une fois.
L'Anarchiste, relativement honnête et sincère, dénonce franchement ce pacte, déclare qu'il ne l'admet plus et qu'il ne reconnaît que l'autonomie individuelle. Chacun fera ce qu'il voudra...
Le Franc-Maçon, fourbe, rampant et cauteleux, agit autrement ; il n'observe pas le pacte social pour les autres, mais il veut en bénéficier lorsqu'il s'agit de lui-même. Il vient dire aux conservateurs : t Mes amis et moi, nous avons roulé dans le ruisseau vos prêtres qui étaient absolument innocents, mais cela faisait plaisir à nos électeurs ; nous avons profité de l'occasion pour corrompre les enfants en mettant sous leurs yeux des gravures obscènes. Aujourd'hui il m'arrive une aventure désagréable; j'ai abandonné ma femme pour une gourgandine ; je ne veux pas qu'on en parle et, comme vous êtes des gens bien élevés, je compte sur vous pour faire les démarches nécessaires afin que je n'aie pas le plus léger ennui. »
Les conservateurs lèvent leur chapeau et répondent :
— Parfaitement, mon cher Laguerre, comptez sur nous, nous allons imposer silence à nos journaux.
— Fort bien, dit le Franc-Maçon aux Catholiques. Je vous revaudrai cela à la prochaine occasion et je vous traiterai de Sodomites...
Faire campagne dans ces conditions est absolument insensé. Les soldats du Mahdi qui n'avaient que des bâtons ont exterminé les soldats anglais armés d'excellents Mai*tîm et n'ont laissé échapper que trois hommes pour raconter ce qui s'était passé. Le courage, la foi, la volonté de mourir
suppléent à tout, mais Tissue du combat aurait été difTérente si, au moment où ils allaient joindre leurs adversaires, le Mahdi avait dit à ses fidèles : c Ne bougez pas et laissez-vous tuer tranquillement. »
Vous avez vu un de ceux qui ont voté Furgence de la proposition René Lafifon « au nom de la moralité publique », vous voudriez encore en voir un autre...
0 vous, dont Tœil étincelle Pour entendre une histoire encor, Approchez, je vous dirai celle De dona Padilla del Flor.
Ici il est nécessaire de remuer un peu de terre, comme le recommandait Totleben, et de nous entourer de quelques gabions : je vous expliquerai tout à l'heure pourquoi.
Je n'ai pas besoin de vous dire que si le pornographique co-votant de René Laffon venait me demander si c'est lui que j'ai voulu désigner, je m'empresserais de répondre : c C'est vous-même ! » Devant le jury j'agirai probablement de même, mais devant un président de tribunal correctionnel, je n'hésiterai pas à répondre : c Mon juge, je ne sais pas ce que vous voulez dire, je suis innocent comme l'enfant qui vient de naître ; les travaux auxquels je me livre m'ont enlevé le peu d'intelligence que je possédais et je demande que vous me traitiez avec la même indulgence qu'Erlanger. »
Notre Radical est un étranger comme tout parfait Radical doit l'être, sans qu'il puisse même y avoir de doute sur cette origine étrangère qui est affirmée par des documents authentiques. Naturellement, c'est à lui que le gouvernement de la Défense nationale confia une des fonctions les plus importantes quand il fallut défendre une Patrie qui n'était pas la sienne ; c'est lui qui eut entre les mains le secret de nos opérations depuis les plus importantes résolutions jusqu'aux plus insignifiants mouvements de troupe.
Les Français trouvent cela tout simple; on les traite
comme des chiens dans leur pays ; sur 38 millions de Français ou prend un étranger pour lui donner un des postes les plus délicats au moment de l'invasion, ils opinent du bonnet et disent : « C'est parfait! »
Notre homme vola considérahlcment et, dès qu'il fut question d'une enquête sur les actes du gouvernement de la Défense nationale, il jugea à propos de renoncer momentanément à la vie publique et de disparaître complètement. Il alla plus loin que Saint-Sébastien et se réfugia dans les pays chauds ; là il exerça toutes sortes de métiers, fut entrepreneur de cirque, directeur de théâtre, faiseur de cantates pour souverains et servit même, de temps en temps, de blanchisseur littéraire à M™* Ratazzi.
A peu près complètement illettré lui-même, le représentant du peuple français d'aujourd'hui ne pouvait suffire personnellement à ces besognes multiples et il exploitait un pauvre diable, très honnête, très besogneux, très laborieoix qu'il obligeait à travailler comme un nègre pour une mince redevance.
Un jour, cependant, le secrétaire se révolta et refusa de s'associer à l'entreprise honteuse que lui proposait le zélateur actuel de la morale publique.
Le membre de la gauche avait expliqué, sans circonlocutions quel était son projet* :
J'ai eu bien Fouvent l'occasion, écrivait-il, de remarquer dans ma vie de jeune homme avec quelle ra<re les lorettes richement entretenues, et les hommes d'un certain monde recherchaient les livres obscènes dans le genre de la Justine du marquis de Sade et autres.
J'ai vu payer ces volumes jusqu'à oOO francs et je ne l'ai pas compris, vu la stupidité des détails et la imllite de l'intrigue et du style.
Néanmoins le goût existe et existera toujours. L'autre jour
• Copie d'une loltrc de M. Z... à M. X... J'ai remis roriginal à son auteur le 9 décembre 18S5.
Signé: Veuve X...
LB UONDB PaLITIQUB 369^
ici un Brésilien a acheté pour sa maîtresse un bouquin dont je n'aurai», pas donné 10 sous. Il Ta payé 40€ francs.
J'avais déjà pensé, il y a quelque temps, à écrire ïlliatoire d'un Hermaphrodite, et cela sans la moindre chemise, tout ce qu'il y a de plus licencieux, mais néanmoins avec intrigue, style et esprit, faire au chef-d'oeuvre du genre.
De plus s'attacher un peintre de talent qui ferait une vin^tame de sujets sur les chapitres les plus... curieux. On en ferait des chromolithographies pour chaque volume.
L'affaire commerciale consisterait à faire i ,000 exemplaires in-4P avec les grands dessins et 3,000 exemplaires en édition de poche diamant aycc gravures fines.
L'in-4° se vendrait lacilement 1,000 francs, ci. 1,000,000.
Le diamant 250 francs, ci 750,000.
Je donne 20 p. 100 de commission aux différents individus qui placeront cela en France, Angleterre, Espagne.
Il restera donc une somme de 1,400,000 francs qui mettra peut-être deux ans à rentrer, mais qui rentrera pour sûr si l'ouvrage est bien fait, spirituel... et le reste.
Vous me direz que la dilliculté est de trouver un imprimeur. La seule réponse à faire, c'est qu'il faut imprimer soimême et avoir le moins de confidents possible.
Gela est dillicile, mais non impossible.
Quelle est votre opinion?
A Paris seulement on en placerait plus de la moitié ainsi qu'à Londres.
V Hermaphrodite ne pourrait être fait que si nous étions l'un à côté de l'autre, par correspondance cela est tout à fait impossible.
L'homme de lettres mourut, comme meurent tant de pauvres Français qui travaillent pour l'étranger, désillusionné, presque sans ressources. Il laissait une veuve et un fils.
Toute la France a parlé du fils. Glorieux martyr de la science, il a sacrifié volontairement sa vie pour sauver celle des autres et le nom d'une rue de Paris donnée au jeune savant rappelle une des nobles actions de ce temps.
Le fils n'en était pas moins mort et la veuve restait toute seule ; elle occupait jadis une fonction assez importante dans l'enseignement, mais on l'en chassa, comme on chasse peu à peu tout ce qui n'est pas d'origine allemande ou juive;
S70 LA FIN d'un monde
malgré ses répugnances, elle s*adresse à notre vertaeuz républicain. Celui-ci promit de s^acquitter envers elle de tout ce qu'il devait au mari. 9 A propos, dit-il, est-ce que vous n'auriez pas une certaine lettre, remettez-moi-la donc. » La veuve remit la lettre, le député s'en saisit et consigna désormais la solliciteuse à sa porte...
Ce fut en vain que M°^^ X... s'adressa à tout le monde ; en vain qu'elle écrivit à Gragnon : « J'ai besoin de vivre, accordez-moi au moins l'autorisation d'instaUer une échoppe de marchande ambulante dans la rue qui porte le nom de mon fils. » A la Préfecture de Police on rit encore de cette lettre-là...
Je crois, pourtant, qu'un léger secours fut accordé après un article très éloquent et très émouvant paru dans le Figaro et dans lequel on rappelait dans quelles conditions le jeune savant était mort victime de son dévouement.
Vous vous rendez compte du terrain, maintenant, et vous comprenez pourquoi je vous disais qu'il était nécessaire cette fois de me garantir par quelques gabions.
Si notre homme avait le courage d'avouer la lettre, s'il déclarait que Justine doit faire désormais partie des livres scolaires, il serait porté en triomphe par les Républicains et tous les groupes de la gauche, réunis en assemblée plénière, racclameraient pour président.
Il est possible néanmoins qu'il n'ait pas cet estomac et qu'il nie la lettre ; elle a été communiquée, en original, à une dizaine de personnes, mais tout le monde est lâche à notre époque, ces personnes auront peur, n'oseront pas témoigner.
Vous voyez d'ici devant un tribunal l'honnête femme en cheveux gris qui est venue si souvent me raconter ses douleurs. La vie a cruellement pesé sur elle et, pauvre vieille, asthmatique, à force peut-être d'avoir monté les escaliers de ministère, elle serait vite suffoquée à la première brutalité du pr«'siilent. Dans le procès Meyer, Barthelon n'a pu intimider do> j;ons comme Albert Duruy et Alphonse Daudet, mais il a réussi quand même à les empêcher de parler; il leur a
dit : € Taisez-vous ! » Qu'est-ce que vous voulez répondre à cela? Vous ne pouvez raisonnablement pas risquer deux ans de prison en vous obstinant à éclairer la conscience d'un magistrat, alors que vous savez, à n'en pas douter, que ce magistrat ne sait pas même ce que c'est qu'une conscience...
Vous entendez d'ici Ranc, qui a été dans le gouvernement de la Défense nationale le collaborateur de l'admirateur de Jnatine^ s'écrier :« Est-il possible de calomnier l'entourage de Gambetta, d'attaquer un de ses fidèles auxiliaires, un homme aussi intègre, aussi pur de conduite, dont le cœur n'a jamais battu que pour la République dont il ne séparait pas le culte du culte même de la Patrie ! »
Avec mes gabions je suis dans une position exceptionnellement favorable. Je fais un pied de nez à Ranc auquel j'offre de dire, dans le tuyau de l'oreille, le nom de Témule du divin marquis et je m'en tiens, devant mes juges, à mon premier système. J'ajouterai même : que depuis le 2 Décembre je ne vais pas bien ; j'avais sept ans à cette époque et cet événement m'a tellement troublé que ma croissance en a été retardée et qu'il ne serait que juste de m'accorder une pension de victime ..
Quant à ceux qui me connaissent, qui savent avec quel soin je me renseigne, ils n'ont pas le moindre doute sur ce que j'écris * et ils jugeront que cette page de psychologie
* Voici, du reste, la lettre qui constate absolument la véritéde ce que je dis :
« Paris, le 15 septembre 1887.
a Monsieur, ^
c J'étais hier à la campagne et je n'ai pu vous adresser immédiatement la copie que vous me demandez; vous la trouverez ci-j ointe.
« Je ne croîs pas manquer à un devoir en communiquant la copie d'une lettre dont, malheureusement, j'ai remis l'original à son auteur.
« Cet homme s'est si mal conduit envers moi ; il a été si ingrat, si oublieux des engagements réitérés souvent et en dernier lieu au lit de mort du pauvre M. X..., qu'il me parait de toute justice de
républicaine a son intérêt et qu'elle éclaire bien rignominie de ces Radicaux qui osent parler de moralité publique alors qu'ils sont eux-mêmes les plus parfaits spécimens de Timmoralité privée.
Les jeunes gens, qui ont commencé à penser par euxmêmes, trouveront peut-être là davantage ; ils trouveront une occasion de réfléchir, un jour ouvert sur ces terrœ incognito de rhiftoire contemporaine que nous n'apercevons qu'à travers des fantasmagories et des verbiages, que nous soupçonnons plutôt, comme en mer on soupçonne les côtes d'après les formes du brouillard. C'est bien surprenant, tout de même, que nous n'ayons pu faire un mouvement pendant la guerre sans que Tennemi en soit prévenu et, sans trop donner à la conjecture, il semble qu'on n'ait pas beaucoup à compter sur le sens moral, sur l'incorruptibilité de gens qui, en pleine force de Tàge, après avoir joué un rôle considérable, rédigent tranquillement le devis d'une publication ordurière...
J'ajoute, malgré les indignations du vociférant Salis, et du non moins vociférant Jamais, que ce n'est pas pousser trop loin la méthode inductive que de supposer que, dans la commission du budget, un homme qui a rêvé de se procurer des ressources avec une imitation de Justine ne doit pas se montrer bien récalcitrant devant une offre de cent mille francs faite par un fournisseur militaire.
Vous comprenez que je n'insiste pas. Le juge me condamnerait implacablement et peut-être aurais-je pour lui plus de pitié que de colère. « Pauvre homme ! penserai-je, pour plaire à la Franc-Maçonnerie, tu traites cruellement l'écrivain
le faire connaître et de montrer par quels hommes la République est servie.
«Tout ce que j'ai est à votre disposition et je vous rappellerai que la lettre des fantoches a bien son prix aussi.
« Veuillez ap;réer, monsieur, l'assurance des sentiments reconnaissants que j'ai pour la bienveillance que vous m'avez témoignée.
c Veuve X,.. »
qui essaie d^éclairer son pays et, peut-être, ton fils, le fils que tu te réjouis de voir grandir et dont la vue seule détend un peu ton âme dure, tombera-t-il des premiers, frappé par derrière, dans une embuscade, à la suite des renseignements donnés parles Francs-Maçons que tu sers... »
Ma mission, en effet, se réduit à ceci : employer le modeste talent que Dieu m*a départi à avertir et à prévenir : ma responsabilité cesse où s'arrête mon pouvoir. S'il plaît demain aux électeurs — ce qui paraît assez probable au train dont nous allons — de prendre un vendeur de cartes transparentes sous les arcades de la rue de Rivoli pour lui confier la vie de leurs enfants en temps de guerre — je n'y puis absolument rien.
Voilà ce qu'il faudrait jeter de temps en temps à la figure des Républicains et, pour le faire, il faudrait, je le répète, avoir une presse d'avant-garde qui sabrerait ces impudents dès qu'ils commenceraient à remuer des immondices comme René Laffon.
Pour la plupart d'entre eux, l'existence est charmante ; ils nous couvrent de boue et ne recueillent que des salutations et des politesses de la part de la droite. Avouez que la plus élémentaire convenance aurait commandé à un Laguerre de dire à M. de Mun : « Mon cher, vous avez été vraiment gentil pour moi au moment de mon procès ; vous voyez avec quel soin je me suis abstenu dans cette dégoûtante interpellation à propos de Citeaux; — l'abstention m'était d'autant plus facile, d'ailleurs, qu'il m'était impossible de me prononcer sur des faits que personne ne connaît. »
On ne se gêne pas avec les Catholiques, car, après les avoir couverts de crachats, on est sûr de les retrouver le lendemain aussi avenants, aussi empressés, aussi caressants que la veille...
Ouvrez certains journaux conservateurs et vous y entendrez sans cesse parler d'un arbitre de l'honneur. Quel est donc cet arbitre de l'honneur ? C'est ce vieux pitre d'Ana-
tôle de la Forge dont j'esquisserai le portrait à fond quelque jour. Il n'est pas une mesure odieuse contre nos prêtres et nos religieux que cet homme n'ait votée et, le jour même, ce misérable va mendier bassement des réclames à ceux dont il outrage les croyances... et les journaux conservateurs lui font cette aumône. 11 ne se déroule pas une afTaire de duel en cours d'assises sans que ce grotesque ne parvienne à se faire mettre sur l'affiche, quoiqu'on n'ait jamais pu savoir ni avec qui ni à quelle époque il s'est battu.
Il est assez admissible, dans ces conditions, que le public se dise : « Voilà un homme que ses adversaires euxmêmes reconnaissent comme l'arbitre de Thonneur; s'il demande, sans autre forme de procès, l'expulsion des religieux et la confiscation de leurs biens, c'est que les successeurs de Lacordaire, de Ravignan, du Père Olivaint, du Père Gratry, du Père Gaptier sont devenus de grands scélérats. »
La maladie des conservateurs, la tare du cerveau qui paralyse tous leurs mouvements et déséquilibre toutes leurs facultés, c'est une idée fixe, qui est entrée peu à peu dans la trame de leur système nerveux, l'idée fixe qu'ils sont nés pour être molestés et insultés. La définition du Catholique pour eux est celle-ci : « Catholique : citoyen français payant des impôts, accomplissant ses devoirs civiques comme tout le monde : signe particulier: est destiné par la nature à recevoir tous les jours l'égout collecteur sur la tête. »
Je l'ai expliqué déjà, je n'aime pas les monopoles et je ne veux pas plus du monopole de l'égout collecteur «-ue des autres ; partageons fraternellement l'égout, ô Lag^er-^e, ô Lockroy, et, toi-même, arbitre de l'honneur! Vous nous avez tous traînés dans le bran de la Lanterne à propos de l'affaire de Cîteaux, permets, ô Clemenceau, homme larouche et redouté de tes semblables pour ton habileté au pistolet, que nous ne soyons pas embrencs seuls et que je prenne un peu de ce bran pour en astiquer ta menaçante moustache
ijé
en guise de pommade hongroise. Cela te fera un succès ce soir à rOpéra...
Quand vous trouverez que tout cela pue, vous vous direz peut-être que l'homme n'est pas parfait, que la nature humaine est fragile, que l'on peut punir un malheureux frère, qui a eu la gifle trop facile vis-à-vis d'enfants peu commodes à conduire, sans ameuter, du haut de la tribune, toi'te la canaille contre les Catholiques. Ces réflexions vous amèneront à penser que tous les Français sont égaux, qu'ils ont les mêmes droits et que, devant rennenii qui nous guette, notre meilleure défense serait encore la concorde et Tunion...
Les hommes de la droite pourraient hâter Téclosion de ces salutaires réflexions. Beaucoup d'entre eux ont été élevés par ces religieux que René LafTon propose sans façon de chasser, sous prétexte qu'on petit réclusionnaire aura raconté une malpropreté sur un surveillant. Ils devraient attendre leurs collègues à l'entrée de la salle, au moment où les députés s'apprêtent à gagner lentement leurs places en s'entretenant, chemin faisant, du dernier pot-de-vin reçu — ils devraient mettre, en ricanant, ce volume sous le nez des Radicaux, leur dire : « Hein ! mes gaillards, vous qui êtes si braves contre de pauvres porteurs de soutanes, il parait qu'on vous traite bien là dedans ? »
Les coquins sans doute ébaucheraient un sourire faux, mais au fond ils se sentiraient mordus, atteints, punis. « Ma joue me cuit ! » dirait Clemenceau. « J'ai mal au bas des reins ! > ajouterait Laguerre. c Je suis touché aussi ! » s'écrierait René Laffon.
M. de Mun me répondra sans doute que j'ai cent fois raison, mais que ses amis et lui sont trop bien élevés pour agir ainsi, qu'ils éprouvent d'insurmontables nausées à remuer le linge sale des Radicaux.
— Et moi donc ! mon cher de Mun, vous ne pouvez pas vous douter de ce que ce chapitre m'a écœuré à écrire.
Quand la dernière ligne sur ces salauds de la gauche a
été jetée sur le papier, j'ai dégringolé mon escalier avec la joie des enfants qui entendent sonner la cloche de la récréation, et qui sautent quatre marches à la fois pour être plutôt hors de Tétude.
J'ai été, d'un bond, au bout de mon jardin. Il y a là un petit coin que j'affectionne : un mur en ruines, très bas, donnant sur un chemin creux. Devant soi on aperçoit des champs, puis un ruban d'argent très mince en été; c'pst la Seine; au fond, sur l'autre rive, des masses épaisses de verdure avec des trouées de lumière et des dentelures faites sur le bleu du firmament par des arbres qui, de leur panache entreprenant, dépassent un peu la tête de leurs camarades.
Le jour commence à décliner et l'ombre gagne peu à peu les arrière-plans, tandis, qu'au couchant, le soleil jette ses derniers feux sous un ciel calme, point dramatique, sans aucun de ces nuages à silhouettes changeantes et bizarres qui évoquent parfois à l'imagination l'idée de caravanes fantastiques traversant des cités à l'architecture fabuleuse.
Le sol est tout rasé et d'un jaune foncé ; la moisson vient d'être terminée, et, dans le lointain, à mesure que les ténèbres prêtent à tout des formes plus confuses, les plongeons font l'effet de tentes au milieu desquelles se dresserait une tente de général, une grosse meule qui domine les javelles voisines.
La sérénité d'une fin de journée enveloppe ce paysage apaisé qui vous communique comme une sensation de détente et de repos, devant cette splendeur des choses visibles : ce que Léonard de Vinci appelait la Belleza del mundo.
En m'enfonçant dans mes rêveries, je retrouvais une NÎsion analogue, mais autrement vive, puissante et chaude. J'étais avec les miens dans une carriole qui s'était arrêtée à une montée, sur un chemin du Forez. Derrière les bois de VoUor, les Bois noirs, le soleil se couchait dans un flamboie-
ment, avec des teintes d'un rouge d'incendie. Les moissonneurs achevaient leur tâche en entonnant une chanson du pays :
Mariez-vous, car il est temps,
Belle Rose,
Belle Rose, Belle Rose du Printemps.
Le « Belle Rose », tantôt caressant comme une prière, tantôt pressant et presque impérieux comme un conseil, se prolongeait à l'infini à travers les vallons, se répercutait jusque dans la montagne; puis des voix viriles lançaient, comme à la volée, la phrase finale :
Belle Rose du Printemps,
Nous ne pouvions nous détacher de ce spectacle et nous décider à partir et, après six ans écoulés, je revois encore le même tableau.
Pourquoi certaines visions vous demeurent-elles aussi longtemps présentes, vous donnent-elles l'impression d'une heure de voire vie particulièrement heureuse, exempte de toute préoccupation même légère, d'une heure qui ne reviendra jamais pour vous, non plus jamais?... Pourquoi éveillentelles en vous le souvenir d'une sorte de dilatation, de complet épanouissement de vous-même, d'un harmonieux et vibrant accord de toutes vos facultés affectives et sensitives ? Ces choses-là ne s'expliquent pas et surtout ne se traduisent pas par des mots écrits...
Ce qui est certain, c'est que dans le même coin de terre et devant le même ciel, je ne me retrouverai plus le même... Quand j'ai de la peine à m'endormir, je n'ai qu'à fermer les yeux pour revoir la voiture arrêtée à la montée, ceux que j'aimais à la même place et pour entendre, dans son rythme pénétrant et doux, la chanson rustique, mêlant au cri de triomphe de la Nature estivale dans toute sa magniÛ-
cence comme an avertissement que TAutomne n^est pas très loin.
Mariez-vous, car il est temps.
Belle Rose,
Belle Rose, Belle Rose du Printemps...