‹ La fin d'un monde et du neveu de RameauChapitre 15 sur 89 · L.V FIN D'UN, MUNI) lî. • ' . 3p · texte numérisé non relu

L.V FIN D'UN, MUNI) lî. • ' . 3p

les bfuits de ce claque-dentâ. La fourcheUe en main, c’é- -tait un goinfre; il était, pour la gràcô et le bel esprit, un vrai La Farc, un vrai Chaulieu , un second Crébillon fils, le verre en main..

Quand j’eus diné, et quand je vis qu’il était quasi repu:

« A votre santé ! lui dis-je. Voilà un vin de la Côte d'Or, uu de vos cousins, il s’en vante, et pourtant vous l'avez renié tout à l’heure. — F.n quoi l’ai-je renié? me dit-il., ,— Vous avez passé sous silence un,, des grands noms do k Bourgogne, un célèbre artiste, un fameux itnaître appelé Rameau; lo„mème Rameau que son colla'borateur, M. de Voltaire, appelait Orphée, et qui a vaincu < M. de Voltaire, il s’en vante, au champ clos de ce fameux opéra de Samson, dont l’auteur., de Mérope et de Ta?icrède n’a jamais pu se tirer.

R tMKAu. — C’est vrai pourtant ce que vous dites là, et je me sens tout humilié, tout malheureux, quand je viens à songer que M. de Voltaire (un si grand homhie! J B’e^t vu forcé de baisser pavillon devant mon oncle Rameau !

O ciel et terre I ô triomphe inattendu de ce cuistre enrubanné du cordon do Saint-Michel, contre un si grand poêle! Il n’avait qu’à me consulter, M. de Voltaire, eii deiix mots je lui aurais donné le secret de faire un ppéra si violent, si cruel, si charmant, si tendre et si morvcil- J3UX, que le célèbre Rameau, comme on dit, n’y aurait vu que du feu! »

Alors il se mit à déclamer, en chantant dans une mélopée narquoise une foule do mots qu'il appelait les lois marnes do l’op la. Dieu s du jour, cruel amour, aimable lendresie et belle jeunesse ! Aimons-nous!

3jî I..V IMN DT.N MON'DR.

vhiyrmit - lions! Jolis' printemps, méprisons Ut fnu.tr iht temps; belle inbnmaine, 6 chûtelainè ; et éoiis sdph;/rs, et rows plaisirs! Notoz hion><iu’ii thannio de CPS piroks il donnait sa note et son accent, jiist|u'a ce qu'enfHJ son im|irovisation ^'perdit dans un p'Ie-mMe absurde, incroyable et furieux : d'irrages, dc'naùfrttges, de te.mpêles, d’horreurs, de furies, d’Euménides, de nature d'hum'anUé , de paigufirds,’ de spectres, d’èeluirs, de foiidiv' de tonnerre, de fei\ de glaive, de couteaux, de victimes, de .serpents, de l>ourreau.r, de mort, d'autels de sang, de traits de sang, d/ lais sunglantes, d'ordres saiiglanis^, de Jéiuie homme ianglanl, de sanglante imposture, de 'nuages sanglants, de'Ténare cl île Tàrtare. «'Alil’f'rands dieux! reprit-il apriss ce grand effort, que c’est facile à faire un 9 |xSra! et <pie M. do Voltaire eut grand tort de reculer devant le célèbre Rameau! Rameau célèbre! Tn musicien sans gèniè, habile à trouver "des airs de dan'se absurdes, et dés rilournelli>s à contre-sens!

^ Avez- vous entendu /k<r</nru//.x)^. . . Vous rapjielezvons leif choHirs de Zoroastre? ei les plaiiftes’dè Titan 1 Quel idiot, ce Ratiieau! Et songez qii'H sé vanté,,, en sa préface ‘des Indes ijalantes, d’avoir imité Lillli':

« Je làdiêd’imitbr l^filli, non en' copiste servile, mais en ,« prenant, comme lui, la belle nature pour modèle. » On' ‘ t’en donnera du Lulli, on l’en donnera do la nature. -Vhl le' faquin! Il m’a dit, a moi-nièirié, ci jwrlant à ma personne, un jourl « que les plus beaux passages d’une mu- «sique, c’olaient les passages Itfs pluà bruyants, parce « 'qü’iisélaionl les plus applaudis'! » Il me l’a dit! Va donc,

machine à bruit I Va donc , théoricien de malheur I Tu n’es pas italien, tu n’es pas français, tu n’es pas Lulii, tu n’es point Pergolèse, Alberti, Léo... même, tu n’es pas Rameau I c’est moi qui suis Rameau, le génie ! et voilà comment j’aurais fait le grand air de Zoroaslre, le grand air de Castor et Pollux. »

Or, tous ces airs qu’il indiquait, il en chantait une partie, il en sifflait une autre, et quand il eut bien déclan)é, chanté , crié , sifflé , je m’aperçus que le jeu me plaisait , et que je n’avais pas été si content depuis tantôt dix années. J’étais pris, malgré moi, d’un profond sentiment de pitié, de curiosité et d’intérêt. J’éprouvais pour cet homme, et tout à la fois, une immense amitié , une répulsion profonde. Âh I qu’il était beau I Hélas ! qu’il était vil ! C’était un mélange incroyable , inouï , (fenthou- ' siasme et d’abjection, d’intelligence et de délire, avec tant d’éclairs dans ces paroles confuses, tant de grandeur dans cet abaissement! Puis (c’est une observation que je fis comme il achevait son dîner), quand il mangeait, il était triste; il y avait dans son regard un certain étonnement presque mélancolique; on eût dit qu’il se demandait pourquoi donc et de quel droit il dînait aujourd'hui, lui qui n’avait pas dîné la veille. En un mot, il n’était intéressant et curieux que lorsqu’il s’abandonnait librement à sa fête éloquente, agitant ses grands bras, balançant sa tête formidable et couverte de cheveux grisonnants.

Il était facile, heureusement, de ranimer le discours de cet enthousiaste. Il était tout prêt à répondre à toutes es questions. Il avait tout senti, tput expliqué. Il était ' - 8

„» I A FIN D’UN MON DK

lui-iiiôine une encyclopédie; il se comparait parfois au merle qui siffle, et Dieu sait qu’il sifflait toute chose, à tout propos : chansons, ballets, mandements, comédies, podmos, journaux , traductions de l’anglais, tragédies, comédiennes, princesses et comédiens. Bref, si Rameau était un merle, il était un merle blanc.

En ce moment, à mon attitude, à mon regard, jl comprit toute mon admiration ;

« Vous avez raison, me dit-il, de né pas vous moquer de moi , car je me sens la force d'écrire au pied levé toutes les tragédies de La Harpe, et tous les opéras de Cahusacl Certes, il no me faut qu’un trognon de plume, et quand bien même il eût servi h Poinsinet le jeune pour ses Égléidet; à l’abbé Leblanc, pour ses Hëroïdcs; à Marmontel, pour écrire son Bélisaire; à Dorât, pour traduire Ovide; au marquis de Bièvre , pour écrire te Séducteur; au chevalier do Cubières, pour ses épigrammes; au marquis do Pozay, pour scs billets doux ; à Palissot, pour ses infamies; à Louis do Boissy, autrement dit Bos de Poissy, pour écrire ses élégies; h Masson de Morvilliers, pour rédiger le Mercure... oui, même avec la plume de Palissot, une plume abominable, et qui crache l’injure et la délation, par son bec aA'achi, j’écrirais, à moi tout seul , les plus belles œuvres qui ont vu le jour sous toutes ces mains malhonnêtes. Ah I oui I ce serait une drôle do plume; il n'y aurait pas sa pareille dans toute l'Europe, il no lui manquerait plus que de finir par Matdn le Censeur.

• « Certes, il y'a des pkiraes bien malbeurenses , il y a des violons bien h plaindre, il y a d(» robes déjugé et

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