CRÉDIT GÉNÉRAL FRANÇAIS
Service de la publicité
Monsieur,
Nous venons vous confirmer par la présente que nous iommes d'accord avec les termes de rengagement que vous avez pris envers nous et qui est ainsi conçu :
Je soussigné... journaliste, m'engage par la présente à donner mon concours personnel pour toute publicité pour les afl'aires directement patronnées par le Crédit général français ou qui me seront indiquées par lui jusqu'au 31 décembre de la présente année (1882), moyennant la somme de cent mille francs j à forlait, payables comme suit. (Enumération de trois échéances.)
Agréez l'expression de notre parfaite considération.
L'administrateur délégué,
Signé : Jules Berteier.
Ces sommes étaient en dehors, bien entendu, des 6 millions que les frères Berthier déclarent avoir donné à la Presse pour acheter son silence.
Les plus silencieux, naturellement, furent les journaux républicains.
Pour le premier procès des frères Berthier chez lesquels, nous apprend Chirac, M. Clemenceau dinait tous les vendredis *, le directeur de la Justice n'a pas dû se ruiner en frais de compte rendu judiciaire. La Justice du 5 août 1880 contenait simplement ceci :
• V Agiotage sous la troisième République.
La huitième chambre du tribunal civil de la Seine, a rendu hier son jugement dans raffaire du Crédit général français. M. Erlanger a été renvoyé des fins de la plainte, les autres prévenus, retenus pour infraction à la loi de 1867. Les délits d'escroquerie et d abus de confiance ont été écartés.
Notez qu*il s*agit d'un procès exceptionnellement intéressant au point de vue social et que ce journal s'appelle : la Justice ! ^
Pendant ce temps le bon électeur en mangeant son ordinaire à Montmartre se dit : « Nous pouvons être tranquilles t notre député est un pur, celui-là 1 »
Ce qu'il faut ajouter, pour demeurer dans l'exactitude de l'étude sociale, c'est que le niveau moral est le même par tout. Les représentants des classes élevées, qui sont si sévères pour les républicains, ont la même indulgence qu'eux pour le Vol triomphant.
Lisez ces quelques lignes du GauloiSy et remarquez bien la date, 20 août 1888, à propos de la fameuse semaine de Deauville qui réunit toute l'aristocratie de France. Vous ne trouverez rien de plus complet au point de vue de la décomposition de conscience du grand monde, de la façon tout à fait cabotine dont il envisage une cérémonie religieuse, du mépris absolu qu'il a pour le Saint Sacrifice de la Messe. L'idée de voir un Juif prussien, sorti déshonoré de la police correctionnelle, jouer dans une église un air de violon après l'Elévation, ne choque pas une seconde ce Chrétien; il y a là des femmes qui sont des habituées des retraites selectad où Ton n'admettrait pas une ouvrière en bonnet et, pour lesquelles il faut demander des cartes trois mois à l'avance, des hommes qui ont été élevés par les Pères; tout cela est pure comédie, simagrée, formule, vaine apparence.
Voici, du reste, la note du toujours surprenant Meyer :
Dans la matinée, la grand'messe, à la paroisse de Deauville, avait réuni tout le high-life^ — terme consacré. — Le 6arvri
SOS LA FIN D'un MONDE
d'Erlanger a joué sur le violon deux superbes « andanie », avec accompagnement d'orgue; pendant l'office, Af"* d' Erlanger a fait pour les pauvres une quête des plus fructueuses.
Quelle page d'étude sociale à écrire, sous une forme à demi fantastique avec ce titre : Les deux violons : le violon d'Offenbach et le violon d'Erlanger : ces deux joueurs de pochette emmenant tout derrière eux, comme le preneur de rats de Harlem, les gens suivant avec leur or, leurs images sacrées, leurs symboles jadis respectés! Dans cette station de Deauville fondée par lui, le duc de Momy, le frère de l'Empereur, réclame Thonneur d'être le parrain du fils du Juif de Cologne qui a tourné en ridicule tout ce qui constitue juie nation. Vingt ans après, toutes ces prleuses de Sainte-Clotilde, qui veillent à ce que leurs domestiques observent les Quatre- Temps, ferment leur jnissel et, les jeux mi-clos, écoutent ce Juif voleur qui leur racle quelque chose sur .le violon pour célébrer N.-S. Jésus-Christ...