‹ La fin d'un mondeChapitre 4 sur 54 · INTRODUCTION IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION IX

noas nous mouvons sous uu souffle pestilentiel qui permet aux plantes vénéneuses de croître et de s'épancher.

On ne se demande que trop souvent avec indi^^nation oii sont nos traditions historiques, où est notre vieil ordre social, déjà si respectable à cause de son ancienneté, traditions que nous pourrions leur opposer comme di^ue ; que sont devenues nos vieilles et illustres familles aristocratiques, qui de génération en génération étaient les grands témoins de notre histoire ? Une partie dégénérée de cette aristocratie danse cyniquement autour du char de triomphe du nouvel Empereur, TEmpereur du Veau d'or(applaudissements frénétiques); une autre partie de notre aristocratie se drape dans une muette résignation pour justifier les paroles de Gœthe : «( L'incompréhensible devient ici tait accompli. » Continuez, continuez dans cette voie, et nous en arriverons bientôt à vendre à Tencan, tout comme en France, les diamants de la Couronne d'Autriche. Arrachez donc les derniers lambeaux de vos vieilles armoiries pour couvrir notre opprobre.

Nul espoir de relèvement ne semble possible pour cette monarchie qui tombe en putréfaction.

Perdu par les mauvais conseils, le prince héritier, Farchiduc Rodolphe, mène une vie honteuse. En plein Reiehsrath, un autre député anti-sémite, Pernerstorllor, a dit tout haut, à propos d'une loi relative aux franchises des étudiants des universités, ce que Vienne racontait tout bas.

Hé quoi, s'est-il écrié, vous reprochez des excès à notre jeunesse universitaire bourgeoise! Pourtant vous devez connaître l'histoire de ce jeune grand seigneur, très haut placée 3ui, à la suite d'une ignoble orgie avec ses compagnons de ébauche également haut places, les a conduits dans la chambre de sa femme.

Vous le connaissez tous ce ^and seigneur. Et ne connaissez-vouà pas cetteautre histoire, toujoursd'un jeune grand seigneur, très haut placé, caracolant à la campagne avec ses anus, — tous de rang princier — et voyant arriver un convoi funèbre. Toute cette bande de cavaliers a forcé le convoi de s'arrêter pour qu'ils puissent tous sauter à cheval par-dessus le cercueil, ce qui paraissait les amuser.» (Mouvement d'indignation dans toute la salle.)

Cet héritier de la couronne du Saint-Empire qui amène des compagnons d*orgie dans la chambre de sa femme, n^avait, remarquez-le, qu'à se conduire à peu près honnêtement, pour être aimé et respecté de ses sujets.

G*est un bon peuple que le peuple autrichien. An moment des fêtes données pour le mariage de l'archiduc Rodolphe et de la princesse Stéphanie, j'étais justement à Salzbourg, la blanche et coquette ville qui mire poétiquement dans la Salzbach, en face du sombre Moersberg, ses balcons d'où pendent des vignes vierges d'un rouge éclatant.

Rien de charmant comme l'aspect de la salle, où toutes les classes de la société, unies clans un même amour pour la famille régnante, banquetaient ensemble comme dans la France de nos ancêtres. OiDciers, soldats, bourgeois, ouvriers, femmes en toilette élégante, ou en simple robe de toile, sont réunis au Kursaal. Les jeunes filles dansent joyeusement sous le regard des mères enorgueillies. Après chaque valse, danseurs et danseuses passent en se tenant par la main, devant le buste de T Empereur et de riuipératrice d'Autriche, couronnés de feuillages et placés sous un dais.

Les princes semblent prendre à U\che, aujourd'hui, de Taire l'œuvre de la Révolution et de détruire tout sentiment de respect et d'attachement dans les âmes.' Au bout de quelques années, l'archiduc Rodolphe délaissait sa femme et vivait publiquement avec une Juive nommée Stem, qui accouchait d'un garçon, le jour même où la princesse Stéphanie accouchait d'une fille.

Quoi d'étonnant à ce que les sympathies populaires

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