‹ La fin d'un monde et du neveu de RameauChapitre 17 sur 89 · I.A FIN D’UN MONDR · texte numérisé non relu

I.A FIN D’UN MONDR

dici elle' est comme le jeu, elle vous fait l’égal do tout, le monde. Vous appartenez tout ensemble à Pradon, à Le Bigre, à Chevillard, à la morale, à la rcformation des bonnes mœurs.

s Cependant , sitôt qu'ils ont flairé le chef - d'œuvre (ils ont le nez si (Int ), messieurs les comédiens ordinaires du roi ne vous laissent plus en repos au sujet • de votre comédie. Ils vous disent , en toute rencontre :

« O génie I >> Us vous invitent à leurs fêtes ; ils vous enguirlandent; à la fin, vous ôtes pris, et vous lisez votre fameuse comédie (ou tragédie] à nos seigneurs du comité . Bonté divine! c’est alors que ces dames et ces messieurs ouvrent leurs petits yeux et leurs grandes oreilles. Ils crient au miraclel Laissez-les respirer, de grâcel ils ne so doutaient pas qu'un seul homme eût tant de génie I Ils n'ont jamais rien entendu qui soit comparable à ce chefd’œuvre I Et les voilà qui se disputent les plus petits rôles; les voilà qui , pendant trois grands mois , sans cesse et sans fin, répètent ce grand ouvrage; et quand le soir de cette fameuse représentation est arrivé , Dieu sait le zèlto et les empressements I A cinq heures précises, déjà tout le monde est à son poste. Ici La Morlièro et là-bas Fréron. Le balcon est un salon, le parterre une halle. . . ; au paradis , même au paradis , vous trouveriez quelque habitué du café Procope. Après une attente insupportable, ô bonheur! la toile est levée, et les comédiennes en robes neuves, et les comédiens en grand habit, déclament ces tirades splendides. C’est plus beau que le Gustave de Piron, plus intéressant que les Barmécidet! Les dames pleurent, les hommes applaudissent I Le fusilier sur son

fusil, immobile, ose à peine essuyer une larme; et quand le dénoûment, imprévu, a mis le comble à toutes ces émotions , entends-tu ces voix et ces trépignements : L’aurteurf V auteur! l’auteur!

« Alors apparaît, solennel ou souriant, Molq ou Lekain: — Messieurs, dk^il, la comédie (ou la tragédie) que nous avons eu l’honneur do représenter devant vous est de M. Bénigne-Octave Rameau, le neveu de Rameau. Ayant ainsi parlé , il se retire au milieu des vivat! V'û'af pour lui I vivat pour moi , surtout pour moi ! et désormais me voilà célèbre, honoré, fêté, glorieux. C’est à qui m’invitera et me prêtera de l’argent. ' Plus de notes à payer, ni tailleur, ni ravaudeuse, et pas même le perruquierl Les plus impatients, je les paye avec un billet d’amphithéâtre. Ils sont si fiers et si contents d’habiller, de loger, de raser, d’accommoder un poëte de ma sorte! A son tour, l’Académie a vont do ma gloire ; elle s’en inquiète , elle me fait mille avances. Comptez cela, Diderot, trente voix d’emblée I... élü tout d’une pièce! AhI que de monde à mon discours de réception! Je suis reçu par un évêque. Il convient qu’il n’a pas vu ma pièce et qu’il ne l’a pas lue... à n’eiï pas douter, c’est un chef-d’œuvre. Ace discours, les duchesses d’applaudir; les cordons bleus de m’accorder un petit signe de leur tête ambrée , et les petits abbés do reconnaître que Je vaux, pour l’esprit, l’abbé de L’Attaignantl

« Dans cette foule heureuse, un jirince du sang s’est glissé, qui me fait supplier le lendemain d’être le secrétaire de ses commandements. Alors la maltresse régnante, au nom du roi, me fait une pension sur sa cassette par-

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