INTRODUCTION XI
86 soient détournées d'un prince qui affichait ses vices, avec tant de sans-gêne^ ?
Après Soiférino, après Sadowa, l'Empereur François- Joseph n'avait rien perdu de Taffection de ses peuples. Dès qu'on vit le souverain prendre le parti des Rothschild, approuver tous leurs coups de Bourse, applaudir à leurs tentatives pour exploiter les travailleurs et pour ruiner l'industrie nationale, afin de s'enrichir davantage, tout fut perdu et les cœurs s'éloignèrent à jamais du chefd'Ëtat, qui comprenait si mal ses devoirs, c Quoi, disent les bourgeois, vous n'accordez point l'entrée de la Gour à des Chrétiens comme nous, parce que nous n'avons pas dix quartiers de noblesse et vous admettez des gens qui ne sont point de votre religion et qui, il y deux générations, croupissaient encore dans la sordidité des ghettos. Vous laissez votre Koloman Tisza vendre à Israël, à beaux deniers comptants, des honneurs que vous refusez à des familles qui, depuis des siècles, ont loyalement et honnêtement servi la monarchie ' ? »
* Au lieu de remercier PernerstorfTer de lui avoir montré IMndignité de sa conduite, l'archiduc Rodolphe voulut faireassommer Fénerpique orateur.
« Hier, *2;) février, ont racoDté tous les journaux, deuxindividus se présentèrent chez le député PernerstorfTeret deniandèrent à lui parler ; dés ({u'ils furent seuls avec lui, ils se précipitèrent sur lui et le rouèrent de coups; puis, ils prirent la fuite et purent disparaître sans être inquiétés. Les blessures de M. Pernerstoruer sont lét^ères.
«t La cause de cette agression est évidemment le passade du récent discours de ce député dans lequel il faisait allusion aux scandales de certaines personnalités aristocratiques. »
* L'Empereur, qui n'est pas un malhonnête homme, mais un «wspril faible indignement trompé par ses ministres, a été très affecté de la façon dont il est méprisé maintenant par toutes les classes de la société. A la suite du discours de l'altai il eut, diton, un réveil de pudeur. « Vous me couvrez d'infamie!» aurait-il dit à Tisza. Tisza, en sortant du cabinet impérial, aurait haussé les épaules et se serait écrié : « Les Rothschild m'ont plus payé
Xn LA FIN d'un monde
Rien de plus sensé, mais rien aussi de plus complètement inutile. Souverains et grands seigneurs ont Tamour du Juif, ils sontenvoûtéSjilsontbule philtre mystérieux; ils aiment ceux qui les raillent, les difTament et les trahissent et n'ont qu'indiflérence pour ceux qui les défendent*
Lisez ce simple fait divers*.
Pendant son passage à Paris, rarchiduchesse Stéphanie 'est rendue au Père-Lachaise, où elle a déposé sur la tombe de Henri Heine une couronne portant cette inscription : L'impératricf d'Autriche à son poète favori.
L'impératrice a un culte pour le poète de Vlntermezzo. Elle lit quotidiennement ses glorieux poèmes. Dans son enthousiasme, elle fut désireuse de connaître les plus proches parents du poète défunt. Elle alla visiter, à Hambourg, la sœur cadette de Heine, la baronne Embden, qui est la mère de la prmcesse de La Rocca, et la grand'mère du duc de Perdifumo.
L'Impératrice offrit à la baronne Embden un médaillon entoure de diamants à son chiffre, et à son fils une épingle portant le chiffre impérial en diamants. La souveraine, avant de quitter la baronne Embden, lui promit que la première personne de sa famille qui passerait à Paris irait déposer une couronne sur la tombe de Heine.
Ce fut rarchiduchesse Stéphanie qui exécuta la promesse de l'Impératrice, et qui vint offrir le souvenir de la souveraine à la cendre du grand poète.
Ouvrons donc Henri Heine et cherchons ce qui a pu toucher à ce point le cœur de l'Impératrice d'Autriche. Voici justement une pièce qui s'appelle ; Marie-Antoinette; c'est évidemment cette pièce qui aura ému la souveraine.
pour leur tabouret que l'Empereur ne me payerait pour cinquante années de services. Voilà des souverains qu'on a plaisir à servir, ils sont plus puissants que l'Empereur ! »
* Gaulois, 11 septembre 1887.
INTRODUCTION XHl
Comme les glaces des fenêtres brillent gaiement au château des Tuileries et pourtant, là, reviennent en plein jour les spectres d* autrefois.
Marie-Antoinette reparaît dan? le pavillon de Flore ; le matin, elle tient son lever avec une étiquette sévère.
Dames de cour en toilette. La plupart sont debout, d'autres assises sur des tabourets, en robes de satin ou de brocart d*or, garnies de joyaux et de dentelles.
Leur taille est fine, les jupes à paniers bouffent, et dessous regardent si finement les mignons petits pieds à hauts talons : ah I si seulement elles avaient des têtes.
Mais pas une n'a la sienne ; la reine elle-même n'en a pas, et c'est pourquoi Sa Majesté n'est pas frisée.
Oui, celle qui, avec sa coiffure haute comme une tour, pouvait se comporter si orgueilleusement, la tille de Marie- Thérèse, la petite-fille des Césars allemands.
Il faut maintenant Qu'elle revienne sans frisure et sans tête, au milieu de nobles dames non frisées, et sans têtes également.
Voilà les suites de la Révolution et de ses maudites doctrines. Toute la faute est à J.-J. Rousseau, à Voltaire et à la guillotine.
Mais, chose étrange! je crois presque que les pauvres créatures ne s'aperçoivent pas qu'elles sont mortes et qu'elles ont perdu la tête.
Tout ce monde se trémousse absolument comme autrefois : quelle fade importance se donne cette valetaille I
Les révérences sans tête font frissonner et rire tout ensemble.
La première dame d'atours s'incline et présente une chemise de linon, la seconde la tend à la reine, et toutes deux se retirent avec une révérence.
La troisième et la quatrième dame s'inclinent et s'agenouillent devant Sa Majesté pour lui passer ses bas.
Une demoiselle d'honneur arrive et s'incline en apportant le déshabillé du matin; une autre demoiselle s'incline et présente la sous-jupe à la reine.
La grande-maîtresse de la course tient là; elle rafraîchit avec son éventail sa gorge blanche et, ne pouvant le faire avec la tête, elle sourit avec le derrière...
À travers les tentures des fenêtres, le soleil glisse de curieux regards, mais en apercevant la scène des spectres il recule épouvanté. »
N'est-ce pas que, dans ces conditions, cette visite de rimpératrice d'Autriche à la sœur de Henri Heine est encore une jolie note moderne?
Les défenseurs des antiques monarchies, les fidèles et les respectueux des choses augustes d'autrefois, meurent navrés, désillusionnés, oubliés ; toutes leurs espérances ont été brisées, l'effort de toute leur vie a été stérile ; dans un petit appartement, où les meubles montrent la corde, où tout sent la misère décente, le dernier regard de ces vaincus aperçoit la compagne aimée, pauvre vieille qui va rester sans ressources, quelque honnête et gracieuse enfant qui n'aura pas un sou de dot
Jamais princesse impériale ou royale ne montera le rude escalier qui conduit à cette demeure, jamais souveraine ne franchira ce seuil pour dire à cette enfant : c Votre père fut un désintéressé et un brave, il a été le champion obstiné de causes perdues, j'ai lu ses livres et je viens vous remercier au nom des rois. »
La scène change, dès qu'il est question d'une reine qu'on ne peut plus friser parce qu'elle n'a plus de tête et de sa dame d'honneur réduite à faire la révérence avec son derrière... A la sœur d'un tel écrivain, le médaillon au chiffre impérial, au neveu l'épingle enrichie de brillants, au poète mort la couronne... Comme tu rirais dans le tombeau, grand railleur, si déjà tu ne voyais, de temps en temps, apparaître le châtiment sous la forme de trois lourdes colonnes consacrées par Wolff à faire ton panégyrique...